Archives de catégorie : Communication sur l’Europe

Billets sur la communication européenne des États-membres et de la société civile

Conférence sur l’avenir de l’Europe : une révolution copernicienne et la raison d’être démocratique de l’UE

Alberto Alemanno dans une vaste analyse « Unboking the Conference on the Future of Europe and its Democratic Raison d’Être » décrypte la tentative de créer une nouvelle structure d’opportunité transnationale pour la délibération participative, capable de compenser le manque d’un véritable espace politique et médiatique paneuropéen…

Questions autour d’une révolution copernicienne

La « révolution copernicienne » consistant à impliquer les citoyens dès le début de la réforme institutionnelle – par la consultation puis la délibération – peut-elle tenir sa promesse ? La conférence sur l’avenir de l’Europe peut-elle à elle seule être un remède à l’absence d’une infrastructure démocratique paneuropéenne critique et mature, capable de libérer certains des potentiels démocratiques de la participation transnationale ? Comment le processus délibératif ad hoc peut-il être transnationalisé et intégré – et donc institutionnalisé – dans le processus décisionnel quotidien de l’UE ? Dans quelle mesure ces processus délibératifs peuvent-ils redonner aux citoyens de l’UE une partie de leur propre pouvoir constituant dans l’avenir démocratique de l’Union ?

Malgré les inégalités socio-démographiques et les défauts représentatifs affectant les contextes délibératifs, les panels de citoyens européens peuvent être considérés comme l’effort le plus articulé pour construire un espace délibératif transnational encore inexistant après soixante-dix ans d’intégration européenne. S’ils étaient institutionnalisés à l’issue de la Conférence, les panels délibératifs pourraient offrir un nouveau rythme – et donc un dynamisme – à la démocratie européenne au-delà des élections. Comme le dit Jürgen Habermas, lutter pour la délibération dans la pratique politique n’est pas – et ne devrait pas être – une « exubérance utopique ».

L’innovation démocratique délibérative et participative, nouvelle raison d’être de l’UE

Dans l’effort participatif visant à obtenir des résultats politiques meilleurs et plus légitimes en impliquant les citoyens ordinaires de manière plus complète et plus systématique dans le processus politique européen, la Conférence sur l’avenir de l’Europe peut être comprise comme une nouvelle tentative de faire participer les citoyens en s’appuyant, cette fois-ci, également sur leur contribution – à travers la création d’un espace de délibération transnational autrement inexistant – pour se lancer dans une auto-réflexion institutionnelle, éventuellement ontologique.

Son lancement reconnaît intrinsèquement les limites du modèle participatif européen post-Lisbonne et son attente sous-jacente selon laquelle la participation des citoyens en soi pourrait, par conséquent, combler comme par magie l’écart entre le pouvoir et la responsabilité électorale dans l’Union. Il s’avère qu’en l’absence d’une infrastructure démocratique paneuropéenne et d’un discours connexe rendant le processus politique visible et accessible à un large public, la participation citoyenne ne peut à elle seule compenser l’incapacité des citoyens de l’UE à exprimer leur désir de changement dans la politique européenne.

Aller au-delà de la simple participation, en établissant un espace délibératif transnational de haut en bas, dans l’espoir que cela puisse conduire à de nouvelles dynamiques de pouvoir qui pourraient éventuellement contribuer à combler cette lacune. Le niveau de responsabilité politique sans précédent des citoyens pourrait promouvoir non seulement de nouvelles conversations entre les peuples européens et les institutions publiques – tant européennes que nationales – mais également entre les citoyens eux-mêmes. Cela pourrait à terme ouvrir la voie à de nouvelles dynamiques de pouvoir entre les élus et les non-élus, et leurs différentes sources de légitimité correspondantes, d’une manière jamais connue auparavant au sein de l’UE.

La Conférence sur l’avenir de l’Europe, un exercice original d’innovation démocratique transnationale, avec toutes les promesses et les défauts d’un prototype

L’UE est en passe de devenir un « laboratoire » remarquable pour tester empiriquement la validité de la participation délibérative en général, mais plus particulièrement à l’échelle transnationale, d’une manière qui n’a jamais été faite auparavant. La Conférence peut être considérée comme le terrain d’essai ultime du concept normatif de Habermas de démocratie délibérative dans un contexte transnational. Le philosophe allemand a insisté au cours des dernières décennies sur la nécessité de construire un espace de délibération transnational pour amener l’idée d’une démocratie supranationale européenne à un niveau supérieur. C’est exactement ce que cette conférence s’efforce d’offrir. Son architecture participative établit, quoique sur une base ad hoc, un espace de délibération transnational sans lequel ni ses citoyens ni ses élus ne seraient exposés – et attentifs – aux points de vue exprimés dans d’autres parties de l’Union.

La Conférence peut donc être considérée comme offrant une nouvelle structure d’opportunités expérimentale et temporaire qui pourrait permettre aux acteurs institutionnels et aux citoyens d’acquérir une exposition tout à fait sans précédent, et donc enrichissante, aux préférences transnationales ascendantes. Au milieu du soutien de certains médias et d’un public plus large, le discours paneuropéen de citoyen à citoyen qui s’ensuit pourrait potentiellement les faire prendre conscience de l’histoire, des contributions, des angoisses et des aspirations des autres, approfondissant ainsi une compréhension si essentielle au développement d’un sentiment d’autonomie. Cela seul pourrait modifier la dynamique politique des négociations interétatiques grâce à de nouvelles méthodes, ce qui pourrait à son tour reconfigurer le débat politique et, plus largement, public dans l’ensemble de l’Union.

Même s’il serait naïf de s’attendre à ce que cette initiative d’innovation démocratique ad hoc résolve comme par magie le malaise démocratique de l’UE, l’expérimentation intégrée à la Conférence peut être considérée comme un premier pas prometteur vers la réalisation du potentiel de renforcement de la légitimité de la participation.

Plutôt que de mesurer le succès de la Conférence à l’aune de sa capacité à mener avec précaution à une réforme des traités – ou à la transformer en un nouveau mode d’élaboration de la constitution –, il serait peut-être plus pertinent de l’évaluer à l’aune de sa capacité à offrir aux institutions européennes et nationales ainsi que des citoyens, un avant-goût d’une Union transnationale plus intelligible, plus délibérative et donc plus centrée sur les citoyens. Seule cette dernière issue pourrait compenser le péché originel de l’Europe « démocratique », celui d’aller de l’avant avec la réforme institutionnelle de l’UE non seulement sans la contribution directe des citoyens, mais aussi malgré les référendums négatifs organisés dans deux États membres de l’UE en 2005.

En fin de compte, alors que les citoyens de l’UE continuent de manquer de possibilités efficaces pour façonner l’intégration européenne, le lancement de la Conférence sur l’avenir de l’Europe marque le premier aveu explicite qu’ils – et non les États membres ou les institutions de l’UE – sont la source ultime de l’autorité et de la légitimité de l’UE. Il reste à voir si et comment une telle admission peut se traduire par un renforcement permanent du contrôle des citoyens sur le développement constitutionnel de l’UE. Une fois que le génie démocratique de l’Europe sera sorti, il sera difficile de le remettre dans la bouteille.

Ursula von der Leyen : entre crises et continuité, l’équation d’une stratégie de communication d’une candidate en quête d’un second mandat

Exercice d’équilibrisme difficile, l’équation du renouvellement à la tête de la Commission européenne, pour sa présidente actuelle, Ursula von der Leyen, qui est à la fois la première Présidente de la Commission européenne, mais aussi la plus mal élue de l’institution par le Conseil européen, est encore plus complexifié par le fait que sa communication est totalement sibylline sur le sujet. Comment décrypter ?

Le profil de la candidate idéal-type parfaite

Le profil recherché par les chefs d’État et de gouvernement, qui, selon le traité de Lisbonne, choisissent la personnalité à la tête de la Commission européenne, semble évolutif selon les circonstances, entre des extrêmes aussi différents que l’entreprenant Jacques Delors dans les années 1980 et le fade Barroso dans les années 2000.

Avec le choix d’Ursula von der Leyen, plusieurs critères semblent avoir présidés à la décision :

  • Le choix d’une relative ductilité politique semble avoir prévalu par rapport à un profil qui aurait été issu des Spitzenkandidaten disposant d’un capital politique fort, légitimé par le résultat électoral ;
  • Le choix d’une relative secondarité, venant d’une responsable politique n’ayant pas exercé de fonction à la tête d’un exécutif collégial et collectif et se voyant confier un agenda politique qu’elle n’a pas porté auprès des citoyens.

Pour la prochaine mandature européenne, le contexte de décision des membres du Conseil européen ne semble pas avoir fondamentalement évolué au point de remettre en question leurs critères de recrutement d’un profil idoine.

Les chances du côté de la Présidente Ursula von der Leyen de rester à la tête de la Commission européenne

Pour Alberto Alemanno, Professeur de Droit de l’UE à HEC Paris, à l’approche de la fin de son mandat, von der Leyen continue de faire face une crise après l’autre (Ukraine, Gaza). Ce mode d’urgence constant joue en sa faveur, car elle demeure ainsi la favorite pour un deuxième mandat à la tête de la Commission européenne.

Sa position unilatérale et belliciste en faveur de la répression d’Israël contre le Hamas et les Palestiniens piégés à Gaza n’a pas trouvé le soutien de la majorité des États membres de l’UE. Pourtant, cela n’a pas érodé son soutien au sein des 27 de l’UE.

Selon lui, les dirigeants de l’UE, y compris les rebelles tels qu’Orbán et Fico, continuent de la soutenir en tant que leur candidate. Pourquoi en est-il ainsi ? Essentiellement, elle leur permet d’agir constamment en défiance de l’UE, sans les sanctionner ni publiquement ni en privé. Il y a complicité, certains iraient même jusqu’à parler de complaisance :

Exemple 1 : Le Commissaire hongrois Oliver Várhelyi n’a pas été sanctionné pour avoir déclaré unilatéralement la suspension de l’aide de l’UE à la Palestine. Pourtant, c’était légalement possible, car le Commissaire Várhelyi avait enfreint le droit de l’UE en annonçant seul la suspension des fonds de l’UE pour la Palestine, mais l’application de cette mesure relève de la seule décision de la Présidente européenne, qui a donc joué la modération.

Exemple 2 : Viktor Orbán n’a pas été réprimandé pour avoir rencontré Poutine, en totale négligence du principe de coopération loyale qui s’applique à tous les États membres dans leurs relations avec l’UE. Là encore, la présidente a fait profil bas sur ce sujet.

Exemple 3 que l’on peut ajouter : La visite à Lampedusa, peu de temps après son discours sur l’état de l’Union pour assurer le soutien de la Commission européenne à l’Italie en première ligne sur le sujet des migrations, ou tout autant pour s’assurer du soutien de la nouvelle présidente du Conseil italien, Giorgia Meloni pour son second mandat à la tête de la Commission européenne. Il ne peut y avoir d’à peu près dans le cas de décision prise à la majorité qualifiée des chefs d’Etat et de gouvernement.

Pour résumer, le point de vue d’Alberto Alemanno, Ursula von der Leyen est perçue, au sein du Conseil européen, à la fois suffisamment forte pour être crédible sur la scène internationale et suffisamment faible sur le plan interne pour satisfaire tous les chefs d’État et de gouvernement, du moins pour le moment.

Les dérives d’une « Queen Europe » « égopolitique » où les raisons d’une rupture quasi consommée

Au travers d’une série de billets de blog tous plus acides les uns que les autres, le journaliste Christian Spillmann dresse un tout autre tableau entre « les derniers feux de « Queen Europe » » en septembre après son discours sur l’état de l’Union décevant où elle « va devoir faire un choix: la retraite ou livrer bataille », puis « Ursula von der Leyen : la présidente « égopolitique » » début octobre et enfin « la rupture » fin octobre, qui se passe de commentaire.

Que se voit reprocher la présidente en exercice, en sursis de la Commission européenne :

1. Gestion de crise constante : Ursula von der Leyen a été perçue comme une présidente de la Commission qui a principalement dû faire face à des crises depuis le début de son mandat, plutôt que de mettre en œuvre une vision proactive. Elle a été contrainte de réagir en permanence aux événements plutôt que de fixer le cap pour l’Union européenne. Un atout qui finit par être un handicap.

2. Manque de soutien au sein de l’UE : Son approche unilatérale et sans compromis en ce qui concerne des questions sensibles, comme le conflit entre Israël et le Hamas à Gaza, n’a pas trouvé le soutien de la majorité des États membres de l’UE. Cela a laissé des doutes quant à sa capacité à rassembler le consensus nécessaire au sein de l’Union.

3. Manque de vision et de perspective : Dans son dernier discours sur l’état de l’Union européenne, Ursula von der Leyen n’a pas abordé des questions cruciales telles que la montée du populisme, les relations avec les États-Unis, dont elle s’aligne trop visibiblement avec Biden, ou les défis liés aux élections de 2024. Cela est perçu comme un manque de vision et de préparation.

4. Opposition au sein du Parlement européen : Des personnalités politiques influentes, telles que l’ancien Premier ministre belge Guy Verhofstadt, ont critiqué ouvertement l’approche d’Ursula von der Leyen. Ses positions sur des questions clés, comme l’élargissement de l’UE à l’Ukraine et d’autres pays, ont rencontré une forte opposition au Parlement européen.

5. Relations tendues avec le Parti Populaire Européen (PPE) : Ursula von der Leyen a des relations tendues avec le PPE, le parti politique qui l’a soutenue pour la présidence de la Commission. Des désaccords avec des membres clés du PPE, comme Manfred Weber, complique sa situation. La présidente du Parlement européen est positionnée comme son joker.

6. Défaut de leadership et inconsistance : Elle est accusée de manquer de leadership et d’inconsistance dans sa gestion de la Commission européenne. Son absence de management collégial et de confiance dans les équipes de l’institution suscite des départs y compris de ses plus proches comme Frans Timmermans et des inquiétudes sur ses capacités à poursuivre.

7. Irritation des dirigeants européens : Son comportement, y compris sa participation à des événements diplomatiques sans consultation préalable avec le Conseil, irrite les dirigeants européens. Elle a été rappelée à l’ordre lors d’un sommet européen extraordinaire au sujet de son déplacement en Israël.

8. Désaccords sur le budget : Son incapacité à obtenir le soutien des États membres pour son budget proposé a également affaibli sa position.

Dans l’ensemble, pour Christian Spillmann, il semble qu’Ursula von der Leyen fait face à de nombreux obstacles et à une opposition significative à son maintien à la tête de la Commission européenne pour un second mandat. Ses chances de rester en poste semblent être compromises.

Que retenir à ce stade ?

Que la présidente de la Commission européenne, au bord du précipice pour prendre l’une des décisions les plus importantes pour l’avenir de l’Europe, est loin de faire l’unanimité, pour elle, contre elle, avec elle si telle devait être finalement sa décision.

Élargissement de l’UE : comment passer de la vision au « menu » à une approche « à la carte » ?

Dans le Guardian, “The EU’s ‘set menu’ membership model is failing. It’s time for an ‘à la carte’ approach”, Alberto Alemanno revient sur les conclusions du sommet des chefs de gouvernement à Grenade où une prise de conscience a émergé : une réforme interne radicale est devenue inévitable. Jusqu’à présent, les gouvernements ont résisté à toute réforme véritable des structures internes de l’UE, mais il devient de plus en plus évident que des ajustements significatifs sont nécessaires pour répondre aux défis actuels…

L’élargissement, une opportunité cruciale

L’UE se trouve dans une position vulnérable, constamment prise en otage par les agendas nationaux de ses États membres. Cette situation a mis en lumière plusieurs problèmes structurels. Tout d’abord, l’UE manque de pouvoirs dans des domaines clés, ce qui limite sa capacité à agir efficacement. De plus, elle semble insuffisamment responsable envers ses citoyens pour les responsabilités nouvellement acquises, ce qui a alimenté le mécontentement et le sentiment d’éloignement vis-à-vis de l’UE. En outre, des attaques internes, souvent alimentées par des intérêts nationaux, mettent en péril la cohésion et l’efficacité de l’Union.

Cependant, la prochaine expansion de l’UE vers l’est offre une opportunité cruciale. Elle permettrait à l’Union de devenir stratégiquement indépendante dans un nouvel ordre mondial menaçant, tout en assumant un rôle de leader dans la lutte contre l’urgence climatique. Les dirigeants de l’UE ont montré une volonté de repenser entièrement l’avenir de l’Union et son cadre de gouvernance sous-jacent.

D’un modèle d’adhésion « tout ou rien » à un modèle d’une Europe « à la carte »

Le « Groupe des 12 », une initiative franco-allemande composée d’experts, a joué un rôle essentiel en élaborant un ensemble de propositions audacieuses pour des réformes structurelles majeures.

Ces propositions envisagent quatre niveaux distincts d’adhésion, chacun offrant un degré différent d’intégration. Le modèle des « cercles concentriques » comprend un cercle intérieur, l’UE elle-même, l’adhésion associée (limitée au marché intérieur), et enfin, le niveau moins contraignant de la nouvelle Communauté politique européenne.

Cette approche à plusieurs vitesses permettrait à certains États membres de s’intégrer plus profondément dans certains domaines, tout en empêchant d’autres de les en empêcher, reflétant ainsi la diversité des ambitions et des réalités nationales.

Cette approche pragmatique de l’expansion est en phase avec les réalités d’aujourd’hui. L’adhésion et la participation à l’UE ne peuvent plus être considérées comme une question tout ou rien.

L’UE doit abandonner l’illusion d’une adhésion au « menu » au profit d’une nouvelle compréhension, où chaque pays s’engage à s’intégrer, mais sur la base d’une approche « à la carte », adaptés à leurs besoins et à leurs capacités.

Ces propositions pourraient profondément remodeler la nature de l’Union européenne, d’une part, en renforçant le statut d’une fédération d’États aux mentalités similaires, tandis que d’autre part, la voie serait ouverte à une construction à plusieurs vitesses plus hétérogène. Paradoxalement, en mettant de côté son approche historiquement enracinée de l’adhésion « tout ou rien », l’UE pourrait s’étendre et s’approfondir en même temps.

Cette évolution bénéficierait à la fois aux pays candidats, en offrant des perspectives d’intégration plus flexibles, et à ses résidents actuels, en garantissant une UE plus résiliente et mieux adaptée pour faire face aux défis contemporains.

L’adhésion graduelle au regard du principe de réalité, de la lisibilité de l’UE et de l’acceptabilité du public

Les élargissements vont mettre à rude épreuve l’UE, l’adhésion graduelle offre un terrain fertile pour améliorer l’acceptabilité et réduire le fossé entre les aspirations des pays candidats et les réalités d’une intégration de facto plus douce.

Le principe de réalité exige que les élargissements soient en phase avec les défis et les opportunités du monde actuel tels que les dynamiques géopolitiques, les préoccupations climatiques et les besoins économiques. Cette approche renforce la position de l’UE en tant qu’acteur mondial, capable de répondre aux besoins du 21e siècle, notamment en matière de lutte contre le changement climatique.

La lisibilité pour le public d’une adhésion graduelle invite dès que possible à sensibiliser les citoyens autour d’une approche plus transparente et compréhensible.

L’UE est à un tournant de son histoire, avec la possibilité de remodeler son avenir à condition de faire des choix audacieux et réfléchis qui pourraient façonner son avenir de manière inédite. La communication sera également essentielle pour garantir le succès de cette transition.

L’élargissement graduel peut renforcer la position de l’UE dans un monde en évolution rapide, tout en préservant sa stabilité institutionnelle et en offrant des avantages tangibles à ses citoyens et aux pays candidats.

La communication de l’Union Européenne : une vision unitaire face aux défis mondiaux, des réalisations tangibles et la participation des citoyens

Parmi les rares spécialistes de la communication publique qui s’intéresse à la communication de l’Union européenne, Thierry Libaert développe, dans « L’urgence de la communication européenne » sur le blog de la revue Hermès, une réflexion à faire connaître et à discuter…

La responsabilité de la communication : rendre présent et attractif le discours européen car la meilleure communication est une communication de proximité

Pour, Thierry Libaert, les crises dont l’Europe est parvenue à s’en sortir, comme la relation post-Brexit avec le Royaume-Uni, la gestion des vaccins contre le Covid-ou la mobilisation contre l’agression de la Russie en Ukraine, renforce la prise de conscience de la nécessité de l’UE.

Tandis que les crises non résolues comme la pression des partis antisystème extrémistes ou celle des migrants qui aurait pu être mentionnée pèsent sur les épaules d’un projet européen qui ne sait pas comment grandir dans un milieu de polarisation croissante de la politique, réduisant les possibilités de consensus et de convergences des politiques publiques.

Pour Thierry Libaert, la réforme de la communication de l’Union européenne pourrait passer par plusieurs pistes d’amélioration :

  1. Unifier la voix de l’Europe pour éviter un discours fragmenté parmi les différentes institutions européennes ;
  2. Actualiser le discours européen en le rendant plus pertinent pour la population actuelle, en mettant l’accent sur les valeurs, la culture, le modèle social et la transition écologique.
  3. Améliorer la communication en la rendant plus régulière et en abordant des thèmes pertinents pour la vie quotidienne des citoyens.
  4. Impliquer davantage la société civile afin de prendre en compte les aspects humains et sociaux pour surmonter les défis actuels de légitimité et de représentativité.

La vision globale et continentale et la communication participative et délibérative de l’UE

Changeons un instant d’échelle. En regardant au-delà de nos frontières, l’UE se trouve au cœur d’un « choc des blocs » à l’échelle mondiale qui redéfinit la responsabilité de la communication européenne qui, de fait, s’inscrit dans un paysage où la désinformation et la manipulation des informations côtoie les maigres efforts de pédagogie sur l’Europe.

Alors que les grandes puissances mondiales se redessinent et que de nouveaux acteurs émergent sur la scène internationale, l’Europe se rend compte de la nécessité de rester unie pour relever les défis mondiaux tels que le changement climatique, la sécurité, et les économies interconnectées, il s’agit là d’une force collective qui n’est pas toujours bien verbalisée, mais qui se ressent, se faire sentir sur les grands enjeux contemporains, en réponse aux anxiétés qui paralysent.

Le nouveau récit de l’UE se dessine autour de cette orientation vers une autonomie stratégique en cours de construction, d’une Europe qui devient un contrepoids crédible, et cela, non pas grâce à une communication européenne parfaite, mais grâce à sa capacité à maintenir le dialogue, à négocier, et à prendre des décisions concertées, même si elles ne permettent pas toujours d’avoir la pureté morale néokantienne sur les questions migratoires ou l’efficacité machiavélienne la plus brute sur les questions relatives à l’état de droit.

Et au niveau paneuropéen, l’Union européenne doit faire face au choc des niveaux de vie divergents. Cependant, malgré ces différences, il existe une aspiration commune chez de très nombreux Européens, qu’ils soient membres de l’UE ou non, à vivre ensemble, à coopérer et à promouvoir les valeurs européennes. Cette volonté d’unité est renforcée par les pressions exercées par des puissances étrangères qui cherchent à exploiter les divisions en Europe. Ainsi, le succès du projet européen ne réside pas dans une communication efficace, mais dans la capacité de l’Europe à se mobiliser face à ces défis externes et à renforcer son intégration pour réaliser ses aspirations communes. La dynamique de l’Europe aujourd’hui, c’est la dynamique relancée combinant son élargissement et de son approfondissement.

Par ailleurs, il est crucial de mettre en lumière les réalisations concrètes de l’UE en matière de participation citoyenne et de délibération. La grande consultation européenne organisée avant les dernières élections européennes a été une étape majeure dans la consolidation du consensus autour du pacte vert pour l’Europe. Cette consultation a permis aux citoyens européens de s’exprimer et de contribuer à l’élaboration de politiques cruciales pour l’avenir de la planète. Cela montre que l’UE est à l’écoute de ses citoyens et qu’elle est prête à intégrer leurs préoccupations dans ses politiques.

De plus, la Conférence sur l’avenir de l’Europe, lancée après les élections européennes, représente une avancée majeure dans le renforcement de la démocratie européenne, grâce à sa capacité à s’appuyer sur les positions des citoyens. Elle permet à des panels citoyens de jouer un rôle actif dans la formulation des politiques de l’UE. Cette approche délibérative donne aux citoyens ordinaires la possibilité de contribuer directement à la prise de décision européenne, ce qui renforce la légitimité de l’UE et montre que l’Europe écoute et valorise les voix de ses citoyens. Rien n’est jamais parfait, mais sur ce sujet, le « tournant participatif » hérité de la Commissaire Margot Wallström est plus que jamais d’actualité.

En conclusion, bien que l’UE puisse et doive améliorer sa communication, il est indéniable que son évaluation doit considérer d’une part, sa capacité à relever des défis mondiaux plus prégnants et d’autre part, à écouter les aspirations pressantes de ses citoyens. L’Europe avance, non seulement grâce à des récits, mais aussi grâce à des actions tangibles d’ouverture et d’accueil des diversités dans l’unité. C’est dans ces initiatives que réside aussi la véritable force du projet européen pour l’avenir.

Prochain élargissement de l’UE : un impératif géopolitique, des choix difficiles à faire

L’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022 affecte la géopolitique du continent européen comme aucun événement depuis 1989 et la fin de la guerre froide, précipitant l’élargissement de l’OTAN à la Finlande et bientôt la Suède, la création de la Communauté politique européenne et l’ouverture de l’Union à de nouveaux membres. Hans Kribbe et Luuk van Middelaar, de l’Institut bruxellois de géopolitique, analyse les choix difficiles qui nous attendent

Qu’est-ce qui fait de l’élargissement de l’UE un impératif géostratégique ?

Les zones grises ou tampons intermédiaires comme l’Ukraine, la Moldavie ou la Géorgie, pris en sandwich entre Russie et UE n’existent plus. Une ligne de fracture stratégique traverse désormais le continent, il est dans l’intérêt stratégique de l’Union d’intégrer fermement et définitivement les États de « notre » côté, c’est devenu une priorité majeure.

De même pour les six États des Balkans occidentaux actuellement dans la salle d’attente d’adhésion (l’Albanie, la Bosnie-Herzégovine, le Kosovo, le Monténégro, la Macédoine du Nord et la Serbie). Cela signifie que l’Union doit maintenant se préparer à l’adhésion de neuf nouveaux membres.

Un tel élargissement sera monumental pour l’Union elle-même et son fonctionnement. En fait, sans une réforme interne significative de l’UE, il est difficile d’imaginer comment ce sera possible. Ce ne sont pas seulement les États candidats qui doivent se préparer à l’adhésion. L’UE doit être prête à l’expansion.

Réforme interne

Sur plusieurs points clés de la gouvernance et des politiques européennes, l’UE doit se réformer :

  1. Pour une prise de décision efficace et légitime : une modification inévitable de la dynamique institutionnelle et politique de l’Union et au cœur du processus décisionnel de l’UE ;
  2. Pour le budget de l’UE, l’agriculture et la politique de cohésion : l’UE devra faire des choix budgétaires difficiles ;
  3. En théorie, pour le marché unique, la libre circulation et l’emploi : de nouvelles opportunités économiques et de nouveaux emplois permettant de renforcer la compétitivité de l’Europe et de stimuler la croissance ;
  4. Pour l’État de droit et démocratie : ne rien faire pour renforcer l’État de droit risque de provoquer une perte de cohésion et un écart croissant entre les discours et la réalité ;
  5. Pour la sécurité externe : une nouvelle frontière extérieure abritera des intérêts géostratégiques, la dépendance à l’égard des États-Unis en matière de sécurité va très probablement augmenter.

Un dilemme à la fois nécessaire mais également impossible

Un nouveau consensus sur la nécessité stratégique d’ancrer fermement ces États dans la sphère de sécurité et de prospérité de l’Union et dans le même temps, un impératif de protéger le fonctionnement, la cohésion et les valeurs fondatrices de l’Union.

Ce qui est impossible aujourd’hui peut devenir possible demain. D’où bien sûr l’obligation pour les candidats de se changer et de se réformer avant leur entrée. D’où également la nécessité pour l’Union de se préparer et de se changer. Ces deux processus, juridiquement distincts mais politiquement liés, sont censés se réunir au moment où l’Union et (certains ou tous) les candidats seront « prêts » et que l’élargissement pourra avoir lieu.

Acceptation du public

Le soutien public à l’élargissement ne peut être tenu pour acquis. Même si l’adhésion après la guerre froide n’était pas une fatalité, les dirigeants et les majorités publiques en Europe se sont finalement ralliés à la grande mission de « réunifier le continent ». Mais le soutien a rapidement cédé la place à une lassitude face à l’élargissement, à une inquiétude croissante de l’opinion publique concernant l’emploi et les salaires, la croissance de la migration intra-UE et le spectre du « dumping social ».

La méfiance à l’égard de l’élargissement persiste dans de nombreuses régions de l’Union. L’humeur du public est changeante. La guerre d’agression de la Russie pourrait désormais renforcer le soutien de l’opinion publique à l’adhésion de l’Ukraine et d’autres candidats.

Pour offrir aux nouveaux membres un foyer adapté aux 36 pays, les dirigeants de l’UE doivent trouver des moyens d’impliquer leurs propres électeurs, sinon la porte de l’Union risque de rester fermée. C’est peut-être là que réside peut-être la mission actuellement la plus sous-estimée à laquelle l’Union est confrontée.

Que retenir ?

La perspective de l’élargissement va libérer toutes sortes de forces contradictoires, prise entre la nécessité et l’impossibilité, l’impatience des nouveaux candidats et le ressentiment des anciens, et sous la pression du temps exercée par le rythme des événements, l’UE doit jouer la carte de la clarté et de l’honnêteté quant aux compromis et aux dilemmes, nécessitant du leadership. Éviter les questions difficiles dans l’espoir qu’elles disparaissent ne trompera pas l’opinion publique des deux côtés de l’Union.