Année européenne du vieillissement actif : comment la communication caricature les seniors ?

Pour la 2e fois – ce qui est inédit depuis la création des Années européennes en 1983 – les « seniors » font l’objet d’une attention particulière : après l’Année européenne des personnes âgées et de la solidarité entre les générations en 1993, place à l’Année européenne du vieillissement actif et de la solidarité intergénérationnelle en 2012 (cf. timeline des Années européennes). L’enjeu de la place et du rôle des plus de 65 ans dans la société et l’économie est effectivement important en Europe. Dommage qu’il soit gâché par une communication caricaturale…

Qu’est-ce qu’un senior ? Comment le représenter ?

Selon l’Eurobaromètre spécial 378 « Vieillissement actif » publié en janvier 2012, les définitions entre « jeune » et « vieux » diffèrent selon les pays. En moyenne, les Européens croient que les gens commencent à êtres considérés comme vieux juste avant 64 ans et ne sont plus considérés comme jeune dès l’âge de 42 ans.

La question de la représentation de la population des plus de 65 ans est un défi pour toute communication qui veut aider à ne plus percevoir les personnes âgées comme un fardeau pour la société et qui met en valeur les potentiels et les opportunités plutôt que les limites et les obstacles.

« Il n’est jamais trop tard pour… » : la communication caricaturale de la Commission européenne

Les outils promotionnels de la campagne de communication officielle de l’Année européenne du vieillissement actif interpellent tant leur volonté de changer les perceptions que par leur respect du politiquement correct. Certains visuels caricaturent des seniors en pleine régression infantile :

Par ailleurs, le site officiel de l’Année européenne 2012 est particulièrement pauvre en contenus. Alors que l’intention de « mettre l’accent sur les exemples de personnes âgées qui aident les jeunes et renforcent les liens entre générations » figure dans la brochure institutionnelle, aucun des « récits intergénérationnels où puiser l’inspiration » n’est visible en ligne.

site_annee_europeenne_vieilllissement_actif

Au total, la question de l’efficacité des Années européennes en tant que campagne de sensibilisation est de nouveau posée en 2012.

Une information européenne grand public est-elle possible ?

Lors d’une intervention devant des étudiants, le Secrétaire de la section française de l’Association des Journalistes Européens, Fabrice Pozzoli-Montenay critique l’information « à la française » sur l’Europe. Entre un « journalisme institutionnel, qui se caractérise par une couverture technicienne, proche de l’expertise de l’UE » selon Olivier Baisnée et « l’euro-indifférence globale des médias français » selon Eddy Fougier, y a-t-il une place pour une information européenne grand public ?

Pour une minorité de citoyens : couvertures technicienne ou politique des correspondants de presse à Bruxelles et des médias spécialisés

L’information européenne « de qualité » existe lorsqu’elle est produite par les correspondants (pour l’essentiel de la presse écrite traditionnelle) à Bruxelles. De même, des médias européens en ligne spécialisés produisent une information européenne exhaustive.

Le problème ? Cette information est accessible seulement à une minorité de citoyens : les lecteurs de la presse quotidienne ou hebdomadaire nationale, voire les internautes surfant sur les sites d’information spécialisée. Bref, seuls ceux disposant des ressources nécessaires pour décrypter l’actualité des institutions européennes peuvent accéder à la compréhension des enjeux et des décisions de l’UE.

Et encore. Parmi les correspondants de presse, la couverture technicienne ne permet pas de vraiment saisir la profondeur de l’information européenne. Selon l’analyse d’Olivier Baisnée dans « Le corps de presse accrédité auprès de l’UE » in «  En quête d’Europe : Médias européens et médiatisation de l’Europe » :

Le journalisme d’institution renvoie en fait à des habitudes professionnelles qui s’apparentent à celles de « greffiers » rendant compte quotidiennement des activités européennes, sans fournir d’interprétation de type politique. Leur couverture technique de l’UE ne met ainsi jamais en évidence la nature proprement politique des événements, les luttes et les intérêts en présences. … Ces journalistes reprennent assez largement le discours que les institutions tiennent sur elles-mêmes.

Néanmoins, une nouvelle forme de journalisme d’investigation, largement plus critique, « tend à analyser les événements européens d’une façon plus proche du journalisme politique, expliquant et décrivant les luttes et les conflits internes aux institutions », selon Oliver Baisnée. Ces journalistes, le plus souvent freelance ou rattachés à des médias spécialisés sur les questions européennes offrent une information européenne faiblement accessible au grand public.

Au total, le journalisme européen – plutôt pro-européen lorsque la couverture est technicienne ou plus critique lorsque l’approche est davantage politique – est réservé à une minorité de citoyens.

Pour une majorité de citoyens : euro-indifférence globale des médias français

Pour tous ceux qui ne sont ni lecteur régulier de la presse nationale ni visiteur fréquent d’un portail d’information sur l’Europe, l’information européenne est alors très limitée. Quoiqu’il n’existe pas d’euroscepticisme systématique dans les grands médias français, « ils n’en contribuent pas moins à susciter une certaine forme d’euroscepticisme ou, au moins, d’indifférence vis-à-vis de l’actualité européenne » selon Eddy Fougier dans « Traitement médiatique et euroscepticisme en France ».

L’indifférence vis-à-vis de l’actualité européenne est tout particulièrement vraie pour la télévision. Ce désintérêt global des médias français pour l’actualité européenne s’expliquerait par le caractère très institutionnel de l’actualité européenne, le manque de personnalisation de cette actualité et sans doute par son manque de politisation.

Pour autant, les vraies causes de la faible couverture de l’information européenne à la télévision sont davantage à rechercher dans les raisons suivantes :

  • les journalistes ont appris que cette actualité est réputée complexe, technique, réservée à des spécialistes. Elle exigerait par conséquent une place importante pour l’explication, ce qui n’est pas possible à l’antenne ;
  • les chefs de rédaction ne savent pas comment traiter cette information européenne si transversale et de toute façon la logique de rationalisation des coûts limitent le recours à des correspondants permanents ;
  • les auditeurs/téléspectateurs tendraient à privilégier les informations de proximité et se désintéresseraient de l’actualité institutionnelle et internationale et de toute façon la quête d’audience dissuade toute incartade.

Plutôt que de chercher la pédagogie et l’explication avec une information européenne grand public, les médias audiovisuels tendent à véhiculer le message que l’actualité européenne est certes importante, mais rébarbative et éloignée des préoccupations quotidiennes.

Ainsi, il ne semble pas qu’il y ait de place dans les médias pour une information européenne grand public : l’activité des spécialistes de l’actualité de l’UE est accessible à une minorité instruite et motivée et les médias de masse démissionnent devant les exigences liés aux sujets européens.

Génération Erasmus : comment fêter les 25 ans du programme de mobilité des étudiants ?

Depuis 25 ans, près de 3 millions d’étudiants ont pu, grâce au programme Erasmus, faire une partie de leurs études ou effectuer un stage à l’étranger. En 1987, seuls 3 244 jeunes avaient pris part dans l’un des 11 pays participants. Au cours de l’année universitaire 2011-2012, plus de 250 000 étudiants seront « Erasmus » dans 33 pays européens. L’UE alloue environ 3 milliards d’euros à Erasmus pour la période 2007-2013.

La campagne de l’UE : « Erasmus change les vies et ouvre les esprits depuis un quart de siècle »

Des « ambassadeurs Erasmus » des 33 pays participant au programme (chaque pays est représenté par un étudiant et un membre du corps éducatif choisis pour l’influence qu’Erasmus a exercée sur leur vie professionnelle et privée) ont pour rôle de présenter un manifeste sur leur vision de l’évolution du programme.

Quel bilan valoriser à l’occasion du 25e anniversaire ?

José Manuel Barroso, le Président de la Commission européenne insiste en période de chômage de masse des jeunes sur les perspectives d’emploi :

Les retombées d’Erasmus sont extraordinaires, non seulement pour les étudiants, mais pour l’économie européenne tout entière (…) apporte aussi aux jeunes l’assurance et les aptitudes requises pour travailler dans un autre pays, là où ils trouveront peut-être l’emploi qui leur convient, échappant ainsi au piège du déséquilibre géographique., selon le communiqué.

Le verre à moitié plein sous l’angle de l’image : « Erasmus est l’une des grandes réussites de l’Union, celui de nos programmes qui est le plus connu et le plus populaire », selon Androulla Vassiliou, Commissaire à l’éducation, à la culture, au multilinguisme et à la jeunesse.

Le verre à moitié vide sous l’angle des chiffres : Certes, les étudiants européens sont parmi les plus mobiles au monde (22%) et 90 % des universités européennes participent à Erasmus. Mais, cette mobilité rapportée aux effectifs étudiants demeure limitée (2,2%).

Quelle communication sur le programme Erasmus aujourd’hui ?

Relative dispersion de l’information sur la mobilité des jeunes en Europe car la communication est liée aux programmes (Comenius, Leonardo da Vinci, Erasmus).
En France, cette situation est limitée car seule l’agence Europe Education Formation France (2e2f) gère les fonds européens pour permettre aux Français de partir étudier à l’étranger.

Quels sont les freins à la relative désaffectation de la mobilité ?

  • Obstacles économiques et sociaux : montant trop faible des bourses (254 euros par mois en moyenne) entraînant un effet d’éviction pour les publics les moins favorisés ;
  • Éparpillement des soutiens publics et complexité du rôle de chaque acteur : UE, Etat, collectivités locales.

Le plan de communication « Génération Erasmus »  pour la France

Dans la programmation nationale, un plan de communication « Génération Erasmus » est prévu en France :

  • Lancement officiel de l’année Erasmus au plan national, en janvier, à partir de l’agence 2e2f située à Bordeaux, sous l’impulsion du ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche.
  • Promotion en mars, dans toute la France, diffusion du kit « Génération Erasmus » et du « Passeport Erasmus » destiné aux 1 060 établissements chartés Erasmus et aux autres, pour les inciter à développer le programme.
  • Evènementiel Arts-Culture : partenariat avec le festival européen Europavox les 25, 26 et 27 mai à Clermont-Ferrrand et réalisation d’une compilation d’artistes actuels (25 titres, 25 ans).
  • Evènementiel Scientifique : Rencontres Universités-Entreprises initiées par l’AEF, les 15 et 16 mars  à Paris – Palais des Congrès et Conférence des Présidents d’Université et Direction des relations européennes internationales et de la coopération en juin.
  • Production Intellectuelles – Publications : lancement d’une revue scientifique internationale en  sciences sociales et revue « L’ENA hors les murs » spéciale Erasmus.
  • Opération de notoriété – marque Erasmus : sortie d’un timbre de la Poste « Génération Erasmus 25 ans » lors de la Journée de l’Europe le 9 mai.
  • Partenariats médias : réalisation d’une journée spéciale Erasmus sur le réseau Radio-France lors de la rentrée universitaire : reportages, interviews, mise en valeur de l’esprit « Génération Erasmus » et partenariat privilégié avec l’émission « Allo La Planète » d’Eric Lange sur le  Mouv’ et de TV5 Monde (en négociation).
  • Internet : création d’une page facebook dédiée « Génération Erasmus » et lancement d’un site internet grand public en juin : erasmuspourtous.fr.

Rappelons que la Commission européenne propose que les sept programmes pour l’éducation, la formation, la jeunesse et le sport fusionnent au sein d’un nouveau programme « Erasmus pour tous » actuellement soumis à l’examen des États membres et du Parlement européen.

Quelle pratique du multilinguisme pour les services de la Commission européenne sur Internet ?

Énorme surprise, l’enquête sur le multilinguisme des services de la Commission européenne sur Internet révèle que les sites de la direction générale Traduction sont au mieux accessibles en 6 langues. Plus généralement, près des deux tiers des « DG » sont totalement multilingues en 22 ou 23 langues tandis que 4 DG ne sont lisibles en ligne qu’en anglais…

Les 31 principales directions générales de la Commission européenne disposent principalement de 44 portails pour présenter leurs administrations et leurs politiques :

  • 12 DG se présentent avec 2 ou 3 portails pour distinguer entre le site de l’administration et le site « grand public » ;
  • 19 DG – ce qui devrait être la norme pour plus de simplicité – se contentent d’un seul site.

À peine la moitié de tous ces sites sont vraiment multilingues dans toutes les langues officielles ou quasiment de l’Union.

4 Directions générales sont monolingues en anglais

Parmi les 31 directions générales et services principaux de la Commission européenne, 4 ne sont en ligne que dans une seule langue : l’anglais :

  • Énergie
  • Affaires intérieures
  • Transports et mobilité
  • Commerce

Pour la politique commerciale commune – compétence exclusive de l’UE – il est particulièrement problématique que les informations accessibles ne soient pas lisibles par une très grande majorité des citoyens européens.

6 Directions générales sont trilingues en anglais, allemand et français

20% des directions générales font le choix d’un accès restreint aux langues de travail « officielles » de la Commission européenne, à savoir, l’anglais, l’allemand et le français :

  • Communication
  • Éducation et Culture
  • Service européen de l’action extérieure
  • Aide humanitaire et Protection civile
  • Marché intérieur et Services
  • Fiscalité et Union douanière

Là encore, des politiques de la compétence exclusive de l’UE telles que l’union douanière ou le marché intérieur ne sont pas lisibles pour une grande majorité des citoyens européens.

4 Directions générales font le choix d’un multilinguisme partiel à 6, 7 ou 11 langues

Environ 10 % des directions générales se présentent avec un multilinguisme plus ou moins dégradé avec 6, 7 ou 11 langues :

  • Santé et Consommateurs
  • Ressources humaines et sécurité
  • Société de l’information et médias
  • Traduction

De nouveau, la DG SANCO (Santé et Consommateurs) qui dispose actuellement d’un site traduit en 7 langues et recouvre l’une des politiques européennes parmi les plus grand public qu’il soit pourrait utilement être accessible dans davantage de langues.

20 Directions générales sont pleinement multilingues

Un peu plus de 60% des directions générales et services principaux de la Commission européenne font le choix du respect strict du multilinguisme avec 22 ou 23 langues, le chiffre exact des langues actuellement officielles dans l’Union :

  • Agriculture et Développement rural
  • Budget
  • Action climatique
  • Concurrence
  • Affaires économiques et financières
  • Emploi, Affaires sociales et Inclusion
  • Élargissement
  • Entreprises et Industries
  • Environnement
  • Développement et coopération
  • Informatique
  • Interprétation
  • Justice
  • Affaires maritimes et Pêche
  • Politique régionale
  • Recherche et Innovation
  • Office des publications

Ainsi, quelques-unes des politiques exclusives parmi les plus importantes de l’Union (politique commerciale commune, union douanière, marché intérieur) ne sont accessibles que dans quelques langues de l’UE.

Facebook, Twitter, Youtube : quelles sont les communautés de la Commission européenne dans le web social ?

Après une description de la présence des Commissaires européens sur Facebook et sur Twitter, qu’en est-il de la présence des directions générales de la Commission européenne (l’équivalent des ministères en France) sur Facebook, Twitter et Youtube ?

Facebook : les services touchant émotionnellement les citoyens sont les plus « aimés »

Trois DG dépassent les 10 000 Fans sur Facebook, sur un total de 12 pages Facebook pour 32 directions générales :

Avec la page « I Fight Poverty » (Développement et coopération) et ses 6 811 fans, les pages les plus suivies de la Commission européenne sur Facebook indiquent que les citoyens sont intéressés par des sujets chargés d’émotion et d’empathie : enjeux sociaux ou humanitaires.

Par ailleurs, la page Facebook totalement multilingue « Interpreting for Europe » rassemble la communauté des traducteurs-interprètes de la Commission européenne et au-delà.

Twitter : les services informant directement des professionnels sont les plus « followés »

Deux DG dépassent les 5 000 Followers sur Twitter, sur un total de 15 comptes Twitter pour 32 directions générales :

  • EU_EEAS (Service européen de l’action extérieure) ave cplus de 10 000 Followers ;
  • ECFIN (Affaires économiques et financières).

Avec les comptes DigitalAgendaEU (4 327 Followers) et EU_enterprise (3 789 Followers), les comptes les plus suivis diffusent des informations intéressant des professionnels des affaires européennes.

Youtube : une activité inégale de 1 000 vues par vidéos à quasiment 100 000

Seules 4 chaînes Youtube ont été créées par des Directions générales de la Commission européenne pour le meilleur et pour le pire :

Quelles sont les Directions Générales les mieux engagées dans le web social ?

Avec plus de 25 000 Fans sur Facebook et près de 5 000 Followers su Twitter, la Direction générale « Emploi, affaires sociales et inclusion » s’est créée une marque forte « Social Europe ». Les enjeux sociaux d’action pour l’emploi et contre l’exclusion sociale – quoique de second plan dans l’activité de la Commission européenne – intéressent manifestement les citoyens européens.

S’adressant au monde entier du fait de sa mission, le Service européen de l’action extérieure – le ministère des Affaires étrangères de l’UE en quelque sorte – se trouve également bien positionné dans le web social, notamment avec plus de 10 000 Followers sur Twitter.

Ainsi, au total, les Directions générales de la Commission européenne rassemblent plus de 80 000 Fans sur Facebook et deux fois moins, 40 000 Followers sur Twitter.

N.B. : Il est intéressant de noter qu’il s’agit exactement de l’inverse pour ce qui concerne la présence des Commissaires beaucoup plus suivis sur Twitter avec plus de 85 000 Followers et seulement 40 000 Fans sur Facebook.