Élections européennes : vers une défaite de la pensée ?

Véritable semaine d’entrée dans la campagne électorale, les derniers jours sont révélateurs que toutes les digues ont sauté, que tous les repères n’existent plus : l’état de confusionisme est la scène inaugurale. Attachons nos ceintures…

L’échec de la vieille pédagogie morale du pouvoir : des dangers de l’antagonisme entre progressistes contre nationalistes 

Du côté du pouvoir, la rhétorique introduite par le président de la République autour d’une opposition entre progressistes et nationalistes apparaît comme une vaine tentative de cliver, de proposer une posture morale à défaut d’une politique européenne.

En particulier, la campagne de la Secrétaire d’État aux Affaires européenne de moulins à vents contre le populisme à coup de tribunes de presse en viendrait presque à être contre-productive dans la période actuelle de rejet systémique de toute forme d’autorité, à fortiori quand le pouvoir se drape de morale pour décrédibiliser ses adversaires plutôt que de les combattre.

Pour Luuk van Middelaar interrogé par France Culture, cet amalgame semble particulièrement risqué, car jouer les nationalistes contre les centristes :

  • C’est prendre le scrutin uninominal à deux tours de l’élection présidentielle, comme modèle, alors que ça ne marche pas comme ça pour les élections européennes à la proportionnelle et à un seul tour ;
  • C’est prendre le risque de consolider le bloc des « anti » décuplé avec le mouvement des Gilets Jaunes sans être vraiment sûr d’en sortir gagnant à l’avance ;
  • C’est se positionner dans le camp du Bien contre les méchants, dans un contexte de contestation qui refuse la posture morale à défaut de solutions politiques ;
  • C’est confirmer l’allergie dans la société contre le système bruxellois, donc finalement donner des arguments pour se faire battre.

Bien au contraire, la campagne des élections européennes devrait permettre de s’ouvrir à la contradiction car si toutes les critiques sont d’emblée anti-européennes, alors il n’y a pas de débat possible.

Le jeu de la bataille électorale devrait viser, dans un espace public – plus idéal que réel – à parvenir à distinguer entre la structure de l’UE, le cadre, qui formellement ne fait pas l’objet du scrutin et appelle la fermeté quant au respect des règles et des valeurs et les politiques de l’UE, qui selon le degré de compétences exclusives ou partagées, font l’objet de propositions concurrentes entre les offres partisanes.

L’enjeu du scrutin est un moment de vérité, puisque la question de la survie face à l’abime, de l’instinct de survie des Européens à vivre ensemble est posée. Après les décisions prises dans l’urgence et l’improvisation face aux crises, l’opinion publique européenne prend conscience qu’il faut un réveil pour s’organiser en tant qu’Européens pour défendre nos valeurs et nos intérêts parce qu’aujourd’hui l’Europe est un destin.

Le succès de la nouvelle démagogie contre l’Europe : la bonne conscience est dorénavant eurosceptique

En ce début de campagne, il semble qu’une seule idée soit présente dans toutes les têtes : refaire le match de 2005, de la campagne référendaire sur le traité pour une Constitution pour l’Europe :

Pour ceux dans le camp du non, c’est évidemment le moment de renouveler la claque contre le pouvoir, alors qu’il s’agissait déjà d’un autre enjeu et que c’est encore maintenant le cas. Il s’agit d’envoyer des eurodéputés au Parlement européen, non de renvoyer le gouvernement à ses chères études.

Seule nouveauté, l’échelle des manœuvres de manipulation de l’opinion publique à l’occasion du traité d’Aix-la-Chapelle, qui ont franchi un cap que l’on pensait réservées aux États-Unis de Trump. Les fausses informations, déjà légions en matière européenne, sont dorénavant des « faits alternatifs » ; dans une relative indifférence, ou pire incapacité à faire la part des choses faute de repères.

Pour ceux qui étaient les tenants du oui, c’est d’une certaine manière encore pire, puisque pour certains, les élections européennes du printemps prochain semblent être l’occasion de faire amende honorable, de corriger leur faute d’avoir eu tort contre le peuple. Pour dire les choses simplement : la bonne conscience est dorénavant eurosceptique.

Ainis, l’éditorialiste politique de France Inter Thomas Legrand affirme doctement que « le résultat [des Européennes] n’aura quasiment aucune incidence directe sur nos vies quotidiennes », un aveu sans doute très largement partagé, révélant à la fois d’une profonde méconnaissance de l’Union européenne mais surtout d’un désintérêt lié à une certaine provincialisation de la politique en France par rapport au continent européen et aux enjeux internationaux.

En bref, tandis que le gouvernement se drape dans une morale anti-populiste à défaut de politique, tous les opposants au gouvernement – dans les médias ou les partis – font de la politique sans vergogne, sur le dos de la réalité européenne.

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