Archives annuelles : 2013

Quand la Commission européenne dépasse les 100 000 Followers

Cette semaine, la Commission européenne @EU_Commission inscrite sur Twitter depuis le 21 juin 2010 se félicite de dépasser les 100 000 followers, faisant ainsi la course au champion européen toute catégorie @@euHvR (aujourd’hui @eucopresident), le président du Conseil européen. Au-delà du bilan officiel sur les chiffres clés, attardons-nous sur les profils des abonnés et les contenus emblématiques…

Quels sont les profils des abonnés à la Commission européenne ?

Au-delà de l’origine géographique ou des données approximatives sur l’âge ou le sexe, si l’on regarde le nuage de mots clés constitué par les bios des abonnés au compte Twitter de la Commission européenne, force est de constater que quelques profils se dégagent :

  • principalement, des étudiants internationaux intéressés par la politique, le business, le monde, les news…
  • également, des journalistes ;
  • enfin, des consultants, le plus souvent experts en affaires européennes.

EU_Commission_wordcloud_bio_followers

Si l’on s’intéresse à la dimension interactive (interactions et discussions), force est de constater que le compte de la Commission européenne demeure encore très « bruxello-centré » :

  • c’est avec @BarrosoEU, le président de la Commission européenne – faut-il le préciser – que le compte discute le plus ;
  • globalement, les interactions se font pour 25% avec des comptes situés en Belgique… bien loin de la dispersion géographique des followers.

Quels sont les contenus les plus viraux de la Commission européenne ?

Sur les derniers mois, le recrutement moyen est de 5 500 followers par mois pour une publication moyenne de 7 tweets par jour. Quelques pics révèlent particulièrement les contenus qui intéressent le plus :

  • 1er pic en termes de recrutement de nouveaux abonnés autour des stages ouverts pour les étudiants. Le 8 janvier 2011, le compte @EU_Commission a gagné 2 862 Followers ;
  • 2e pic en termes de viralité lors de la crise liée à la campagne de communication destinée à recruter des femmes dans les carrières scientifiques. Le tweet tentant de gérer la crise a été retweeté 358 fois… davantage que celui sur le prix Nobel de la paix attribué à l’UE.

EU_Commission_most_retweet

En conclusion, le compte de la Commission européenne sur Twitter intéresse d’abord les étudiants puis les journalistes et se fait connaître – non par sa capacité à nouer du dialogue avec ses publics en ligne – mais lors de crise liée à la communication de l’institution en ligne.

Quelles sont les conséquences de l’indifférence à l’Europe sur la communication politique française ?

Dans « Monnet for Nothing? France’s Mixed Europeanisation », Olivier Rozenberg analyse le contraste entre l’engagement discursif pro-européen de la plupart des élites françaises et l’expression régulière de réticences dans la société et les partis de protestation. Pourquoi à mesure que l’UE exerce un poids croissant dans les politiques publiques, la communication politique française semble réduire la place ou le soutien accordé à l’UE ?

L’indifférence de l’UE = le silence dans la communication des partis politiques de gouvernement

La relation nuancée des partis politiques de gouvernement à l’UE invite à dresser plusieurs constats ambivalents autour d’une relation indifférente à l’UE : le « consensus permissif » s’effrite et le silence s’installe dans la communication gouvernementale.

Les données sur la perception de l’UE dans l’opinion publique via les enquêtes Eurobaromètres indiquent que le sentiment pro-européen continue de dominer en dépit d’une érosion à long terme et d’une progression de l’« euro-indifférence ».

Résignation et désintérêt sont plutôt les attitudes majoritaires des citoyens ordinaires français envers l’UE, que ce soit le fait d’un manque de visibilité réelle de l’Europe dans la vie ordinaire ou que l’autonomisation de l’UE au détriment de l’État-nation ne soit pas un sujet de préoccupation.

Par conséquent, le « consensus permissif » d’une opinion publique indifférente laissant faire la construction du projet d’intégration par les élites politiques s’effrite au sein de l’opinion publique.

La relative continuité de l’engagement européen des partis de gouvernement qui alterne au pouvoir depuis une trentaine d’années se paie au prix d’un affaissement de la communication gouvernementale sur l’Europe. Ce silence a un coût.

L’indifférence à l’UE = l’euroscepticisme et la radicalisation dans la communication des partis politiques de protestation

A rebours d’une communication sur l’Europe réduit au sein des partis politiques de gouvernement, l’euroscepticisme et la radicalisation progresse dans les partis politiques de protestation.

D’une part, l’Euroscepticisme se développe dans la communication des partis politiques :

  • euroscepticisme traditionnaliste de l’extrême droite opposé au projet de construction européenne ;
  • euroscepticisme souverainiste de la droite républicaine, éclaté entre familles politiques néo-gaullistes ;
  • euroscepticisme « naturaliste » du mouvement faisant l’éloge de la de chasse, du localisme et de la vie rurale ;
  • euroscepticisme de gauche des mouvements « alter-mondialisation », décuplé depuis l’échec du référendum de 2005.

Même si l’UE n’a pas changé de façon spectaculaire la manière de faire de la politique en France – les opinions dans les partis politiques et chez les citoyens vis-à-vis de l’UE se structurant toujours en fonction d’attitudes fondées sur le/l’(anti)libéralisme culturel et économique – l’instrumentalisation de ces opinions par les partis non-gouvernementaux jouent au détriment de l’UE.

Dans un écho « ironique » à l’indifférence molle à l’UE au sein des partis de gouvernement, la radicalisation sur des questions non européennes tend à alimenter l’euroscepticisme dans la société par capillarité et sédimentation progressives.

Au total, le choix de la plupart des dirigeants politiques de mener une stratégie d’évitement des questions européennes conduit à ce que les clivages internes européennes au sein de l’opinion publique ne sont pas activés par l’offre politique. S’installe ainsi une « indifférence mortelle » des élites politiques qui risquent de nourrir l’euroscepticisme lors des prochaines échéances électorales européennes.

Années européennes, l’archétype des campagnes de communication de l’UE ?

Tant par leurs qualités que par leurs défauts, les Années européennes sont à ce jour les campagnes de communication de l’UE les plus avancées. Quelles en sont les principales caractéristiques ?

Qualités des campagnes « Année européenne »

Selon les évaluations réalisées par la Commission européenne (voir notamment le rapport de Deloitte pour l’Année européenne 2011), plusieurs enseignements relativement positifs peuvent être tirés :

Mise à l’agenda européen : Les Années européennes se sont révélés être des instruments efficaces pour mettre chaque année une question politique européenne au sommet de l’agenda politique européen. Le niveau élevé de participation pendant une période limitée permet de mobiliser un soutien politique et d’ouvrir la voie à de plus grands engagements politiques de l’UE.

Mobilisation de réseaux européens et nationaux ad hoc : Les Années européennes réussissent à créer une mobilisation sur un domaine d’intervention de l’UE entre les institutions européennes, les États membres, des acteurs de la société civile, des think tanks et au niveau régional / local.

Sensibilisation sélective de parties prenantes : Les Années européennes conçues en vue de faire connaître, débattre et échanger des points de vue sur un thème spécifique parviennent à sensibiliser des parties prenantes ciblées dans la société civile.

Autrement dit, les qualités reconnues des Années européennes résident dans leur capacité à attirer l’attention d’acteurs publics européens et nationaux ainsi que quelques parties prenantes sectorielles sur un sujet mis à l’agenda pendant la durée de la campagne.

Défauts des campagnes « Année européenne »

A demi mot, derrière les évaluations se dessinent également des défauts récurrents que les Années européennes ne parviennent pas à résoudre :

Synergies sous optimales avec les Etats-membres : Les Années européennes portées par une campagne de communication conçue en central par l’UE achoppent à créer de véritables synergies efficaces entre les programmes nationaux et européens, et entre les projets phares financés par l’UE et les autres actions laissées à la discrétion des Etats-membres.

Retours d’expérience et valeur ajoutée de long terme limités : Les Années européennes ont certes tendance à avoir plus de valeur ajoutée par rapport aux interventions individuelles des États membres mais n’arrivent pas pour autant à jouer un rôle important dans la création d’une dynamique politique européenne contribuant à des changements dans les politiques publiques européennes.

Démultiplication médiatique et impact réduits : Les Années européennes, surtout faute de moyens, ne réussissent pas intéresser les médias et à déployer une activité suffisante pour être relayée auprès du grand public, grand absent de ces campagnes.

Autrement dit, les défauts des Années européennes portent dans leur incapacité à attirer le soutien plein et entier des administrations nationales et l’attention des médias sur un sujet qui passe relativement inaperçu du grand public.

Au travers des évaluations des Années européennes se trouvent poser l’archétype des campagnes de communication de l’UE avec des qualités de mobilisation et de mise à l’agenda au niveau européen et des défauts de démultiplication, notamment médiatique, limitée à l’échelle nationale et locale.

« L’Europe coupable des lasagnes au cheval » : symptôme des dérives de la fait-diversification de l’information européenne

L’Union européenne, système politique complexe, forcément trop complexe pour les médias fait parfois l’objet de dérive à cause de certaines pratiques journalistiques. La pseudo-affaire de « l’Europe coupable des lasagnes au cheval » selon Jean Quatremer est le dernier symptôme des dérives de la fait-diversification de l’information européenne. Explications…

De la spécificité de l’information sur l’UE

Le journalisme européen est un métier un peu à part dans le journalisme en raison de la spécificité de l’actualité européenne :

Il n’y a pas de résonance calendaire entre l’agenda de l’UE et l’agenda des débats publics nationaux sachant qu’entre une décision européenne et son application dans les Etats-membres, il peut s’écouler dix ans, hormis épisodiquement lors des sommets européens des chefs d’Etat et de gouvernement.

Il n’y a pas d’image émotionnelle de l’UE, toujours jugée distante et froide par les citoyens, même si certains sujets comme Erasmus ou le programme d’aide aux plus démunis percent dans l’actualité en s’agrippant au potentiel d’émotion.

Il n’y a pas de « bons » et de « méchants » dans l’UE, sauf à se limiter à une instrumentalisation spectaculaire des milieux « obscures » du lobbying, comme s’est complu par facilité à le faire le dernier reportage « Bruxelles Business » consacré au sujet la semaine dernière sur Arte.

Dès lors, l’information européenne à plutôt tendance à être asynchrone, c’est-à-dire hors de l’actualité, et pauvre en mise en scène, au-delà des quelques personnalités falotes comme van Rompuy et Barroso mais surtout longue à expliquer auprès des citoyens.

Des dérives d’une information sur l’Europe « fait-diversifiée »

Afin de se conformer aux canons de production et de diffusion des « news », l’information européenne doit de plus en plus se transformer en « fait-divers », ces informations spectaculaires et simplifiées qui peuvent passer en boucle sur les chaînes d’info TV et les médias audiovisuels.

Déjà, lors du sa participation aux 3èmes assises internationales du journalisme à Strasbourg le 7 octobre 2011, Jean Quatremer dans la discussion du panel: « pourquoi l’information sur l’Europe ne passionne pas ? » revenait sur le phénomène de « fait-diversification » du traitement de l’actualité.

La fait-diversification de l’information européenne pousse à traiter l’actualité par la proximité et à éviter le complexe : chercher toujours l’émotion plutôt que l’approfondissement.

Manifestement, comme le remarquait Jean Quatremer, cela ne plait pas : les journaux français perdent des lecteurs tandis que The Economist conserve son lectorat avec un degré d’exigence et de sérieux intact.

« L’Europe coupable des lasagnes au cheval » : le symptôme des dérives de la fait-diversification

La légende urbaine voulant que l’UE soit coupable d’avoir mener les chevaux aux abattoirs en imposant des contraintes en matière de code de la route en Roumanie est née de cette dérive à vouloir simplifier et spectaculariser l’information.

Dans cette affaire, l’UE est la victime collatérale du penchant à la facilité du journalisme généraliste consistant à privilégier une fait-diversification généralisée de la couverture rédactionnelle de tout type d’actualité.

Comme le conclut Jean Quatremer « une belle rumeur qu’une certaine paresse journalistique était en train de transformer en fait ».

Des nouvelles formes du journalisme européen

Face à l’ère de l’info en continue, l’information européenne peut avoir des raisons de résister – au-delà de sa nature relativement irréductible au format des faits-divers. Les aspirations des publics sont en train d’évoluer à cause d’une certain infobésité qui fait que le fast news (à l’instar de la fast food) est de moins en moins bien digérée.

Une nouvelle diététique de l’info s’installe peu à peu et déjà quelques signes en matière d’information européenne en sont visibles.

Il suffit de s’intéresser aux nouvelles formes du journalisme numérique européen : journalisme de liens, curation de contenus et data-vizualisation (voir « Comment informer et communiquer sur l’Europe avec les nouveaux formats du web ? »).

Il convient également de regarder de nouvelles initiatives, comme nous y invite Fabrice Pozzoli-Montenay dans un panorama sur « Cinq façons de concevoir le journalisme européen ».

Au total, l’histoire de « L’Europe coupable des lasagnes au cheval » montre une nouvelle fois que l’information européenne n’a pas encore trouvée la bonne formule pour éviter les dérives en rejoignant l’actualité générale.

Initiative citoyenne européenne : comment renforcer le pouvoir des citoyens ?

Pendant le mandat de Margot Wallström, l’UE s’est lancée dans de nombreuses innovations démocratiques avec des expérimentations délibératives transnationales. A défaut d’en tirer des leçons pour les inclure dans le système politique européen, l’initiative citoyenne européenne d’inspiration plébiscitaire a été institutionnalisée. Comment compléter la mécanique pétitionnaire/plébiscitaire avec de la démocratie délibérative/participative ?

Quelle légitimité démocratique pour les initiatives citoyennes européennes ?

Il est à craindre – compte tenu des contraintes liées à la collecte d’un million de signatures dans un minimum de 7 États-membres en un an – que les initiatives citoyennes européennes qui réussissent tendent à représenter les intérêts d’organisations déjà existantes.

La pratique des initiatives citoyennes européennes risque de réaliser une forme faible de participation citoyenne :

Quoique l’impact sur l’agenda institutionnel de l’UE soit limité puisque la Commission conserve la faculté de négliger une initiative, les organisations représentant des intérêts seront toujours plus mobilisées que les citoyens de base.

L’expérience des pétitions en Californie où le seuil du million de signatures est exigé prouve la dérive au profit d’organisations capable de dépenser le million de dollars nécessaire au succès.

Il n’y a pas de « citoyen mythique » qui pétitionnerait et s’auto-organiserait. La participation des citoyens sera donc canalisée par des organisations disposant de moyens puissants.

De plus, le terme même d’initiative est trompeur. Quoique confondu avec les référendums, les initiatives dans le langage courant signifient que les citoyens peuvent soumettre à un vote une mesure législative ou un amendement constitutionnel dans une forme de démocratie directe.

Avec l’initiative citoyenne européenne, seule la dimension « pétitionnaire » est conservée. La capacité de peser sur les formes traditionnelles de prises de décision n’existe pas, puisqu’il n’y a pas d’effet disciplinaire/obligatoire/contraignant sur les acteurs publics européens.

Enfin, sous l’angle du débat public que peuvent générer les initiatives citoyennes européennes, là encore il ne s’agit pas d’un débat contradictoire argumenté entre plusieurs solutions comme lors d’un vote mais plutôt d’une campagne unidirectionnelle en faveur d’une préconisation, ce qui en limite grandement la dimension civique/éducative auprès du grand public et ne permet de connaître la mobilisation contraire que pourrait soulever l’initiative.

Au total, la légitimité démocratique des initiatives citoyennes européennes peut être mise en doute.

Quel complément délibératif pour accroitre la légitimité démocratique des initiatives citoyennes européennes ?

Graham Smith dans “Trans-national democratic innovation in the European Union: Flirting with deliberative and plebiscitary design” formule une proposition séduisante, tirant les leçons des expérimentations menées sous le mandat de Margot Wallström.

Toute proposition d’initiative citoyenne européenne qui aurait atteint les prérequis se verrait soumise à un forum délibératif européen constitué par un échantillon représentatif de citoyens européens qui devraient considérer le sujet en question.

Cela pourrait prendre la forme d’un sondage délibératif transnational qui permettrait de dégager des préférences claires ou alors une assemblée de citoyens plus institutionnalisée qui se réunirait pour mener un « mini débat public ».

La Commission européenne – ainsi que le grand public européen – disposerait ainsi d’un jugement représentatif de la diversité des perspectives et des solutions. L’initiative citoyenne européenne aurait alors une force normative plus significative et plus légitime.

Au total, les initiatives citoyennes européens actuelles proposent une manière de réaliser la citoyenneté transnationale, qui faute de légitimité ne peut parvenir à répondre au déficit démocratique de l’UE.

Bien que les initiatives citoyennes européennes sont susceptibles d’avoir un impact sur le processus de prise de décision de l’UE, leur absence de légitimité faut d’une véritable délibération des citoyens indique que les élites politiques européennes semblent craindre de confier un engagement complet des citoyens à l’échelle européenne.

Il n’est pas clair que les initiatives citoyennes européennes dans leur forme actuelle représentent un boulevard participatif pour les citoyens de base mais plutôt un chemin de traverse pour les organisations disposant déjà de relais d’influence auprès de l’UE.

Ainsi, contrairement à la rhétorique induite par le terme « initiative » et faute d’un complément délibératif, les citoyens européens sont encore à bonne distance de disposer du pouvoir dans l’UE.