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Porte-parole de la Commission européenne : plus de la moitié sur Twitter

Tandis que l’attention médiatique (cf. dépêche AFP : « Avec Twitter les commissaires européens goûtent au plaisir du parler vrai ») est portée sur la présence dorénavant majoritaire des Commissaires sur le réseau de micro-blogging avec l’inscription du 14e Commissaire européen Androulla Vassiliou @VassiliouEU, l’activité charnière des porte-parole de la Commission européenne, eux-mêmes très présents sur Twitter, ne doit pas être négligée dans la communication européenne…

Le service du porte-parole, une activité charnière dans la communication de la Commission européenne

Au sein de la Direction générale de la communication, le service du porte-parole représente environ 10% des effectifs de la DG COMM avec une centaine de fonctionnaires, dont 40 porte-parole, selon la liste établie au 1er février 2012. Ce service occupe une place importante, à plus d’un titre :

  • place stratégique dans la communication de la Commission européenne, puisqu’il s’agit des quasi seuls personnels habilités à s’exprimer au nom de l’institution ;
  • place transversale au sein de l’organigramme à l’interface avec les autres directions générales, puisqu’il s’agit des quasi seuls personnels informés de toutes les initiatives de l’institution ;
  • position cardinale auprès des relais d’opinion, tant auprès des médias traditionnels que dans les médias sociaux, puisqu’il s’agit des quasi seuls personnels centralisant les échanges avec les journalistes et les inscrits sur Twitter.

Les porte-parole sur Twitter, une présence balbutiante dans la communication de la Commission européenne

Avec au total, 22 comptes Twitter chez les porte-parole pour 4 665 Tweets et 15 686 Followers à ce jour, la présence des porte-parole sur Twitter est encore balbutiante :

  • le porte-parole le plus suivi : « ECspokesKoen » est très logiquement le chef du service du porte-parole de la Commission européenne ;
  • le porte-parole le plus actif : « ECspokesRyan » est assez logiquement le porte-parole de la Commissaire Neelie Kroes, responsable de l’agenda numérique et disposant d’un compte Twitter de plus de 35 000 Followers.

Comment améliorer la présence des porte-parole sur Twitter ?

Afin de pleinement déployer la présence de la Commission européenne sur Twitter, les porte-parole auraient intérêt à mieux se faire connaître des acteurs présents en ligne (institutionnels, journalistes, bloggeurs…) via la pratique du Following.

Par ailleurs, les porte-parole de la Commission européenne devraient également mieux se coordonner avec les équipes médias sociaux des Commissaires et des directions générale afin que les infos circulent davantage entre les comptes @EUCommissaireX/Y ; @DGtruc/bidule et @ECspokemachin/chose.

Enfin, les porte-parole de la Commission européenne auraient tout intérêt à développer des listes de comptes classées par thèmes, à inclure dans leur veille en ligne des sujets de conversation relatifs à leur politique publique européenne.

L’arrivée des porte-parole de la Commission européenne – concomitante à la présence des Commissaires –se généralise, il convient maintenant de mieux l’organiser.

Quelle est la plus grave erreur de la stratégie de communication de l’UE ?

Depuis la nomination de Margot Wallström, Vice-Présidente de la Commission européenne responsable de la stratégie de communication de l’UE en 2004, de nombreuses initiatives de communication ont été engagées. Pourtant, aucune n’est parvenue à changer le regard et les jugements des citoyens européens sur l’UE. Pourquoi ?

Il serait trop simple et inexact de considérer qu’il s’agit simplement d’une question de moyens humains, matériels ou financiers. La complexité des sujets, la diversité des publics, la multiplicité des médias, le multilinguisme sont autant d’excuses qui ne parviennent pas à expliquer totalement l’échec de la communication européenne.

Une communication dans le contrôle et quasi exclusivement menée sur des médias maîtrisés

Le point commun de pratiquement toutes les actions de communication menées par les institutions européennes repose sur la définition de messages et la réalisation d’outils de communication pour diffuser ces messages.

La campagne de communication type s’articule de manière quasi systématique autour d’événements ou d’anniversaires propres à la construction européenne et se déploie au travers du lancement d’un nouveau site Internet (cf. les 50 ans de la PAC), de l’organisation d’un événement à Bruxelles (cf. les 25 ans d’Erasmus) ou de la publication de nouveaux supports print. Ces derniers temps, la promotion via les canaux de communication maîtrisés par l’UE dans les médias sociaux sont également mobilisés.

Exceptionnellement, la campagne de communication type est accompagnée d’une démarche timide d’achat d’espaces publicitaires dans les médias traditionnels, le seul outil actuellement utilisés qui soit en mesure d’entrer en contact avec les citoyens.

Au final, les campagnes de communication de l’UE n’atteignent qu’un public très restreint, qui pour l’essentiel se limite aux « clientèles » de l’UE, qu’ils s’agissent de professionnels (par nécessité) ou d’amateurs (par conviction) de la chose publique européenne.

Une communication de l’UE solipsiste, éloignée de la réalité

Jamais, jusqu’à présent, l’approche pourtant condamnée dans les faits n’a été inversée. Les communicants de l’UE ne sont jamais partis de la réalité, en menant d’abord un audit des conversations et des lieux d’expression des citoyens sur les sujets européens pour ensuite se faire connaître et participer aux échanges, là où ils ont lieu.

À aucun moment, une réflexion de fond est menée sur les conditions de réception des messages européens et encore moins sur les conditions du dialogue.

La réalité, voilà finalement la zone d’ombre de la communication européenne. Autrement dit, la principale erreur de la communication de l’UE, c’est le « solipsisme », c’est-à-dire cette attitude générale, d’après laquelle, il n’y a pour l’UE d’autre réalité qu’elle-même.

Pour inverser le prisme de la communication européenne, l’approche viserait d’une part, à moins contrôler les interventions des « porte-parole » des institutions européennes pour que leurs propos soient plus authentiques, naturels, crédibles, empathiques… et d’autre part, à s’exprimer sur des médias qui ne sont pas uniquement maîtrisés par l’UE.

L’ego européen est finalement la seule chose qui existe réellement pour l’UE et le monde extérieur ainsi qu’autrui n’est qu’une abstraction, qu’une représentation. Tant que la communication européenne se cantonne à être conduite dans cette ignorance de la réalité, l’UE ne peut parvenir à entrer en contact avec les citoyens européens.

Partenariat de communication France / UE : « l’Europe se dessine » au Festival de la BD d’Angoulême

Après 3 années de campagnes de communication grand public à la télévision sur les fonds européens en 2008 et 2010 et l’incitation au vote lors des élections européennes de juin 2009, le partenariat de communication entre la France et les institutions européennes s’intéresse plus particulièrement au public jeune en 2011/2012…

S’inspirant lointainement d’Euro-cartoon, un concours de bandes dessinées lancé par la Commission européenne en 2008 pour récompenser les jeunes illustrant la citoyenneté européenne, le partenariat de communication capitalise – avec des artistes reconnus – sur ce support populaire au sein de la jeunesse.

Exposition « L’Europe se dessine » au festival de la BD d’Angoulême

À la fois ludique et didactique, et cherchant à traduire des idées simples et emblématiques de l’identité européenne, le parcours de l’exposition, inaugurée lors du festival de la BD d’Angoulême s’organise – selon le dossier de presse – autour de 3 temps forts :

  • les origines et les idées fondatrices de l’Europe ;
  • la dimension concrète de l’ambition européenne, l’Europe au quotidien ;
  • le futur de l’Europe.

Avec pour fil rouge un personnage Iris, née sous les traits de Claude Berbérian (reportage et interview sur Arte), 50 auteurs de BD issus de la communauté européenne « rendent hommage à leur maison commune » et offrent à la jeune Iris un voyage dans les 27 pays de l’Union, selon la programmation.

Conçue d’emblée comme un parcours déclinable sur plusieurs supports (y compris print et web), l’exposition a pour objectif, après sa présentation à Angoulême, de voyager.

Réactions sur comment la BD peut rendre compte de l’idée européenne

Pour certains,la bande dessinée est un « vecteur idéal pour donner une image positive de l’Europe aux (jeunes) citoyens » :

  • « l’ensemble forme une exposition hétéroclite et inégale, mais qui peut servir de bon support pédagogique pour tous les enseignants souhaitant travailler avec les enfants autour de l’UE », selon Benjamin Roure, qui propose une belle galerie de photos de l’exposition ;
  • « la plupart des interventions sont charmantes même si, souvent, elles ont été conçues avec une conviction de travail de commande », selon Didier Pasamonik.

Pour d’autres, comme Didier Pasamonik, le rendez-vous de cette exposition sur la BD et l’Europe est malheureusement manqué à l’échelle des festivals de BD d’Europe. En effet, le FIBD – créé il y a 2 ans à l’initiative de Laurent Wauquier, Secrétaire d’Etat aux Affaires européennes afin de mettre en place une synergie entre les différents festivals de BD européens – n’a pas été sollicité pour participer.

Le lyrisme inhabituel de la Commissaire européenne Viviane Reding qui « souhaite que cette exposition européenne réussisse à faire voyager dans cette Europe à la fois brillamment rêvée et absolument concrète » est sans doute excessif.

Accompagnée de la réédition actualisée d’un manuel scolaire sur l’Europe distribué dans les écoles, que le ministère de l’Éducation nationale agréé ; cette exposition qui montre, selon le ministère des Affaires étrangères et européennes « les expressions et les manifestations, matérielles ou immatérielles, par lesquelles s’incarne le plus évidemment notre identité partagée » devrait modestement sensibiliser les futurs citoyens européens en France.

Communication technocratique de l’UE : comment s’adresser aux citoyens européens ?

A partir d’une réflexion sur ce qui rapproche et ce qui oppose communication scientifique et communication technocratique de l’UE, deux Eurobloggeurs formulent des propositions pour améliorer la communication européenne :

  • pour Mathew Lowry, qui estime que ces 2 communications se rapprochent dans leur difficulté à jouer le jeu médiatique, il faut améliorer le « storytelling », la pédagogie narrative ;
  • pour Ronny Patz, qui considère que ces 2 communications s’opposent : le raisonnement scientifique ouvert n’a rien de commun avec les conflits d’influence bruxellois, il faut plus de transparence dans l’UE.

Pourtant, seule une formation pédagogique contribuera  à ce que la communication de l’UE touche vraiment les citoyens…

Les impasses de la communication technocratique de l’UE

Mathew Lowry dans « Of technocrats, journalistic balance and telling EU stories » s’intéresse aux difficultés de communiquer sur des sujets scientifiques dans les médias : « Parler de science, c’est expliquer un champ de connaissances complexes et plein de jargons à un public qui ne dispose pas d’une formation spécialisée. »

Effectivement, la recherche journalistique du débat et de l’équilibre entre des points de vue contradictoires conduit à traiter avec les mêmes égards les affirmations d’un scientifique – qui s’appuie sur la recherche et les conclusions de la communauté scientifique – et les contradictions d’un représentant d’intérêts politiques, économiques ou sociaux.

Dans un parallèle contestable en raison de la différence fondamentale entre la communication scientifique partant de preuves et la communication européenne portant sur des compromis, Mathew Lowry démontre néanmoins avec intérêt que tant que la communication de l’UE sera technocratique – à l’image d’une communication scientifique ésotérique et inaccessible – tant que la communication de l’UE se présentera comme raisonnable, voire inéluctable et indépassable alors il y aura toujours dans les médias, un point de vue efficace pour s’opposer et dénoncer les dérives technocratiques et le déficit démocratique de l’UE.

Ronny Patz dans « Communicating EU technocracy and science: Is it the same? » répond à l’argumentation de Mathew Lowry en contestant vivement que la communication de l’UE s’appuierait sur un processus de décision vraiment fondé sur un raisonnement et un équilibre idéal.

Bien au contraire, le fonctionnement technocratique de l’UE conduit à ce que la communication de l’UE dissimule les choix, qu’ils soient basés sur l’influence des groupes de presse, des rapports de force entre Etats-membres, des relations de pouvoirs entre les administrations européennes ou des compromis entre intérêts politiques…

La communication technocratique de l’UE vend ce qui est le reflet de la puissance dissimulée de chaque partie prenante comme la décision techniquement et pratiquement raisonnable, sans alternative possible. C’est justement cette dissimulation des puissances qu’il convient de casser.

Les voix d’une communication européenne pédagogique

Alors que Mathew Lowry en appelle à un meilleur storytelling des décisions de l’UE – ce qui ne serait pas une sinécure – Ronny Patz, quant à lui, considère qu’une communication plus transparente assumant le débat démocratique et la controverse politique est souhaitable – ce que les Eurobloggeurs peuvent contribuer à créer.

Mathew Lowry et Ronny Patz formulent deux propositions judicieuses mais qui risquent de ne toucher que les publics sinon intéressés du moins sensibilisés aux enjeux européens.

Pour reprendre le point de départ de leur réflexion, on peut dire que tout comme il faut être formé au raisonnement scientifique et avoir reçu une éducation à la science pour comprendre les enjeux et se forger un point de vue étayé ; il est également nécessaire que les citoyens européens reçoivent une éducation civique européenne pour comprendre et participer aux décisions européennes.

Naturellement, un bon storytelling et une plus grande transparence peuvent contribuer à une meilleure compréhension du public mais sans une formation préalable, aucune communication européenne ne sera vraiment efficace.

Par ailleurs, une formation pédagogique antérieure à la participation critique et politique est également le seul moyen pour limiter la confusion entre critiques contre les choix politiques et menaces contre la construction européenne et favoriser des contributions moins théoriques/abstraites et plus adaptées à la réalité européenne.

Tandis que la forme que peut revêtir cette communication pédagogique s’inscrit aisément dans le cadre de la formation des futurs citoyens, la sensibilisation inédite d’un vaste public adulte demeure problématique.

Comment le web social peut transformer l’UE ?

La matinée organisée par le groupe des Belles Feuilles et portant sur « institutions de l’UE & web social » invite à une réflexion plus large sur l’impact potentiel du web social sur l’UE…

Le potentiel du web social peut se résumer selon Jean-Marc Le Gall, professeur associé au Celsa, dans Le Monde du 12 décembre dernier : « Les réseaux sociaux, un vrai-faux passeport pour l’entreprise moderne », en deux transformations :

  • avènement d’une société de la connaissance : circulation et partage des savoirs et des données ;
  • mutation des institutions en réseaux : interaction entre les métiers et avec les publics.

Bon gré, mal gré, ces deux transformations – circulation des informations et interaction des individus – sont d’ores et déjà à l’œuvre dans les institutions européennes.

Le web social dans l’UE – toujours en reprenant l’analyse de Jean-Marc Le Gall pour les entreprises – est en train de « prendre le contre-pied des logiques actuelles (cloisonnement, hiérarchie de contrôle, informations descendantes, expertises séparées) ».

L’UE va devoir résoudre les contradictions inévitables entre d’une part, processus et décisions centralisés et, d’autre part, production de ces réseaux et circulation de ces informations.

Ce que le web social peut changer de l’UE : une révolution culturelle et fonctionnelle pour transformer les institutions européennes en réseaux

La force du web social va tôt ou tard créer une révolution culturelle et fonctionnelle dans les institutions européennes. De nouvelles dynamiques vont se mettre en place, selon Jean-Marc le Gall :

  • une organisation plus plate et ouverte où les niveaux hiérarchiques supérieurs ne contrôleront plus seuls la circulation de l’information,
  • un management transformé, qui intègre et encourage par facilité autant que par nécessité dans le travail la création des réseaux et accepte de ne pas tout contrôler.

Pour transformer l’UE, la révolution du web social doit combiner la transformation en profondeur de l’organisation pyramidale et des relations internes, notamment de la culture managériale.

Aujourd’hui ces transformations semblent fantasmatiques, mais demain la redistribution des pouvoirs et les pratiques coopératives seront logiques.

Ce que le web social ne peut pas changer de l’UE : une révolution politique et citoyenne pour impulser et partager des projets collectifs

En revanche, le web social ne peut malheureusement rien contre l’absence d’impulsion politique de nouveaux projets européens et à fortiori de partage de tels projets collectifs entre les citoyens européens.

Face à l’apathie des responsables européens, et par voie de conséquence au désintérêt des citoyens, le web social ne peut pas se substituer miraculeusement.

Tout comme le printemps arabe n’est pas venu des médias sociaux, même si ceux-ci ont facilité le mouvement de la société, le « printemps de l’UE » ne viendra pas du web social mais des volontés des dirigeants et des peuples européens à changer l’UE.

Ainsi, le potentiel du web social dans la transformation de l’UE est à la fois immense, notamment par ses conséquences fonctionnelles, et dérisoire, s’il n’y a pas de volonté politique pour changer.