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Comment parler d’Europe directement aux citoyens ?

La Fondation Robert Schuman a organisé un échange entre Fabienne Keller, députée européenne et Isabelle Ory, correspondante à Bruxelles pour réfléchir à « comment mieux impliquer les citoyens dans la communication européenne » et multiplier les manières de raconter, décrypter comment fonctionnent et décident l’Europe…

Respecter le multilinguisme, la langue comme richesse de la vie et non comme outil dévitalisé

Pour Fabienne Keller, députée européenne, le multilinguisme est une vraie difficulté en Europe, car très peu de moyens sont consacrés à la traduction afin de savoir ce qui se passe et s’imprégner des échanges dans les États-membres, comme par exemple sur la règle de droit en Pologne ou en Hongrie.

Pour Isabelle Ory, correspondante à Bruxelles d’Europe 1 et de la Télévision Suisse Romande, ce qui est frappant, c’est que de plus en plus d’interlocuteurs ne parlent qu’anglais, dans l’hémicycle du Parlement européen, dans les échanges au Conseil… Le globish avec des formules toute faite est un appauvrissement attristant qui n’arrive pas à rendre compte de la diversité et de la richesse. L’anglais peut certes être efficace et pratique dans le travail interne mais pas comme langue de communication.

Pour les journalistes, la lecture de sujets techniques et complexes des textes européens en anglais renforce les risques d’incompréhension et participe des difficultés à parler d’Europe, quand les annonces importantes ne se font qu’en anglais.

En revanche, dans les États-membres, la communication européenne est très importante, car elle est adaptée et sur-mesure à la manière de penser et à la langue nationale.

La langue véhicule plus que les mots. La langue est une richesse ; une langue c’est les gens, alors qu’à Bruxelles, c’est un outil un peu dévitalisé.

Distinguer la communication autour des institutions sur les affaires de l’UE de la communication vers les citoyens autour des actualités européennes

Pour Fabienne Keller, dire que l’Europe « c’est compliqué », ça démarre mal ; il ne faut pas trop expliquer les détails institutionnels, mais transmettre l’idée de coalition et de compromis, peu présente en France.

Pour Isabelle Ory, la communication est difficile pour les institutions :

D’abord, il y a un rapport de force entre les institutions elles-mêmes, ce que ne sait pas le citoyen lambda. les médias sont un levier utilisé par les différentes institutions pour peser sur les autres institutions. Par exemple, le Coreper, l’institution permanente des États-membres ne communique jamais mais les représentants permanents sont les maîtres du off avec les journalistes comme avant chaque sommet européen où chaque pays organise un briefing pour partager sa vision.

Du coup, la vie politique entre les institutions dans leurs rapports de pouvoir, c’est quelque chose qui est couvert par les organes de presse spécialisés sur l’Europe à Bruxelles.

Ensuite, la communication vers les citoyens, via les médias grand public, c’est compliqué depuis Bruxelles parce que la connaissance des institutions est limitée et que la culture politique française (majorité/opposition) est différente de celle de l’UE (compromis/coalition).

Enfin, l’agenda est un problème, ce ne sont pas le même rythme, pas les mêmes sujets, il faut insérer l’agenda européen dans l’agenda médiatique national. Parfois, des sujets européens sont trop décalés avec l’actu nationale (récemment la nouvelle PAC) et ne passent pas immédiatement dans l’actualité.

Gérer la subsidiarité entre la communication de l’Union européenne et la communication sur et pour l’Europe

Pour Fabienne Keller, la subsidiarité peut empêcher la pleine communication de l’UE, puisque la communication est difficile parce que chacun lie l’Europe à ce qu’il en connaît, à travers ses perceptions concrètes, or le concret passe très souvent par les États-membres et les régions, qui n’aiment pas trop dire que c’est grâce à l’UE qui n’a pas de visage localement qu’ils agissent.

Pour Isabelle Ory, journaliste, la subsidiarité n’est pas incompatible avec la communication ; si l’on considère que la presse sait traiter des sujets hyper locaux et très globaux, donc c’est possible de le faire pour un niveau supplémentaire européen.

Exploiter la communication positive sur l’Europe, notamment les dessins de presse

Pour Fabienne Keller, députée européenne, plusieurs formes de communication européenne devraient être poursuivies et/ou approfondies :

  • La communication participative est une expérience unique plus intéressante pour les citoyens ;
  • La communication croisée – interculturelle – en intervenant dans d’autres États-membres est instructive et enrichissante ;
  • Les benchmarks européens et l’échange de best practices, c’est une source de communication positive sur des pays proches et différents à la fois.

Face aux tabloïds britanniques qui ont fait mal à la réputation de l’UE, surtout avec des dessins de presse, l’ancienne Sénatrice alsacienne partage « une manière rigolote et sympathique » de communiquer sur l’Europe avec des dessins réalisés par l’artiste Tomi Ungerer :

dessin_Tomi_Ungerer_Europe_longue_patience

dessin_Tomi_Ungerer_labyrinthe_complexite_democratique_UE

dessin_Tomi_Ungerer_les_Europeens_s_entraident

dessin_Tomi_Ungerer_pour_un_monde_europeen

dessin_Tomi_Ungerer_solidarite_liberte

dessin_Tomi_Ungerer_Union_fait_force

Ainsi, pour parler d’Europe aux citoyens, des solutions existent afin de rapprocher les Européens en vue de nourrir des échanges et débattre d’Europe avec le grand public.

Information européenne, innovations éditoriales et médiatiques : « comment placer l’Europe à la Une »

Les 3e Journées de la presse européenne interrogent des acteurs qui mènent des initiatives éditoriales et médiatiques pour renouveler le traitement de l’information européenne et inventer de nouvelles manières de raconter l’Europe auprès du public…

Twitch : l’Europe, les jeunes et Internet avec Jean Massiet

Alors qu’Alexandria Ocasio-Cortez incite les jeunes Américains à voter sur Twitch, Jean Massiet, fondateur d’Accropolis, ex-Youtubeur vulgarisateur de la politique, investit la plateforme depuis plusieurs années pour développer un format de conversation interactive, sur la politique, autour par exemple des questions au gouvernement ou de la convention citoyenne sur le climat, en complicité avec un public massivement très jeune.

Partenaire du Bureau du Parlement européen en France, Jean Massiet a pu y aborder les dernières élections européennes ou encore les auditions des Commissaires au Parlement européen, qu’il a estimé très intéressantes.

Sur Twitch, le premier discours sur l’état de l’Union européenne d’Ursula von der Leyen a fait l’objet d’une couverture extensive entre le commentaire en direct du discours (trop déclaratif, pas assez dans l’action), puis l’échange avec des invités et enfin le suivi du débat parlementaire (le plus apprécié par les twitcheurs).

Producteur de l’émission « Sénat Stream » sur la chaîne TNT Public Sénat, Jean Massiet s’investit pour développer un format de talk-show hebdo en plateau avec invités politiques et chroniqueurs en vue des prochaines élections présidentielles françaises.

Podcast : donner la parole à l’Europe avec Antoine Lheureux

Fondateur de l’agence de production de podcasts à Bruxelles Bulle Media, Antoine Lheureux, passionné de radio, s’est imposé ces dernières années comme le premier producteur de podcasts européens rassemblés, si vous souhaitez les découvrir, sur la plateforme Europod.

Après un mémoire sur la vassalisation des médias aux Gafam, Antoine Lheureux a produit son premier podcast sur l’influence de Google en lobbying à Bruxelles en partenariat avec La Libre Bruxelles. Bulle Média ayant un business model stabilisé, des productions propres seront lancées au premier semestre 2021.

Les conseils du spécialiste pour réussir un podcast et prendre par la main l’auditeur sont :

  • Une bonne conceptualisation du mode de narration et de bons invités à mettre en musique ;
  • Une post-production de qualité pour le montage, le mastering et le mixage du son ;
  • Une promotion sur les réseaux sociaux pour fédérer une communauté ;
  • Un partenaire média pour donner une légitimité et une audience immédiate.

Pour Antoine Lheureux, les podcasts européens explorent des sujets qui européanisent l’écoute et participent à la constitution d’un espace public européen.

Radio : de la hiérarchie de l’info et des rendez-vous dédiés hebdo sur l’Europe

Stéphane Leneuf, rédacteur en chef adjoint à France Inter et producteur pendant 10 ans de « Question pour l’Europe » et actuellement à l’antenne chaque dimanche matin avec « Café Europe » estime que l’actualité horizontale des pays européens a largement progressé puisque l’Europe est notre cadre de vie et notre actualité au quotidien car les gens ont envie et besoin d’Europe.

Pour l’actualité de l’UE, la hiérarchie de l’actualité nationale impose des choix dans les journaux de la radio en fonction de l’intérêt des sujets et de la ligne éditoriale du média. Résultat : on ne peut pas imposer un sujet européen. Solution : il faut développer des émissions hebdomadaires dédiées à l’Europe pour compenser l’absence de l’actualité européenne dans les journaux.

Contexte : pour expliquer les prises de décision aujourd’hui, il faut être à Bruxelles

Jean-Sébastien Lefebvre, responsable du bureau de Contexte à Bruxelles justifie la couverture des institutions européennes en raison des décisions politiques prises par des élus qui concerne les individus, les entreprises et les organisations partout dans l’UE.

La politique européenne est d’autant plus intéressante que sa dimension multinationale la rend plus multiforme, interculturelle mais aussi avec une instabilité plus importante et parfois des retournements spectaculaires face aux crises.

Pour avoir accès à l’information, il vaut mieux être lobbyiste que journaliste à Bruxelles !

VoxEurop : l’information sociétale à hauteur d’Européen

Catherine André responsable de VoxEurop, un média paneuropéen en 10 langues, veut faire de la bonne vulgarisation, c’est-à-dire donner les clés aux lecteurs pour qu’ils se fassent leur propre opinion.

Hors du suivi quotidien de l’activité des institutions européennes, VoxEurop se concentre sur :

  • Le traitement d’enjeux sociétaux qui traversent les frontières comme tous les thèmes globaux et les sujets de politiques globales ;
  • La publication des positions de la société civile ;
  • Des analyses et interviews de spécialistes au regard paneuropéen ;
  • Un dessin de presse hebdo sur l’Europe.

La série consacrée au Dreamers européens, ces enfants d’immigrés sans papier, illustre la puissance de récits concrets et humains qui concernent les Européens et renforcent le lien vivant.

Ouest France : l’Europe au cœur face aux algorithmes

Fabien Cazenave, journaliste à Ouest France, estime que sur tous les sujets européens, il faut aller aux enjeux, ne pas se perdre dans la technicité et aller sur le terrain pour illustrer et rendre concret l’action de l’Europe.

Le sens journalistique devrait davantage guider à faire des choix au profit de l’actualité européenne, compte tenu de son importance pour les Européens, mais le temps des institutions européennes est beaucoup trop long entre les annonces et leurs mises en œuvre.

La puissance des algorithmes et de la recommandation automatisée reposant sur l’exploitation des datas risque de pénaliser les sujets européens et les choix éditoriaux des médias disponibles dans leurs éditions papier et leur site web.

Télévision : l’Europe aux défis du dépaysement, des référendums et des fake news

Face aux préjugés des dirigeants de l’audiovisuel qui rechignent à investir dans l’Europe car ce n’est pas assez dépaysant, les journalistes européens à la TV doivent redoubler d’efforts pour leur prouver que mettre l’Europe à l’écran ne fait pas fuir les téléspectateurs.

Véronique Auger, ex présentatrice des émissions sur l’Europe à France 3, pointe depuis 2/3 ans que les JT de France 3, qui ne couvrent pas l’actualité de l’UE, commencent à couvrir les élections dans les autres États-membres : Allemagne, Italie, Royaume-Uni et même les élections municipales en Hongrie. Il est plus facile de traiter l’Europe dans les JT de France 3 Régional parce que les actions de l’UE y sont visibles par rapport à France 3 National.

Caroline de Camaret, rédactrice en chef à France 24 reconnaît qu’il est difficile même sur sa chaîne de vendre à sa propre rédaction l’Europe en tant que sujet en soi mais se félicite que France 24 anime un réseau de 12 correspondants dans l’UE, notamment davantage à l’Est.

Pour Véronique Auger, le traumatisme du référendum de 2005 explique la situation actuelle : on ne peut plus parler de l’Europe en bien, parce que les téléspectateurs ne l’ont pas apprécié, mais on ne veut pas parler de l’Europe en mal, donc on n’en parle plus. En vue de la présidence française du Conseil de l’UE en 2022, les choses devraient évoluer.

Pour Caroline de Camaret, le choc du référendum a mis l’Europe sous le tapis. L’Europe doit y mettre du sien pour que les MEP et les Commissaires répondent aux invitations des médias, comme ils l’ont davantage fait pendant le confinement. La question de l’accès aux institutions européennes aux journalistes est entre parenthèse tant aux Conseils européens à huis clos qu’au Parlement européen qui n’a plus siégé à Strasbourg depuis le début de la pandémie. Il y a un risque d’entre-soi.

Même au sein de l’UE, l’exercice du métier de journaliste est périlleux. Outre, les héros du journalisme que sont les deux journalistes assassinés en raison de leur enquête sur les mafias en Slovaquie et à Malte, les pressions sont nombreuses : la liberté de la presse est fragilisée, la crise économique fragilise les pigistes, la concurrence des réseaux sociaux mais aussi le cyber-harcèlement qui peut frapper notamment les femmes-journalistes.

Face aux fake news, le débat s’anime entre Véronique Auger et Caroline de Camaret :

  • Véronique Auger estime que les médias se perdent à essayer de contrer les fake news, que c’est même une grave erreur que les médias dit sérieux crédibilisent des fake news en leur donnant un écho. Les médias audiovisuels devraient miser sur l’enquête et l’éducation aux médias pour permettre aux gens de vérifier par eux-mêmes.
  • Caroline de Camaret juge que la BBC, qui est restée neutre lors de la campagne du Brexit n’a pas fait le job de vérification au jour le jour et n’a pas tenu informé les citoyens sur la base des faits, ce qui constitue sinon au moins une grave erreur peut-être une faute professionnelle compte tenu des conséquences.

Les fake news à usage électoral, surtout lorsque les institutions européennes ne réagissent pas, doivent être débunkées par les médias audiovisuels.

La comm’ de l’UE en procès

Maria Udrescu, journaliste à La Libre Bruxelles pointe plusieurs défaillances dans la communication européenne :

  1. La « religion des effets d’annonce » joue trop au sein des institutions européennes, comme l’illustre le fiasco de la conférence sur les 100 jours de la nouvelle Commission européenne qui passe sous silence le Covid en pleine période de confinements des États-membres.
  2. Le « maquillage de la comm’ en info » montre trop les efforts pour embellir les discours sans parvenir à valoriser les véritables décisions parmi les intentions déclamatoires et les déclarations de principe sans effet sur la machine décisionnelle.
  3. La « religion du secret » verrouille l’accès indispensable des journalistes aux brouillons (les draft) des futures législations. En fait, l’information la plus importante n’existe pas officiellement tandis que l’information officielle n’est d’aucune utilité pour les journalistes.

Pour aller plus loin, toutes les vidéos sont disponibles sur Facebook et le Taurillon publie également une vaste enquête qui nous plonge dans les quinze années écoulées, à la recherche de l’Union européenne dans les médias français.

Comment raconter l’Europe ?

Parent pauvre dans l’actualité, l’information européenne – malgré les évolutions majeures de l’Europe – évolue marginalement en France. Comment comprendre cette situation préoccupante, grâce à une interview de Jean Quatremer publiée au cours de l’été ?

Le métier de journaliste à Bruxelles : pas un correspondant étranger, mais un rubricard

Jean Quatremer, journaliste à Libération, se définit comme un spécialiste de l’Europe dont le rôle est à la fois de faire la pédagogie de l’Europe à Bruxelles « expliquer en racontant des histoires » et en même temps de faire de l’investigation sur l’Union européenne : « montrer les dysfonctionnements », une autre forme de pédagogie.

Le journaliste européen se positionne plutôt, sans doute comme la plupart de ses confrères, comme un spécialiste de la politique européenne, pas de toutes les politiques de l’UE. Les sujets européens ont vocation à être traités par tous les journalistes : le correspondant bruxellois donne une vision européenne à des actualités qui sont traitées avec lui par les spécialistes sectoriels le tout en résonance avec le débat public national.

L’évolution du métier de journaliste européen, c’est le passage d’un rôle de suiveur de l’actualité imposée par les institutions européennes – aujourd’hui bien mieux maîtrisé par les nombreuses dépêches d’agences de presse – à un rôle de créateur d’événement afin d’imposer à l’agenda une affaire, au-delà des actualités incontournables. Se saisir des dysfonctionnements joue comme un révélateur du projet européen, de ses avancées et de ses limites.

La couverture médiatique de l’Europe en France : plutôt un problème d’offre que de demande

Le paysage médiatique est très différent selon le type de médias.

Du côté de la presse écrite, globalement l’information européenne est disponible – la presse écrite nationale dispose globalement de correspondants permanents à Bruxelles tandis que la presse régionale recours davantage aux pigistes.

En ligne, l’information européenne est abondante et de qualité dans les médias spécialisés.

Le problème se situe plutôt dans l’audiovisuel (radio et TV). Si Radio France peut assurer une couverture honnête, la 1e radio privée RTL ne dispose d’aucun correspondant, Europe 1 d’une journaliste qui pige pour plusieurs titres… Et c’est pire à la TV, ni TF1, ni aucune chaîne d’info en continu ne font travailler des spécialistes de l’Europe tandis qu’Arte, enfin, s’est doté d’un correspondant à Bruxelles.

Lorsque des personnalités européennes sont invitées à s’exprimer dans l’audiovisuel français, les questions porteront immanquablement sur la politique nationale française.

Résultat, les grandes chaînes TV restant la 1e source d’information pour les Français, ceux-ci se plaignent à juste titre d’être mal informés sur l’Europe, même s’ils ne font aucun effort pour corriger leur insatisfaction.

Le problème de la formation des journalistes à l’Europe

Certes, Jean Quatremer concède qu’on ne peut pas faire boire un âne qui n’a pas soif, sous-entendu que les rédacteurs en chef ne ressentent pas le besoin de davantage parler d’Europe, en particulier à la télévision.

Mais, surtout les futurs ou jeunes journalistes ont des lacunes persistantes en matière de connaissances sur l’Europe, ses institutions et leurs fonctionnements ; pointant du doigt la formation dans les écoles de journalisme.

Pour comprendre l’Europe, il faut avoir étudié l’économie et le droit – deux matières qui sont les angles morts de la formation à la française.

Pour voir la vidéo intégrale :

Davantage d’information européenne dans les médias, à fortiori audiovisuels, ne pourra se faire sans une meilleure formation de tous les journalistes permettant de combler le déficit actuel.

Communication européenne de crise auprès des journalistes : le Midday Briefing virtualisé

Comprendre comment se poursuivent les relations presse de la Commission européenne pendant la pandémie Covid-19, avec l’interview du nouveau porte-parole Eric Mamer par le journaliste James Kanter dans le podcast EU Scream

Principes de la salle de presse 100% numérique

Pour la première fois depuis sa création, le point quotidien à midi dans la salle de presse au Berlaymont n’est plus accessible aux journalistes sur place, mais via un dispositif numérique réunissant à distance les correspondants de presse à Bruxelles depuis leur domicile respectif.

Pour Eric Mamer, poursuivre le Midday Briefing est apparu comme une évidence afin d’une part sur un plan politique de faire comprendre le rôle de l’UE dans la gestion de crise, sachant que la santé n’est pas une compétence déléguée à l’UE ; et d’autre part, sur un plan technique de continuer à répondre à toutes les questions des journalistes.

La version numérique du Midday Briefing soulève plusieurs difficultés, notamment le fait que les journalistes ne peuvent plus faire de follow-up puisque le dispositif est certes live mais pas encore interactif ; et il n’y a plus de brief « off the record », un format qui se tient habituellement hors caméra dans la salle de presse. Ces limites n’empêchent pas le service de porte-parole de répondre quotidiennement à une cinquante de questions posées par écrit en amont par les journalistes.

Principes du nouveau porte-parole Eric Mamer

Une utilisation renforcée de présentations projetées lors du Midday Briefing pour davantage s’appuyer sur des schémas, des infographies ; ce qui se traduit par davantage de photos prises et utilisées dans les journaux pour illustrer les sujets européens encore plus difficiles à montrer en ce moment.

Une absence scrupuleuse de reprises des critiques formulées par les journalistes par le porte-parole en podium afin de ne pas offrir aux opposants l’opportunité de faire des montage vidéo compromettant, en sélectionnant des propos hors contexte.

Une lecture occasionnelle de poésie ou de littérature ; Eric Mamer souhaite partager un état d’esprit littéraire, transmettre des émotions à partir de citations plutôt que de propos individuels, improvisés et spontanés qui ne seraient pas appropriés à l’exercice. Une initiative originale à observer.

Au total, la capacité de résilience des relations médias de l’UE, tant du côté du service de porte-parole que des journalistes est évidente ; même si le Midday Briefing virtualisé tend à empirer les défauts d’un exercice déjà très critiqué.

Les Français en attente d’information sur l’actualité européenne

On savait les Français en queue des Européens quant à leur sentiment d’être bien informé sur les questions européennes d’après les enquêtes Eurobaromètre, on sait dorénavant que leur attente est massive et impérieuse, selon l’enquête ViaVoice pour le Mouvement européen

Constat implacable d’une information européenne insuffisante

Le sentiment largement majoritaire des Français est d’être mal informé sur l’actualité européenne. Un sentiment renforcé par le Brexit qui a « phagocyté la politique européenne depuis 2016 ». La couverture médiatique des affaires européennes est largement jugée responsable.

La faible notoriété des personnalités européennes est la conséquence logique. La nouvelle présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, est ainsi connue par seulement un quart des Français, qui pâtisse d’un prisme franco-français dans le traitement de l’actualité européenne. Le comble, seul un français sur dix connaît la fonction de Commissaire européen de Thierry Breton.

Demande manifeste d’une information européenne améliorée

Près de trois Français sur quatre (72%) souhaiteraient être davantage informés sur l’actualité de l’Union européenne, illustrant qu’en dépit d’un faible sentiment d’information, les Français sont en recherche d’une médiatisation plus importante des affaires européennes.

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Parmi les canaux d’information privilégiés sur l’Union européenne, la télévision confirme son titre de premier média d’information des Français, et ce, quelle que soit la tranche d’âge. La diffusion d’Euronews sur la TNT est particulièrement attendue. La presse en ligne, la radio et la PQN sont les principaux canaux d’information attendus.

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Les Français attendent aussi des pouvoirs publics qu’ils se saisissent du sujet en cours de discussion à l’Assemblée nationale dans le cadre du projet de loi sur l’audiovisuel public : 64 % seraient favorables à la mise en place d’objectifs de couverture de l’actualité de l’Union européenne aux chaînes de télévision et de radios publiques, et la même proportion serait favorable à ce qu’une partie des questions au gouvernement soit consacrée aux questions européennes.

Au final, les Français attendent une valorisation des actions et des politiques européennes autant de la part des journalistes pour toute la presse que des pouvoirs publics pour l’audiovisuel.