L’information sur l’Europe : une nouvelle « exception française » ?

Invité à introduire à Sciences-Po Paris la conférence « Les médias français couvrent-ils suffisamment les affaires européennes ? », c’est l’occasion de développer une nouvelle forme d’expression peu glorieuse de l’exception française, celle de l’information sur l’Europe. De quoi s’agit-il exactement ?

Le déficit d’information, la France lanterne rouge des Européens

Dans l’Enquête Eurobaromètre : Medias & News en 2023, tout commence avec la première question très simple : « Avez-vous récemment lu dans la presse ou sur Internet, vu à la télévision ou entendu à la radio un sujet sur l’UE ? ».

La France se place à la dernière place des 27 États-membres, c’est le seul pays européen où il n’y a pas une majorité de personnes qui a été confrontée à des news sur l’Europe dans des medias mainstream d’information.

Les médias traditionnels, bastions de l’immobilisme en matière d’information européenne

Pour les médias traditionnels, à première vue, c’est toujours le même palmarès des médias les plus appréciés (TV>radio>presse). Mais, en réalité, c’est un fort gap générationnel.

La TV reste le média préféré pour s’informer, à plus de 70% pour les plus de 55 ans et autour de 40% pour les moins de 35 ans, mais il faut compter sur le tassement de la confiance dans les chaînes d’info privées et le phénomène de fatigue informationnelle et d’évitement des actualités, qui concerne quand même près de 10% de la population et qui sont valables aussi pour l’Europe.

La presse nationale résiste, avec des correspondants de presse relativement représentatifs des grands titres nationaux (Le Monde, Le Figaro, Les Échos, Libération, L’Opinion, La Croix) tandis que du côté de la presse locale, c’est plutôt un fort déficit d’info pour les Français par rapport aux autres Européens, notamment liés à la moindre présence de journalistes à Bruxelles (Sud-Ouest mais pas Ouest France) – alors que la confiance dans la presse régionale et locale est réputée bonne.

Mais là encore, l’exception française se confirme : seuls un tiers des Français déclarent directement consulter le site ou l’appli d’un média d’information – le pire résultat à l’échelle des Vingt-Sept.

Les médias sociaux, imposés dans les usages pour s’informer ; mais des acteurs peu fiables pour un espace numérique vertueux

Facebook – le seul réseau social majoritaire auprès des Français pour s’informer, mais Meta vient de s’engager à limiter les contenus à caractère politique – sans doute prudent mais au détriment des sujets européens qui avaient trouvés leur public.

Twitter-X – le réseau social le plus influent et en progression malgré Elon Musk auprès des leaders d’opinion, selon l’enquête Politico Europe EUMedialPoll2023 « Qui influence les Brussels Insiders ? » – sans doute déprimant, mais démontre la force de l’habitude et la pertinence des affaires européennes sur ce réseau.

TikTok – le réseau pour suivre des influenceurs – illustration avec deux deepfakes, des vidéos générées par l’IA : Amandine Le Pen et Léna Maréchal autour des élections européennes.

Et le média idéal, à quoi pourrait-il correspondre, selon les résultats de l’enquête Ipsos « TV, presse, radio, réseaux sociaux : les nouveaux usages des médias » présentés lors du festival Médias en Seine :

Recommandations pour améliorer l’information européenne en France

  1. Mettre en place un « Erasmus des journalistes » pour favoriser les échanges entre rédactions européennes. Encourager les médias traditionnels français (TV, radio, presse) à renforcer leur couverture des affaires européennes en créant un programme d’échange permettant aux journalistes de voyager dans d’autres rédactions européennes. Cela favoriserait le partage d’expériences, de bonnes pratiques et une meilleure compréhension des enjeux européens.
  2. Mettre en place des programmes de « reverse mentoring » sur les réseaux sociaux. Investir dans la présence des médias d’information sur les réseaux sociaux pour toucher un public plus large et plus jeune. Parallèlement, instaurer des programmes où les jeunes journalistes forment leurs collègues plus seniors à l’utilisation optimale de ces plateformes, tout en mettant l’accent sur la fiabilité des informations diffusées et l’ouverture aux interactions.
  3. Créer des partenariats entre médias traditionnels, influenceurs et acteurs de la société civile européenne. Encourager la collaboration entre les médias traditionnels et les influenceurs sur les réseaux sociaux pour créer des contenus innovants et engageants sur les affaires européennes. Proposer des formations dédiées à l’Europe pour les créateurs de contenus, ainsi que des labels et des partenariats avec des acteurs référents de la société civile européenne.
  4. Lancer des campagnes de sensibilisation sur l’impact concret des décisions européennes. Sensibiliser le public français à l’importance de s’informer sur les questions européennes, en mettant en avant, de manière créative et interactive, l’impact concret des décisions prises à Bruxelles sur leur vie quotidienne.
  5. Intégrer l’éducation aux médias et à l’information dans les programmes scolaires. Promouvoir l’éducation aux médias et à l’information dès le plus jeune âge pour aider les citoyens à développer un esprit critique face aux contenus en ligne, notamment ceux liés à l’Europe. Collaborer avec les établissements scolaires pour intégrer ces compétences dans les programmes éducatifs.

Désinformation lors des élections en Europe : décryptage des campagnes de manipulation des opinions

Le groupe de travail EDMO sur les élections européennes de 2024 publie un rapport sur les discours de désinformation lors des élections de 2023 en Europe, des recherches utiles sur ce qui s’est passé lors des campagne électorales passées lors des votes en 2023…

Près d’un millier d’articles de fake news, faisant l’objet de fact-checking publiés dans le contexte de 8 élections dans des États-membres de l’UE différents

L’analyse révèle une désinformation généralisée au cours des campagnes électorales dans tous les pays considérés, en particulier sur le processus électoral, avec de faux récits visant souvent à délégitimer les élections par des allégations infondées de fraude électorale, d’influences étrangères et de pratiques déloyales. Chaque pays présente également des tendances uniques en matière de désinformation, influencées par les contextes nationaux et les événements mondiaux actuels. Les thèmes clés incluent la guerre en Ukraine, l’économie, le changement climatique et les questions sociales (par exemple, les thèmes de genre, la religion et l’immigration). La nature omniprésente de ces récits souligne leur impact probablement significatif sur les débats démocratiques en Europe et souligne la nécessité cruciale de solides initiatives de vérification des faits et de sensibilisation pour préserver l’intégrité électorale et les valeurs démocratiques.

Classification des faux récits de désinformation sur le processus électoral dans les pays de l’UE en 2023 :

  • République tchèque – élection présidentielle – janvier : les questions militaires et liées à la défense ont occupé une place centrale dans le discours public, tout en étant affectées par une quantité significative de désinformation ;
  • Estonie – élection parlementaire – mars : en amont des élections, des fausses statistiques ont circulé sur les hausses de prix, tandis que des récits de désinformation sur la guerre en Ukraine et le changement climatique ont été largement diffusés ;
  • Bulgarie – élection parlementaire – avril : des vidéos ont été mal interprétées comme des preuves d’ingérence américaine, et des informations fausses ont circulé sur les positions des partis politiques concernant les questions LGBTQ+ ;
  • Finlande – élection parlementaire – avril : des histoires fausses ont porté sur les affiliations politiques des journalistes et la présentation erronée de directives de l’UE sur la performance énergétique des bâtiments ;
  • Grèce – élection parlementaire – mai/juin ( 2e tour) : des images trompeuses ont été utilisées pour propager des rumeurs, notamment sur la Vierge Marie, tandis que des fausses histoires ont cherché à discréditer les LGBTQ+ et les immigrants ;
  • Espagne – élection parlementaire – juillet : la désinformation a touché divers sujets, notamment le changement climatique, l’immigration et les questions LGBTQ+, avec de fausses allégations sur les positions des partis ;
  • Slovaquie – élection parlementaire – septembre : des récits de désinformation ont joué sur les sentiments anti-occidentaux, insinuant la présence de soldats américains ;
  • Pologne – élection parlementaire – octobre : la guerre en Ukraine a été au cœur des fausses histoires, avec des accusations diffamatoires contre les Ukrainiens et des théories du complot sur la guerre.

Paysage de la désinformation affectant les processus pré- et post-électoral à travers l’Europe

Les récits de désinformation sur le processus électoral en tant que tel émerge comme l’un des récits les plus courants, comme la suggestion de fraudes électorales ou de pratiques injustes présumées qui invalideraient les résultats des élections, avec pour objectif apparent de délégitimer les représentants élus démocratiquement.

Aucune des élections examinées n’est exempte de ce type de désinformation, utilisé de manière célèbre par Donald Trump lors de la campagne présidentielle américaine de 2020. Des accusations similaires infondées ont parfois été formulées par des membres nationaux du Parlement. Avant les élections en Slovaquie, par exemple, l’ancien Premier ministre et leader de SMER, Robert Fico, et le président du parti d’extrême droite Republika, Milan Uhrík, ont averti les électeurs d’une possible fraude électorale.

Les affirmations spécifiques utilisées pour suggérer des irrégularités dans le processus électoral étaient très différentes selon les pays où elles étaient diffusées. Les plus courantes font référence à des tentatives présumées d’ajouter ou de soustraire illégalement des votes ; des dysfonctionnements ou des fraudes causés par le vote électronique ou postal ; et des procédures de comptage supposément étranges dans les registres pour augmenter le nombre de votants (par exemple, dépassant celui des résidents locaux).

D’autres fausses affirmations sur les procédures de vote comprenaient l’utilisation de crayons de vote effaçables, des bulletins prémarqués, et même des erreurs survenues réellement dans les isoloirs présentées comme une tentative organisée de manipuler le vote populaire, allant même jusqu’à prétendre que les commissions électorales pouvaient annuler des bulletins à volonté. En Pologne, où un référendum a eu lieu en conjonction avec les élections parlementaires, on prétendait que les deux bulletins utilisés lors des élections seraient agrafés ensemble, forçant ainsi les électeurs à s’exprimer lors du référendum.

Ces prétendues irrégularités ne sont pas seulement liées à la période post-électorale. La désinformation sur le processus électoral était significativement présente même avant le vote. Par exemple, le fait que dans certains pays, le vote postal est possible avant la fin de la campagne électorale a été utilisé par les désinformateurs pour semer le doute et la méfiance envers le vote. Des erreurs triviales ont également été exploitées à cette fin, comme un chronomètre défectueux lors d’un débat électoral, que certains ont prétendu être la preuve d’élections truquées. Des « marques étranges » supposées sur les bulletins de vote, des urnes prétendument déplacées vers des endroits inhabituels ou la possibilité de voter plusieurs fois sont parmi les informations fausses et inexactes potentiellement propagées dans le but de créer de la confusion et/ou d’encourager les gens à commettre des erreurs qui invalideraient leurs votes.

Dans plusieurs pays, des histoires fausses affirmaient que les immigrants ou les réfugiés ukrainiens étaient autorisés à voter, exploitant des sentiments xénophobes pour suggérer une tentative de sous-évaluer les choix politiques des citoyens réels. En Pologne, ces fausses théories circulaient avant et le jour même des élections. En Espagne – le pays où la désinformation sur le processus électoral a été la plus détectée et quantitativement traitée par les vérificateurs de faits – on prétendait également que Pedro Sánchez et le PSOE empêchaient les trains de quitter Valence pour que les passagers ne puissent pas voter, ou que le gouvernement offrait des emplois pendant la campagne électorale pour plaire aux électeurs. Une histoire similaire a également été prouvée fausse en Estonie, impliquant cette fois une prétendue augmentation de salaire pour les fonctionnaires publics.

La tentative de susciter des doutes sur la légitimité du processus électoral est souvent accompagnée d’allégations fausses sur des déploiements « suspects » de forces armées ou d’une prétendue ingérence de pays étrangers et d’organisations. Dans ce sens, le cas le plus significatif est à nouveau celui des élections espagnoles, où des conspirations présumées sur la validité de l’élection ont été diffusées sur divers médias sociaux, y compris TikTok. Des histoires fausses conformes à ce récit prétendaient que les institutions européennes (en particulier la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen) et des États voisins tels que le Maroc faisaient campagne activement en faveur de Pedro Sánchez. Dans ce contexte, le roi Felipe VI a également été faussement accusé d’abandonner la neutralité politique de la couronne pour appeler à l’élection de « progressistes ». D’autres histoires fausses suggéraient des réunions secrètes présumées de l’OTAN visant à manipuler les résultats des élections. De nombreuses histoires fausses alléguant une fraude électorale ont également été largement diffusées après l’élection. Un fact-checking par AFP Fakty (Slovaquie). « Les experts disent que l’enregistrement présumé d’un appel téléphonique entre le leader du PS et un journaliste de l’agence Denník N. montre de nombreux signes de manipulation ». En Bulgarie, une ingérence des États-Unis a été affirmée avec un contenu trompeur. En Slovaquie – un pays où la population est très méfiante à l’égard de l’ingérence occidentale dans les élections, selon un sondage récent – un prétendu appel téléphonique circulait dans lequel Michal Šimečka, le leader du parti social-libéral Progressive Slovakia, discutait avec un journaliste de fraudes électorales. Selon plusieurs experts, il s’agissait d’un audio généré artificiellement.

La désinformation étant étroitement liée aux événements actuels et aux sujets de débat public, des thèmes communs de désinformation peuvent être retracés à travers toutes les élections analysées pour les questions qui ont touché toute l’Europe. En général, les principaux sujets intéressés par les récits de désinformation sont souvent économiques, y compris les impôts, les prêts hypothécaires, le coût de la vie dû à l’inflation ou à la crise énergétique, mais aussi des attentes générales/qualité de vie. Les alliances politiques actuelles et passées sont également souvent le sujet d’histoires fausses. Dans certains pays, les questions de sécurité ou de défense contre l’intervention extérieure sont centrales, souvent en référence à la guerre en Ukraine. D’autres sujets (tels que le changement climatique, les lois et institutions de l’UE, l’immigration) qui sont des cibles bien connues de la désinformation au niveau européen émergent dans le débat public de manière très différente d’un pays à l’autre. Dans certains pays où la religion est une caractéristique prédominante de la vie publique, elle a également été une cible fréquente de désinformation. Dans ces cas, des histoires fausses sur les questions de genre et la communauté LGBTQ+ ont proliféré de manière significative.

Les questions militaires et liées à la défense ont été au centre du discours public et ont été fortement affectées par une quantité significative de désinformation en République tchèque. Andrej Babiš, l’ancien Premier ministre battu au second tour, a tenté de capitaliser sur les craintes associées à l’expansion potentielle de la guerre en Ukraine. Cette question était également centrale dans les récits de désinformation. AFP Na pravou míru (République tchèque). « Un article manipulé propage des mensonges sur les projets de Petr Pavel de rétablir le service militaire ». Plusieurs fausses histoires portaient sur des sujets tels que la réintroduction du service militaire, le déploiement de soldats à l’étranger et à l’intérieur des frontières nationales, et d’autres mesures anti-guerre. Dans ce contexte, plusieurs récits familiers sur la guerre ont été revisités, dont beaucoup faisaient écho à la propagande russe.

Au total, cette recension un peu longue vise à lever définitivement le doute sur la présence hélas généralisée de la désinformation dans les campagnes électorales des démocraties européennes. Certains thèmes sont privilégiés, tels que le climat ou la sécurité, comme des cibles fréquentes de la désinformation pour susciter la peur, semer la confusion et influencer le résultat du scrutin. Les tactiques de désinformation varient, allant de fausses informations sur les politiques à la création de fausses histoires liées à des personnalités politiques, en passant par des allégations de conspiration et des manipulations visant à semer la méfiance.

Des efforts sont indispensables pour contrer la désinformation, que ce soit par le biais de la sensibilisation du public, du renforcement de la cybersécurité, ou de la collaboration entre les gouvernements, les plateformes de médias sociaux et les organisations de vérification des faits.

Élections européennes : comment les partis d’extrême droite montent en puissance sur TikTok ?

Une récente étude menée par POLITICO Europe révèle que les partis politiques d’extrême droite et d’extrême gauche ont su tirer leur épingle du jeu sur TikTok ; mais, ce sont les députés européens d’extrême droite du groupe Identité et Démocratie (ID) au Parlement européen qui se démarquent. Avec les élections européennes approchant à grands pas et l’enjeu de la problématique de la mobilisation des jeunes électeurs, l’Europe politique risque-t-elle de basculer vers l’extrême droite sous l’emprise de TikTok ? Quels impacts sur le paysage politique européen ?

Les euro-députés ID, leaders incontestés sur TikTok

Selon les données recueillies, les députés du groupe ID cumulent 1 383 000 abonnés sur TikTok, en contraste avec les Verts, qui ne comptent que 62 000 abonnés cumulés, tandis que la plateforme dénombre 142 millions d’utilisateurs actifs mensuels dans l’Union au second semestre 2023.

Nombre total de comptes et par groupe politique sur TikTok

De plus, le groupe ID se distingue par une activité plus soutenue sur le réseau, avec près de 3 000 publications entre mi-février et début mars 2024, contre environ 2 000 publications pour les groupes Renew, S&D et la Gauche.

Une stratégie d’influence ciblée pour séduire les jeunes électeurs

Les partis d’extrême droite européens ont bien compris l’importance d’être présents sur TikTok, une plateforme dominée par des utilisateurs en âge de voter. En effet, en 2023, 73 % des utilisateurs à l’échelle mondiale avaient entre 18 et 34 ans.

Nombre de posts total par groupe politique sur TikTok

À deux mois des élections européennes, la mobilisation de cette tranche d’âge s’annonce particulièrement difficile, notamment en France où seuls 42 % des 18-24 ans et 40 % des 25-34 ans ont déclaré qu’ils étaient « certains » d’aller voter.

Une bataille culturelle menée sur les réseaux sociaux »

Pour Romain Fargier, chercheur sur la radicalisation politique au Centre d’études politiques et sociales (CEPEL) de l’université de Montpellier, cité par Politico : « le premier objectif du mouvement d’extrême droite est de gagner ce qu’ils appellent une bataille culturelle ». En maîtrisant les codes de TikTok et en étant très actifs sur la plateforme, les partis d’extrême droite européens parviennent à toucher un public jeune et à influencer le débat politique.

Portées, likes et activités cumulés par groupe politique sur TikTok

Qu’en est-il des candidats aux élections européennes en France ?

Au niveau des principales têtes de liste aux élections européennes en France, le match est très inégal, dominé par la figure de Jordan Bardela qui cumule à la fois le plus d’abonnés 1,2M et de « J’aime » avec 28,4M tandis que la deuxième personnalité la plus « populaire » sur TikTok n’est autre que Marion Maréchal avec 10 fois moins d’abonnés 115,3k et seulement 1,4M de likes, sans oublier, ce qui montre l’avance des forces politiques à la droite extrême, Florian Philippot avec 135,1k abonnés et 1,3M de likes.

Têtes de liste françaises sur TikTok

Derrière le trio de tête de l’extrême-droite, le candidat Raphaël Glucksmann a suspendu son compte au début de la campagne et s’en est expliqué dans la presse, alors qu’il avait 60k abonnés pour se montrer cohérent (enfin ?) avec ses positions très critiques sur la Chine. A gauche, il faut donc compter d’abord sur Manon Aubry avec 41,3k abonnés et 473,3k likes et les comptes quasi anonymes de Marie Toussaint avec 1,3k abonés et 6,5k likes et Léon Deffontaines avec 1,8l abonnés et 23,3k likes.

Reste deux cas à part, d’une part, François-Xavier Bellamy qui est belle et bien présent sur TikTok avec 3,2k abonnés et 40,5k likes mais s’il en critique leur usage dans ses meetings tandis que Valérie Hayer n’est donc plus que la seule à ne jamais avoir encore été activement présente sur TikTok.

Tiktok, terrain de jeu des deepfakes de l’extrême droite avec Amandine Le Pen et Léna Maréchal

Nouvelles stars, les prétendues nièces de Marine Le Pen sont deux deepfakes, des vidéos générées par une IA qui nous font croire que ces jeunes femmes sont les nouvelles égéries politiques, alors qu’elles sont des hologrammes sortis tout droit d’un film de science-fiction : « Prête à défendre la France » et « Chez les Le Pen, on défend l’agriculture française ».

Rassemblement National et Reconquête jurent leurs grands dieux ne pas être derrière cette mystérieuse machination, c’est juste une petite expérience sociale un test grandeur nature pour voir si les Français sont prêts à élire des avatars virtuels plutôt que des êtres de chair et d’os.

Des milliers d’abonnés, des centaines de milliers de likes, même si la modération de TikTok a fini par arriver, un peu trop tard comme pour une fête, où la police débarque quand le gâteau est déjà mangé. Un bel exemple où le mélange entre politique et divertissement.

Quels impacts pour la campagne électorale et le prochain Parlement européen ?

La présence et l’influence des partis d’extrême droite sur TikTok témoignent de leur capacité à s’adapter aux nouveaux médias et à tirer parti des réseaux sociaux pour diffuser leur message et élargir leur audience.

Les élections européennes approchant, la maîtrise des réseaux sociaux et notamment de TikTok devrait jouer un rôle crucial dans la mobilisation des jeunes électeurs, une tranche d’âge souvent difficile à atteindre et à convaincre.

La bataille culturelle menée par les partis d’extrême droite sur les réseaux sociaux souligne l’importance pour tous les autres partis politiques de développer des stratégies de communication adaptées et efficaces pour contrer leur influence grandissante.

Décryptage de la campagne nationale des élections européennes

Lors du premier débat, animé sur Public Sénat, le 14 mars, avec toutes les têtes de liste, sauf Bardella remplacé par Mariani, c’est l’occasion d’analyser la campagne, à partir des éléments de langage des têtes de liste aux élections européennes de juin 2024, en prenant comme matière les réponses à la première question « faut-il plus ou moins d’Europe » de faire le tour des « professions de foi européenne », un exercice pour faire passer quelques messages majeurs et mineurs…

Synthèse des discours des têtes de liste des élections européennes en France

Raphaël Glucksmann (PS-Place publique) : Tenir tête aux puissances, être une puissance ensemble.

  • Social-démocrate, Pro-européen
  • Favorable à une Europe puissante et solidaire
  • Soucieux des enjeux géopolitiques et environnementaux
  • Attaché aux valeurs humanistes et progressistes
  • Grave et rhétorique, références historiques

Léon Defontaine (PCF) : Reprendre la main sur l’Europe.

  • Communiste eurocritique
  • Favorable à une Europe sociale et démocratique
  • Opposé à la politique libérale et austéritaire de l’UE
  • Soucieux de la souveraineté populaire et des droits des travailleurs
  • Mécontentement, volonté de changement, critique, référence au passé

Valérie Hayer (Renaissance) : Avoir de l’influence sur les textes, ne pas laisser le champ aux populistes.

  • Libérale, pro-européenne
  • Favorable à une Europe de la croissance et de l’innovation
  • Soucieuse de la compétitivité et de l’attractivité de l’UE
  • Attachée aux valeurs de compromis et de tolérance
  • Optimisme, détermination, , constructive et déterminée

François-Xavier Bellamy (LR) : Faire entendre la voix des Français.

  • Conservateur, pro-européen
  • Favorable à une Europe des nations et des projets
  • Soucieux de la préservation des identités culturelles et des valeurs traditionnelles
  • Attaché à la défense de la souveraineté nationale et de la démocratie
  • Frustration, volonté de changement, réfléchi, questionnement

Thierry Mariani (RN) : Prendre en compte les intérêts de la France.

  • Nationaliste eurosceptique
  • Favorable à une Europe des coopérations et des frontières
  • Opposé à la politique migratoire et économique de l’UE
  • Soucieux de la défense des intérêts nationaux et de la sécurité
  • Mécontentement, volonté de contrôle Critique, bilan négatif

Marie Toussaint (les écologistes) : Mettre l’économie au service du climat et de la paix.

  • Écologiste, pro-européenne
  • Favorable à une Europe écologique et solidaire
  • Soucieuse de la transition énergétique et de la justice sociale
  • Attachée aux valeurs de solidarité, de paix et de démocratie
  • Espoir, vision idéaliste

Manon Aubry (LFI) : Baisser les prix de l’alimentation et de l’énergie, promouvoir la paix.

  • Insoumise eurocritique
  • Favorable à une Europe sociale et démocratique
  • Opposée à la politique libérale et austéritaire de l’UE
  • Soucieuse de la souveraineté populaire et des droits sociaux
  • Urgence, volonté de changement

Marion Maréchal (Reconquête) : Une autre Europe, authentiquement de droite.

  • Nationaliste eurosceptique
  • Favorable à une Europe des nations et des identités
  • Opposée à la politique migratoire et économique de l’UE
  • Soucieuse de la défense des valeurs traditionnelles et de la sécurité
  • Mécontentement, volonté de reconstruction, vision d’une autre Europe

Mapping des candidats en fonction de leur positionnement

En plaçant les différents candidats, à la tête des principales listes dont les électeurs sont invités à choisir leur préférence, selon un positionnement classique sur un axe horizontal gauche-droite d’une part et un axe vertical pro-européen vs eurosceptiques d’autre part, plusieurs éléments se dessinent :

  • Ce qui est visible : une impression que les forces pro-européennes, dans toutes leurs nuances sont mieux représentées que les forces eurosceptiques, au sens qu’on y retrouve plus de listes.
  • Ce qui est moins visible : la balance électorale, nous le savons selon les derniers sondages penchent plutôt à l’inverse, en faveur des forces eurosceptiques, héritage de l’échec du référendum de 2005.

Si l’on devait simplifier l’offre électorale européenne, on pourrait considérer qu’il y a 5 familles européennes :

  1. une offre proeuropéenne de gauche, divisée entre écologistes et sociaux-démocrates, sans doute une perte d’influence pour ces deux options séparées ;
  2. une offre proeuropéenne de droite républicaine, mais fortement concurrencée à droite, au risque que la barre des 5% pour être représenté se pose ;
  3. une offre eurosceptique de gauche, entre LFI et le PCF, là encore une division qui signifiera moins d’élus pour cette offre politique désunie sur le même créneau ;
  4. une offre eurosceptique de droite nationaliste, l’offre politique qui a le plus de suffrages exprimés dans les sondages, et qui correspond à la dichotomie entre droite populiste ID et droite conservatrice ECR au Parlement européen ;
  5. une offre proeuropéenne centriste, à cheval entre le centre-gauche, le centre et le centre-droit, rassemblant les partis politiques de la majorité présidentielle, minoritaire à l’Assemblée nationale.

Analyse des éléments de langage des candidats

Quoique l’exercice ne puisse permettre à lui seul de tirer des enseignements définitifs sur l’ensemble d’une campagne, et la suite du débat autour de 4 thèmes d’actualité (agriculture, immigration, Ukraine et énergie), la forme identique aux différentes interventions permet d’en tirer des lignes communes ou en partage, au même titre que les affiches électorales, autre patrimoine de la communication électorale dans le registre de la propagande politique.

Du côté des convergences, tous les candidats jouent le jeu de tenter d’incarner en une minute la profession de foi de leur famille politique, en ayant recours à des arguments le plus souvent simplifiés, certains diraient simplistes, d’autres font des effets rhétoriques ou des mentions à référence, clin d’œil, à leur électorat.

Du côté des divergences ; la mention de la France ou pas et des Français ou pas ; la mention de sujets perçus comme mobilisateur pour certains électorats ; plusieurs candidats mentionnent des personnalités comme caution ou comme repoussoir ; une seule personnalité conteste les prémices de la question posée.

Verbatim des professions de foi européenne

Raphaël Glucksmann (PS-Place publique) : Il s’agit des élections les plus importantes, nous sommes seuls face à la guerre en Europe, et la catastrophe climatique. Être une puissance ensemble ou ne plus être. Mention des figures de Jacques Delors et Robert Badinter, récemment décédées. Il faut tenir tête aux puissances extérieures et intérieures, de l’argent.

Léon Defontaine (PCF) : Si c’est l’Europe actuelle, après le référendum de 2005, c’est moins d’Europe, celle de la guerre sociale, qui nous prépare à la guerre contre la Russie, que nous ne voulons pas. Il faut reprendre la main sur l’Europe.

Valérie Hayer (Renaissance) : La Parlement européen, c’est la culture du compromis sans les compromissions. L’enjeu, c’est l’influence pour faire changer les textes sans dogmatisme, sans tabou, comme le plan de relance, le Green Deal. Ne pas laisser le champ aux populistes, ce n’est pas « plus » (fini) mais « plus » (davantage) d’Europe.

François-Xavier Bellamy (LR) : C’est une fausse question. Qu’est-ce qu’on veut faire en Europe ? Retrouver les moyens de notre destin, ne pas subir la politique européenne qui nous a fragilisé au lieu de nous renforcer, avec la majorité de gauche et du centre. Il faut faire entendre la voix des Français.

Thierry Mariani (RN) : Changer l’Europe sans la détruire. Le bilan de l’Europe de Macron : inflation, croissance en berne, immigration incontrôlée Il faut prendre en compte les intérêts de la France avec ses atouts.

Marie Toussaint (les écologistes) : L’écologie, cause de tous les maux ; l’Europe, cause de tous les problèmes, c’est faux. Il faut mettre l’économie au service du climat : nouvelle PAC plus verte, un protectionnisme vert, une Europe de la justice, contre l’austérité, une Europe de la paix avec une armée commune et un cessez-le-feu à Gaza.

Manon Aubry (LFI) : Soit continuer l’autoroute du chaos, soit tout changer, pour baisser les prix de l’alimentation et de l’énergie, contre le libre-échange, pour la paix en Ukraine et un cessez-le-feu à Gaza. L’après-Macron commence dès après les élections.

Marion Maréchal (Reconquête) : Moins d’Europe de celle que nous connaissons avec la coalition autour d’Ursula von der Leyen. Plus d’une autre Europe, authentiquement de droite : civilisation, frontières, autonomie énergétique, souveraineté alimentaire, protection des entreprises, soutien à la recherche ; une opportunité historique.

Communiquer l’Europe sur la scène internationale : renforcer l’autonomie stratégique et agir dans le monde

L’Union européenne affirme son engagement envers une Europe plus forte dans le monde, cherchant à construire une autonomie stratégique tout en consolidant les liens entre politiques internes et externes. Quelles pourraient être les actions de communication clés nécessaires pour sensibiliser et mobiliser les parties prenantes à Bruxelles, dans les États membres, auprès des leaders d’opinion, des journalistes et du grand public ?

Une politique étrangère active : élargissements et partenariats renforcés

Élargissements et Partenariats : Des forums diplomatiques et des débats publics à Bruxelles ou dans les capitales européennes pourraient expliquer les enjeux des élargissements aux Balkans occidentaux, en Ukraine et en Moldavie. Des campagnes médiatiques ciblées pourraient mettre en évidence l’importance de la stratégie globale sur l’Afrique et du nouveau Partenariat oriental, établissant l’UE comme un partenaire proactif et responsable.

Global Gateway : Des événements promotionnels et des ateliers sur le Global Gateway, le programme de soutien aux pays-tiers à l’UE dans le monde, pourraient illustrer les avantages d’une souveraineté économique et financière renforcée. Des conférences de presse pourraient également expliquer la position de l’UE concernant les sanctions extraterritoriales, en particulier les paquets contre la Russie liés à l’agression envers l’Ukraine, soulignant ainsi l’engagement de l’UE en faveur de la paix et de la stabilité.

Soutien financier et action de soutien à la production de munitions (ASAP) : Des campagnes de sensibilisation sur le soutien financier et le dispositif législatif européen ASAP pourraient être menées dans les États membres, soulignant l’engagement de l’UE envers la sécurité collective et la capacité de défense autonome, en particulier dans un contexte d’interrogation des journalistes sur le soutien à l’Ukraine.

Sécurité et défense : renforcer la vision globale et la prévention

Approche globale de la sécurité : Des webinaires interactifs et des séances d’information à Bruxelles pourraient détailler les initiatives de l’UE, telles que les coopérations structurées permanentes, dite PESCO et le Fonds européen de la défense, soulignant la nécessité d’une approche globale pour garantir la sécurité collective.

DG Industrie de Défense et Espace : Des événements de porte-ouvertes et des présentations en ligne pourraient mettre en avant la création d’une DG Industrie de Défense et Espace dédiée, renforçant ainsi l’autonomie technologique et industrielle de l’UE.

Lutte contre le terrorisme transfrontalier et la criminalité organisée hybride : Des campagnes de sensibilisation à travers les médias pourraient mettre en évidence les actions de l’UE dans la lutte contre le terrorisme transfrontalier et la criminalité organisée hybride, montrant ainsi son engagement envers la sécurité intérieure et extérieure.

Frontières fortes et nouveau Départ : Le pacte sur la migration et l’asile

Migrations régulées et sécurisées : Des campagnes médiatiques pour expliquer les réformes du système d’asile et la nécessité de renforcer les frontières de l’UE. Des infographies et des brochures peuvent démystifier le nouveau pacte sur la migration et l’asile, soulignant les avantages d’un espace Schengen pleinement opérationnel.

Renforcement de Frontex et du système d’asile européen : Des conférences en ligne pour discuter des mesures concrètes visant à renforcer Frontex et à moderniser le système d’asile européen. Des sessions interactives avec des experts pour répondre aux questions du public sur les changements proposés.

Coopération avec les pays tiers : Des communications sur la coopération renforcée avec les pays tiers, mettant en avant la création de couloirs humanitaires et de visas. Des témoignages de succès peuvent illustrer les avantages mutuels de ces partenariats.

Sécurité interne et coopération policière

Une Europe plus sécurisée : Des campagnes de sensibilisation sur la prévention, la détection et la réponse aux menaces hybrides. Des vidéos éducatives et des simulations en ligne pour aider le public à comprendre les enjeux et les solutions.

Coopération Policière Renforcée avec Europol : Des communications sur l’amélioration de la coopération policière avec Europol, en mettant l’accent sur la lutte contre la criminalité organisée, le trafic de drogue, la traite des êtres humains et les abus sexuels sur les enfants. Des ateliers interactifs avec des forces de l’ordre pour expliquer comment le renforcement de la coopération améliorera la sécurité intérieure.

Commerce libre et équitable : intégrer le développement durable

Négociations et Accords Commerciaux : Des ateliers dans les États membres pourraient expliquer les négociations en cours avec l’Australie, la Nouvelle-Zélande et le Mercosur, mettant l’accent sur l’intégration du développement durable, du climat, de l’environnement et de la protection du travail. Des tables rondes avec des experts pourraient fournir des clarifications sur les avantages économiques et sociaux de ces accords.

Préserver le multilatéralisme

Actualiser et réformer l’OMC: Des séminaires à Bruxelles avec des experts en commerce international pourraient expliquer les efforts de l’UE pour actualiser et réformer l’OMC, soulignant l’engagement continu envers le multilatéralisme et la coopération internationale.

L’Union européenne, en renforçant son autonomie stratégique, est déterminée à jouer un rôle actif dans le monde. Des actions de communication ciblées, à travers une variété de formats et de plateformes, pourraient garantir une compréhension approfondie de ces politiques ambitieuses, suscitant ainsi le soutien et l’engagement des citoyens, des leaders d’opinion, des journalistes et du grand public.