Entre mythe et réalité : décryptage de l’impact de l’UE dans les Etats membres

Une enquête réalisée par Yves Bertoncini pour le think tank Notre Europe évalue l’impact des interventions de l’UE dans les Etats membres. Au-delà des constats sur la portée réelle des interventions de l’UE au niveau national, des « logiques de projection contribuent à entretenir des mythes politiques »…

Quel est la portée réelle des interventions de l’UE au niveau national ?

Un impact normatif plus réduit qu’on ne le dit, hors quelques secteurs

La proportion des normes d’origine communautaire dans le total des normes appliquées en France s’est établie à moins de 15% au cours des 20 dernières années.

Environ la moitié des règlements et directives adoptés par l’UE concernent les secteurs de l’agriculture et de la pêche, alors que ces deux secteurs ne représentent que 10% de la production normative nationale.

Un impact budgétaire limité, mais substantiel dans certains secteurs et pays

Les dépenses communautaires représentent un peu moins de 1% du PIB de l’UE.

L’importance des dépenses communautaires est substantielle dans quelques secteurs : elles s’élèvent à plus des 2/3 des dépenses publiques européennes totales dans les secteurs de l’agriculture, de la pêche et du développement rural ; à environ la moitié du total des dépenses de cohésion régionale et à un peu plus d’un tiers des dépenses d’aide humanitaire.

L’impact des dépenses communautaires au niveau national varie fortement selon les pays, compte tenu de l’hétérogénéité de leur niveau de richesse et de leur niveau de dépenses publiques.

Un impact « politique » multiforme mais diffus

Les prises de position de l’UE sont d’autant plus innombrables qu’elles ne produisent pas d’effets contraignants et qu’elles permettent à l’UE d’intervenir dans des domaines sur lesquels les États membres entendent globalement garder la main.

Malgré un impact normatif et budgétaire relativement réduit sur le plan concret, l’impact politique et médiatique des prises de position non contraignantes de l’UE contribue à conforter l’image d’une UE « en trompe l’œil »…

Quelles sont les mythes politiques des interventions de l’UE au niveau national ?

Des logiques de projection idéologique sur ce qu’on voudrait que l’UE soit ne soit pas

Ces logiques sont paradoxalement entretenues à la fois par les forces politiques les plus actives dans le débat public sur l’Europe : les fédéralistes et les « anti-européens ».

Ces opinions politiques ont en commun de voir « l’UE en grand », que ce soit pour les uns en vue de militer pour une intégration européenne accrue ou pour les autres afin de combattre avec vigueur la construction européenne.

Ainsi, « leur surestimation de l’ampleur des interventions de l’UE finit par marquer les esprits », comme le dénonce Jean-Louis Bourlanges dans Le Monde : « l’Europe fait semblant. Semblant d’être une solution aux yeux de ses promoteurs et, à l’inverse, d’être une menace aux yeux de ses adversaires qui lui attribuent abusivement la responsabilité de tous les bouleversements ».

Des mécanismes de confusion dans les transferts de responsabilité

Ces mécanismes de confusion sont entretenus à la fois par les responsables politiques nationaux et communautaires :

  • les responsables politiques nationaux « se défaussent sur de prétendues « contraintes bruxelloises » souvent réelles, mais fréquemment illusoires et bien commodes pour faire admettre des décisions impopulaires » ;
  • les institutions communautaires « soucieuses de renforcer leur légitimité et leur image en montrant qu’elles agissent « concrètement-sur-le-terrain-dans-la-vie-quotidienne-des-citoyens sont souvent promptes à se « hausser du col » en prétendant exercer une influence politique qui n’est considérable que dans quelques secteurs ».

Ainsi, l’enjeu de l’impact de l’UE dans l’opinion publique semble davantage dominé par les mythes politiques que par une réalité manifestement plus modeste.

Communiquer l’Europe : Mission impossible?

Voici un compte-rendu synthétique de mes prises de notes lors de la conférence « Communiquer l’Europe: Mission Impossible? » organisée lundi 6 juillet à la Représentation de la Commission européenne en Belgique par le Forum 311 (la distance entre le centre de Paris et les institutions européennes à Bruxelles), une association basée à Bruxelles réunissant de jeunes francophones et francophiles travaillant sur des questions européennes…

Certes, communiquer l’Europe, c’est une mission suicide…

Communiquer l’Europe se révèle particulièrement difficile au-delà des obstacles linguistiques ou culturels en raison d’une série d’apories (1) et des controverses (2) :

1. Ce qui fait défaut pour communiquer :

Il n’y a pas de politique partisane à l’échelle européenne :

  • aucun parti politique vraiment transeuropéen présentant des listes de candidats multinationaux aux élections européennes ou un programme de travail pour la législature ;
  • aucune incarnation politique vraiment convaincante tant au niveau des présidences tournantes que des présidents de la Commission ou du Parlement.

Il n’y a pas d’espace public européen :

  • ni média vraiment européen, la presse lue dans les milieux bruxellois (The Economist ou Financial Times) restant très élitiste ;
  • ni opinion publique vraiment européenne, les Eurobaromètres commandée par les institutions communautaires restant très abstraits.

2. Ce qui fait débat pour communiquer :

Quelles sont les valeurs de l’Europe ?

  • Certes, la paix reste la pierre angulaire de la construction européenne. Mais la paix peine à mobiliser des générations – de plus en plus nombreuses – n’ayant pas connu de conflit sur le continent.
  • Si l’Europe défend les mêmes valeurs que l’humanité (la protection des droits de l’homme, la régulation de la mondialisation…) alors l’Europe n’a pas de valeurs propres.

Quel est le projet de l’UE ?

  • S’agit-il de la vision française d’une Europe puissance, acteur d’un monde multipolaire ?
  • S’agit-il de la vision d’une Europe marché, grande Suisse libre-échangiste et pacifiste ?
  • S’agit-il de la vision d’une Europe concrète, intervenant dans la vie quotidienne des citoyens ?

… mais, communiquer l’Europe, c’est une mission indispensable

Communiquer l’Europe se révèle particulièrement nécessaire au-delà des actions réalisées au service des journalistes ou par les relais et réseaux de l’UE sur le terrain en raison d’une série d’exigences :

1. Il faudrait créer un sentiment européen

Parce que l’« on ne créé pas de sentiment d’appartenance avec des bons sentiments » Jean Quatremer, il faut créer un une adhésion à la construction européenne par le sentiment d’urgence, par l’impératif de l’Europe pour survivre.

2. Il faudrait créer une formation civique européenne

Parce que les jeunes représentent l’avenir de l’Europe, il faut créer des cours d’éducation civique européenne dispensés par les enseignants dans les écoles, permettant de créer des connaissances durables, une compréhension voire l’adhésion à l’Europe.

Conclusion : La morale qui conclut la fable de La Fontaine intitulée Le Lion et le Rat s’applique parfaitement à la communication sur l’Europe : « Patience et longueur de temps / Font plus que force ni que rage ».

Débat avec :

  • Willy Hélin, Chef de la Représentation de la Commission européenne en Belgique, ancien Porte-parole de la Commission ;
  • Jean Quatremer, Correspondant à Bruxelles du quotidien français Libération ;
  • Christophe Thévignot, Consultant en communication, Publicis Consultants ;
  • Michaël Malherbe, Intervenant à Sciences-Po Lille, Créateur du blog  » Se former à la communication européenne ».

European Union Public Services 2.0 : une initiative du European Union Public Services 2.0 pour renforcer la transparence des services publics par le web

L’initiative du « European Union Public Services 2.0 » : « European Union Public Services 2.0 » est une démarche 100% web visant à rédiger collectivement la future déclaration sur le e-gouvernement présentant ce que les gouvernements pourraient faire pour renforcer la transparence de leurs services publics par l’usage du web…

Une démarche 100% 2.0 : e-contribution des citoyens à toutes les étapes du brainstorming collectif à la pétition online

En vue de la présentation en Conseil des ministres de l’UE d’un projet de déclaration sur le e-gouvernment, le European Union Public Services 2.0 définit ainsi une démarche originale :

  • brainstorming collectif : discussions sur Twitter ou dans les blogs via le tag “eups20″ et agrégation des contributions sur une « idea-storm platform » – jusqu’au 15 juillet ;
  • consolidation : synthèse des contributions et rédaction d’un projet de déclaration – du 15 juillet au 31 août ;
  • modification : wiki et commentaires – septembre et octobre ;
  • pétition : signature de la déclaration par les citoyens – octobre et novembre ;
  • présentation : ratification de la déclaration par les gouvernements – novembre ou décembre.

Des propositions innovantes pour des services publics plus transparents par l’usage du web

Sur la plateforme, voici quelques « tops » du moment :

  • Publier les données publiques dans des formats gratuits, standards, accessibles aisément et directement disponibles ;
  • Publier toutes les propositions de règlementations sur le web ;
  • Mesurer formellement la performance des services publics en utilisant des mesures choisies par les citoyens et orientées vers les citoyens ;
  • Laisser les administrés personnaliser leurs services publics en ligne ;
  • Donner aux fonctionnaires des incitations pour qu’ils participent aux réseaux sociaux.

Ainsi, avec cette initiative, une double contribution est proposée :

  • d’une part, contribution pour des services publics plus transparents en Europe grâce à l’usage du web ;
  • d’autre part, méthode de participation des citoyens à la définition des politiques publiques, grâce à au web 2.0.

Quelles sont les stratégies d’affaires publiques européennes des entreprises représentées à Bruxelles ?

Face à l’importance des institutions communautaires dans la vie économique, les entreprises mettent en place des bureaux de représentation à Bruxelles eux-mêmes chargés de mettre en œuvre des « stratégies d’affaires publiques européennes »…

2 enquêtes en 2 ans sur les pratiques de lobbying des entreprises représentées à Bruxelles

Etudiées en 2007 par Euractiv et synthétisées dans notre billet du 16 octobre 2007 : « Communication paneuropéenne d’entreprise : l’Union européenne prend de l’importance dans les stratégies des entreprises »), les pratiques de lobbying des entreprises représentées à Bruxelles évoluent vers une utilisation croissante d’Internet et des nouvelles technologies, selon l’enquête réalisée en mai 2009 par Euractiv.

Principaux résultats de l’enquête de 2007 : les affaires publiques européennes des entreprises représentées à Bruxelles se développent progressivement

Les ressources sont principalement destinées à la communication d’entreprise au siège européen plutôt qu’à la communication des bureaux de représentation à Bruxelles. Les contacts personnels dans les réunions et les événements organisés par des réseaux de connaissances, les mises à jour de sites web et les prises de positions restent les moyens de communication privilégiés par les entreprises.

Principaux résultats de l’enquête de 2009 : « les nouveaux médias font leur nid dans les stratégies d’affaires publiques européennes » (des entreprises représentées à Bruxelles) selon Euractiv

Certes, en tête des budgets affaires publiques arrivent toujours les adhésions à des fédérations (78%), les événements (67%), la communication (48%) et le recours à des cabinets de consultants (46%).

Mais, les nouveaux médias commencent également à trouver leur place :

  • 11% déclarent modérer des blogs et 17% utilisent ou envisagent d’utiliser des blogs ;
  • 41% utilisent des vidéos de façon proactive, contre 13% dans la précédente enquête réalisée en 2007 ;
  • 51% utilisent la syndication de contenu (fils RSS), contre 35% en 2007.

Ainsi, les affaires publiques européennes s’inscrivent également dans la tendance récente consistant à utiliser les innovations technologiques.

Lancement de la Présidence suédoise de l’UE : regard sous l’angle de la communication

Alors que la Suède, pays membre de l’UE depuis 1995, prend la présidence du Conseil de l’UE – pour la seconde fois – quel regard peut-on porter sur la communication ?

Un contexte favorable : un espoir suédois après l’échec tchèque et dans la tempête mondiale

Après les six mois de présidence tchèque unanimement décriés (voir le billet de Jean Quatremer qui résume l’état d’esprit : « Délivrance: la présidence tchèque est terminée! »)

et en pleine tempête mondiale (crise économique majeure, crise géopolitique en Iran, négociations climatiques),

le contexte de lancement de la présidence suédoise est particulièrement favorable au sein :

  • des milieux bruxellois : échaudés par l’euroscepticisme du président tchèque ;
  • des capitales européennes : glacées par le libéralisme du gouvernement tchèque.

Un positionnement pragmatique : un programme de travail : « Relevons le défi » autour de quelques priorités

Face à l’ampleur des défis, la présidence suédoise – suivant la culture scandinave de rigueur et de pragmatisme – se fixe quelques priorités dans son programme de travail: « Relevons le défi » :

  1. Économie et emploi – une UE renforcée au sortir de la crise économique ;
  2. Le climat – un nouvel accord sur le climat est en place ;
  3. Justice et affaires intérieures (JAI) – un Programme de Stockholm permettant de sauvegarder la sécurité et les droits des particuliers ;
  4. La stratégie pour la Mer Baltique de l’UE, un milieu marin plus propre et une région plus Compétitive ;
  5. L’UE, son voisinage et le monde ;
  6. Un nouveau Parlement, une nouvelle Commission et le Traité de Lisbonne.

En résumé, selon les Euros du village, les défis sont de 3 ordres :

  • répondre aux crises mondiales (économique et climatique),
  • préparer les changements intérieurs (projet écologique en mer Baltique, vie institutionnelle de l’Union) ;
  • approfondir les stratégies existantes (politique de voisinage et d’élargissement, JAI).

Un budget réduit : 90 millions d’euros pour la présidence suédoise de l’UE

Le coût de préparation et de mise en œuvre de la Présidence suédoise est estimé à 971 millions de couronnes soit 90 millions d’euros :

  • la moitié pour organiser une centaine de réunions qui ont lieu en Suède ;
  • les autres dépenses concernent les efforts faits pour les médias et la culture, le développement de compétence et un renforcement du personnel dans les ministères et quelques administrations importantes à l’étranger.

A titre de comparaison, la Présidence française de l’UE disposait d’un budget de 190 millions d’euros tandis que la Présidence tchèque aurait dépensé à hauteur de 124,5 millions d’euros.

Un site Internet novateur : des fonctionnalités renforçant la culture de transparence

Le site Internet de la présidence suédoise www.se2009.eu est largement inspiré des présidences antérieures dans son arborescence, ses traductions en français et en anglais, ses contenus audio ou vidéo.

Fort de la culture de transparence de l’administration suédoise, le site propose des nouveautés :

  • live blogging des différentes formations du Conseil de l’UE ;
  • accès direct via e-mail et téléphone portable pour tous les intervenants suédois.

Des opérations originales:

  • Campagne grass-root « Me – We: Ton effort multiplié par 500 millions, quelle force! » pour mobiliser individuellement les citoyens de l’UE aux priorités de la présidence ;
  • Campagne auprès des lycéens suédois : « Les Jeunes reporters couvrent la Présidence » afin que les jeunes soient impliqués dans les événements de la présidence.