Pour rapprocher les citoyens de l’UE, il faut davantage de politisation et d’information

Interviewée par Fenêtre sur l’Europe, Noëlle Lenoir, ancienne ministre déléguée aux Affaires européennes et présidente du Cercle des européens, présente ses pistes de réflexion pour rapprocher l’Europe des citoyens…

Politiser l’espace européen

Face au constat du fossé entre la réalité de l’UE (80% des décisions sont européennes) et la perception des citoyens communautaires, Noëlle Lenoir souhaite « rendre les citoyens aptes à réellement profiter de l’espace européen« , notamment en termes d’emploi, de mobilité, d’apprentissage des langues…

Il s’agit alors de renforcer la communication sur les compétences de l’UE parce qu’elles portent sur des aspects très concrets de la vie, comme la sécurité alimentaire ou l’environnement. Il convient également selon la présidente du Cercle des européens de conforter la politisation des institutions de l’Union européenne.

Informer les citoyens et les politiques

L’ancienne ministre déléguée aux Affaires européennes considère qu’il faut – avant toute communication institutionnelle – davantage d’information auprès des citoyens, afin que l’actualité européenne soit reçue et comprise. Cette information doit s’adresser aux jeunes comme aux hommes et femmes politiques.

Lancement de "Y a pas le feu à l’Europe" : un blog universitaire suisse consacré à l’UE

Alors que plus de 250 millions d’Européens – la moitié de la population européenne – utilisent régulièrement Internet, l’Institut européen de Genève vient de lancer son blog, « Y a pas le feu à l’Europe »…

Internet est devenu un outil incontournable de la communication européenne, notamment au sein du monde de l’éducation. Plus de 96 % des écoles et universités européennes sont désormais connectées à Internet, ainsi le précise le rapport de la Commission européenne sur l’état d’avancement de l’initiative i2010 en faveur de l’emploi et de la croissance dans la société de l’information.

Le blog « Y a pas le feu à l’Europe » – un lieu d’échanges entre professeurs et étudiants de l’Institut européen de Genève – pose un regard suisse sur les affaires européennes. Bien que la Suisse ne soit pas membre de l’Union européenne, la question de l’adhésion semble au cœur des billets, comme le montre l’interview de l’ambassadeur Michael Reiterer, représentant de la Commission Européenne auprès de la Suisse.

Cette initiative due aux Euros du Village, une association réunissant étudiants et jeunes professionnels spécialistes des affaires européennes, s’inscrit dans une démarche qui vise à lancer dans les prochaines semaines d’autres « euroblogs » thématiques en partenariat avec des universités européennes.

Quels indicateurs pour mesurer la réussite de la communication autour de la présidence française de l’UE ?

Alors que les autorités publiques préparent activement la PFUE – dont le positionnement en matière de communication s’articule autour d’une présidence à l’échelle européenne / proche des citoyens – il est important de réfléchir aux indicateurs – et à leur équilibre – mesurant la réussite de la communication autour de la PFUE…

Des indicateurs d’observation

D’abord, il faut mettre en place des indicateurs d’observation pour comptabiliser tous les chiffres de notoriété, de fréquentation, de satisfaction et de popularité.

Des indicateurs de pilotage

Ensuite, il faut mesurer la pertinence des actions de communication selon les priorités préalablement définies dans la stratégie de communication et contrôler l’atteinte des objectifs et des cibles de communication. Il faut également mesurer la capacité à saisir l’imprévu, la réactivité et la qualité des réponses.

Des indicateurs de performance

Enfin, il faut évaluer l’efficacité et la rentabilité des outils et des moyens de communication employés lors de chaque action de communication.

L’ensemble de ces indicateurs doit permettre d’évaluer et de corriger régulièrement la communication de la PFUE.

La communication européenne passe aussi par la transparence des institutions de l’UE

L’une des missions de la communication européenne consiste à ouvrir l’accès du public aux informations et documents des institutions communautaires.

Selon le Rapport annuel du Médiateur européen, sur les 3 211 plaintes reçus en 2007 de citoyens de l’UE, d’entreprises, d’ONG et d’associations ; un nombre record d’enquêtes menées portait sur le manque de transparence des institutions de l’UE.

Dans le communiqué de presse, P. Nikiforos Diamandouros, le Médiateur européen estime que « les plaintes concernant le manque de transparence sont une opportunité pour les institutions et les organes de l’UE de démontrer leur volonté d’ouverture ».

Il est à souhaiter que la Commission européenne prenne en compte – dans sa stratégie de communication – le droit d’accès du public aux informations et documents communautaires.

Enquête d’opinion : "l’influence de la France en Europe : peut-on encore y croire ?"

Dans un sondage commandé par le cabinet Hill & Knowlton et réalisé par Opinion Way, les Français juge l’influence de la France en Europe…

Une vision faussée de l’influence

L’opinion des Français semble reposer sur l’image de l’Europe des fondateurs, alors qu’aujourd’hui l’Union compte 27 États membres.

Une influence dominée par l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni

Seuls trois pays sont véritablement jugés influents en Europe :

  • 72% des sondés estiment que l’Allemagne est « le pays qui a le plus d’influence sur les décisions de l’UE » en raison de sa puissance économique et démographique, son rôle historique dans l’UE, et enfin, les qualités de la chancelière Angela Merkel ;
  • 14% des Français positionnent la France en second avec une influence provenant de son rôle historique, puis de sa position géographique « centrale » et de sa future Présidence de l’Union ;
  • 8% des personnes interrogées choisissent le Royaume-Uni pour compléter le trio de tête avec comme argument sa puissance économique, son expérience du lobbying, sa capacité d’obstruction au sein de l’Union et ses relations privilégiées avec les Etats-Unis.

Une influence française limitée dans les enjeux économiques, jugés capitaux

Selon le compte-rendu de Fenêtre sur l’Europe, « les Français estiment que leur pays a de l’influence en Europe d’abord dans des domaines régaliens (politique étrangère, défense et sécurité), ainsi que dans l’agriculture. Mais il ne s’agit pas pour les sondés des domaines les plus importants, qui sont l’économie et la monnaie et le marché du travail. »