Archives de catégorie : Communication sur l’Europe

Billets sur la communication européenne des États-membres et de la société civile

Élections européennes : quel est le diagnostic de la campagne ?

Alors que la hausse de la participation est la divine surprise des résultats aux élections européennes, quel bilan tiré de la campagne des élections européennes de mai 2019 au lendemain des résultats ? Quel est le diagnostic, sachant que le pronostic vital de l’avenir de l’UE ne semble plus la principale inquiétude ?

Anomie renforcée des forces politiques à contrôler la campagne

Première hypothèse du diagnostic, une sorte d’anomie – c’est-à-dire de perte des moyens de contrôle dû à l’absence de règles – est largement perceptible du côté des forces politiques, particulièrement les partis traditionnels.

A l’échelle européenne, les partis politiques européens ne sont pas parvenus à convaincre que la règle des Spitzenkandidaten serait de nouveau appliquée pour sélectionner le futur président de la Commission européenne. Pire, au fil des débats entre les têtes de liste, il est même apparu que le candidat de la force politique la plus vraisemblablement susceptible de rassembler le plus d’eurodéputés élus était également la personnalité n’apparaissant pas comme suffisamment dotée des attributs de présidentialité. Le combat pour rassembler les scrutins des eurodéputés pour élire le président de la Commission européenne ne fait que commencer.

A l’échelle française, la perte de repères entre les partis politiques nationaux est encore plus flagrante puisque bon an, mal an, aucune ligne de partage ne s’est suffisamment dessinée entre les offres partisanes pour créer des dynamiques électorales autour de projets distinctifs hormis les Verts qui se hissent à la 3e place. Les principales formations proposent des programmes sensiblement équivalents avec quelques nuances en termes de priorités – la dialectique Progressistes contre Nationalistes apparaissant comme l’ultime tentative de sortir de cette anomie politique.

Acédie réduite des citoyens à s’intéresser à l’Europe

Deuxième hypothèse du diagnostic concernant les citoyens, une sorte d’acédie – de mal de l’âme qui s’exprime par l’ennui, l’indifférence et le découragement – semble moins que lors des campagnes précédentes frappé le corps électoral qui se traduit par un poids réduit de l’abstention.

L’affection acédique des citoyens en matière européenne se traduit par une forme de résignation qui dessine une majorité d’Européens favorable à l’Union européenne mais faute de mieux, et malgré tout complétée par une vision prospective globalement sombre pour l’avenir des institutions européennes. La participation électorale en hausse est la bonne nouvelle de ces élections européennes de 2019.

L’absence d’envie de prendre soin de l’Europe, de la faire progresser, de poursuivre la construction européenne est aujourd’hui – semble-t-il – en recul parmi les citoyens européens qui se sont mobilisés davantage que les prévisions les plus optimistes. S’agit-il d’un feu de paille ou d’un renouveau durable ?

Atonie relative des médias à traiter les élections européennes

Troisième hypothèse du diagnostic des élections européennes sous l’angle des médias, une sorte d’atonie, de manque de vitalité et de vigueur à couvrir la campagne sur le fond via les programmes pour privilégier un traitement sur la forme avec la course de chevaux entre les candidats.

L’atonie médiatique doit naturellement distinguer entre les médias européens qui ont mis les bouchés doubles pour prendre le sujet à bras le corps tandis que les médias audiovisuels nationaux se sont plutôt contentés d’un service minimum, se dissimulant derrière les règles imposées ou participant de la fabrication médiatique autour du classement d’arrivée des listes nourrie par le récit des éditorialistes et renforcée par le rolling sondagier quotidien.

Au total, la fin de la campagne, qui ne fut pas à la hauteur des enjeux, marque comme un lâche soulagement de la part de tous. Souhaitons que la mobilisation électorale parvienne à sortir du cercle vicieux de l’inertie.

Élections européennes : que veulent vraiment les Européens entre mythes et réalités

L’élection européennes de 2019 sera radicalement différente des histoires qui posent un débat basé sur quelques idées extrêmement trompeuses sur la politique européenne, selon une étude du Conseil européen sur les relations étrangères et de YouGov qui révèle une grande fluidité des intentions de vote actuelles. Des événements de dernière minute pourraient donc façonner la composition finale du Parlement européen…

Mythe n°1 : la politique européenne devient tribale

La vérité : 97 millions d’électeurs sont à gagner

Après l’élection de Donald Trump aux États-Unis où de nouvelles tribus fondées sur l’identité, divisent non uniquement par leurs points de vue, mais par les mondes parallèles créés où l’on accède à différents faits produits par des médias partisans, l’hypothèse est que ces tendances façonneraient désormais la politique en Europe.

Il n’en est rien dans les sociétés européennes : aucun des indicateurs classiques qui ont défini les tribus lors des dernières élections – géographie, âge, niveau d’éducation, gauche et droite et religion – n’aide beaucoup à prédire comment les gens envisagent de voter lors des prochaines élections européennes.

Le caractère déterminant du paysage politique est la volatilité : les électeurs n’ont pas encore pris de décision. Et il n’y a pas moins de 97 millions de ces électeurs confus et indécis : 70% de électeurs votants n’ont pas décidé de leur choix ! Les mouvements électoraux ne vont donc pas dans une seule direction, mais dans toutes les directions.

Pour Gilles Finchelstein, la politique est entrée dans « l’ère gazeuse » des agglomérations sans forme d’éléments atomisées imprévisibles qui peuvent se réunir momentanément avant de disparaître. Ces conditions gazeuses peuvent être toxiques ou explosives pour les partis politiques, en particulier traditionnels.

Les règles habituelles pour prédire comment les électeurs vont se comporter ne sont donc plus applicables. Ce n’est plus seulement la position prise par les dirigeants sur les problèmes qui compte ; c’est aussi leur leadership, leur personnalité et la confiance que les gens leur accordent. Les têtes de liste doivent incarner les valeurs et les sentiments de leurs électeurs.

Mythe n°2 : les élections européennes seront un affrontement entre ceux qui croient en l’Europe (ouverte) et ceux qui croient en un État-nation (fermé)

La vérité : ce qui compte, c’est que les partis soient des agents du changement

L’UE risque de sombrer dans un « cauchemar » populiste-nationaliste si les centristes ne bénéficient pas d’un soutien public accru à la cause européenne… et inversement : tel est l’avertissement tant des libéraux (et inversement) de l’extrême droite qui décrivent les élections européennes comme une bataille entre mondialistes et nationalistes. De part et d’autre, pro-européens et anti-européens soutiennent des arguments étonnamment similaires.

La fracture n’opposera pas les partisans de l’UE aux nationalistes. Pour la majorité des citoyens, ce n’est pas un choix qu’ils sentent le besoin de faire : pour eux, être européen est aussi important que leur identité nationale. Seulement 25% des répondants ont exprimé leur désaccord avec l’affirmation selon laquelle leur identité européenne est aussi importante pour eux que leur identité nationale. La plupart des citoyens de l’UE croient que les identités européennes et nationales sont complémentaires plutôt que conflictuelles.

Les partis nationalistes ont également appris la leçon. Ces derniers mois, la plupart se repositionne sur l’Europe pour se présenter comme des champions du changement plutôt que des défenseurs nostalgiques du statu quo : leur objectif n’est pas de paraître anti-européen mais plutôt de proposer une refondation de l’Europe pour résister à la migration et réclamer la souveraineté des institutions bruxelloises.

La division Pro/Anti ne cadre pas avec le stéréotype d’un ouest pro-européen et d’un est anti-européen. Le clivage fondamental ne consiste pas à vouloir une Europe ouverte ou un État-nation fermé, mais entre les électeurs qui pensent que le système est brisé et ceux qui pensent que le statu quo fonctionne toujours. Cette approche dynamique a une saveur très locale, qui n’entraîne pas nécessairement un basculement contre les principaux partis. Dans les pays où les anti-européens sont au pouvoir, ils constituent le statu quo, mais dans les pays où ils sont dans l’opposition, ils ont une influence notable.

Le succès à l’élection européenne dépend de la capacité de se positionner en tant qu’agent de changement crédible en offrant des options sérieuses sur des questions qui intéressent les gens.

Mythe n°3 : Ce sera un référendum sur la migration

La vérité : les électeurs ont une plus grande diversité de problèmes en tête

Bannon, Orban et Salvini, ont tenté de transformer l’élection en référendum sur les migrations, en mobilisant une coalition souverainiste pour démanteler l’UE de l’intérieur en répondant à l’insécurité européenne en matière d’identité.

La campagne pour une « Europe forteresse » ne constituera pas une stratégie gagnante parce que la migration n’est pas un problème déterminant, hormis en Hongrie. Plus d’Européens craignent la menace du radicalisme islamique. Cette préoccupation est bien plus grande chez les électeurs qui s’alignent sur les partis de centre et de centre-droite que parmi les partis anti-système et les catholiques ou protestants – ce qui sous-entend l’importance des politiques d’intégration et de cohésion sociale en tant que réponse pour ces électeurs – alors que le nationalisme est la plus grande préoccupation des athées.

La « migration » est tantôt associée à l’émigration tantôt à l’immigration. Un fossé important sépare ceux qui s’inquiètent principalement de l’immigration dans leur pays et ceux qui craignent que l’émigration entraîne un déclin de la population nationale. Des majorités dans tous ces pays souhaiteraient que leurs gouvernements rendent illégale le départ de leurs propres citoyens pour de longues périodes ! Un comble dans une Europe fière de démolir les frontières et de promouvoir la libre circulation, les électeurs semblent prêts à se créer un nouveau mur de migration, trois décennies seulement après la chute du mur de Berlin.

Les partis traditionnels devraient aller au-delà des discussions sur les contrôles aux frontières pour craindre le radicalisme islamique et la fuite des cerveaux afin de développer un agenda autour de la sécurité et de l’intégration des migrants qui tienne compte des différences nationales et régionales et qui traite de l’anxiété culturelle, du maintien de l’ordre et de l’intelligence, ainsi que des questions de citoyenneté et de langue.

Mythe n°4 : les « bons » Européens sont plus à l’Ouest qu’à l’Est

La vérité : le soutien à l’Europe est partagé autant à l’Ouest qu’à l’Est

L’élection de Zuzana Caputova, avocate anti-corruption progressiste, à la présidence de la Slovaquie en mars 2019 a pris par surprise une partie de l’Europe qui croit au mythe persistant d’États-membres de l’Est fondamentalement moins favorables aux valeurs démocratiques de l’UE.

Cette division supposée n’existe pas. Droits de l’homme, état de droit et démocratie seraient la plus grande perte si l’UE s’effondrait demain. C’est vrai à l’Ouest, ça l’est surtout à l’Est. Les citoyens européens des nouveaux États membres semblent même moins méfiants que leurs homologues des anciens États membres quant à l’UE en tant que force contraignante contre les dérives et les échecs des gouvernements nationaux.

Mythe n°5 : toutes les élections européennes sont exclusivement nationales

La vérité : il pourrait s’agir de la première élection véritablement transnationale du Parlement européen

Bien que de nombreuses dynamiques nationales soient en jeu – et qu’aucun Spitzenkandidat n’ait été reconnu à travers l’Europe – les élections promettent de comporter un élément transnational, voire paneuropéen, plus important que tous ses prédécesseurs.

La menace d’une alliance populiste paneuropéenne refondant l’Europe sur la base de valeurs non libérales pourrait conduire à une contre-mobilisation des électeurs pro-européens préoccupés par la survie de l’UE.

Les avantages de l’UE : liberté de vivre, travailler et voyager dans d’autres pays, ainsi que le commerce, la monnaie unique, la capacité à contrer les États-Unis et la Chine ou à lutter contre le changement climatique sont autant d’arguments contre la peur de l’effondrement de l’UE. Cette question pourrait être importante pour mobiliser les électeurs pro-européens.

Le résultat sera un nouveau type d’« élection hybride » fondée sur le plan national, mais affectée par les débats ailleurs en Europe. Cette contagion potentielle ajoute à l’imprévisibilité du vote : plus que jamais, un événement dans un État membre de l’UE pourrait affecter le résultat des élections.

Que retenir pour le projet européen ?

De nos jours, dans toutes les élections, les partis politiques s’attachent davantage à persuader leurs partisans actuels de voter qu’à tenter de changer les mentalités. Pour cette raison, de nombreux partis politiques se concentreront sur les non-anti-européens qui ne savent pas s’ils se donneront la peine de voter aux élections européennes. En faisant appel à ces personnes, le plus grand défi est de montrer que les enjeux sont suffisamment importants pour justifier un vote de réforme, opposé au statu quo et prêt à apporter les changements nécessaires à un avenir meilleur et plus sûr pour l’Europe.

L’UE a été créée par des sociétés qui craignaient leur passé. Les Européens ont maintenant peur de l’avenir. Nombreux sont les électeurs qui veulent voter pour un changement qui leur apportera leur passé préféré, embué par l’émotion.

Au lieu de vendre uniquement un projet européen visant à abolir les frontières entre les citoyens et les pays, l’UE doit à nouveau garantir la sécurité de l’interdépendance. Beaucoup de gens ont vu s’effondrer les certitudes qui ont défini leur vie : les barrières entre les mondes développés et en développement, les structures sociales et les codes moraux, voire la différence entre hommes et femmes.

Qui saura définir un avenir pour un projet européen qui résonne auprès des citoyens sera en mesure de le réaliser.

Comment reconnecter la politique européenne avec les citoyens de l’UE ?

Pourtant au cœur de la démocratie européenne, les partis politiques européens ne jouent pas pleinement leur rôle pour transmettre des messages aux citoyens européens et les sensibiliser davantage aux politiques de l’UE, en particulier lors des campagnes électorales. Des enjeux que tentent de résoudre des chercheurs avec une série de recommandations dans « Reconnecting European Political Parties with European Union Citizens »…

Renforcer la démocratie électorale et participative de l’UE pour les institutions européennes

Le Conseil européen – les chefs d’État et de gouvernement – pourrait renforcer sa légitimité démocratique et sa responsabilité au niveau de l’UE en fusionnant les rôles de président de la Commission européenne et de président du Conseil européen, possible sans modification du traité. Cette évolution renforcerait la visibilité de l’exécutif au niveau de l’UE et surtout le lien avec les citoyens de l’UE, puisque les électeurs participant aux élections européennes auraient également leur mot à dire dans la nomination du président du Conseil européen.

La Commission européenne pourrait modifier le cadre juridique régissant les partis et fondations politiques européens dans une logique gagnant-gagnant :

  • En matière de « propagande électorale », des subventions de campagne distincte pour les élections européennes afin de préserver leurs budgets de fonctionnement et de jouer un rôle plus visible en contrepartie d’exigences de dépenses strictes et de transparence accrue en matière de recettes ;
  • Pour la diversité idéologique, une augmentation des fonds publics réservée aux Europarties nouvellement créées et uniquement pour une période limitée afin de les inciter à continuer de rechercher un financement de remplacement – l’utilisation de règles de financement pour entraver le développement des partis transnationaux eurosceptiques risque de se retourner contre le développement démocratique et d’attirer les critiques sur le manque de légitimité démocratique de l’UE.

Toutes les institutions de l’UE devraient réfléchir :

  • à la manière de (ré)organiser de manière créative leurs espaces de travail afin de les rendre plus accessibles aux citoyens pour répondre aux attentes en matière de participation citoyenne malgré des mesures de sécurité toujours plus sévères ;
  • à adopter une position claire en ce qui concerne l’organisation des conventions démocratiques dans la perspective des élections européennes de 2019, sachant que les modalités de participation, les résultats et l’impact incertains constituent autant de risque conduisant au désenchantement et au désengagement.

Créer des passerelles entre les responsables politiques au sein des trois principales institutions de l’UE pour les partis politiques européens

Compte tenu de l’architecture institutionnelle actuelle de l’UE, les Europarties jouent un rôle crucial au sein de cette configuration, car ils sont les rares entités à être représentées dans les principales institutions européennes.

La coordination assurée par les partis politiques européens entre les ministres du Conseil et en amont des Sommets du Conseil européen devraient être renforcée, à l’instar du rôle des groupes politiques au Parlement européen auprès des eurodéputés.

Afin d’approfondir le caractère démocratique des institutions de l’UE, les partis politiques européens et leurs fondations pourraient investir davantage, de manière plus créative, dans la communication avec les citoyens en diffusant des informations sur les questions de politiques de l’UE, et pas seulement en matière d’idéaux politiques concernant l’intégration de l’UE.

En outre, les partis politiques européens pourraient créer des plates-formes horizontales pour les échanges entre citoyens et membres de partis des différents États membres, afin d’être beaucoup plus visibles dans les langues locales pour améliorer leur interaction avec les citoyens et lutter contre la propagation de « fausses informations » sur l’UE, au-delà de la « bulle de Bruxelles ».

De manière plus générale, les Europarties devraient repenser leurs instances et procédures de décision internes afin de mieux nouer des liens avec les citoyens de l’UE, par exemple en augmentant le nombre et les droits de leurs membres, tels que la participation à l’élaboration des politiques et la sélection des dirigeants.

Dans leur responsabilité de choisir leur Spitzenkandidat respectif de manière rapide et démocratique, les partis politiques européens devraient assurer une meilleure visibilité des « primaires » ouvertes ou fermées en vue de sélectionner leur candidat uni à la présidence de la Commission, contraignant davantage les États membres, par l’intermédiaire du Conseil européen, d’accepter le candidat capable de rassembler une majorité à l’issue des élections parlementaires européennes.

Enfin, les partis politiques européens pourraient plaider pour autoriser uniquement les eurodéputés élus à occuper un poste de Commissaire, un modèle appliqué dans de nombreux systèmes parlementaires, ce qui pourrait accroître l’intérêt des citoyens et renforcer leur conviction que leur voix compte.

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Au final, ces recommandations vers une parlementarisation de l’UE ont pour but de permettre et de promouvoir l’engagement des citoyens de l’UE via des partis politiques européens cruciaux pour la démocratie européenne.

Comment communiquer l’Europe, selon la nouvelle vision de la Commission européenne ?

A l’occasion du Conseil européen à Sibiu, en Roumanie, aujourd’hui, journée de l’Europe, les dirigeants de l’UE sont invités à décider de l’avenir de l’UE, notamment de sa communication. Une occasion pour la DG COMM de poser une nouvelle vision d’une communication de l’UE au service des citoyens et de la démocratie…

La communication européenne est une responsabilité commune

Les chefs d’État et de gouvernement sont invités à reconnaître que la communication à propos de l’Union européenne est une responsabilité commune des États membres de l’UE, des gouvernements à tous les niveaux et des institutions de l’UE afin de « communiquer davantage avec des messages communs, sous la marque de l’Union européenne, en expliquant ce que les décisions et les politiques signifient pour les citoyens et quels en sont les résultats concrets (…) pour souligner l’unité européenne ».

Cette conviction d’une responsabilité commune, lointain héritage de Margot Wallström abandonné par Viviane Reding, est une excellente nouvelle pour tous ceux qui considèrent que seule la Commission européenne ne peut pas communiquer au nom de l’UE à tous les Européens, sans le concours des autres institutions européennes, mais également et surtout des États-membres. Après quelques années de soul searching, nous sommes en quelque sorte à la recherche du temps perdu, mieux vaut tard que jamais !

La communication européenne doit augmenter l’engagement avec les citoyens sur les politiques et les problèmes de l’Union européenne

Deuxième conviction de la DG COMM, les institutions de l’UE et les États-membres devraient renforcer leur soutien à un dialogue permanent avec les citoyens sur l’UE, en utilisant dialogues citoyens, réunions publiques, consultations ou conventions, ainsi que les technologies numériques et audiovisuelles afin d’assurer un processus et des canaux permettant de faire remonter les résultats.

Là encore, vaste est le chemin parcouru au cours des dernières années débutant par des expérimentations limitées de démocratie participative au déploiement à grande échelle tant de la consultation citoyenne européenne que des dialogues citoyens. La seule communication pertinente aujourd’hui consiste à donner des capacités aux publics de pouvoir s’exprimer d’une part, ce que l’UE a bien compris ; mais également d’autre part, à s’assurer que les conclusions de cet engagement des publics soient bien prises en compte, ce qui reste encore à davantage démontrer.

La communication européenne doit partir de nos valeurs communes, puis se concentrer sur les résultats concrets des politiques de l’UE pour les personnes sur leur lieu de résidence

Conséquence logique, les institutions de l’UE doivent veiller à travailler plus étroitement ensemble à l’avenir dans le cadre de campagnes de communication basées sur des valeurs européennes communes, pleinement alignées sur les priorités stratégiques du prochain cycle politique, racontant ainsi la différence que l’Union européenne fait dans la vie quotidienne des citoyens en vue de s’adresser à tous les publics, dans leur propre langue, de manière attrayante, engageante et évocatrice.

Sur ce 3e point, la DG COMM tente de prendre la main pour imposer l’agenda politique de la Commission européenne à l’ensemble de la communication des institutions de l’UE, ce qui ne sera pas sans difficulté compte-tenu des différences propres à chaque institution européenne. Une approche plus collective, permettant d’inclure les sensibilités et les priorités de chacun, semble la voie de compromis nécessaire pour passer de la situation actuelle d’un partage de priorités inter-institutionnelles de communication à un véritable partage d’actions inter-institutionnelles communes.

La communication européenne étant basée sur des faits doit lutter contre la désinformation

Au-delà du contexte électoral, l’enjeu des fake news conduit, selon la DG COMM à renforcer les services de vérification des faits indépendants aux niveaux national et européen, à promouvoir l’initiation aux médias et le développement des compétences en intelligence artificielle, à intensifier le travail avec les réseaux sociaux et les plateformes en ligne au niveau de l’UE pour promouvoir les bonnes pratiques, tout en défendant la liberté des médias et le pluralisme et à redoubler d’efforts pour mettre en commun les ressources européennes et nationales afin de protéger le droit des citoyens à une information factuelle, objective et fiable sur l’Union européenne.

Il ne faut que souhaiter que la prise de conscience et l’impératif d’agir, porté par la Commission européenne, soit partagé par le Conseil européen tant les enjeux sont importants pour l’information et la communication européennes, dès maintenant et dans les prochaines années. Il s’agit clairement de l’un des défis les plus importants relevant de la « techno-structure », du contexte médiologique dans lequel s’inscrit la communication de l’UE.

Promouvoir l’enseignement et l’apprentissage de l’Union européenne à tous les niveaux afin de renforcer la connaissance des apprenants sur l’UE, ses valeurs, son fonctionnement et son domaine d’activité

Dernier point posé, l’UE devrait établir des partenariats avec des établissements d’enseignement aux niveaux national et régional afin de garantir que l’éducation civique européenne devienne une part de l’apprentissage.

Quoique cette last but not least recommandation puisse être prise pour une sorte de wishfull thinking puisque l’UE n’a aucune compétence en matière d’éducation, seule de la responsabilité des Etats-membres ; il n’en demeure pas moins absolument vrai que c’est la priorité, le chantier indispensable qui est l’unique possibilité de former toute une génération à la réalité de la construction européenne, qu’à l’âge adulte chacun aura le loisir de soutenir ou de rejeter en connaissance de cause, sans méconnaissance ou influence.

Le prochain agenda stratégique de l’UE est l’occasion de faire front commun pour faire face aux épreuves de notre époque. Le monde n’attendra pas l’Europe. La communication non plus.

Game of Thrones et élections européennes : à quelle famille politique appartenez-vous ?

Constatant que la politique européenne ressemble moins aux idéaux de la démocratie athénienne qu’à Game of Thrones, le think tank ECFR, dans une étude sur ce que veulent vraiment les Européens, analyse le système politique européen comme un champ de bataille imprévisible d’alliances constamment changeantes en lutte brutale d’influence… Bienvenue dans la course européenne au trône de fer…

La « Maison des Stark » : les croyants du système

C’est la classe complaisante qui croit que le système fonctionne toujours aux niveaux national et européen. Pour eux, la politique continue de fonctionner selon les règles habituelles. En votant, ils peuvent faire entendre leur voix et influencer leur avenir. Dans Game of Thrones, la maison des Stark continue de respecter les normes et les coutumes traditionnelles, même si la maison des Lannister et d’autres familles renversent ces règles.

Estimant que les systèmes européen et national fonctionnent à la fois, ils représentent 24% de l’électorat de l’UE :

  • Âge moyen de près de 50 ans car beaucoup de jeunes ne prévoient pas voter ;
  • Majoritairement masculin, mais assez représentatif des hommes et des femmes ;
  • Plus grande représentation en Allemagne, au Danemark et en Suède, mais aussi en Autriche, en Hongrie et en République tchèque ;
  • Confortablement à l’aise, généralement titulaire d’un diplôme d’études secondaires.

« Les moineaux » : les Gilets Jaunes

Ces personnes ont perdu espoir tant dans leurs systèmes politiques nationaux que dans l’UE, car les Sparrows pensent que tous les systèmes politiques sont brisés et rien de bon ne peut en résulter. La seule solution est donc la révolution – un soulèvement populaire visant à purifier la société et à recommencer. Telle est la vision du grand moineau dans Game of Thrones, dont le mouvement politique ascendant utilise la violence pour humilier les élites corrompues qui contrôlent la vie politique depuis des siècles.

Des révolutionnaires désespérés qui ont perdu confiance dans les systèmes politiques européen et national représentent 38% de l’électorat de l’UE :

  • Les plus mobilisés ont plus de 50 ans ;
  • Légèrement plus de femmes que d’hommes et nettement plus de femmes en France et en Italie ;
  • Le plus fort en France, en Grèce et en Italie ;
  • Ni de gauche ni de droite, des électeurs désengagés qui ont le même revenu moyen que ceux de la Maison des Stark.

Le peuple des « Daeneryses » : la gauche pro-européenne

Comme Daenerys Targaryen, mère de dragons, qui libère des esclaves, ces peuples souhaitent libérer les Européens de leurs entraves dans des États-nations restrictifs dotés d’une vision internationale positive. Ces personnes cherchent le salut dans un projet transnational. Ils pensent que leurs systèmes nationaux sont brisés et se tournent vers un système politique bruxellois dans lequel ils croient encore pour soigner leur pays de la maladie.

Des Européens convaincus qui estiment que leur système national est en panne, constituant 24% de l’électorat de l’UE :

  • Le groupe le plus jeune avec une moyenne d’âge de 41 ans ;
  • Groupe assez équilibré, avec une plus grande représentation féminine en Autriche, en République tchèque, aux Pays-Bas et en Suède ;
  • Les plus fortes concentrations en Hongrie, Pologne, Roumanie, Slovaquie et Espagne ;
  • Un revenu moyen plus faible que tous les groupes, en grande partie des génération Y et X.

« Le peuple libre » : les eurosceptiques nationalistes

Ces personnes pensent que l’UE est une illusion dangereuse qui sape la souveraineté nationale. Ils veulent retourner dans les États membres autonomes. En ce sens, ils font écho au Free Folk farouchement indépendant, qui valorise l’autonomie par rapport aux tentatives idéalistes d’unir l’humanité ou à la construction d’une alliance grandiose d’autres dirigeants politiques.

Des eurosceptiques nationalistes qui estiment que le système politique de leur pays fonctionne mais que l’Europe ne fonctionne pas, ce qui représente 14% de l’électorat européen :

Le groupe le plus âgé en général, particulièrement les électeurs engagés ;

  • Assez équilibré entre hommes et femmes, mais les hommes prédominent au Danemark et en Autriche tandis qu’en Italie et en Hongrie, le groupe a une forte représentation féminine ;
  • Fortes concentrations en Autriche, au Danemark et en Italie ;
  • Les gens libres sont mieux lotis que les Daeneryses. Ils sont principalement des baby-boomers et légèrement à droite d’eux sur le plan idéologique.

Dans le tumulte de Games of Thrones, comme lors des élections européennes, ce n’est pas la devise de la famille Frey « We Stand Together » qui prédomine mais bien davantage des groupes qui se positionnent en fonction de leur soutien aux systèmes national et européen face aux principaux défis auxquels l’Europe est confrontée aujourd’hui.