Les Européens, abandonnés au populisme et attachés au souverainisme démocratique

Dans une enquête paneuropéenne (UE27 + UK) de la Fondation pour l’innovation politique, il apparaît qu’au moment des élections européennes, la plupart des 360 millions d’électeurs sont indubitablement acquis à la fois aux valeurs de la démocratie et à l’idée européenne, peut-être plus que jamais. Comment cette double conviction populaire doit être interprétée pour éviter tout malentendu sur l’interprétation du vote populiste en progression ?

Être Européen en 2024 : soutien à l’idée européenne, aux principes qui la fondent, aux institutions qui en émanent

Le soutien à l’Union européenne atteint des niveaux sans précédent, avec 87 % de la population européenne qui approuve l’appartenance de leur pays à l’Union. Ce soutien massif se reflète également dans l’acceptation de la monnaie européenne, l’euro, à 92 % des personnes interrogées. Le souhait de quitter l’Union européenne est devenu marginal, avec seulement 13 % de la population qui envisage cette option. Ce soutien à l’Europe est également une réalité électorale, avec une majorité d’opinion qui se traduit par un choix de représentants politiques pro-européens. Ces trois résultats contredisent le discours médiatique sur la soi-disant « vague populiste ».

La montée des périls dans le monde affermit l’idée européenne

La mondialisation inquiète davantage les Européens, qui voient dans l’Union européenne un moyen de se protéger face aux défis économiques et sociaux. L’agressivité de puissances hostiles, telles que la Russie, la Chine, l’Iran et la Turquie, a également favorisé l’idée européenne. Les Européens sont conscients que face à ces menaces, ils sont plus forts ensemble que séparément. La crainte d’une nouvelle guerre mondiale est présente dans l’esprit de 60 % de la population, ce qui renforce encore davantage le soutien à l’Union européenne.

Les Européens à la recherche d’une puissance publique pour répondre à leurs besoins et à leurs attentes

Les Européens se posent la question de savoir ce que les États peuvent faire pour leur peuple. Le « Brexit » montre que les populistes ne sont pas en mesure de répondre aux attentes de la population, qui se sent abandonnée.

Le scepticisme à l’égard de l’État, le stato-scepticisme est plus élevé que celui à l’égard des institutions européennes, l’euro-scepticisme, avec des institutions européennes qui suscitent plus de confiance que les institutions nationales.

Le vote populiste est une composante de l’appel des Européens pour une puissance publique supplémentaire, une demande restée sans réponse.

C’est dans l’attente d’une puissance publique supplémentaire qu’une nouvelle demande d’Europe, une demande populaire, s’installe au cœur de l’opinion européenne.

La plupart des Européens ne croient pas ou ne croient plus aux capacités de leurs États à s’appuyer sur leurs propres forces. Par pragmatisme, et non par idéal comme l’illustre le succès de l’euro, les Européens sont disposés à l’affirmation d’une puissance publique européenne.

Les Européens souhaitent également reprendre le contrôle démocratique de l’espace public de plus en plus numérique, au regard du risque de perte de nos libertés individuelles et collectives, de destruction des fondations de la culture et de la vie démocratique européenne.

Une Europe qui protège, selon les Européens

La sécurité est la première des revendications des Européens. Ils sont conscients que les menaces sont de plus en plus nombreuses et complexes. Le soutien à l’OTAN est fort, avec 65 % favorable. Les Européens souhaitent également une armée commune, en complément des armées nationales, avec 67 % qui soutient cette idée.

Les Européens veulent la protection des frontières communes, avec 86 % de la population qui déclare que cela devrait être une priorité pour l’Union européenne. Ils sont conscients que la liberté de circulation est un acquis précieux, mais ils souhaitent également être protégés contre les menaces extérieures.

En somme, en 2024, les Européens sont plus que jamais attachés à l’Union européenne, qu’ils voient comme un moyen de se protéger face aux défis du monde. Ils sont à la recherche d’une puissance publique, en particulier en matière de sécurité et qui puisse peser sur la scène internationale.

Quelle gouvernance publique pour renforcer la transparence et l’intégrité de la vie publique contre des activités de lobbying et d’influence étrangères ?

L’OCDE s’interroge sur comment « Renforcer la transparence et l’intégrité des activités d’influence étrangère en France : Un outil pour lutter contre les risques d’ingérences étrangères ».

Principaux constats sur la résilience démocratique

La France développe de nombreux outils de politiques publiques pour lutter contre les risques d’ingérence étrangère :  dispositif pénal de répression des atteintes aux intérêts fondamentaux de la Nation, outils réglementaires dédiés au financement de la vie politique, encadrement des activités de lobbying, lutte contre la corruption, le trafic d’influence, la prise illégale d’intérêts, ainsi que dispositifs administratifs de contrôle des investissements étrangers ou lutte contre les ingérences numériques étrangères.

La transparence et l’intégrité de la vie publique sont des domaines prioritaires d’action pour renforcer la résilience de la France face au risque croissant d’ingérence dans ses processus démocratiques.

Par exemple, l’influence de l’opinion publique comme moyen indirect d’influence sur les décisions publiques et les processus démocratiques n’est pas couverte, alors qu’il s’agit d’une part croissante des activités d’influence étrangère

Risques d’interférence étrangère

Au-delà des services de renseignement ou des institutions diplomatiques, de nombreux acteurs, notamment non-gouvernementaux, sont mobilisés (groupes de réflexion, institutions culturelles, organisations de la société civile, universités, diasporas, et médias :

  1. Capture des élites politiques et économiques : corruption, influence indue, offre de cadeaux et autres avantages ou mobilités professionnelles ;
  2. Financement de la vie politique : influence indue et capture politique ;
  3. Ingérence électorale : narratifs trompeurs, attaques de dénigrement ou piratages informatiques contre des candidats, financement de publicités ciblées ;
  4. Manipulations de l’information d’origine étrangères : campagnes de manipulations de l’information visant à façonner l’opinion publique et à renforcer le polarisation politique et le défiance via médias d’État, sites web de désinformation, fermes à trolls et bots sur les réseaux sociaux, influenceurs et journalistes sous influence, intelligence artificielle ;
  5. Coercition économique : investissements directs de puissances étrangères, d’entreprises d’État ou assimilées dans des secteurs stratégiques ou d’infrastructures critiques ;
  6. Utilisation abusive de la coopération universitaire, culturelle, des organisations de la société civile et des think-tanks : dépendances et captures des élites ;
  7. Contrôle, surveillance et répression transnationale des diasporas : ingérences ou manipulation.

L’ingérence étrangère, un phénomène déjà bien appréhendé par le cadre juridique et les pouvoirs publics en France :

  • Sur le plan pénal, le dispositif de répression des atteintes aux intérêts fondamentaux ;
  • Restrictions posées au financement provenant de l’étranger des partis politiques et des campagnes électorales ;
  • Dispositif de lutte contre les atteintes à la probité, y compris la corruption, le trafic d’influence, la prise illégale d’intérêts ;
  • Dispositif de contrôle des investissements étrangers ;
  • Dispositif de lutte contre les ingérences numériques étrangères ;
  • Dispositif sur l’encadrement des activités de représentation d’intérêts.

Principales recommandations

La France pourrait adopter un dispositif spécifique sur l’encadrement des activités de lobbying et d’influence étrangères effectuées au nom d’États ou d’organisations étatiques étrangères afin de renforcer la transparence des activités d’influence étrangère, de détecter et de sanctionner les activités non-déclarées :

1. Définir les acteurs et les activités d’influence étrangère couverts par le dispositif de transparence, tant l’influence sur les processus décisionnels, mais aussi celle sur le débat public ;

2. Définir les cibles des activités d’influence étrangère, tant les décisions publiques et les processus démocratiques visés que les processus électoraux ;

3. Définir les obligations de transparence pour les activités d’influence étrangère ;

4. Assurer le respect des obligations de transparence, avec un dispositif gradué de sanctions allant de sanctions administratives pécuniaires aux sanctions pénales ;

5. Délimiter le cadre institutionnel permettant l’administration du dispositif, le contrôle, les enquêtes et l’application des sanctions en confiant tout ou une partie de la mise en œuvre du dispositif à la HATVP avec un registre séparé ou unique administré par la HATVP.

6. Renforcer les obligations déontologiques applicables aux responsables et agents publics et aux représentants d’intérêts en matière d’influence étrangère.

7. Renforcer le contrôle sur les carrières professionnelles d’anciens responsables et agents publics au sein d’entités étrangères, au-delà de trois ans pour les activités de représentation.

La communication européenne en dehors de l’Union européenne

Lors de la conférence « Communication européenne, comment se faire entendre ? », organisée par l’Académie des Controverses et de la Communication Sensible, Karine Johannes, professeure à l’Université internationale de Rabat est intervenue autour de la problématique de la communication de l’Union européenne à l’étranger…

Les registres de communication de l’UE à l’étranger

En théorie, c’est le Service européen d’action extérieure, le SEAE, qui gère la diplomatie européenne, en particulier sa cohérence, son efficacité et l’influence de l’UE à l’étranger tandis que 139 délégations partout dans le monde s’occupent du dialogue politique et stratégique avec les acteurs locaux ainsi que la gestion des programmes européens de coopération, de partenariat, d’aide au développement.

En pratique, plusieurs paradigmes de communication cohabitent :

  1. La diplomatie publique : une stratégie de nation à nation, qui repose sur des relations à long terme, de coopération constructive autour de nos intérêts et des défis ;
  2. La communication institutionnelle : une démarche d’institutions à publics, qui vise à partager des informations sur les priorités politiques dans des contextes locaux ;
  3. L’information médiatique : une finalité d’institution à opinions, qui vise à lutter contre la désinformation avec des connaissances.

Et la communication autour des élections européennes à l’étranger ?

Le SEAE et ses délégations mène une campagne de communication pour les ressortissants européens dans les pays à l’étranger, à la fois pour des raisons politiques, car le Parlement européen contrôle les actions du SEAE et le futur Parlement pèsera sur la politique extérieure mais aussi pour des raisons géopolitiques qu’il s’agisse de la bataille des récits autour d’enjeux mondiaux entre les grandes puissances ou des débats autour des impacts de l’UE dans le monde.

Pour les élections européennes, la communication est pyramidale, venant du SEAE vers les délégations, mais aussi polyphonique, chaque acteur local, ambassade ou consulat, communique séparément et enfin mobilisatrice dans ses finalités et procédurale en se basant sur des faits, pas sur des récits.

D’une certaine manière, on assiste à une certaine contradiction entre d’une part, un imaginaire de dépassement des États-nations avec le projet de l’UE, unie dans la diversité et d’autre part, l’opérationnalisation fragmentée par les États-membres.

Modèles et traits de la communication de l’UE hors de l’UE

Plusieurs modèles de communication, comme clé d’analyse :

  1. Une politique soluble dans la communication : la communication comprise comme un mode d’action politique à part entière
  2. Une communication institutionnalisante avec la performativité de l’énonciation
  3. Une approche persuasive et non délibérative visant le consentement politique

Des traits relatifs à la communication :

  • Un émetteur unique avec la délégation de l’UE à l’étranger
  • Une concrétude de l’espace physique et médiatique
  • Une approche unifiée et une énonciation collective négociée
  • Une perpétuation réticulaire, avec un usage des réseaux sociaux, des leaders d’opinion, des multiplicateurs pour faire parler
  • Des rites et des mythes fondateurs et agrégateurs : fêtes, commémorations…
  • Un discours narratif légitimant sur la base d’accords politiques internationaux, l’UE s’adresse aux peuples en vertu de liens forts légitimes d’adhésion et de consentement

Discipline largement moins étudiée, la communication européenne hors de l’Europe est à la fois une source d’inspiration, de comparaison et potentiellement de corrections.

Publicité politique sur les réseaux sociaux : vers une régulation européenne pour plus de transparence et de protection des citoyens

Les réseaux sociaux sont devenus un terrain de jeu privilégié pour les acteurs politiques qui cherchent à influencer l’opinion publique. Cependant, la publicité politique sur ces plateformes soulève de nombreuses problématiques, notamment en termes de transparence, de protection des données personnelles et de manipulation de l’information. Face à ces enjeux, les institutions européennes ont décidé d’intervenir en proposant un nouveau règlement sur la transparence et le ciblage de la publicité à caractère politique.

Risques et dérives de la publicité politique sur les réseaux sociaux en termes de microciblage et de bulles algorithmiques de filtre

La publicité politique sur les réseaux sociaux permet de cibler très précisément les électeurs en fonction de leurs centres d’intérêt, de leur âge, de leur localisation géographique ou encore de leur historique de navigation. Cette pratique de « micro-ciblage », peut être utilisée à des fins d’influencer l’opinion publique, en diffusant des messages différents (plusieurs milliers pour les campagnes Brexit et Trump) à des groupes de personnes différents, voire contradictoires autant pour inciter à voter pour un candidat que désinciter à voter pour un autre candidat.

Par ailleurs, la publicité politique sur les réseaux sociaux soulève des questions de protection des données personnelles. En effet, les plateformes collectent et traitent des données sensibles sur les utilisateurs, qui peuvent être utilisées à des fins politiques sans leur consentement explicite. De plus, les algorithmes utilisés pour cibler les publicités peuvent renforcer les biais cognitifs et les bulles de filtre, en ne présentant aux utilisateurs que des informations qui confortent leurs opinions.

Nouveau règlement européen sur la transparence et le ciblage de la publicité à caractère politique : vers plus de transparence et de protection des citoyens

La future règlementation européenne, en cours de discussion entre les institutions européennes, après les positions du Conseil de l’UE en novembre dernier, le Parlement européenne vient d’adopter ses amendements en plénière en février, l’intention vise à renforcer la transparence et la protection des citoyens en matière de publicité politique sur les réseaux sociaux :

  1. Une définition claire de la publicité à caractère politique, qui devra être clairement identifiée comme telle ;
  2. L’obligation pour les plateformes de tenir un registre public des publicités politiques diffusées, avec des informations détaillées sur l’annonceur, le budget, la durée et le ciblage ;
  3. L’interdiction de cibler les publicités politiques en fonction de données sensibles, telles que l’orientation politique, la religion, l’origine ethnique ou l’orientation sexuelle ;
  4. L’obligation pour les plateformes de fournir des informations claires et compréhensibles sur les raisons pour lesquelles une publicité politique est diffusée à un utilisateur en particulier ;
  5. La possibilité pour les utilisateurs de signaler des publicités politiques trompeuses ou illégales ;
  6. L’interdiction de parrainage d’annonces provenant de l’extérieur de l’UE au cours des trois mois précédant une élection ou un référendum.

Comment préserver la démocratie tout en permettant une diffusion responsable des messages politiques ?

Protéger l’intégrité des élections : La proposition est élaborée dans le contexte des élections du Parlement européen de 2024, même si elle ne pourra pas être mise en œuvre dans les délais. L’objectif est de protéger l’intégrité des élections en prévenant toute tentative de manipulation des comportements de vote à travers l’utilisation de médias sociaux.

Se prémunir des ingérences électorales étrangères : L’émergence et la multiplication des médias sociaux ont ouvert de nouvelles possibilités d’ingérence dans les processus démocratiques. Des scandales tels que l’affaire Cambridge Analytica ont mis en lumière la capacité à exploiter les données personnelles pour influencer les élections.

Appliquer le Digital Services Act (DSA) : La proposition s’inscrit dans le cadre plus large du Digital Services Act, qui vise à réglementer les plateformes en ligne. Le DSA prévoit des règles communes pour garantir un environnement en ligne sûr et transparent, ces dispositions renforceront la transparence de la publicité politique en ligne.

Uniformiser la définition de la publicité politique sur les réseaux sociaux : La proposition vise à mettre fin à la fragmentation des dispositions nationales en matière de publicité politique avant 2024, assurant ainsi une approche uniforme au sein de l’Union européenne. La Commission souligne la nécessité d’harmoniser les définitions de la publicité politique pour assurer un processus démocratique équitable. Le règlement introduit la première définition européenne de la publicité politique, couvrant un large éventail de moyens de communication.

Assurer des obligations de transparence : Les plateformes qui vendent de la publicité politique devront assurer la transparence dès les premiers échanges avec les annonceurs, reste à savoir comment ces plateformes procéderont pour les mentions spécifiques dans les annonces publicitaires qui sont prévus.

Surveillance et sanctions : Les autorités de contrôle des États membres sont habilitées à surveiller l’application du règlement, enquêter sur les violations, et infliger des sanctions en cas de non-respect des obligations.

Approches changeantes des médias sociaux envers le contenu politique et d’actualité

Selon certains spécialistes des réseaux sociaux, alors que Meta cherche à réduire la présence de contenu politique dans ses applications Facebook et Instagram, en revanche X-Twitter se tourne davantage vers le débat politique, tandis que Tiktok ne s’interdit plus les sujets plus politiques, au point de pousser Biden à s’y inscrire pour sa campagne de réélection. Bien que Meta cherche à éviter les coûts et les dommages réputationnels associés au contenu d’actualité et politique, la réduction de ce type de contenu pourrait avoir un impact sur les électeurs et l’influence politique voire les démarches de propagation de la désinformation.

Au total, en se concentrant sur la transparence des annonces publicitaires et l’encadrement du ciblage, la règlementation européenne ne devrait pas faire obstacle à la diffusion des messages politiques protégés par la liberté d’expression et indispensables en démocratie, tout en régulant une activité sensible ayant connue des dérives.

Les médias français couvrent-ils suffisamment les affaires européennes ?

En plein cœur de la campagne des élections européennes, le Mouvement Européen France organise lundi 22 avril à Sciences Po Paris avec Les Jeunes Européens – France de Sciences Po, le Centre de politique Européenne et l’Association des journalistes européens une conférence sur l’état de l’information européenne en France…

Les médias français en font-ils assez sur l’Europe ?

C’est avec cette question de pure rhétorique, que Victor Wharem, représentant du Centre de politique européenne en France entame les échanges avec cette question « Comment expliquer que seuls 39% des Français aient récemment entendu parler de l’actualité du Parlement européen, contre 62% des Européens en moyenne, et 74% des Allemands ? ». C’est l’un des enseignements principaux de l’enquête Eurobaromètre de juin 2023 : la France est bonne dernière en termes de couverture de l’actualité européenne, et malgré des améliorations, le retard reste important vis-à-vis de tous les autres pays européens – l’Irlande, avant-dernière, étant par exemple à 50%. C’est à la société civile et aux citoyens de se mobiliser et donc la raison pour laquelle une pétition a été lancée en novembre 2023.

Avec les élections européennes, on parle un peu plus d’Europe, mais l’exception continue : le désintérêt pour les élections européennes des Français (47%) est encore confirmé dans la dernière enquête Eurobaromètre avant le scrutin, par rapport au reste des Européens (60%), tandis que l’euroscepticisme semble plus marqué en France qu’ailleurs, selon les résultats de l’enquête qualitative de Destin commun qui projette 41% d’europhobes et 23% d’euro-critiques en France, plaçant notre pays dans une position singulière dans l’UE.

Jean Marie Cavada : l’audiovisuel s’intéresse à l’Europe quand elle commence à faire les gros titres de la presse

Des résultats qui sortiront des urnes en juin prochain, la liste des responsables sera longue, pour l’ancien eurodéputé… Quand on parle d’Europe, il faut parler des peuples européens, comme Olivier Guez dans l’ouvrage « Le Grand Tour » qui rassemble les points de vue d’écrivains européens pour parler de leurs souvenirs et mémoires d’Europe. Il faut se rappeler que la France est peu pro-européenne, rappelle l’ancien président du Mouvement Européen France, elle a refusé la défense en 1954 (la CED) et la constitution en 2005. Mais d’une part, il y a un décalage entre la capitale jacobine centralisée, y compris pour les médias nationaux et le pays qui est girondin, s’intéresse davantage à la presse régionale et locale, qui devrait être davantage développée sur l’Europe. D’autre part, il faut réinvestir le rôle des correspondants de presse dans tous les autres pays, c’est une veulerie éditoriale de notre époque alors que seul le continent européen a une chance dans le monde, il faut cette vision à l’échelle continentale.

En matière d’information européenne, la France occupe une position désastreuse qui doit être nuancée : la presse écrite parle plus d’Europe que l’audiovisuel et la radio un peu plus que la télévision. Malgré les cahiers des charges qui impose une forte obligation de parler des affaires européennes pour toutes les chaînes de télévision, le premier média d’information en Europe, TF1, ne dispose toujours pas de correspondant permanent à Bruxelles. L’audiovisuel s’intéresse à l’Europe quand elle commence à faire les gros titres de la presse, comme avec l’affaire de la nomination de l’Américaine Scott Morton au poste de Chief Economist à la Commission européenne pour superviser les régulations du secteur numérique DMA et DSA.

Pour le service public de l’audiovisuel, l’ancien Président de Radio France reconnaît que les contrats d’objectifs et de moyens, pour avoir une certaine crédibilité, alors qu’il y a toujours plus d’objectifs et toujours moins de moyens, serait de permettre aux dirigeants de chaque entreprise d’avoir la possibilité de se projeter sur plusieurs exercices budgétaires, ce que la BBC est parvenu à régler depuis longtemps.

Pour l’information européenne à la télévision, il faut prendre le média tel qu’il est, ça veut dire qu’il faut produire des choses abordables, traduire de manière simple des éléments plus complexes, le destin humain plutôt que la vie des institutions.

Pour les réseaux sociaux, il faut réviser la loi américaine « section 230 » remontant à Bill Clinton qui encadre à travers le monde les entreprises technologiques autour d’un principe que les réseaux sociaux ne sont pas des éditeurs, responsables de contenus qui circulent sur leurs plateformes, les réseaux sociaux sont des médias au cœur de nos vies, qui devraient exercer une pleine responsabilité sachant que les monopoles sont les ennemis de la démocratie.

Quand il s’agit de voir ce qu’il ne faut pas faire, il suffit de se plonger dans « Le Monde d’hier, souvenirs d’un Européen », le livre de Stefan Zweig et se rappeler la devise d’Elie Wiesel : « les gens qui ne connaissent pas l’histoire, s’exposent à la revivre ».

Constance Le Grip : le Parlement européen, un purgatoire médiatique

Députée Renaissance, membre de la Commission des Affaires européennes et ancienne eurodéputée confirme que l’accès aux médias nationaux est beaucoup plus aisé pour un élu national qu’européen, malgré l’importance des sujets pour l’avenir, une fois le tour de quelques émissions dédiées à l’Europe, d’échanges avec quelques correspondants de presse à Bruxelles, il reste peu de débouchés et rien dans l’audiovisuel.

Les réseaux sociaux seront-ils en mesure de combler le fossé médiatique en favorisant le contact direct ? La plupart des eurodéputés ne s’épanouissent pas encore de manière pleinement satisfaisante sur ces plateformes.

Le service public de l’audiovisuel pourrait-il porter plus d’Europe sur les ondes ? Les parlementaires disposent de leviers limités : un droit de regard sur les contrats d’objectifs et de moyens et l’idée d’insérer un indicateur de performance pour mesurer la couverture des sujets européens à l’antenne des chaînes.

L’ingérence étrangère représente une nouvelle préoccupation qui touche à la fois les médias, les réseaux sociaux et les citoyens au travers des campagnes de désinformation massives contre la démocratie européenne qui menace déjà la sincérité des débats et demain peut-être l’intégrité des résultats du scrutin.

Anne Grand d’Esnon, membre de l’ARCOM : la pédagogie multiple sur l’Europe à la TV

La membre de l’ARCOM rappelle que dans les cahiers des charges, tant des chaînes privées comme LCI dont la convention prévoit une place à l’Europe autant que les chaînes TV publiques, les engagements portent à plusieurs niveaux : 1/ L’Europe dans l’information, les sujets des JT ; 2/ Des émissions récurrentes dédiées à l’Europe ; 3/ Des programmes comme la série « Parlement » sur France Télévisions ; 4/ des débats entre les candidats aux élections européennes et 4/ des modules civiques de sensibilisation, comme ceux réalisés lors des dernières élections départementales et régionales. Les modalités de corriger le déficit pédagogique sur l’Europe sont multiples.

Ana Navarro Pedro, correspondante à Paris de médias portugais : l’Europe, la gratitude du cœur et une question de la vie quotidienne

La couverture de l’actualité européenne est quasi nulle en France par rapport au Portugal. En France, la déception de 2005 demeure un point de blocage, une perte de confiance dans la politique. Au Portugal, l’adhésion en 1986 donne une perspective européenne reconnue dans la vie des citoyens, une sorte de gratitude du cœur. Les élections européennes sont d’ailleurs vraiment importantes pour le pays, quelques responsables politiques font même carrière avec l’Europe. Le score des dernières élections législatives avec le bon score de l’extrême-droite gâche la célébration des 50 ans de la chute de la dictature.

Pour intéresser les Français à l’Europe, les méthodes coercitives sous la contrainte ne sont pas la bonne réponse. Les journalistes sont trop focalisés sur les questions institutionnelles au détriment des décisions politiques, dont la pédagogie est insuffisante. L’Europe est une question importante dans la vie quotidienne, l’intérêt porté vient avec ce qui nous touche : questions économiques, d’emploi et de pouvoir d’achat.

Politico Europe est une bouffée d’air frais, avec une couverture des affaires européennes à Bruxelles comme pour la politique à Washington, l’actualité fédérale de l’union avec des spécialistes, des moyens et aussi un agenda politique, même s’il s’agit de l’Europe pour les professionnels de l’Europe.