Communiquer efficacement auprès des citoyens : l’exemple de la communication web de l’UE au Royaume-Uni

Réputé sensiblement plus eurosceptique que la plupart des autres États-membres, le Royaume-Uni se distingue en matière de communication par la modernité technique et l’efficacité affinitaire des actions web réalisées par l’UE…

“The EU: what is it for me?”: un portail d’information interactif sur ce que l’UE fait concrètement pour les citoyens du Royaume-Uni

Réalisé par la Représentation de la Commission au Royaume-Uni, le site “The EU and Me”, résolument conçu pour s’adresser directement aux citoyens se présente comme “a No-Nonsense Guide for UK Citizens to what the European Union Delivers”.

the-eu-and-me.org.uk

Conscient de l’état de l’opinion publique nationale plutôt défavorable à l’égard de l’UE, l’objectif n’est pas de plaquer une présentation théorique et inadaptée mais bien plutôt d’argumenter sur les bénéfices concrets apportés par l’UE :

Le Royaume-Uni, comme la plupart d’entre nous le savons, est un contributeur net au budget de l’UE. Par conséquent, il est compréhensible que les gens dans ce pays veulent en savoir plus sur la façon dont nous bénéficions de notre contribution collective.

Au travers d’une série de cartes interactives ainsi que des mini articles sur les “EU myths”, le site illustre avec un vocabulaire compréhensible les avancées acquises par l’UE dans la vie quotidienne, qu’il s’agisse de :

  • Se Déplacer dans toute l’Europe librement et en toute sécurité.
  • Donner aux consommateurs du Royaume-Uni une approche équitable.
  • Faire de notre alimentation et de notre environnement plus sûrs.
  • Lutter contre la criminalité et assurer la police aux frontières.

 

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EU_myths3Au total, le portail est agréable à consulter et particulièrement instructif en évacuant toute approche institutionnelle pour se consacrer sur 25 actions clées de l’UE.

“EuroAcademy”: un portail de documentation et de serious games sur l’UE à destination des élèves et des professeurs

Réalisé par le Bureau du Parlement européen au Royaume-Uni, le site “EuroAcademy” : euroacademyonline.eu, dédié aux élèves (de 11 à 16 ans) et à leurs professeurs, met en ligne deux serious game pour faciliter l’apprentissage de l’éducation civique européenne.

euroacademy

Annoncés par des vidéos bandes-annonces particulièrement crédibles autour de scénario de crise en Europe, 2 serious games sont disponibles :

  • Crisis Point : un jeu basé sur un scénario fictif dans lequel les étudiants doivent travailler en tant que citoyens, députés européens et commissaires européens pour sauver l’Europe d’une pandémie.
  • Duty Calls : un jeu dans lequel vous jouez le rôle d’un député européen, et vous avez une semaine pour tenter de sauver l’Europe d’une pandémie.

Les atouts clés de ces “scenario-based teaching tool” :

  • enseigne la citoyenneté et de l’UE avec un moyen amusant et intéressant,
  • enseigne sur comment fonctionnement le Parlement européen et la Commission européenne,
  • est un bon outil pour encourager l’apprentissage actif et multi-disciplinaire,
  • utilise des formats multimédia (jeu de rôle, vidéo et fonctions interactives).

Avec ces 2 exemples, la communication web de l’UE dans le Royaume-Uni démontre qu’il est possible de mener une communication offensive sur l’UE : “exciting, relevant and fun”.

Faut-il parler d’un « journalisme citoyen européen » ?

La sortie récente d’un dossier de l’Observatoire géostratégique de l’information « Médias et Europe » sous la direction d’Eddy Fougier, chercheur associé à l’IRIS, relance le débat sur l’existence éventuelle d’un « journalisme citoyen européen »…

Sous l’angle du public, le journalisme citoyen européen existerait : les euro-bloggeurs sont des médiateurs de l’information européenne

Thèse défendue par Eddy Fougier, l’Europe offrirait un nouvel espace pour le « journalisme citoyen ».

Par leur volonté de décrypter « une actualité souvent complexe, mais importante, à destination d’un public dont l’intérêt n’est pas toujours acquis d’avance », les euro-blogeurs et, au-delà, l’ensemble des parties prenantes au débat européen joueraient un « rôle d’intermédiaire entre le fait brut européen et le public », rôle qui ne serait donc « plus monopolisé par le journaliste et l’expert professionnel ».

Par leur « démarche de type bottom-up en partant des citoyens et des États, plutôt que des institutions européennes et de leur agenda », les euro-blogueurs « combleraient un vide qui existe entre, d’un côté, la masse des citoyens passifs et largement indifférents vis-à-vis de l’actualité européenne qui sont informés par les grands médias et, de l’autre, des professionnels de l’Europe informés par une presse spécialisée très technique, institutionnelle et bruxelloise ».

Ainsi, l’existence de ce « journalisme citoyen européen » naissant via des blogs individuels ou collectifs comme 27etc sur slate ou des sites internet participatifs apparaît, selon Eddy Fougier, « donc plutôt comme une bonne nouvelle pour la démocratie européenne ».

Sous l’angle du métier, le journalisme citoyen n’existe pas : les internautes sont des interlocuteurs-contributeurs face aux journalistes

Thèse récemment défendue par Axelle Tessandier sur ReadWriteWeb : « un internaute ne sera jamais journaliste ».

Rien ne sert de reprendre toutes les différences fondamentales (activité récréative vs. activité rémunérée, point de vue particulier vs. point de vue général, prisme de l’information vs. prisme de l’opinion…) entre l’exercice du blog et celui du journalisme, que François Guillot avait exposé lors d’un colloque en septembre dernier : « les blogs sont des médias, mais les blogueurs ne sont pas des journalistes ».

Rien n’empêche pour autant de reconnaître que les blogs contribuent à reposer la question du métier de journaliste. Pour Axelle Tessandier, « lorsque les points de vue s’échangent pour s’enrichir, cela créer sans aucun doute une nouvelle façon de s’informer » et les rôles de contributeur et d’interlocuteur des internautes auprès des journalistes ne sont plus à remettre en cause.

Ainsi, l’existence de ces contributeurs-interlocuteurs émergeant dans les médias sociaux constitue le « journalisme conversationnel » comme « un fait inéluctable » et même « un bienfait ».

Sous l’angle de la finalité, euro-blogeurs et journalistes sur l’Europe réalisent une « information européenne 2.0 »

En raison des risques et des dérives du terme de « journalisme citoyen », la notion d’« information européenne 2.0 » correspond davantage à la réalité de l’éco-système médiatique européen.

D’une part, les journalistes professionnels conservent les médias susceptibles de remplir les missions d’« agenda setting » pour fixer la hiérarchie des priorités et de « gate keeper » pour sélectionner les sujets traités.

D’autre part, les euro-blogeurs disposent de médias capables de proposer des angles originaux et de contribuer aux débats.

Ainsi, pour reprendre l’interview de Julien Frisch à CaféBabel, « les blogs citoyens ne peuvent pas remplacer le journalisme professionnel, car les enquêtes demandent du temps et de l’argent. Mais les blogs peuvent aider à comprendre ce qui se dit à l’intérieur d’organes officiels ».

Au fond, si les euro-blogueurs et les journalistes sur l’Europe partagent le même but de rendre plus transparent l’UE alors de ces interactions interpersonnelles naîtra une « information européenne 2.0 ».

Euronews, futur service public européen de l’information européenne ?

Alors que la question « un service public européen de l’information, une solution ? » lancée par Jean-Sébastien Lefebvre après un MédiaCafé “Europe, no medium, no message“ à Bruxelles la semaine dernière, Euronews – la télévision européenne d’information – pourrait-elle remplir cette mission ?

Propositions de la Commission européenne pour renforcer « la seule chaîne de TV qui propose un angle journalistique européen et qui réserve un temps d’antenne considérable aux affaires européennes »

Dans son rapport 2010 sur la citoyenneté de l’Union, la Commission européenne formule 25 propositions pour « lever les obstacles à l’exercice des droits des citoyens de l’UE » dont la dernière concerne plus particulièrement Euronews :

  • financement plus durable par la Commission d’Euronews pour « rendre compte des affaires européennes dans l’information des citoyens de l’Union et la réflexion publique européenne » ;
  • mise en place d’un studio bruxellois pour Euronews pour « rendre directement compte de l’actualité depuis la capitale de l’UE », probablement d’ici avril 2011.

Selon Euractiv.com « Commission wants to boost Euronews TV channel », « avec une part plus élevée de financement provenant du budget de l’UE, l’indépendance de la chaîne peut être remise en question ». D’ailleurs, dans le rapport, la Commission dicte déjà la ligne à suivre, en précisant qu’Euronews « devrait améliorer son format en vue d’avoir un impact et une réputation comparables à ceux d’autres grandes chaînes d’information internationales ».

Effectivement, la conclusion du rapport – « le chemin sera encore long avant que l’on puisse parler d’un véritable paysage médiatique européen qui suscite des débats approfondis sur les politiques de l’UE » – sonne d’autant plus juste si l’indépendance éditoriale d’Euronews est affectée.

Actions d’Euronews pour renforcer son statut de média TV international : déclinaisons persane, turque et arabe en 2010 ; ukrainien en 2011

Diffusée aujourd’hui dans 155 pays par le biais de satellites et atteint près de 335 millions de foyers dans le monde, la chaîne fonctionne actuellement en 10 langues (allemand, anglais, arabe, espagnol, français, italien, portugais, russe, turc et perse) :

  • Avec les langues persane (lancée le 20 octobre 2010), turque (lancée le 30 janvier 2010) et arabe, Euronews est diffusée dans les trois langues majeures d’Afrique du nord, du Proche et du Moyen Orient, et se positionne comme une chaîne exemplaire du dialogue interculturel euro-méditerranéen au sens large du terme.
  • Avec le lancement d’un service ukrainien en 2011, « Euronews, pour la 1e fois, produira des programmes locaux liés à l’information nationale » et se positionnera comme une chaîne d’influence européenne au sein d’un régime russophone.

Ainsi, tant les actions d’Euronews que les propositions de la Commission européenne positionnent peu à peu cette chaîne comme un service public européen de l’information européenne.

Dégradation de la présence de l’Europe dans les JT français

Dans la dernière livraison du « baromètre thématique des journaux télévisés » réalisé par l’Institut national de l’audiovisuel (INA), le nouveau paysage de l’information est marqué par une réduction du temps des JT, particulièrement préjudiciable pour les sujets déjà minces sur l’Europe…

Réduction de la durée des JT des chaînes hertziennes

Selon les calculs de l’INA, « ce sont en moyenne plus de 4 sujets par jour qui disparaissent en 2009, soit moins de 1692 sujets qu’en 2008, correspondant à une baisse de près de 52h d’information » :

  • moins 5mn de JT en moyenne par jour pour France 2 depuis la suppression de la publicité après 20h ;
  • moins de 2 mn et presque 3 sujets par jour pour TF1 qui aligne ses horaires de prime time en conséquence.

Plongée des sujets internationaux et politiques

C’est l’information internationale et politique, les deux catégories dans lesquelles l’Europe est traitée qui subissent les plus fortes chutes :

  • moins 989 sujets – la plus forte baisse – pour l’information internationale ;
  • moins 591 sujets en 2009 – de la 4ème à la 10ème place – pour l’information politique qui ne « pèse » plus qu’à peine 5% de l’offre globale.

Ligne éditoriale similaire pour les chaînes d’information continue

Par ailleurs, les chaînes d’info en continue ne compensent pas cette tendance puisque « l’analyse de LCI, I>Télé, BFM TV et France 24 révèle que ces chaînes affichent une ligne éditoriale généraliste très similaire à l’offre d’information proposée par les chaînes hertziennes ».

Ainsi, les dernières nouvelles de l’info ne sont pas bonnes pour la présence de l’Europe dans les JT. Un constat qui ne fait que renforcer l’édition spéciale « Europe » qu’INA’Stat avait réalisée en 2008. À l’époque, l’Europe, en particulier sur les institutions européennes n’occupaient à peine que 2,5 % de l’offre totale et seulement 1,6% pour les JT de TF1 et France 2.

Dernière vague Eurobaromètre : la Commission européenne vise-t-elle à manipuler les citoyens plus qu’à les informer ?

Loin des objectifs de connaissance des opinions publiques européennes – que poursuivent normalement les enquêtes Eurobaromètres semestrielles depuis 1973 – la dernière vague semble servir pour la Commission européenne à des fins d’instrumentalisation, voire de manipulation de l’opinion publique…

Les principaux résultats bruts

Commençons par la lecture brute des principaux résultats de la dernière enquête Eurobaromètre du printemps 2010 réalisée en plein cœur de la crise grecque en mai dernier :

Popularité « affective » de l’UE en crise :

  • soutien à l’adhésion à l’UE tombé à 49% (-4) : niveau le plus bas enregistré dans la dernière décennie ;
  • confiance dans l’UE diminuée à 42% (-6) : il y a maintenant plus d’Européens à ne pas faire confiance à l’UE (47%, +7) ;
  • éléments positifs de l’UE moins souvent cités : identification à la démocratie (19%; -7) ou à la paix (24%; -4), prospérité économique (14%; -4) et une voix forte dans le monde (22%; -3).

Légitimité « instrumentale » de l’Europe en progrès :

  • 86% pour que les États membres collaborent davantage pour prendre des mesures pour lutter contre la crise financière et économique ;
  • 75% pour le renforcement de la coordination des politiques économiques et politiques financières entre tous les États membres.

Ainsi, deux tendances s’imposent chez les Européens :

  • popularité de l’UE en crise même chez les plus traditionnellement euro-enthousiastes ;
  • gouvernance économique plus forte majoritairement favorable à l’échelle européenne.

La lecture politique du sondage

Dans le communiqué de presse du 26 août dernier au titre partial « Enquête Eurobaromètre de printemps: les citoyens de l’Union européenne sont favorables à une gouvernance économique européenne plus forte », Viviane Reding, vice-présidente de la Commission européenne, également chargée de la communication ose affirmer : « Le fait qu’une majorité significative se prononce en faveur d’un renforcement de la gouvernance économique européenne montre que, pour les citoyens, une partie décisive de la solution à la crise passe par l’Union européenne ».

Pour la Commission européenne, l’Eurobaromètre ne semble plus seulement un outil de connaissance de l’opinion publique européenne mais devient également un moyen d’influencer perception et conclusions que l’on a du sondage.

Même Euractiv, dans son style, conteste l’usage politique du sondage : « En dépit de la vision positive de Bruxelles, une analyse plus profonde du rapport révèle une crise de la confiance dans l’Union. »

Á refuser de dire le réel tel qu’il est, il finira par se venger.