Comment transformer les médias et l’audiovisuel de l’UE ?

Particulièrement touchés par la crise du coronavirus, les médias et l’audiovisuel de l’UE font l’objet d’un plan d’action pour soutenir leur relance en tant que pilier de la démocratie, de la diversité culturelle de l’Europe et de l’autonomie numérique…

Un plan de relance pour les médias et l’audiovisuel de l’UE

Pilier n°1 : se redresser avec un soutien financier pour assurer la transformation numérique des entreprises audiovisuelles et médiatiques

Principale annonce dans ce pilier, un budget de 400 millions d’€ avec l’initiative « MEDIA INVEST » pour stimuler les investissements dans l’industrie audiovisuelle  sur une période de 7 ans.

Une autre initiative « NEWS » pour regrouper les actions en faveur des médias d’information comprenant un projet pilote d’investissement avec des fondations et d’autres partenaires privés, un accès à des prêts devant être cautionnés par la garantie InvestEU, des subventions et un forum européen des médias d’information en particulier les médias locaux.

Pilier n°2 : se transformer en favorisant la compétitivité à long terme en même temps que la transition numérique

Les actions visent à encourager des espaces européens de partage des données et de l’innovation dans les médias, à promouvoir une coalition industrielle européenne de la réalité virtuelle et augmentée afin d’aider les médias de l’UE à tirer parti de ces technologies immersives et lancer un laboratoire des médias VR centré sur des projets de nouveaux modes de narration et d’interaction.

Pilier n°3 : donner les moyens d’agir avec plus d’innovation, des conditions de concurrence équitables et un accès plus facile à un contenu de qualité pour une prise de décision éclairée

Les citoyens et les entreprises sont au cœur des efforts pour donner les moyens d’agir, notamment en renforçant l’éducation aux médias et en soutenant la création d’une agrégation d’informations alternative indépendante ; en lançant un dialogue avec l’industrie audiovisuelle en vue d’améliorer l’accès aux contenus audiovisuels et leur disponibilité dans l’ensemble de l’UE.

Les talents européens dans le domaine des médias sont promus en encourageant la diversité devant et derrière la caméra et en mobilisant et en soutenant les jeunes pousses du secteur des médias.

La coopération entre les régulateurs sera renforcée au sein du groupe des régulateurs européens pour les services de médias audiovisuels afin de garantir le bon fonctionnement du marché des médias de l’UE.

Projets financés par l’UE pour soutenir la liberté et le pluralisme des médias dans l’UE

Afin de cartographier les violations de la liberté des médias, défendre les journalistes menacés et soutenir le journalisme collaboratif, la coopération et l’échange de bonnes pratiques, 16 projets sont en cours ou en préparation, représentant plus de 17 millions d’€ de financement de l’UE.

Projets en cours

  • Mécanisme de réponse à l’échelle européenne en cas de violation de la liberté de la presse et des médias : 1,4M€ géré par le Centre européen pour la liberté de la presse et des médias.
  • Fonds de journalisme d’investigation transfrontalier :1,5M€ dirigé par l’Institut international de la presse, déjà plus d’un million d’euros à 49 projets journalistiques.
  • Soutien au journalisme d’investigation indépendant et collaboratif et à la liberté des médias dans l’UE avec 5 projets :
    • I) Media4Change – Future Investigative Story Lab, en Lituanie : 218 000 €
    • II) Initiative Journalism Trust avec Reporter sans frontières : conception, test et lancement d’un outil d’auto-évaluation pour les médias en ligne : 422 000 €
    • III) Le 4e pouvoir/puissance – protéger la démocratie par le journalisme d’investigation et les actions contre les fausses informations avec des ateliers et formations pour les jeunes journalistes : 60 000 €
    • IV) Sensibiliser le grand public de l’UE à l’importance de la liberté des médias et du journalisme éthique pour la démocratie, ainsi qu’à encourager le journalisme collaboratif indépendant : 279 000 €
    • V) Exposer l’invisible – renforcer les capacités des journalistes et autres acteurs des médias à mener des enquêtes en ligne et hors ligne intégrées transfrontalières et interdisciplinaires en toute sécurité : 294 000 €
  • Suivi du pluralisme des médias à l’ère numérique avec un Observatoire du pluralisme des médias dirigé par le Center for Media Pluralism and Media Freedom : 1 M €
  • Échange d’étoiles montantes des médias pour accélérer l’innovation et accroître la couverture transfrontière: 1,2 M €
  • Conseils des médias à l’ère numérique pour une transition des organismes d’autorégulation des médias vers le monde en ligne : 500 000 €

Nouveaux projets

  • Liberté des médias et journalisme d’investigation : 3 projets pilotes : 3,9 M €
  • Surveillance de la propriété des médias: 1 M €
  • Contenu d’actualité audiovisuelle utilisant des plateformes médiatiques dans plusieurs langues de l’UE pour la variété et la disponibilité des actualités audiovisuelles et des programmes audiovisuels informatifs : 1,7 M €
  • Conseils des médias à l’ère numérique : 350 000 €
  • Opportunités de stages pour les médias de langue minoritaire : 700 000 €
  • Production d’actualités basée sur les données : 2 M €
  • Éducation aux médias pour tous : 500 000 €

Autres initiatives de l’UE pour les médias

  • Création de hubs nationaux de l’Observatoire européen des médias numériques analysant les campagnes de désinformation et leur impact sur la société, promouvant l’éducation aux médias et surveillant les politiques des plateformes en ligne : 9 M €
  • Subventions de l’UE pour les médias en ligne à petite échelle : 2,2 M €
  • Soutien aux actions d’information relatives à la politique de cohésion de l’UE : 5 M €
  • Mécanisme de garantie sur la culture et les industries créatives

Au total, la résilience de l’industrie des médias et de l’audiovisuel de l’UE s’appuie sur les atouts de la diversité et des talents de l’Europe, en protégeant la liberté d’expression, tout en respectant l’indépendance et le pluralisme.

ENTR : lancement d’un nouveau média européen vidéo dédié aux jeunes

Événement suffisamment rare pour être signalé, un nouveau média européen va être lancé d’ici l’été pour faire réagir les jeunes à travers l’Europe, en cassant les barrières, et les faire interagir autour des grands sujets générationnels qu’ils ont en partage, dans toutes leurs différences, en contribuant à leur « conscience européenne »…

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Le projet franco-allemand, comme Arte

ENTR est un nouveau média entièrement en ligne et 100 % vidéo plurilingue sur YouTube, Twitter et Instagram en français, allemand, anglais, polonais, portugais et roumain ciblant les jeunes Européens de 18 à 34 ans porté par le groupe France Médias Monde (RFI, France 24 et la radio arabophone MCD) et son homologue allemand Deutsche Welle.

La ligne éditoriale, comme Brut

ENTR veut proposer des vidéos « sur toutes les thématiques qui suscitent l’intérêt et font le plus réagir les jeunes sur Internet et les réseaux sociaux, en s’adressant à eux dans leur langue maternelle et à travers les nouveaux formats numériques et modes narratifs de l’information », c’est-à-dire un modèle proche de Brut, Monkey ou Slash de France Télévisions.

Les moyens, co-financés par l’UE comme Euronews

Cofinancé par l’Union européenne, est qu’il vise à encourager l’engagement et le dialogue des jeunes en Europe et doté d’un budget de 3,2 millions d’euros pour 2020, et coordonnée par une équipe franco-allemande de 12 journalistes, elle s’appuiera sur une dizaine de médias partenaires implantés dans six pays.

Faire vivre l’esprit d’ouverture, de partage et de communauté de destins auprès des jeunes Européens, tel est l’ambition de ce nouveau média vidéo baptisé ENTR qui vient positionner une offre numérique plurilingue et paneuropéenne à mi-chemin entre Arte, Brut et Euronews.

Comment l’UE tente de lutter contre la désinformation ?

Face à la « mésinformation » des contenus faux ou trompeurs transmis sans intention de nuire, même si leurs effets peuvent néanmoins être préjudiciables, une communication proactive, la fourniture d’informations fiables et la sensibilisation à la nécessité d’évaluer de manière critique les contenus et les sources peuvent suffire.

En revanche, les réponses aux phénomènes suivants sont plus complexes :

  • La « désinformation » des contenus faux ou trompeurs diffusés avec l’intention de tromper ou dans un but lucratif ou politique et susceptibles de causer un préjudice public ;
  • Des « opérations d’influence » coordonnées et déployées par des acteurs nationaux ou étrangers pour influencer un public cible au moyen d’une série de moyens fallacieux, notamment la suppression de sources d’information indépendantes combinée à de la désinformation ;
  • Des « ingérences étrangères dans l’espace de l’information » coercitives et trompeuses déployées par un acteur d’un État étranger ou des agents dans le but d’entraver la formation et l’expression libres de la volonté politique des individus.

Le « Plan d’action pour la démocratie européenne » vise à renforcer la transparence, lutter contre les techniques de manipulation, réduire les incitations économiques à la propagation de la désinformation, et introduire des effets dissuasifs.

Renforcer la capacité de l’UE et de ses États membres à lutter contre la désinformation

D’abord, pour détecter la désinformation et les opérations d’ingérence étrangère, l’UE prévoit un cadre et une méthodologie communs pour recueillir systématiquement des éléments de preuve, en renforçant les capacités des autorités nationales, des médias indépendants et de la société civile.

Ensuite, pour réagir, et rapidement, l’UE envisage une boîte à outils cyber-diplomatique pour faire face aux actes de cyber-malveillance, ce qui là encore interroge sur les aspects conceptuels et juridiques pour une réponse diplomatique numérique conjointe de l’UE.

Enfin, pour contrer les ingérences étrangères et les opérations d’influence, l’UE envisage dorénavant d’infliger des sanctions financières à leurs auteurs, ce qui pose de nombreuses questions quant à la capacité de l’UE à viser ces hackers.

Renforcer les obligations et la responsabilisation des plateformes en ligne

L’arme fatale pour l’UE repose sur un code de bonnes pratiques à consolider afin de :

  • surveiller les effets de la désinformation et l’efficacité des politiques des plateformes – c’est le strict minimum ;
  • soutenir la bonne visibilité des informations fiables d’intérêt public et maintenir une pluralité de points de vue – c’est même dans l’intérêt des plateformes…
  • réduire la monétisation de la désinformation liée à des contenus sponsorisés – c’est la fin annoncée des campagnes politiques sponsorisées ;
  • limiter l’amplification artificielle des campagnes de désinformation – c’est une pierre dans le jardin des algorithmes au cœur de toutes les critiques…

Donner aux citoyens les moyens de prendre des décisions en connaissance de cause

D’une part, une démarche de soutien à de nouveaux projets innovants en matière de lutte contre la désinformation dans le cadre de divers programmes de l’UE, notamment mis en place par des organisations de la société civile et des établissements d’enseignement supérieur, avec la participation de journalistes.

On peut citer par exemple le «EUvsDisinfo hackathon», la participation des journalistes à des activités d’éducation aux médias, en particulier sous la forme d’initiatives « Back to School » ou le jumelage électronique d’écoles.

D’autre part, un soutien accru, y compris financier, à toutes sortes d’initiatives, y compris des organisations de la société civile, visant à promouvoir l’éducation aux médias et à aider les citoyens à identifier les cas de désinformation, au sein de l’UE et au-delà.

Quoique la prise de conscience qui a bien progressée semble davantage au rendez-vous, les actions envisagées apparaissent timorées et trop faire confiance à la bonne volonté des parties prenantes et surtout des big tech.

Retard du service de presse de la Commission européenne sur Twitter

Alors que la place de Twitter dans l’infosphère bruxelloise n’est plus à démontrer et aurait même tendance à se renforcer avec la période de confinement, les membres du service de presse de la Commission européenne sont très en retard…

État des lieux inquiétant des forces en présence

Sur 84 fonctionnaires européens listés dans le service de porte-parole de la Commission européenne, seuls 2 comptes Twitter sont indiqués. L’analyse exhaustive révèle que 25 membres du service de presse ne sont même pas présents sur Twitter, soit quand même 30% des effectifs.

Panorama synthétique du service de presse sur Twitter :

  • Le Chief Spokeperson dispose de 2 comptes en français et en anglais – 20k followers au total ;
  • L’adjointe au porte-parole en chef est également présente – 8,5k followers ;
  • Sur les 11 Spokeperson, tous sont présents, mais la moyenne de leurs followers est seulement de 3,4k, seul un porte-parole dépasse les 10k followers ;
  • Sur les 30 Press Officer, 7 sont carrément absents, et la moyenne très faible se situe à 470 followers ;
  • Sur les 13 Press Assistant, 11 ne sont pas présents.

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La faiblesse de la présence des différents membres du service de porte-parole de la Commission européenne est inquiétante au regard de la présence en force au quotidien de nombreux correspondants de presse à Bruxelles, sans compter tous les journalistes qui pourraient s’intéresser aux activités de presse de la Commission européenne en période de pandémie sans possibilité de se déplacer.

Feuille de route urgente pour le service de porte-parole de la Commission européenne

Après plus d’un an de pandémie, de distanciation sociale, de restrictions aux événements physique en présentiel, il serait temps que tous les membres destinés à être en contact avec la presse soit présent sur Twitter, le réseau social le plus largement utilisés par les journalistes.

Pourquoi Twitter est indispensable pour les relations presse de la Commission européenne aujourd’hui ? Puisqu’il semble que la réponse n’aille pas de soi pour près d’un tiers des membres du service de presse de la Commission européenne, les raisons de rejoindre la plateforme semblent pourtant nombreuses :

D’abord, la première mission consiste à identifier les journalistes, en commençant par les correspondants de presse à Bruxelles, puis plus largement les journalistes s’intéressant aux affaires européennes et selon les domaines spécifiques, les « rubricards » des grands médias européens, en particulier dans l’audiovisuel public et privé.

Ensuite, la deuxième mission porte sur la nécessité avant toute chose d’écouter, d’observer les prises de parole, les sujets abordés et surtout les critiques émises sur les dossiers européens, afin de mieux comprendre les attentes, les arguments à développer pour répondre aux questions ou d’anticiper les critiques.

Enfin, la troisième mission vise à se rapprocher des journalistes, non pas pour faire la conversation de manière gratuite ou pire intéressée, il ne faut pas s’immiscer inutilement dans leur timeline, mais au-moins se donner les moyens de répondre aux besoins, de corriger des zones d’ombre, de donner des éléments de réponse à des questions laissées sans réponse.

L’absence aussi massive et la présence aussi discrète du service de presse de la Commission européenne sur Twitter ne devrait pas être considéré comme un sujet secondaire et un projet pour des jours meilleurs. C’est une question de survie, de pertinence, littéralement de service public.

En bref, le chantier de la présence proactive des membres du service de porte-parole de la Commission européenne sur Twitter ne fait vraiment que commencer, le chemin à parcourir sera long.

Journalistes d’Europe : entre mythes et réalités

Passionnant échange entre Isabelle Ory, correspondante pour Europe 1 à Bruxelles et Richard Werly, le correspondant du journal suisse Le Temps à Paris qui couvre également les affaires européennes organisé par la Fondation Jean Monnet pour l’Europe sur le métier de journaliste d’Europe aujourd’hui…

Quel est le rôle d’un correspondant européen aujourd’hui ?

Pour Richard Werly, le métier de correspondant européen doit « inclure un élément de prospective, le monde change très vite, il faut allumer des ampoules pour éclairer le tunnel ».

L’Union européenne est un animal politique qui affronte des défis nouveaux, ce n’est pas un long fleuve tranquille intégrationniste, il faut donc sortir des clichés et entrer dans la complexité.

Les journalistes ne doivent pas être les clercs de notaire des institutions européennes, le poste de correspondant sur l’Europe doit faire un effort narratif, raconter, faire du reportage et le traitement de l’actualité institutionnelle n’est pas prioritaire.

Le journaliste d’Europe, pour Richard Werly, est d’abord un correspondant international, qui a le goût des cultures européennes, une connaissance des langues européennes et des compétences en matières économiques. Bruxelles, c’est là que notre destin se joue. L’épicentre de la question géopolitique passe par l’Europe.

Pour Isabelle Ory, le correspondant à Bruxelles – qui vit une année étrange dans une Union confinée où la salle de presse est pour la première fois fermée depuis mars dernier – doit être capable de se plonger dans les dossiers européens et de s’en abstraire en même temps.

En prise directe avec l’actualité, le correspondant à Bruxelles est à la fois en contact avec les journalistes qui traitent la politique nationale et internationale dans sa rédaction, selon les angles et les sujets.

Quelles sont les contraintes des journalistes européens ?

Entre la journaliste TV/radio et le journaliste de presse écrite, les contraintes sont naturellement différentes.

Pour Isabelle Ory, faire de la télévision à Bruxelles est un oxymore puisqu’il n’y a pas d’image. En outre, les propos « off the record » sont plus nombreux et intéressants que les déclarations officielles, ce qui est facile à rapporter dans la presse écrite, mais beaucoup plus compliqué en radio ou à la TV.

Pour Richard Werly, la presse écrite est le parent pauvre des médias. Entre le poids du temps réel et de l’immédiateté des réseaux sociaux, l’attraction fatale des TV pour les politiques et le droit de relecture et de correction, qui n’est pas pratiqué dans l’audiovisuel de plus en plus souvent en direct, la presse écrite est « le dindon de la farce » sans compter le parasitisme des communicants qui se prennent pour des spin doctors.

Bruxelles : paradis ou enfer des sources ?

Pour Isabelle Ory, Bruxelles est le paradis des sources, puisque les correspondants de presse peuvent se tourner vers le Parlement européen (les groupes politiques, les délégations nationales, les assistants et les élus), les diplomates (de leur État-membre ou d’autres États-membres notamment les Scandinaves traditionnellement plus transparents), etc.

Le plus important, c’est de jouer le jeu bruxellois autour de la culture du off et du partage des informations.

Pour Richard Werly, la source prioritaire est constituée des délégations nationales permanentes à Bruxelles (représentations permanentes et interlocuteurs nationaux) et ponctuelles (ministres).

Mais, sur des grandes questions, les sources du secteur privé ne sont pas à négliger. L’avis des lobbyistes, consultés par la Commission européenne, peut permettre des éclairages intéressants. Et les ONG sont de plus en plus actives et des sources d’information à part entière. Enfin, les interlocuteurs dans les autres capitales européennes – rencontrés lors de sommets ou de reportages – sont précieux.

Face à la profusion des sources, il faut sortir du giron institutionnel vers un creuset plus divers.

Quel est l’état de la couverture européenne dans les médias en Europe ?

Pour Isabelle Ory, il y a un problème spécifique à l’audiovisuel public français. Pour illustrer la diversité de la couverture médiatique, Isabelle Ory évoque une anecdote significative à l’occasion du scandale des LuxLeaks lors de la prise de fonction de Jean-Claude Juncker : tandis que la TV suisse romande voulait faire son ouverture sur la question « qu’est-ce qu’on lui reproche, il y a rien n’a voir, circuler », la radio Europe 1 en France voulait ouvrir en réclamant sa démission immédiate.

Pour Richard Werly, la couverture médiatique de l’Europe est plutôt bien représentée dans la presse écrite, à l’exception de la presse britannique qui a désinvesti l’Europe, sans doute l’une des causes du Brexit. Le fait de travailler dans un journal Le Temps, d’un pays tiers à l’Europe en Suisse permet de jouer carte sur table, donne une liberté de ton plus grande moins empreinte d’une sorte de politiquement correct européens.

En conclusion, Richard Werly et Isabelle Ory se rejoignent sur la situation préoccupante en Hongrie, où il n’y a plus de liberté de la presse, les citoyens ont une vraie conscience des pressions du pouvoir et en Pologne où malgré tout il y a encore une vie médiatique pluraliste et une vraie campagne électorale s’est récemment déroulée. Ce qui se passe en ligne et dans la société civile – les résistances non médiatiques – n’est pas suffisamment connues. Une forme d’autoritarisme médiatique plane comme une zone d’ombre noire dans ces pays.

Vous pouvez regarder l’intégralité de leur échange en vidéo sur Youtube.