Archives de catégorie : Communication sur l’Europe

Billets sur la communication européenne des États-membres et de la société civile

Médias sociaux : recommandations pour une déclaration des droits numériques, un code de conduite des développeurs et des principes de gouvernance de l’information numérique

Les acteurs technologiques, la société civile, le milieu universitaire et le public devraient élaborer une déclaration des droits numériques des utilisateurs, un code de conduite des développeurs et des principes de gouvernance de l’information numérique afin de promouvoir leur adoption et leur adhésion, selon l’étude. “Social Media: The Canary in the Coal Mine – A Digital Bill of Rights, Developers’ Code of Conduct, and Information Governance Principles for a Healthier Digital World”…

Pour un cadre de gouvernance efficace des médias sociaux

Le monde numérique rend nos autorités de gouvernance actuelles inadéquates, confrontées aux nouveaux défis technologiques. Les décideurs politiques et les régulateurs manquent actuellement de ressources pour protéger efficacement un avenir numérique positif. Les droits numériques nécessitent des protections que nos structures actuelles n’offrent pas entièrement.

La régulation des nouvelles technologies doit reposer sur des recherches fiables, un écosystème d’innovation privée renforçant l’intérêt public ainsi qu’une gouvernance qui responsabilise de manière équitable et cohérente.

1) Établir de futurs programmes de recherche et de subventions pour les universitaires

La base consiste d’abord à clarifier quand et comment les plateformes peuvent partager des données avec des chercheurs du milieu universitaire tout en protégeant les droits à la vie privée des utilisateurs.

La recherche devrait se concentrer sur :

  • L’établissement de définitions et de bases de référence pour les dommages numériques et les préjudices (y compris psychologiques) ;
  • Des mécanismes de signalement efficaces pour les problèmes de sécurité des utilisateurs ;
  • Des ensembles de données ouvertes à la recherche ;
  • Des expérimentations de technologie qui soutiennent les principes de démocratie et de transparence.

2) Distribuer des subventions pour encourager l’innovation

En outre, des programmes de financement spécifique devraient être exploré pour inciter les entreprises ou les investisseurs en phase de démarrage promouvant des principes de gouvernance démocratique auprès notamment des fonds de capital-risque émergents

3) Établir des exigences de reporting et de responsabilisation

Des rapports obligatoires par les plateformes pourraient s’inspirer structurellement des modèles mis en œuvre par les investisseurs autour des principes environnementaux, sociaux et de gouvernance pour tous les médias sociaux, entreprises de médias et plateformes.

Des exigences spécifiques pourraient être intégrées :

  • Des normes sociales démocratiques ;
  • L’audit algorithmique, la transparence des algorithmes et la prise de décision automatisée ;
  • Le partage de données avec les chercheurs ;
  • Les pratiques commerciales monétisant les données des utilisateurs ;
  • Les moyens de mesurer la crédibilité/l’exactitude du contenu original
  • L’évaluation des risques sanitaires et systémiques actuels ;
  • Les normes de portabilité ou d’interopérabilité ;
  • L’incidence des publications parrainées ou amplifiées par des gouvernements étrangers ;
  • L’accessibilité et l’inclusion.

Pour des plateformes responsables des médias sociaux

Les technologies confèrent aux plateformes un rôle démesuré dans les interactions, sans être encore bien adaptées. La société attend plus des entreprises, ainsi que de leurs investisseurs, avec leur prise de pouvoir croissante. L’histoire a montré l’importance d’assurer un plus grand rôle aux consommateurs et à leur protection. Alors que des portions importantes de la place publique passent aux mains du privé, les plateformes doivent s’adapter à leurs nouvelles responsabilités publiques.

Les plateformes doivent gagner la confiance des consommateurs en appliquant judicieusement et équitablement leurs politiques, en alignant leurs incitations sur les intérêts des utilisateurs et en présentant des informations fiables, sans être les arbitres ultimes de la vérité ; au contraire, la transparence et la capacité des utilisateurs à déchiffrer la crédibilité sont deux facteurs clés pour gagner la confiance du public.

Les plateformes responsables établiront également des normes éthiques élevées en interne, à la fois pour leurs employés et pour leurs décisions commerciales plus larges. Alors que les plateformes bénéficient d’un pouvoir sociétal et d’un espace considérable pour innover sans réglementation, elles doivent également s’engager à respecter des normes éthiques pour limiter les abus de ce pouvoir et de cette discrétion. Une partie de cet engagement englobe la nécessité pour les plateformes d’éduquer le public sur le fonctionnement de leurs algorithmes afin que le public puisse vraiment surveiller ses intérêts dans le monde numérique. Enfin, les plateformes doivent respecter les droits numériques de tous leurs utilisateurs – un élément essentiel pour leur relation positive avec la société américaine.

La Charte des droits numériques et le Code de conduite des développeurs fournissent des modèles de normes et de standards qui pourraient être adoptés par les producteurs de la société numérique et utilisés pour éclairer leurs politiques afin de produire une stratégie mieux coordonnée pour l’ensemble de la société pour un univers numérique sain.

1) Une stratégie numérique pour toute la société adoptée pour renforcer la fiabilité des plateformes

Pour être crédible et donc efficace, une stratégie sociétale pour une société numérique saine devra être élaborée selon un processus qui évite de donner un avantage économique à une entreprise. Il doit créer un espace pour les nouveaux entrants et éviter un monopole du pouvoir pour une seule grande plateforme.

L’élaboration de ces normes et standards règlementés nécessitera l’ouverture de canaux formels pour la contribution du public, l’engagement dans le dialogue et la garantie que les points de vue des minorités seront entendus. Ces efforts pourraient compléter le code de bonnes pratiques de l’UE sur la désinformation, qui a réuni les plateformes en ligne et l’industrie de la publicité pour s’autoréguler. Un effort de toute la société nécessite un engagement d’une multitude de façons à différents niveaux de spécificité pour générer l’adhésion et opérationnaliser les nouvelles normes et standards sur le terrain.

L’industrie technologique devrait être encouragée à établir ses propres normes qui promeuvent l’essence des principes éthiques de gouvernance de l’information, car l’autorégulation est dans le meilleur intérêt des publics et sur une base commune à l’industrie pour codifier un comportement approprié.

2) Adopter la diversité

L’éthique va au-delà de l’appel ordinaire pour assurer l’inclusivité, l’accessibilité, la diversité de pensée et l’équité. Les plateformes en ligne doivent adopter la diversité en intégrant les points de vue de diverses communautés dans le processus de conception dès le premier jour, les services et les produits prendront plus efficacement en compte les différentes perspectives sur la manière dont ils sont utilisés afin d’en limiter les dommages.

3) Garantir le respect des droits numériques

Pour intégrer ces concepts sur le terrain et partager les meilleures pratiques, la formation des employés sur les plateformes est indispensable en matière de conception, d’exploitation, d’administration et de gouvernance éthiques. Cette formation doit inclure un engagement signé des employés à suivre un code de conduite des développeurs et des entreprises à adhérer aux principes de gouvernance de l’information, en plus de respecter les droits numériques des utilisateurs.

Pour un public autonomisé et formé aux médias sociaux

Une nouvelle ère numérique offre d’immenses possibilités aux individus, mais seulement si nous sommes correctement préparés à gérer cette complexité. Dans le modèle actuel, l’attention des individus est traitée comme un produit à vendre, avec l’éducation des plateformes sur le fonctionnement de leurs algorithmes, le public doit se préparer à évaluer les implications des nouvelles dynamiques de pouvoir dans le paysage numérique, afin de ne pas être laissé vulnérable à une exploitation future par des intérêts étroits.

Les individus doivent activement s’attaquer à la complexité et aux implications de leur existence en ligne. Cela n’est possible qu’avec une certaine éducation sur les technologies elles-mêmes, la manière dont elles influencent le choix individuel et les motivations des plateformes et des producteurs de contenu. Pour sauvegarder les droits et les intérêts des consommateurs, les individus doivent se mobiliser et plaider auprès des décideurs.

Bien qu’il existe des biens sociaux qui sortent de ces modèles, comme des produits gratuits, les utilisateurs ont besoin de la liberté de choisir leurs relations, plutôt que d’être forcés à accepter des réalités monopolistiques afin qu’ils soient habilités à penser de manière critique, à défendre leurs intérêts dans le monde numérique et à participer aux processus démocratiques.

La démocratie exige qu’un public engagé réfléchisse de manière critique aux règles et aux normes nécessaires à une société saine, et cela vaut autant pour la société numérique que pour le monde réel. Toutes les parties prenantes doivent avoir la possibilité de participer à la spécification de ces règles et normes, y compris le développement et l’utilisation d’outils pour les réaliser.

1) Développer des outils civiques d’éducation pour assurer une meilleure compréhension sociétale des risques et opportunités présentés par la participation en ligne

Les parties prenantes doivent développer, promouvoir et diffuser des outils qui soutiennent l’éducation civique qui favorise une société numérique saine. La finalité vise à offrir une compréhension politiquement neutre et à promouvoir la pensée critique tout en fournissant une compréhension de base de la technologie :

  • La littératie numérique ;
  • La conscience de la confidentialité et de la sécurité ;
  • L’éthique technologique ;
  • La préparation numérique ;
  • L’atténuation des risques numériques ;
  • La gestion de la santé mentale.

La pensée critique, à savoir la remise en question constante du contenu, des algorithmes et des autres structures systémiques de la société numérique, est donc un élément important de l’autonomisation du public aux côtés de la compréhension générale de la technologie et de ses conséquences. Cette réflexion critique sur le monde numérique devrait faire partie d’une éducation civique généralisée.

D’autres formes de discussion publique pourraient porter sur la manière d’identifier la més/désinformation en ligne, les dommages causés par les environnements de médias sociaux toxiques et incivils et les mesures de sécurité pour protéger les enfants.

2) Mobiliser des outils démocratiques pour protéger les utilisateurs et la société des dommages potentiels

Un public responsabilisé a besoin d’une voix démocratique dans la société numérique, ce qui peut être accompli par des moyens remarquablement similaires à ceux du monde physique. Les campagnes peuvent tirer parti du pouvoir de mobilisation pour faire pression sur les plateformes et le gouvernement sur des questions telles que l’augmentation des capacités de propriété des utilisateurs sur les plateformes, l’adoption d’une déclaration des droits numériques, l’amélioration de la transparence des données, l’accessibilité et l’inclusion, et d’autres questions clés.

3) Donner aux utilisateurs une agence sur leurs expériences en ligne

Le dernier élément de l’autonomisation des utilisateurs est qu’ils doivent avoir l’opportunité et la capacité de participer à la définition des contours de leurs expériences personnelles en ligne. Idéalement, ils doivent contrôler leurs propres données, faire des choix sans être gênés par la manipulation ou le subterfuge de la plate-forme, avoir la liberté de se déplacer de manière transparente entre les plateformes et accéder à des outils qui leur donnent plus de contrôle sur différents aspects de leurs expressions en ligne.

La capacité de « voter avec ses pieds » en quittant des plateformes qui ne répondent pas aux besoins ou aux attentes des utilisateurs est un élément essentiel, même si la portabilité des informations non transférables empêche les utilisateurs d’exercer cette faculté.

Une première étape intéressante dans cette direction serait une adoption des normes d’interopérabilité, dans laquelle plateformes s’engageraient sur les priorités des utilisateurs lors de l’élaboration de normes d’interopérabilité et de meilleures pratiques pour offrir aux utilisateurs plus de contrôle sur leurs profils, leurs données, la création de contenu et leurs informations personnelles.

Bien que les solutions réelles puissent varier selon la plateforme, la création de mécanismes permettant aux utilisateurs de participer à l’élaboration de leurs propres expériences dans la société numérique est fondamentale pour l’essor des principes démocratiques en ligne.

Empire des Habsbourg et Union européenne : des parallèles d’hier et d’aujourd’hui

Invitée sur RCF en Belgique, Caroline de Gruyter, auteure de « Monde d’hier et monde de demain » propose une perspective nouvelle d’une vision européenne de l’Empire des Habsbourg et d’une vision habsbourgeoise de l’Union européenne. En ces temps incertains de basculement et de bouleversement, le regard rétrospectif sur cet ensemble multinational offre des perspectives, voire de l’espoir.

Comment meurent les « empires » ?

Avec toutes les crises, est-ce que l’Union européenne va disparaître ? Est-ce que la fin de l’empire des Habsbourg peut servir ? Ce sont les questions au départ de la réflexion. L’empire des Habsbourg n’est pas mort en raison de la pression des nationalistes, alors que l’on croit que l’Europe va sombrer à cause des populistes europhobes. L’empire des Habsbourg s’est écroulé de l’intérieur car sa valeur ajoutée n’était plus pertinente pour faire face aux nouveaux défis après la première guerre mondiale.

Quel souvenir laissent les « empires » ?

Rétrospectivement, le souvenir de l’administration impériales, qui multipliaient les contrôles aux frontières, sur le commerce et en matière sanitaire, a laissé une empreinte positive sur les populations. Message à destination de Bruxelles.

L’empire des Habsbourg était perçu comme « bénévolant », de bonne volonté au service des citoyens, tout en étant très largement critiqués tout au long de son existence. C’est quand l’empire a disparu qu’on a pris conscience de sa perte. Le sentiment de non-Europe sera la clé pour l’UE.

Aussi, l’empire des Habsbourg a été le moins autoritaire des empires du XIXe siècle, et n’a jamais été totalitaire, c’était un précurseur pour des idées modernes, avec de nouveaux services publics : écoles, académies, fondations, hôpitaux… Bâtir à l’échelle des prochaines générations, des infrastructures qui endureront et dureront.

Comment se battent les « empires » ?

Sur le plan international, l’empire des Habsbourg a toujours eu des difficultés à mener des guerres offensives, il était capable seulement de mener des guerres défensives. La diplomatie habsbourgeoise navigue à vue, négocie, avance à tâtons, en reculant, et surtout en ménageant toutes les parties.

L’objectif de maintenir l’unité, en dépit des différences et des intérêts divergents est au cœur des compromis de l’empire, qui rend beaucoup plus difficile les conquêtes mais facilite lorsqu’il s’agit de se défendre ensemble, face à un ennemi commun, qui nous unit, comme la lutte contre le covid ou Poutine. Des zones tampon sont aussi nécessaires pour éviter de diviser les nations. Enfin, l’empire est passé maître dans l’art de la temporisation pour reculer au maximum toute décision difficile.

Quelle place pour la MittleEuropa ?

L’Europe Centrale, au cœur de l’empire des Habsbourg, brisée par la première guerre mondiale et enfermée derrière le rideau de fer, revient et reprendre sa place au cœur de la nouvelle Europe. L’Europe Centrale est indispensable dans l’équilibre de l’Europe, que ce soit hier, aujourd’hui ou demain.

Dans l’UE, tous les nouveaux États-membres arrivent enfin maintenant dans le centre de la politique européenne. A cause notamment de l’agression russe, c’est le moment de l’émancipation et de leur unité, ce qui change la configuration de l’Europ, qui retrouve son point d’équilibre.

La Pologne, par exemple, était marginalisée, elle se retrouve au centre, comme la visite de Biden l’a montré, y compris sur des sujets difficiles à faire avancer comme les dossiers des migrations (position en faveur de la protection des frontières) mais aussi de l’état de droit, pas encore réglé.

Quel rôle pour la RealPolitik ?

L’Union européenne doit apprendre à être plus géopolitique, c’est le seul changement possible. Son modèle qui consistait à dépolitiser les conflits, à casser les problèmes en mille morceaux et à tenter de les recoller différemment ne fonctionne plus.

L’Europe doit réapprendre à penser politique et doit grandir moralement, ça veut dire être capable de prendre des décisions géopolitiques, comme l’accord sur les migrants avec la Turquie, qui n’est pas brillant, mais qui est une solution.

Comme l’empire des Habsbourg a appris face à d’autres empires européens allemand et russe plus sournois, l’art de ne pas être seul, encerclé, avec des adversaires coalisés peut servir aussi de leçon dans la gestion du conflit avec la Russie en Ukraine.

Comment ? Les « empires » protègent

La protection des minorités aura été au cœur de la mission historique de l’empire des Habsbourg, ce rôle, c’est un peu celui de l’Union européenne qui vise à protéger les consommateurs sur le marché européen.

Les Européens ne comprennent pas que le fonctionnement même médiocre, avec tous les compromis, est le seul, qui permettent que tout un chacun soit protéger, en tenant compte des réalités. C’est devenu tellement normal, banal, que les gens oublient et ne se rendent pas compte.

Quel narratif pour les « empires » ?

En Europe, il fait toujours avoir un narratif. La fin de la guerre, qui a longtemps servi pour l’UE, mais n’était plus à l’ordre du jour pour les nouvelles générations, reprend du service. Maintenant, on voit bien que cette promesse demeure très forte.

Les gens commencent à comprendre qu’on a construit quelque chose sans s’en rendre vraiment compte : c’est l’état de droit et l’esprit de dialogue qui président. Notre vivre ensemble repose, sans jamais faire rien parfaitement, ce qui est frustrant, sur le fait que l’on écoute tout le monde et que l’on agit collectivement. C’est un bien unique, qui unit, c’est même le seul moyen de nous rassembler tous ensemble. Cet art très spécial, c’est la garantie de notre paix.

Et la culture dans tout ça ?

L’Union européenne a toujours défendu le respect du patrimoine et la défense de la diversité. Laisser exister nos différences les unes à côté des autres, c’est la méthode pour laisser vivre les uns et les autres. On ne peut pas avoir une Europe qui gagne, avec des forts face à une Europe des petits qui perdent.

Dans notre monde où la grandeur et la belligérance sont redevenues des options crédibles, c’est très bien de disposer de notre modèle : très strict sur nos principes, sur tout le reste, on peut discuter. C’est illisible et compliqué, mais c’est pour ça que ça marche. Les gens attendent toujours trop , on ne peut pas prendre de grandes décisions à 27.

Et la politique dans les « empires » ?

Les chefs d’État et de gouvernement doivent mieux expliquer leurs choix. Ainsi du plan de relance post-covid, reposant sur un financement partagé pour s’en sortir ensemble, qui a été compris et soutenu.

Le courage d’expliquer les décisions, de prendre ses responsabilités, avec davantage de votes au sein des parlements nationaux et d’approuver les compromis est la seule solution pour mettre un terme au « Brussels blame game »

On ne doit plus dire que c’est Bruxelles qui prend toutes les décisions, plus que jamais, ce sont les États qui ont le pouvoir au sein d’Europe de plus en plus intergouvernementale. Les États-membres contrôlent toutes les décisions, mais ils ne le disent pas et même cachent leur rôle, c’est l’un des plus grands problèmes de l’Europe.

Quelle nouveauté pour l’Union européenne ?

Les leaders européens sont davantage visibles car les affaires européennes sont de plus en plus importantes. Les sujets sensibles, comme la santé, la sécurité ou le climat sont davantage européens. La mise à l’agenda de ces nouveaux sujets s’est imposée, non pas par choix, mais par le poids des événements. Tout est ré-évaluer en fonction des nouveaux défis, la politique européenne devient de plus en plus intéressante, parce qu’on y discute de sujets importants pour la vie.

60 ans du traité de l’Élysée : une communication terne en demi-teinte

Dimanche 22 janvier, c’est l’anniversaire de la signature du traité de l’Élysée entre le chancelier Adenauer et le président de la République de Gaulle, que peut-on retenir de cette séquence importante alors que le moteur franco-allemand carbure un peu moins bien ces derniers temps…

Le verre à moitié plein : le plaidoyer de Laurence Boone, Secrétaire d’État chargée de l’Europe

A l’occasion d’une conférence à la Maison de l’Europe de Paris quelques jours après, les éléments de langage de la membre du gouvernement Borne cadre la séquence de communication, en trois temps :

  • Sur le soutien à l’Ukraine en termes humanitaire, militaire et financier
  • Sur les politiques publiques européennes
  • Sur l’appartenance et la jeunesse

La célébration du soixantième anniversaire du traité de l’Élysée, c’est l’occasion de renouveler que l’engagement pour la paix est plus que jamais d’actualité dans un contexte de remise en cause du modèle européen, voire un moment de changement d’époque, un pivot.

La locomotive franco-allemande, à défaut de parler de couple compte-tenu des récentes difficultés vise à :

  • Ancrer le continent européen dans la démocratie, en défendant l’indépendance de la justice, la lutte contre la corruption, le pluralisme des médias, pour tous les États-membres et les pays candidats ;
  • Développer une véritable stratégie industrielle européenne, pour que l’Europe soit une puissance géo-économique qui réussisse la transition numérique et climatique ;
  • Assurer la réforme du marché de l’énergie afin de répondre au besoin d’autonomie stratégique, de sécurité des approvisionnements et de développement des énergies renouvelables ; le compromis franco-allemand sur l’hydrogène porte sur la source d’énergie bas-carbone (nucléaire inclus) en contrepartie de l’extension du pipeline France-Espagne vers l’Allemagne ;
  • Flécher les aides post-covid pour permettre aux entreprises de faire face à la hausse des prix des énergies et aux subventions de la loi américaine Inflation Reduction Act ;
  • Diriger des ressources dont l’origine demeure indéterminée vers un fond de souveraineté ;
  • Réviser la charte des droits fondamentaux pour aligner par le haut les droits des femmes et l’égalité femme-homme, à travers le pacte Simone Veil ;
  • Défendre le principe des listes transnationales aux élections européennes afin de renforcer le sentiment d’appartenance des Européens à l’Union européenne.

Le verre à moitié vide : les déclarations officielles sans souffle ou essouflées

Mettons de côté le lyrisme déplacé du discours du président de la République à l’occasion des célébrations à la Sorbonne qui s’est exprimé avec cette expression curieuse un peu essoufflée : « Deux âmes dans une même poitrine. Elles ne se ressemblent pas et elles n’ont pas la même histoire, mais elles sont dans cette même poitrine et elles battent à l’unisson. Deux âmes dans une même poitrine, c’est nous. »

Regrettons que la France et l’Allemagne ne soient pas parvenues lors de cette occasion de faire des annonces coordonnées attendues, en particulier au sujet de la livraison de chars lourds à l’occasion des conclusions du Conseil franco-allemand de défense et de sécurité.

L’absence d’initiative symbolique dans le franco-allemand, d’avancées inattendues pour la construction européenne ou de convergences renforcées sur de nouveaux enjeux rend finalement ce rendez-vous très institutionnel assez convenu.

Comment la Commission européenne vise à construire sa réputation auprès du public ?

Avec les possibilités de participation des parties prenantes à la formulation des politiques de l’UE tout au long du cycle politique dans le but d’ajouter une couche participative à l’élaboration de politiques fondées sur des preuves et éclairées par des experts, la Commission européenne conjugue des ambitions contradictoires en termes de communication. Que faut-il privilégier entre d’une part, la crédibilité en tant qu’acteur qui privilégie l’expertise dans sa prise de décision auprès des parties prenantes bruxelloises ou d’autre part, la réactivité d’une institution à l’écoute du public ?

En théorie, construire une réputation de décideur politique responsable face aux intérêts et réactif à l’écoute du public

La participation des parties prenantes à la formulation des politiques publiques offre aux décideurs politiques d’importantes opportunités d’améliorer la qualité de l’information et la légitimité démocratique de leur prise de décision. Les consultations avec les parties prenantes offrent des opportunités de renforcement de la réputation auprès des publics.

Adriana Bunea et Idunn Nørbech évaluent pourquoi et comment l’exécutif européen utilise la communication stratégique et les réponses publiques aux contributions politiques des parties prenantes comme stratégie de construction de sa réputation afin de consolider simultanément son image bien établie en tant que décideur politique responsable et fondé sur des données probantes tout en cultivant une nouvelle réputation en tant qu’institution qui répond aux demandes du public, dans le but de renforcer sa légitimité, son autorité et son pouvoir institutionnels.

En pratique, consolider sa réputation fondamentale de décideur politique responsable fondée sur des preuves et cultiver une réputation sensible aux contributions fondées sur l’opinion des représentants du public européen au sens large

La Commission européenne essaie de relever ce défi en s’engageant dans un double acte de construction de réputation :

  • D’une part, consolider son image centrale, fondamentale et bien établie d’un décideur politique responsable (basé sur des preuves) ;
  • D’autre part, développer une réputation plus récente et moins établie d’une institution à l’écoute du public, répondant aux contributions des parties prenantes et s’engageant publiquement autour d’arguments fondés autant sur des preuves que sur des opinions.

Concrètement, le comportement de communication publique de la Commission européenne par rapport aux contributions des parties prenantes est très clair : 40 % des contributions des parties prenantes ont reçu une réponse publique de la Commission, tandis que 60 % n’en ont pas reçu.

Dans le détail, la Commission européenne est beaucoup plus susceptible de s’engager publiquement et de répondre aux contributions politiques fondées sur des preuves (par rapport à celles fondées sur l’opinion), tout en étant également moins encline à répondre aux contributions provenant des citoyens et des acteurs non-business, par rapport aux apports fournis par les parties prenantes représentant les intérêts business.

Que faut-il retenir ? L’équation de la réputation de la Commission européenne n’est pas simple mais penche vers sa réputation fondamentale

Les résultats de l’enquête montrent que la Commission européenne déploie des efforts soutenus pour consolider sa réputation de base en tant que décideur politique fondé sur des données probantes tout en développant des initiatives telles que les consultations des parties prenantes et des citoyens pour aider à cultiver une image en tant qu’institution à l’écoute du public.

La communication publique stratégique n’est pas tant utilisée pour protéger la réputation plus récente, émergente et moins établie face à la critique et à la contestation publiques mais semble au contraire continuer à protéger et à consolider sa réputation fondamentale de décideur responsable et fondé sur des données probantes.

En matière de communication, demeure le rôle fondamental et durable de la réputation à maintenir l’unicité institutionnelle de la Commission européenne.

Conférence sur l’avenir de l’Europe : quels enseignements en tirer ?

Ne boudons pas notre plaisir à revenir sur les principaux enseignements de la Conférence sur l’avenir de l’Europe tirés par le think tank « Pour La Solidarité » au sujet de ce qu’il convient d’appeler dorénavant, la démocratie européenne « hors les murs »…

Un véritable tour de force : la première expérience de démocratie participative paneuropéenne de l’Histoire

Pour rappel, la Conférence sur l’avenir de l’Europe a consisté en une série de débats menés dans toute l’Union européenne, ouverts à quiconque pas moins de 17.000 contributions, traduites en 24 langues et soumises à discussion via une plateforme rassemblant 50.000 internautes actifs ou dans le cadre de 6000 événements spécifiquement organisés au cours desquels on a dénombré plus de 700.000 participants et débouchant sur 49 propositions, déclinées en 320 mesures.

Aussi légitimes et fondées que puissent être ces critiques, attention cependant à ne pas perdre de vue l’essentiel : la Conférence a constitué la première expérience de démocratie participative paneuropéenne de l’Histoire – imparfaite, c’est vrai, mais elle n’avait pas cette prétention – et pourrait marquer le début d’un renouveau démocratique, ayant démontré qu’une association plus étroite des citoyens à la fabrique des politiques publiques leur conférerait un supplément d’âme et de légitimité.

Raison et progrès : embrasser la complexité du monde

L’ensemble des propositions a d’abord le mérite de dessiner les contours de l’intérêt général, résolument consensuel, en regardant la situation telle qu’elle est sans désigner de bouc émissaire. Les citoyens européens paraissent au contraire désireux d’embrasser la complexité, en vue de mieux le dompter, en se rangeant résolument dans le camp de la raison et du progrès sans céder aux sirènes du défaitisme et du populisme pseudo-triomphant.

A noter, par ailleurs, que nombres des propositions formulées correspondent en réalité déjà aux politiques conduites par l’Union européenne ou actuellement négociées par les institutions – preuve, s’il en fallait, que ces dernières ne sont pas totalement « déconnectées de la réalité ». De sorte qu’on imagine volontiers qu’un effort de communication supplémentaire, ou mieux calibré, permettrait de réduire la distance qui sépare Bruxelles des citoyens.

En outre, la qualité et l’intérêt des différentes propositions révèlent la difficulté à formuler des recommandations concrètes, qui privilégient naturellement le consensus, les déclarations d’intention et la pensée en silo.

Transparait en effet dans la plupart des propositions un appel à mobilisation des instruments traditionnels de l’action publique, à savoir : éducation et sensibilisation ; investissement et financement ; mécanismes d’incitation monétaires ; contraintes légales pures et dures.

La vision de l’État interventionniste ou stratège induite par le format de la Conférence reproduit les logiques propres à la démocratie représentative, en particulier celle d’une action publique descendante.

A cet égard, le « partage de bonnes pratiques » parfois recommandé par les panélistes ne suffit pas, car le problème sous-jacent est d’abord culturel et cognitif : il faut apprendre à penser le politique hors les murs des institutions pour le ramener au cœur de nos vies.

A noter, également, que les panélistes parviennent sans difficulté à dépasser le cadre de l’État-nation, ayant admis que l’échelle pertinente pour gouverner était à de nombreux égards celle du continent sur les questions diplomatiques, de défense et de sécurité, et sur l’ensemble de celles touchant au fonctionnement du marché intérieur.

Indéniablement, la Conférence constitue donc un jalon important dans la prise de conscience par les citoyens européens qu’ils partagent un même positionnement dans l’espace international, nombre de traits culturels et des intérêts convergents, tels qu’ils ne forment pas ensemble un vulgaire agrégat de peuples éparses mais une véritable communauté de destin pour produire davantage de commun à l’échelle de l’Union.

Une révision de l’architecture institutionnelle

Les propositions relatives au fonctionnement de l’Union visent à faire participer les citoyens aux travaux de façon plus régulière, « hors des périodes électorales » via de « nouveaux mécanismes » : plateforme de dialogue en ligne, « assemblée citoyenne » permanente et organisation de « référendums européens »

Quant à l’équilibre du triangle institutionnel, les citoyens se positionnent pour instaurer des listes transnationales, conférer au système du candidat chef de file, les Spitzenkandidaten un caractère contraignant et d’un part reconnaître au Parlement européen un véritable droit d’initiative et d’autre part davantage d’efficacité et de transparence au Conseil avec davantage de majorité qualifiée sur l’ensemble des décisions, à l’exception de celles relatives à l’élargissement de l’Union et visant à modifier ses principes fondamentaux.

L’arbre de l’institution semble néanmoins dissimuler une forêt de divergences. D’un côté, un groupe d’États réformateurs (France, Allemagne, Belgique, Italie, Pays-Bas, Espagne et Luxembourg) « ouverts en principe » à une réforme des traités ; devant cependant composer avec un autre groupe d’États membres plus réticents (Bulgarie, Croatie, Tchéquie, Danemark, Estonie, Finlande, Lettonie, Lituanie, Pologne, Roumanie, Slovénie, Suède et Malte).

Au total, les propositions de la Conférence sur l’avenir de l’Europe sont dorénavant un document de référence auquel les institutions devront se rapporter et dont elles pourront même se prévaloir chaque fois que la définition de l’intérêt général européen sera sujette à débat, à la façon d’une boussole démocratique.