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De la confiance perdue à la souveraineté narrative : la nouvelle doctrine de communication européenne face à l’Amérique de Trump 2.0

L’élection présidentielle américaine de 2024 et l’avènement de l’administration « Trump 2.0 » ne constituent pas une simple crise transatlantique de plus. C’est un moment de vérité, une clarification brutale qui force l’Europe à abandonner les dernières illusions d’un ordre ancien. Le rapport publié par l’Institut d’Études de Sécurité de l’UE en octobre 2025, « Low Trust: Navigating transatlantic relations under Trump 2.0 » (Chaillot Paper 187), n’est pas seulement un diagnostic ; c’est l’acte de décès d’une confiance que l’on croyait acquise et le certificat de naissance d’une nouvelle ère. Cet événement impose une mue radicale de nos récits, de nos postures et de nos outils.

L’ère de la communication transatlantique fondée sur la nostalgie, l’héritage commun et une affection historique présumée est révolue. Tenter de la ranimer serait non seulement vain, mais stratégiquement suicidaire. Nous devons désormais adopter une grammaire de la maturité géopolitique. Il ne s’agit plus de gérer la « faible confiance », mais de construire et de projeter une doctrine de la « confiance lucide » : une confiance conditionnelle, pragmatique et ancrée dans nos intérêts et notre puissance.

Le diagnostic d’une confiance brisée

Pour construire le futur, il faut regarder le présent sans fard. Le rapport de l’EUISS met en lumière un triptyque toxique qui a systématiquement pulvérisé les fondations de la relation transatlantique, et par extension, nos cadres narratifs traditionnels.

  1. L’incertitude radicale comme arme politique. L’administration Trump 2.0 n’est pas simplement imprévisible ; elle a weaponisé l’incertitude. Le rapport documente la chronologie des chocs de 2025 : la menace sur le Groenland, les volte-face sur les tarifs douaniers contre l’UE (passant de menaces à 50 % à un accord à 15 % en quelques semaines), le double jeu sur le soutien à l’Ukraine (coupure de l’aide puis revirement partiel). Pour un communicant, c’est le pire des scénarios : l’absence de terrain stable sur lequel bâtir un message. Toute communication européenne basée sur une promesse ou un accord avec Washington est devenue un château de cartes, susceptible d’être balayé par un tweet présidentiel ou une déclaration impromptue.
  2. L’hostilité idéologique comme projet. Plus grave que l’incertitude, il y a l’hostilité. Le rapport est clair : il ne s’agit plus de simples différends commerciaux. Des éléments de l’administration américaine perçoivent désormais l’Union européenne non comme un allié, mais comme un adversaire idéologique, une « entité globaliste » visant à « arnaquer » l’Amérique. La déclaration du vice-président Vance à la conférence de Munich, qualifiant les efforts européens contre la désinformation de menace plus grande que la Russie, ou la directive du Département d’État accusant l’Europe d’une « campagne agressive contre la civilisation occidentale » ne sont pas des dérapages. Ce sont des actes narratifs délibérés. Face à cela, notre habituel narratif des « valeurs partagées » sonne creux et naïf.
  3. La loyauté personnelle comme processus politique. La troisième fracture est institutionnelle. Le rapport décrit une purge au sein de l’appareil sécuritaire et diplomatique américain, où la compétence est subordonnée à la loyauté personnelle envers le président. Les canaux traditionnels de la diplomatie, où des experts échangeaient avec leurs homologues, sont court-circuités. Les décisions se prennent dans un cercle restreint, rendant l’influence européenne par les voies classiques quasi impossible. Cela signifie que nos messages, si bien conçus soient-ils, n’atteignent plus les bons interlocuteurs ou sont filtrés par un prisme de pure loyauté politique.

Notre communication a trop longtemps péché par un optimisme de réflexe. Nous avons continué à parler le langage de l’amitié à un partenaire qui ne comprenait plus que le rapport de force. Nous avons sur-réagi à chaque provocation, laissant Washington dicter le tempo et l’agenda de notre propre conversation publique. Il est temps de changer de paradigme.

La doctrine de la « confiance lucide »

L’Europe n’est pas seule dans cette tempête. C’est l’un des enseignements capitaux du rapport. Du Canada au Japon, de la Corée du Sud au Mexique, les alliés traditionnels des États-Unis subissent les mêmes chocs et partagent le même sentiment de trahison. Cette universalisation de la méfiance n’est pas une source de désespoir, mais une opportunité stratégique majeure. Elle crée un appel d’air pour un pôle de stabilité alternatif.

C’est ici que se forge la doctrine de la « confiance lucide ». Elle repose sur trois axiomes :

  1. La dissociation de l’Occident et de l’Amérique. Le concept de « l’Occident » comme bloc monolithique et solidaire sous leadership américain est mort. L’Europe doit cesser de se définir par rapport à Washington. Elle est un pôle civilisationnel et géopolitique à part entière. Notre communication doit acter cette autonomie.
  2. La confiance est une conséquence, pas un prérequis. La confiance ne se décrète plus, elle ne s’hérite pas. Elle est le résultat d’intérêts alignés, de bénéfices mutuels et d’un équilibre des puissances. Elle est révocable. Cela signifie que nous ferons confiance à Washington sur un dossier précis (ex: contenir l’expansionnisme chinois sur certains points) tout en le combattant sur un autre (ex: la régulation du numérique). C’est le passage d’une alliance de cœur à une alliance de raison.
  3. L’interlocuteur n’est plus un, mais multiple. L’Amérique n’est pas la Maison Blanche. C’est un archipel complexe de pouvoirs : le Congrès, les États fédérés, les géants de la tech, la société civile, les groupes de réflexion. Notre stratégie de communication ne peut plus être unidirectionnelle. Elle doit être maillée, segmentée et s’adresser à cet écosystème dans sa diversité, en cherchant des alliés de circonstance.

Cette doctrine de la confiance lucide n’est pas une posture de repli, mais une stratégie d’engagement mature. Elle nous libère de la servitude psychologique d’attendre la validation américaine et nous autorise à déployer notre propre agenda narratif.

Les piliers de la souveraineté narrative européenne

Concrètement, comment traduire cette doctrine en actions de communication ? En suivant cinq principes directeurs, cinq piliers pour une communication de puissance adulte.

Le pilier du PRAGMATISME : la fin du romantisme transatlantique

L’administration Trump 2.0 est transactionnelle. Notre communication doit l’être aussi. Il faut accepter des accords imparfaits pour protéger nos intérêts vitaux, sans chercher la symétrie parfaite ou une victoire morale qui n’adviendra pas.

  • Du « lyrisme » au « deal » : Arrêtons de communiquer sur les « valeurs partagées » quand elles ne sont plus le moteur. Nos messages externes, à destination de Washington, doivent devenir utilitaires. L’accord commercial asymétrique de l’été 2025, bien qu’imparfait, a permis d’éviter une guerre commerciale totale. Le narratif ne doit pas être « nous célébrons notre amitié », mais « nous avons sécurisé 3,4 millions d’emplois américains liés à l’UE et protégé nos industries stratégiques ». C’est un langage chiffré, business-oriented, dépouillé d’affect.
  • Le narratif du « client incontournable » : L’Europe n’est pas un protégé qui quémande sa sécurité. C’est le premier marché de destination pour les exportations américaines et un client vital pour son industrie de défense et de technologie. Chaque communiqué, chaque prise de parole, doit le marteler. Nous ne demandons pas, nous achetons. Nous ne quémandons pas, nous investissons. Ce changement de posture est fondamental.

Le pilier de la PERSÉVÉRANCE : la résilience face au chaos médiatique

Face à une administration qui carbure aux cycles médiatiques, à l’impulsivité et aux revirements, la pire erreur serait de sur-réagir. L’Europe doit incarner la force tranquille, la stabilité institutionnelle.

  • La discipline du silence : Créons un « cordon sanitaire communicationnel ». Ne pas commenter chaque tweet, chaque provocation. Laisser le bruit mourir de lui-même. Une absence de réaction est parfois la plus puissante des réponses, car elle refuse à l’adversaire de dicter notre agenda.
  • L’ancrage dans le temps long : Tandis que Washington joue l’instantanéité, notre communication doit incarner la prévisibilité. Mettre en scène la régularité du processus législatif européen, la pérennité de nos engagements climatiques, la planification à long terme de nos investissements (Global Gateway). Nous sommes la force prévisible dans un monde chaotique.
  • L’engagement multi-niveaux : Contournons le blocage de la Maison Blanche. Développons des stratégies de communication dédiées au Congrès, aux gouverneurs, aux maires des grandes villes américaines, en soulignant les bénéfices locaux de la relation avec l’UE.

3. Le pilier de la PUISSANCE : le seul langage universellement compris

Pour être respectée, l’Europe doit construire, démontrer et utiliser son levier d’influence. La confiance ne se donne plus ; elle s’obtient par la capacité de soutenir ou de nuire. La puissance européenne n’est pas qu’économique, elle est aussi normative et réglementaire.

  • La performativité de la force : Communiquons sans complexe sur nos capacités autonomes. Le rapport évoque les efforts pour renforcer la défense européenne et réduire les dépendances technologiques. Chaque initiative, comme le Chips Act ou l’investissement dans les capacités de frappe à longue portée, doit faire l’objet d’une communication offensive. L’Europe ne doit plus s’excuser de sa puissance normative (« l’effet Bruxelles »), mais la présenter comme un atout de souveraineté et un argument de dissuasion économique.
  • La crédibilité par la transparence stratégique : L’Europe doit montrer qu’elle sait, qu’elle voit et qu’elle agit, sans attendre le feu vert américain. La lutte contre la désinformation, malgré les attaques américaines, en est un exemple. Nous devons communiquer nos analyses, nos attributions et nos contre-mesures de manière autonome pour asseoir notre crédibilité d’acteur sécuritaire à part entière.

Le pilier des PRINCIPES : notre étoile polaire dans la tempête

Être pragmatique ne signifie pas devenir cynique. Dans un monde où les valeurs démocratiques sont attaquées, y compris par notre allié historique, l’UE doit rester le gardien de son propre modèle.

  • La dissociation stratégique : Communiquons clairement que nos compromis tactiques avec les États-Unis sur le commerce ou la sécurité ne valent pas alignement idéologique. Le message est simple : « Nous coopérons pour la prospérité et la sécurité, mais notre modèle de société n’est pas négociable ».
  • La sanctuarisation interne : L’effort de communication doit se tourner massivement vers nos propres citoyens. Il faut réaffirmer sans cesse ce qui fait la singularité du projet européen : l’État de droit, la protection sociale, les libertés individuelles, la régulation pour le bien commun. C’est en renforçant la cohésion interne et la fierté de notre modèle que nous serons les plus résilients face aux pressions externes.

Le pilier du PARTENARIAT : l’Europe comme « partenaire de premier recours »

L’isolationnisme américain crée un vide immense. De l’Amérique Latine à l’Afrique, en passant par l’Asie et le Golfe, de nombreux pays cherchent une alternative crédible à un duopole sino-américain anxiogène. L’Europe doit s’engouffrer dans cette brèche.

  • Le narratif de l’offre alternative : Positionnons activement l’Europe comme le partenaire stable, fiable, prévisible et respectueux du droit, par opposition à l’imprévisibilité américaine et au piège de la dette chinois. Notre offre n’est pas seulement économique, elle est politique : un partenariat entre égaux.
  • Le marketing de l’offre : Il ne suffit pas d’aider, il faut le faire savoir. Le rapport montre que l’aide américaine, même en baisse, est encore massive. Nos propres initiatives, comme le Global Gateway, doivent être « vendues » avec une ambition et une agressivité marketing bien plus fortes. Chaque projet doit être une histoire, un témoignage de l’offre européenne : des infrastructures durables, un numérique centré sur l’humain, un partenariat pour le climat. L’Europe devient le hub de la stabilité et du développement durable mondial.

En définitive, l’application de ces piliers dessine une mutation profonde de notre posture de communication. Il s’agit de passer d’une communication de « junior partner » qui cherche à plaire, à une communication de « puissance adulte » qui cherche à peser.

Dans cet environnement de faible confiance, notre communication n’a plus pour but de séduire l’Amérique, mais de rassurer les Européens et de fédérer le reste du monde autour d’une troisième voie. C’est un défi historique, mais c’est surtout une opportunité unique pour l’Europe d’atteindre enfin sa maturité géopolitique.

C’est l’heure de la souveraineté narrative.

L’avenir de l’Europe, la démocratie fédérale et la justice distributive

Toutes les initiatives de démocratie participative, y compris la « Conférence sur l’avenir de l’Europe » n’ont pu ignorer le dilemme institutionnel fondamental du système politique de l’UE, à savoir le conflit entre l’interdépendance intense et le partage du pouvoir dans une unité politique multiniveau d’une part, et l’autonomie des gouvernements comme condition de la légitimité démocratique du pouvoir d’autre part.

Selon Arthur Benz, dans “Federal democracy, distributive justice and the future of Europe”, pour faire progresser la démocratie fédérale dans l’UE, il convient de privilégier des modes de gouvernance qui privilégie la justice distributive découlant des disparités territoriales en matière de ressources et de contraintes…

Quelles sont les conséquences politiques de la division du pouvoir européen ?

Concevoir l’UE comme une démocratie fédérale ne signifie pas plaider en faveur d’une intégration accrue vers un État fédéral, ni d’ailleurs affaiblir corrélativement les États membres. Qu’on suppose ou non l’existence d’un demos européen, l’Union européenne se compose d’États-nations pleinement développés dotés de gouvernements et de systèmes de protection sociale bien établis. Par conséquent, les pouvoirs de l’UE sont et seront encore davantage à l’avenir partagés dans une large mesure avec les États membres.

Les États membres restent les maîtres des traités et détiennent un pouvoir de contrebalancement fort contre la délégation de fonctions essentielles de l’État au niveau européen. Le mythe d’une Europe qui se ferait sur le dos des peuples, ainsi que du déficit démocratique de l’UE n’est pas d’actualité.

Cependant, les États-membres n’ont pas empêché la tendance auto-renforçante à la sur-constitutionalisation des politiques économiques et réglementaires. Du coup, une partie de la réalité perçue et subjectivement vécue donne l’impression que les modes de coordination contraignent une certaine idée de l’autonomie et de la démocratie.

Comment une gouvernance multiniveau véritablement fédérale est-elle la seule en mesure de vraiment préserver la démocratie ?

Promouvoir la démocratie dans une fédération européenne d’États-nations nécessite avant tout d’étendre une forme de coordination multiniveau qui préservent l’autonomie des gouvernements des États membres et permettent l’inclusion des parlements sans entraver la gouvernance multiniveau dans une Europe fédérale.

Pour réussir, cette répartition des pouvoirs nécessite de faire de la justice distributive une question résolue dans l’UE. Tandis que ces politiques distributives sont bien à l’ordre du jour européen, quoique toujours menacées lors des négociations budgétaires, ce qui manque cruellement, ce sont des procédures appropriées permettant des décisions légitimes.

Pourquoi la démocratie fédérale s’applique pour l’avenir de l’Europe ?

Aussi, lorsqu’il s’agit de discuter de l’avenir de l’UE, le concept de démocratie fédérale peut servir d’idée directrice. Au lieu de renforcer l’UE avec des politiques stratégiques ou de promouvoir une idéalisation vague de la démocratisation, une approche réaliste permet de faire face aux défis à relever. Le concept de démocratie fédérale souligne la nécessité d’équilibrer l’autonomie des gouvernements démocratiques et la coordination entre les niveaux et les juridictions, tout en attirant l’attention sur la nécessité des politiques de redistribution plus fortes dans un système fédéral.

Le concept de démocratie fédérale met en lumière les dynamiques inhérentes à la division des pouvoirs entre les niveaux et entre les exécutifs responsables de la coordination et les institutions ou procédures démocratiques légitimant le pouvoir politique. Ces dynamiques peuvent conduire à un renforcement auto-entretenu du pouvoir, ce qui n’est ni souhaitable, ni efficace et doivent donc être soumises à un contrôle.

Cependant, maintenir l’équilibre requiert de la souplesse : la division des pouvoirs doit être ajustée selon les politiques publiques poursuivies, la coordination multiniveau doit répondre aux conflits et aux relations de pouvoir changeants, et les politiques de redistribution doivent tenir compte des disparités changeantes de ressources ou de contraintes. Préserver cette souplesse est essentiel dans une fédération démocratique afin d’équilibrer l’autonomie des gouvernements et la gouvernance coordonnée.

Ainsi, le fédéralisme démocratique, en tant que réponse pour l’avenir de l’Europe, ne peut être qu’un processus légitime, d’autant plus avec une Union perçue comme une « fédération contestée » en cours de construction.

Panel de citoyens européens sur les mondes virtuels

Formule clé dans le prolongement du débat citoyen, les panels de citoyens organisés par la Commission européenne se poursuivre, le plus récent qui vise à développer des mondes virtuels européens justes et désirables, vient de livrer ses recommandations, tout un programme…

Les mondes virtuels dans le travail et les marchés du travail

Recommandation 1 : les marchés du travail dans les mondes virtuels européens

Destinée à ceux qui souhaitent accéder au marché du travail virtuel européen, les citoyens recommandent d’évaluer, d’adapter et d’harmoniser la législation pour le monde virtuel européen afin de réguler l’accès au marché de l’UE en fonction du respect des droits et protections du travail de l’UE afin de protéger les travailleurs européens et de préserver le marché unique du travail européen.

Recommandation 2 : création d’une formation harmonisée pour le travail dans les mondes virtuels

Pour l’égalité et l’inclusion pour tous les Européens, les citoyens recommandent la mise à disposition d’une formation et d’une mise à niveau des compétences sur les mondes virtuels, financée par l’Europe et harmonisée dans toute l’Union européenne faisant l’objet d’une certification et d’une reconnaissance mutuelle des qualifications afin que ceux dont les emplois sont rendus obsolètes par les mondes virtuels reçoivent un soutien et une requalification suffisants pour s’adapter à la nouvelle réalité.

Soutenir l’innovation et le développement des mondes virtuels

Recommandation 3 : examen régulier des lignes directrices européennes pertinentes existantes sur les mondes virtuels

Nous recommandons un examen et une mise à jour périodiques des lignes directrices existantes de l’UE concernant les normes éthiques et technologiques, ainsi que leur adaptation et leur application aux mondes virtuels, en tenant compte de la contribution des experts et de l’approbation du Parlement européen.

Recommandation 4 : soutien financier au développement des mondes virtuels

Nous recommandons la mise en place d’un cofinancement européen pour le développement d’une construction centrée sur l’expansion des mondes virtuels afin de définir les critères de prise en charge et de la mise à disposition du financement.

Public & privé : classement & enregistrement des mondes virtuels

Recommandation 5 : forums participatifs pour des développements et normes communs

Nous recommandons aux entreprises, aux chercheurs et à l’UE de travailler en étroite collaboration pour développer et réglementer les mondes virtuels conformément aux valeurs de l’UE, en impliquant un financement de l’UE pour les start-ups afin de développer des mondes virtuels conformément aux valeurs de l’UE, telles que la sûreté et la sécurité (des données), la santé, l’humanisme, la transparence, l’égalité d’accès et la liberté.

Recommandation 6 : certification entreprise et utilisateur pour les mondes virtuels

Nous recommandons de délivrer des certificats pour les mondes virtuels, basés sur des normes communes et différents selon le niveau d’utilisation des mondes virtuels et visés par un organisme indépendant garantissant le respect des valeurs de l’UE dans les mondes virtuels utilisés par les citoyens.

Données dans les mondes virtuels : utilisation et protection

Recommandation 7 : mécanisme convivial dans le métaverse pour accepter l’utilisation des données sélectionnées

Nous recommandons un mécanisme obligatoire, standardisé et convivial assurant la transparence des données (qui collecte les données, à quoi servent-elles, comment sont-elles stockées et avec qui sont-elles partagées), à travers lequel l’autorisation d’utilisation est donnée explicitement.

Agence centrale et police pour les mondes virtuels

Recommandation 8 : une police pour agir et protéger dans les mondes virtuels

Nous recommandons d’avoir une institution policière internationale, avec des agents spécialisés et formés, comme Europol afin de lutter contre les délits « classiques » comme ceux du monde réel, les comportements indésirables qui se sont multipliés dans les mondes virtuels (haine, harcèlement…) et la protection contre soi-même ; la prévention par l’éducation demeure la priorité.

Recommandation 9 : l’Intelligence Artificielle au service de la police dans les mondes virtuels

Nous recommandons d’utiliser l’intelligence artificielle dans le métaverse pour aider la police à prévenir, combattre les crimes et contrôler ce qui se passe dans les mondes virtuels ; la définition et l’application des principes éthiques de l’IA devraient être établies par un organisme public européen indépendant, tel qu’une cour constitutionnelle. Les principes éthiques définissant cette IA devraient être similaires à une constitution en démocratie. Cette constitution suivra des principes éthiques définis démocratiquement, et l’IA sera financée, détenue et gérée par l’État.

Apprentissage et éducation sur les mondes virtuels

Recommandation 10 : formation des enseignants aux mondes virtuels et outils numériques

Nous recommandons aux enseignants de l’UE de recevoir une formation sur l’utilisation pratique des outils numériques, les risques, la sécurité et l’éthique dans les mondes virtuels, et sur les nouvelles opportunités d’enseignement via les mondes virtuels, incluant les sujets comme éthique, sécurité en ligne, maîtrise des outils numériques et opportunités d’enseignement des mondes virtuels afin de réduire le fossé numérique.

Recommandation 11 : accès gratuit aux informations sur les outils numériques et les mondes virtuels

Nous recommandons que l’UE garantisse un accès gratuit et facile aux informations pertinentes sur les outils numériques et les mondes virtuels pour tous les citoyens, via notamment une plateforme dédiée aux mondes virtuels afin de souligner les avantages de ces nouvelles technologies.

Durabilité environnementale et climatique

Recommandation 12 : pour un monde virtuel circulaire : droits et responsabilité des citoyens et des industries

Nous recommandons de développer des actions de sensibilisation sur l’empreinte environnementale, et de veiller à ce que les équipements des mondes virtuels s’inscrivent dans l’économie circulaire : recyclables et réparables mais aussi englobant tout le cycle de vie du métaverse.

Recommandation 13 : un monde virtuel vert avec une énergie renouvelable et transparente

Nous recommandons de mettre en place un système de pénalités et de récompenses à imposer aux entreprises travaillant dans les mondes virtuels, afin d’internaliser le coût environnemental de leurs équipements. Les consommateurs doivent pouvoir aussi connaître l’empreinte environnementale de leur utilisation du monde virtuel et faire des choix éclairés avec un système de notation et de traçabilité.

Impact sur la santé et programme de recherche pour les mondes virtuels

Recommandation 14 : mondes virtuels, construisons ensemble un avenir sain de manière responsable

Nous recommandons de mettre en place un programme de recherche intensif sur l’impact des mondes virtuels sur notre santé dans différents domaines de la connaissance comme psychologie, neurologie, sciences cognitives, sociologie, etc.

Recommandation 15 : indicateurs pour des mondes virtuels sains, inclusifs, transparents et durables

Nous recommandons de mettre en place des indicateurs permettant de mesurer les impacts sociaux, environnementaux, mentaux et physiques de l’utilisation des mondes virtuels.

Partage d’informations et sensibilisation pour les mondes virtuels

Recommandation 16 : loi sur les mondes virtuels sur l’éducation et la sensibilisation

Nous recommandons sur la façon d’être un citoyen numérique – de bonnes règles sur la façon de se comporter dans les mondes virtuels ; les citoyens ont la responsabilité d’être actifs dans le débat et l’élaboration des lignes directrices et des politiques.

Recommandation 17 : mes données ne sont pas vos données – « les bonnes données entre les bonnes mains »

Nous recommandons des « termes et conditions » aux entreprises sur la manière dont elles garantissent la sécurité des données personnelles et la transparence pour les citoyens, de manière courte, claire et compréhensible (accessible à tous).

Identité numérique dans les mondes virtuels

Recommandation 18 : développement des infrastructures numériques

Nous recommandons d’assurer l’égalité d’accès aux technologies numériques, à travers la mise en œuvre d’un vaste plan de développement des infrastructures accessibles, abordables et finançables pour tous : pour créer un monde virtuel européen, le point de départ est d’assurer une connexion égale pour chaque citoyen européen.

Recommandation 19 : l’UE doit élaborer des réglementations sur l’identité numérique et sur le moment où autoriser et garantir le droit des citoyens à l’anonymat

Nous recommandons de créer une réglementation au niveau de l’UE sur le moment où vous devez montrer votre identité et quand vous pouvez être anonyme dans le monde numérique. L’anonymat est une question, qui doit être traduite dans une variété de situations grâce à une certaine flexibilité et adaptabilité, afin de préserver la liberté, la convivialité et la transparence.

Connectivité et accès pour les mondes virtuels

Recommandation 20 : accessibilité pour tous – personne n’est laissé pour compte

Nous recommandons que tous les citoyens de l’UE soient en mesure, techniquement et procéduralement, d’accéder et d’utiliser les possibilités du métaverse, conformément à leurs besoins, souhaits et intérêts ; façonné par une collaboration éclairée entre les autorités publiques, les entités privées et la société civile ; l’UE devant assumer la responsabilité de garantir l’égalité des chances pour tous les citoyens de l’UE dans le métaverse.

Recommandation 21 : cadres juridiques pour la transparence et la protection de chacun dans le métaverse – prioriser les groupes vulnérables

Nous recommandons des cadres juridiques clairs éclairés par des recherches en cours sur l’utilisation sûre et positive du métaverse, afin de garantir la protection des groupes vulnérables (enfants, personnes âgées, personnes privées de leurs droits) afin que les droits de toutes les personnes soient protégés.

Coopération internationale et normes

Recommandation 22 : labels/certificats de l’UE sur les applications des mondes virtuels

Nous recommandons d’introduire des labels/certifications facilement compréhensibles et accessibles pour les applications du monde virtuel, afin de garantir leur sécurité et leur fiabilité, facilement compréhensible (par exemple, smileys, lettres : A-B-C-D).

Recommandation 23 : l’UE en tant qu’acteur majeur/pionnier dans les mondes virtuels

Nous recommandons aux États membres de l’UE de s’unir pour devenir un acteur/pionnier commun fort dans le contrôle, la surveillance et la régulation des mondes virtuels, afin de maintenir nos valeurs démocratiques et de les diffuser en fixant le cadre des mondes virtuels sur la base de nos valeurs démocratiques ; il s’agit tant de créer des incitations pour soutenir et stimuler la durabilité et la croissance que de supprimer les obstacles à la participation aux mondes virtuels ou encore de créer des infrastructures suffisantes et fiables.

Prochaine étape : la Commission européenne devrait traduire ses recommandations dans de futures propositions de textes européens.

Cabinets de lobbying : principaux enseignements du registre de la transparence de l’UE

Obligatoire pour toute organisation réalisant des actions de lobbying auprès des institutions européennes et en particulier auprès du Parlement européen et de la Commission européenne, l’inscription au registre de la transparence de l’Union européenne référence 80 « professional consultancies » en 2021…

Origines géographiques : la France en tête des cabinets de lobbying

Avec 17 cabinets de lobbying référencés en France, le pays prend la tête loin devant trois grands marchés traditionnels du lobbying avec 9 entreprises référencées en Belgique, en Allemagne et encore au Royaume-Uni. Viennent ensuite l’Espagne (8), l’Irlande (6) et l’Italie (5) sans oublier 3 cabinets issus des Etats-Unis et quelques autres États-membres.

Estimations des recettes annuelles totales générées attribuables aux activités couvertes par le registre de la transparence

Sur les 80 cabinets de lobbying, une minorité de 21 entreprises ne remplit pas les informations financières tandis que 18 déclarent moins de 10 000€ et 2 en revanche plus d’1M€, entre les deux extrêmes, une vingtaine sont sous les 100 000€ et une vingtaine entre 100 000€ et 1M€.

Quelques exemples de cabinets de lobbying et de leurs activités déclarées représentatifs dans les différents États-membres :

  • Utopia Lab (Italie) représentent plusieurs intérêts pour 310-700k€ : Facebook/Meta, Poste Italiane, Enel, Philip Morris, Expedia, AT&T… ;
  • Sovereign Strategy (Royaume-Uni) déclare 250-400k€ et 2clients Inuit et Bloomberg ;
  • Skill Set Technology & Strategy Services (Irlande) pour 100-300k€ avec comme principal client déclaré Huawei Technologies ;
  • Boundary Stone Partners (Etats-Unis) pour 100-300k€ avec comme principal client déclaré TerraPower dans l’énergie nucléaire ;
  • EHS Techniques (Espagne) déclare 1M-1,2M€ sans préciser la liste des clients ;
  • Conscience Consulting (Belgique) déclare 85-200k€ pour la « Coalition for Radical Decarbonisation of Materials sur le Green Deal européen et l’« International biocontrol manufacturers association » sur la directive « de la ferme à la table » ;
  • Mazagran (France) déclare 50- 200k€ et 2 clients Adevinta et Vivendi ;
  • Oettinger Consulting (Allemagne, le cabinet de l’ancien Commissaire européen) déclare pour 20-100k€ avec 3 entreprises allemandes clientes.

0,6% : part des cabinets de lobbying dans les organisations inscrites sur le registre de la transparence

Sur un total de 12 275 inscrits au registre de la transparence de l’UE, les cabinets de lobbying ne représentent plus que 0,6% de l’ensemble des organisations inscrites, ce qui montre bien la diversité des acteurs susceptibles de mener des actions de lobbying auprès des institutions européennes.

Au total, parmi les acteurs du lobbying – entre les entreprises directement (507) et les syndicats et associations professionnelles (353) sans oublier les groupes de réflexion et instituts de recherche (76) et quelques cabinets d’avocats (17) – les cabinets de lobbying (80) exercent une activité auprès des institutions européennes sans doute beaucoup plus réduite que présumée.

Comment améliorer la démocratie en Europe ?

La séance inaugurale de la saison du collège de philosophie, organisée par Pierre-Henri Tavoillot, invitait Jean-Louis Bourlanges à débattre de la situation des démocraties dans l’Europe, qu’en retenir ?

Symptômes

L’abstention, très forte lors des derniers scrutins, n’est pas seulement une question de désintérêt pour la politique, mais une difficulté de transfert afin de dégager un candidat du second choix au deuxième tour. C’est une perte du sens du compromis politique.

Les partis politiques n’existent plus, parce que les gens ne s’engagent plus dans un projet global mais dans des causes spécifiques avec des ONG et associations. C’est une perte du sens de l’engagement global.

Les clivages sont totalement éclatés, sur tous les enjeux de la liberté, de l’égalité, de la nation, de l’écologie…

La violence progresse dans la société : incivilités, intolérance, violences urbaines.

Raisons

L’avenir n’est pas rose, le progressisme est mort, le futur n’est plus mieux face aux défis climatiques, à la Chine, aux difficultés des sociétés. Les citoyens adoptent des stratégies d’esquive vers le local, le sport, l’art, la famille.

La dimension religieuse compte aussi. L’idée que la mort individuelle clôt l’histoire retentie même sur les athées qui croyaient à une certaine logique de chaîne humaine. Les citoyens sont frappés d’angoisse, avec le retour du sentiment religieux sous des formes intégristes et les dérivatifs que sont le sexe, l’argent et la violence, sans compter le ressentiment.

La crise du territoire, le pouvoir est éclaté, il est partout, à tous les échelons territoires, donc il n’est nul part. C’est la sortie du monde néolithique où l’administration s’exerçait sur territoire. Reste le sentiment que le pouvoir nous échappe, qu’il n’est plus identifié.

La révolution numérique aggrave en transformant le modèle politique d’une gestion de l’altérité visant à dépasser les différences à une solidarité des semblables unis par une identité choisie vivant dans un territoire infini au sein d’isolats, d’agrégats qui ne réclament plus que le respect comme dernier apprentissage d’une coexistence sans bien commun.

L’ère des demi-habiles sur le plan cognitif, ceux qui sont de forts contestataires mais de faibles acteurs. Le détour d’investissement cognitif, analysé par Gérald Bronner, n’est plus valorisé. On ne réfléchit plus, on cherche tout de suite la solution, alors qu’on a besoin de gens compétents, qui s’investissent, sans être des sachants-experts.

La confiscation du pouvoir, le pouvoir est concentré entre les mains d’une technocratie, entre l’orientation générale du président de la République trop large et l’arbitrage technocratique trop étroit.

Solutions

Les fausses solutions :

  • Remplacer le personnel politique par la société civile, alors qu’il faut plutôt relier le parlement avec les citoyens ;
  • Renforcer la démocratie directe, alors que la politique demande investissement à long terme, distance réflexive et approche global loin des simplifications sur la base de choix binaire. Le référendum, c’est la dialectique de Hegel sans la synthèse, alors que la politique repose sur des compromis.

Les bonnes solutions :

  • Renforcer l’identification des compétences de chaque pouvoir qui sont trop dissimulés, que ce soit l’Europe ou les collectivités locales ;
  • Le pouvoir des citoyens pour redevenir une réalité doit passer par la proportionnelle, un découplage des scrutins présidentiel et législatif et davantage de décentralisation ;
  • La révolution éducative, pour rétablir la raison, est la priorité des priorités pour refaire des citoyens.