Quelle pratique du multilinguisme pour les services de la Commission européenne sur Internet ?

Énorme surprise, l’enquête sur le multilinguisme des services de la Commission européenne sur Internet révèle que les sites de la direction générale Traduction sont au mieux accessibles en 6 langues. Plus généralement, près des deux tiers des « DG » sont totalement multilingues en 22 ou 23 langues tandis que 4 DG ne sont lisibles en ligne qu’en anglais…

Les 31 principales directions générales de la Commission européenne disposent principalement de 44 portails pour présenter leurs administrations et leurs politiques :

  • 12 DG se présentent avec 2 ou 3 portails pour distinguer entre le site de l’administration et le site « grand public » ;
  • 19 DG – ce qui devrait être la norme pour plus de simplicité – se contentent d’un seul site.

À peine la moitié de tous ces sites sont vraiment multilingues dans toutes les langues officielles ou quasiment de l’Union.

4 Directions générales sont monolingues en anglais

Parmi les 31 directions générales et services principaux de la Commission européenne, 4 ne sont en ligne que dans une seule langue : l’anglais :

  • Énergie
  • Affaires intérieures
  • Transports et mobilité
  • Commerce

Pour la politique commerciale commune – compétence exclusive de l’UE – il est particulièrement problématique que les informations accessibles ne soient pas lisibles par une très grande majorité des citoyens européens.

6 Directions générales sont trilingues en anglais, allemand et français

20% des directions générales font le choix d’un accès restreint aux langues de travail « officielles » de la Commission européenne, à savoir, l’anglais, l’allemand et le français :

  • Communication
  • Éducation et Culture
  • Service européen de l’action extérieure
  • Aide humanitaire et Protection civile
  • Marché intérieur et Services
  • Fiscalité et Union douanière

Là encore, des politiques de la compétence exclusive de l’UE telles que l’union douanière ou le marché intérieur ne sont pas lisibles pour une grande majorité des citoyens européens.

4 Directions générales font le choix d’un multilinguisme partiel à 6, 7 ou 11 langues

Environ 10 % des directions générales se présentent avec un multilinguisme plus ou moins dégradé avec 6, 7 ou 11 langues :

  • Santé et Consommateurs
  • Ressources humaines et sécurité
  • Société de l’information et médias
  • Traduction

De nouveau, la DG SANCO (Santé et Consommateurs) qui dispose actuellement d’un site traduit en 7 langues et recouvre l’une des politiques européennes parmi les plus grand public qu’il soit pourrait utilement être accessible dans davantage de langues.

20 Directions générales sont pleinement multilingues

Un peu plus de 60% des directions générales et services principaux de la Commission européenne font le choix du respect strict du multilinguisme avec 22 ou 23 langues, le chiffre exact des langues actuellement officielles dans l’Union :

  • Agriculture et Développement rural
  • Budget
  • Action climatique
  • Concurrence
  • Affaires économiques et financières
  • Emploi, Affaires sociales et Inclusion
  • Élargissement
  • Entreprises et Industries
  • Environnement
  • Développement et coopération
  • Informatique
  • Interprétation
  • Justice
  • Affaires maritimes et Pêche
  • Politique régionale
  • Recherche et Innovation
  • Office des publications

Ainsi, quelques-unes des politiques exclusives parmi les plus importantes de l’Union (politique commerciale commune, union douanière, marché intérieur) ne sont accessibles que dans quelques langues de l’UE.

Facebook, Twitter, Youtube : quelles sont les communautés de la Commission européenne dans le web social ?

Après une description de la présence des Commissaires européens sur Facebook et sur Twitter, qu’en est-il de la présence des directions générales de la Commission européenne (l’équivalent des ministères en France) sur Facebook, Twitter et Youtube ?

Facebook : les services touchant émotionnellement les citoyens sont les plus « aimés »

Trois DG dépassent les 10 000 Fans sur Facebook, sur un total de 12 pages Facebook pour 32 directions générales :

Avec la page « I Fight Poverty » (Développement et coopération) et ses 6 811 fans, les pages les plus suivies de la Commission européenne sur Facebook indiquent que les citoyens sont intéressés par des sujets chargés d’émotion et d’empathie : enjeux sociaux ou humanitaires.

Par ailleurs, la page Facebook totalement multilingue « Interpreting for Europe » rassemble la communauté des traducteurs-interprètes de la Commission européenne et au-delà.

Twitter : les services informant directement des professionnels sont les plus « followés »

Deux DG dépassent les 5 000 Followers sur Twitter, sur un total de 15 comptes Twitter pour 32 directions générales :

  • EU_EEAS (Service européen de l’action extérieure) ave cplus de 10 000 Followers ;
  • ECFIN (Affaires économiques et financières).

Avec les comptes DigitalAgendaEU (4 327 Followers) et EU_enterprise (3 789 Followers), les comptes les plus suivis diffusent des informations intéressant des professionnels des affaires européennes.

Youtube : une activité inégale de 1 000 vues par vidéos à quasiment 100 000

Seules 4 chaînes Youtube ont été créées par des Directions générales de la Commission européenne pour le meilleur et pour le pire :

Quelles sont les Directions Générales les mieux engagées dans le web social ?

Avec plus de 25 000 Fans sur Facebook et près de 5 000 Followers su Twitter, la Direction générale « Emploi, affaires sociales et inclusion » s’est créée une marque forte « Social Europe ». Les enjeux sociaux d’action pour l’emploi et contre l’exclusion sociale – quoique de second plan dans l’activité de la Commission européenne – intéressent manifestement les citoyens européens.

S’adressant au monde entier du fait de sa mission, le Service européen de l’action extérieure – le ministère des Affaires étrangères de l’UE en quelque sorte – se trouve également bien positionné dans le web social, notamment avec plus de 10 000 Followers sur Twitter.

Ainsi, au total, les Directions générales de la Commission européenne rassemblent plus de 80 000 Fans sur Facebook et deux fois moins, 40 000 Followers sur Twitter.

N.B. : Il est intéressant de noter qu’il s’agit exactement de l’inverse pour ce qui concerne la présence des Commissaires beaucoup plus suivis sur Twitter avec plus de 85 000 Followers et seulement 40 000 Fans sur Facebook.

Présence des Commissaires européens sur Facebook : une plateforme de dialogue avec les citoyens européens ?

Tandis que plus de la moitié des membres de la Commission européenne est actuellement active sur Twitter, leur présence est également importante (40%) sur Facebook, le premier réseau social au monde.

Près de 40% des Commissaires européens – 11 sur 27 – sont présents sur Facebook

Avec 40 000 fans au total (données recueillies le 16 février 2012), les Commissaires européens sont plus de deux fois moins bien implantés sur Facebook par rapport aux plus de 85 000 Followers sur Twitter (données recueillies le 12 février 2012).

9 Commissaires européens présents sur Facebook le sont également sur Twitter, ce qui représente une écrasante majorité des 11 responsables politiques européens inscrits sur Facebook. Néanmoins, pour la plupart, leur présence sur Facebook préexiste celle sur Twitter – seuls quelques Commissaires étaient actifs sur la plateforme de micro-blogging il y a seulement 2 ans. Par ailleurs, le doublonnement de fans entre Commissaires est beaucoup plus réduit que le doublonnement de Followers sur Twitter.

Une présence multilingue et orientée vers le dialogue avec les citoyens européens

Titulaire d’un portefeuille doté en capital sympathie, Kristalina Georgieva, la Commissaire bulgare à la Coopération internationale, l’aide humanitaire et la réponse aux crises est la plus active sur Facebook avec une fan page rassemblant 15 507 fans, soit 38% du total des fans des membres de la Commission. Les publications très régulières (parfois plusieurs par jour), en bulgare ou en anglais et très variées (une large place est donnée aux photos) soulèvent des interactions relativement importantes dès que des photos issues des missions humanitaires ou de gestion de crises sont publiées.

Personnalités politiques, inscrites dans le « paysage national », Michel Barnier pour la France (député français de 1978 à 1993) et Maria Damanáki (députée grecque de 1977 à 1993) disposent d’une communauté de fans relativement importante. Les publications sont exclusivement dans leur langue nationale. Maria Damanáki est la seule à posséder un profil « plein » avec 5 000 fans et une page de 2 195 fans, les 2 étant mi à jour en parallèle.

Commissaires parmi les plus jeunes : Dacian Cioloş (42 ans), Cecilia Malmström (43 ans), Maroš Šefčovič (45 ans), Algirdas Šemeta (49 ans) et Connie Hedegaard (52 ans) et Janez Potočnik (54 ans) sont actifs avec des publications le plus souvent dans leur langue nationale et parfois en anglais.

Enfin, Neelie Kroes, la Vice-Présidente de la Commissaire responsable de l’agenda numérique est immanquablement présente avec près de 4 500 fans.

Ainsi la présence des Commissaires européens sur Facebook – par le choix plus systématique de leur langue nationale et des publications plus portées sur leur activité quotidienne – se classe dans la catégorie des outils de communication personnelle destinée aux citoyens.

Quelle est l’influence de l’UE dans votre vie quotidienne ?

La campagne de communication que lance la présidence danoise du Conseil de l’UE : « Instantanés de votre vie dans l’UE » se révèle intéressante tant par sa conception à front renversé que dans sa réalisation vraiment pluri-média…

Une conception à front renversé : le public, principal acteur de la campagne

Plutôt qu’une énième campagne de communication top-down avec des messages conçus par l’émetteur qui se projette dans la tête des citoyens européens pour extrapoler leurs opinions en vue de déterminer des messages destinés à un public passif, la démarche danoise propose un renversement d’expression.

Ce n’est plus le commanditaire de la campagne de communication qui s’exprime à destination d’un public en position de récepteur, c’est le public qui est invité à s’exprimer au travers d’instantanés illustrant l’influence de l’UE dans leur vie quotidienne.

Par ailleurs, la sollicitation du public – pour ne pas sombrer dans une cacophonie argumentative et linguistique à l’échelle de l’UE – se concentre sur un média universel, la photographie. Et le concours pour que le public choisisse la meilleure photo se compose de catégories (photo la plus artistique/créative/amusante…) totalement éloignées des controverses européennes traditionnelles.

Gageons qu’une telle conception devrait permettre de nouvelles formes d’expression extrêmement signifiantes, quoique non verbalisées. Les premières photos dans la galerie – qui aurait pu disposer d’un moteur de recherche basé sur des tags associés par les auteurs des photos – sont plutôt réussies.

Une réalisation vraiment pluri-média : le numérique, au cœur du dispositif

Lancé au Danemark à l’occasion de rencontres dans des lycées de Copenhague et de Aarhus, où un millier de jeunes ont débattu de diverses problématiques ayant l’UE en toile de fond, le concours photo est accessible en ligne sur un mini site dédié (snapshots.eu2012.dk), une page Facebook et des applications pour smartphones (iOS et Android) qui permettent à la fois de trouver des aides à l’inspiration et de participer à la compétition.

Pour assurer la promotion, une campagne de communication utilisant différents supports, tels que des publicités dans des magazines pour la jeunesse et des cartes postales distribuées dans les cafés, les cinémas, les bibliothèques, les ONG… est menée au Danemark.

Le lauréat dans chaque catégorie recevra une tablette numérique tactile et les différentes contributions seront exposées, sous la forme d’une grande mosaïque, dans les établissements scolaires et les bibliothèques du Danemark.

Avec « Instantanés de votre vie dans l’UE », le Danemark propose une campagne originale au regard de ce qui se pratique en matière de communication européenne pour sensibiliser les jeunes à la construction européenne.

Qu’est-ce qui s’annonce intéressant dans le séminaire « The Next Web and its Impact on Government Communication » ?

Dans le cadre des séminaires organisés de temps en temps par le Club de Venise, ce groupe de coopération interinstitutionnelle informelle en matière de communication européenne, « The Next Web and its Impact on Government Communication » aborde, le jeudi 16 février prochain au Conseil de l’UE, la communication gouvernementale et comment elle est affectée par le paysage numérique, en utilisant des exemples concrets et des études de cas. Qu’est-ce qui s’annonce intéressant ?

Sessions du matin : tendances numériques et impacts sur la communication publique

Au cours de la matinée, le discours d’ouverture de Reijo Kemppinen, le directeur général presse, communication et transparence au Secrétariat du Conseil sera à écouter avec attention tant en raison de son parcours personnel (ancien journaliste, ancien porte-parole de Romano Prodi, président de la Commission européenne) que de ses dernières interventions (discours de clôture à EuropCom et interview à Euractiv).

Par ailleurs, les débats modérés par le journaliste Damien Van Achter : « Développeur éditorial chez OWNI » devraient être instructifs pour ce qui concerne la communication européenne, avec notamment :

  • Zvonimir Frka-Petešić, le directeur de la campagne de communication de l’UE sur le référendum européen en Croatie ;
  • Karolina Wozniak, la coordinatrice media sociaux au Parlement européen qui prévoit une présentation sur les usages des médias sociaux lors des futures élections européennes en 2014.

Sessions de l’après-midi : comportements et attentes des e-citoyens et services publics en ligne

Les tables rondes prévues dans le programme l’après-midi se concentreront sur les services publics numériques :

  • gouvernement et réseaux sociaux : comment le web social favorise une culture interne de la collaboration et le partage d’information ;
  • service public de l’avenir : comment mieux interagir et servir les citoyens ? applications mobiles et tactiles, open-data, géolocalisation…

« The Next Web and its Impact on Government Communication » s’annonce comme un événement –piloté par Aurélie Valtat, responsable de la communication web au Conseil de l’UE – à ne pas manquer.