Archives annuelles : 2009

"Europe XXL" à Lille : comment la communication sur l’Europe via la culture permet d’agir sur les représentations de l’Europe ?

La stratégie de communication sur l’Europe de la métropole de Lille reposant sur l’organisation de manifestations festives et culturelles se révèle une excellente tactique pour modifier les représentations que les Européens se font de la construction européenne.

lille_3000

Action n°1 sur le niveau d’information sur l’Europe

Les nombreuses manifestations organisées par Lille 3000, opérateur de la biennale « Europe XXL » : installations de rue, expositions, concerts, spectacles de danse, pièces de théâtre, films, débats et week-ends thématiques sont autant d’occasion d’informer les citoyens sur l’Europe des arts et de la culture…

Action n°2 sur l’étendue du champ des représentations de l’Europe

Puisque rien n’indique que les représentations les plus claires soient celles concernant les objets sur lesquels on dispose du maximum d’information, on peut considérer que le minimum d’information transmis par ces manifestations peut avantageusement compléter les représentations que les citoyens se font de l’Europe.

Ainsi, des représentations de l’Europe des arts et de la culture peuvent élargir le champ de représentations de l’Europe souvent limité aux institutions communautaires (« l’Europe de Bruxelles ») ou à la mobilité des étudiants (« l’Europe d’Erasmus »).

Action n°3 sur l’attitude des citoyens par rapport à l’Europe

Puisque qu’une attitude par rapport à l’Europe peut être très structurée sans que pour autant l’information dont dispose le citoyen soit fiable et sans que le champ de représentation soit cohérent, on peut considérer que la représentation d’une Europe culturelle, artistique et festive peut avantageusement favoriser une nouvelle représentation – plus « positive » – de l’Europe.

Ainsi, pour reprendre l’analyse de Philippe Verhaegen dans « La communication publique: de l’information aux attitudes »

  • Considérant que l’attitude serait première : on commencerait par attribuer une valence positive ou négative à l’objet et puis seulement on se renseignerait sur sa teneur, ses liens avec d’autres objets ;
  • Considérant que l’augmentation de la quantité et/ou de la qualité de l’information risque de rester sans effet sur l’attitude et donc le comportement du sujet ;
  • Considérant qu’informer n’est pas un gage de réussite si des attitudes – des résistances par exemple – existent. En ce cas, une augmentation de la masse ou de la qualité de l’information produirait l’effet inverse et contribuerait paradoxalement au renforcement de l’attitude décriée ;

On peut considérer que l’élaboration d’une stratégie de communication sur l’Europe via la culture se donnant pour objectif de remédier à certaines carences observées (attitudes de résistances à déconstruire, représentations erronées ou lacunaires à corriger, champ de représentations incohérent à reconstruire,…) et reposant sur la mise en place de dispositifs articulant au mieux les dimensions informatives, relationnelles et cognitives de la communication peut réussir à agir sur les représentations préalables dans un sens plus favorable.

"Europe XXL" : les atouts de Lille pour communiquer sur l’Europe via la culture

Depuis l’énorme succès populaire de « Lille, capitale européenne de la Culture 2004 », la métropole nordiste, classée dans les « dix métropoles d’avenir en Europe » par le Financial Times, poursuit une stratégie de communication sur l’Europe, via la culture.

Ainsi, Lille fête l’Europe du 14 mars au 12 juillet avec une biennale vouée aux arts contemporains de plus de 500 manifestations culturelles prévues dans 56 communes : installations de rue, expositions, concerts, spectacles de danse, pièces de théâtre, films, débats et week-ends thématiques…

Atout n°1 : l’impulsion politique locale pour communiquer sur l’Europe via la culture

D’abord, cette initiative bénéficie d’une impulsion politique forte. La maire de Lille Martine Aubry est convaincue selon La Croix de l’importance de communiquer sur « l’Europe festive et citoyenne ». Ce soutien politique est d’ailleurs partagé par toute la classe politique locale. Selon Le Monde, la communauté urbaine de Lille, majoritairement de droite, a voté à l’unanimité une double subvention de 900 000 euros sur deux ans à ces événements, « partis pour s’installer durablement dans le paysage métropolitain ».

Atout n°2 : l’animation des réseaux associatifs locaux pour réaliser la communication sur l’Europe via la culture

Ensuite, selon 20 Minutes, « la mairie de Lille a élaboré une véritable stratégie digne des plus grandes agences de marketing viral » reposant sur l’importance de l’animation des réseaux. Les associations culturelles, consultées en amont, prennent part aux quatre mois de fêtes sur l’Europe, quartier par quartier et recrutent des ambassadeurs. « C’est toujours plus intéressant d’apprendre l’existence d’une soirée par son voisin que par un pauvre flyer déposé dans la boîte aux lettres. »

Atout n°3 : la mobilisation des mécènes pour financer la communication sur l’Europe via la culture

Enfin, la mobilisation des mécènes permet de financer 60 % du budget de l’opérateur artistique (6,7 millions d’euros) – Lille 3000 – chargé de la manifestation « Europe XXL ». « Grâce au mécénat, Lille 3000 représente seulement 4 % du budget culture de Lille » soit 1,5 million d’euros aux festivités de Lille 3000-Europe XXL sur 38 millions d’euros au total pour la culture, calcule Laurent Dréano, directeur de la culture à la mairie de Lille.

Lecture : « L’impossible défi. La politique de communication de l’Union européenne » – Éric Dacheux

Au-delà d’une réflexion – peu explorée malgré la pléthore des documents techniques, juridiques ou historiques sur la construction européenne – sur la communication entre les instances européennes et les citoyens de l’UE, Eric Dacheux, chercheur au laboratoire du CNRS  » Communication et Politique  » s’interroge sur l’avenir – en danger – de la démocratie européenne, en raison notamment de l’absence d’une utopie européenne inédite…

1. La notion de la communication politique européenne

La notion ambivalente et complexe de communication politique européenne repose sur l’équilibre entre idéologie et utopie, intégration politique et critique politique, afin de garantir un équilibre démocratique.

« La communication politique est un art difficile, un exercice démocratique obligé qui mélange raisonnement et séduction, persuasion et information, dialogue et conflit. À l’échelle de l’Union, cet art difficile devient un défi quotidien : comment faire vivre un débat européen lorsque les citoyens continuent de penser dans un cadre national, lorsque le système institutionnel européen est illisible et lorsque le grand public ne sait plus, aujourd’hui, quel est pour le XXIe siècle, le projet européen ? » (p. 34).

2. Les problèmes structurels de la communication institutionnelle européenne

Toute tentative de communication pan-européenne se trouve d’entrée compromise à cause de :

  • l’ampleur et la complexité de la tâche ;
  • la diversité linguistique au sein de l’Union ;
  • l’absence d’une politique de communication cohérente de la part des institutions européennes (ce qui tend à être corrigé) ;
  • l’insuffisance des moyens humains et financiers dont disposent ces dernières ;
  • la croissance exponentielle des informations techniques ;
  • l’absence d’un média de masse généraliste pan-européen (ce que les institutions européennes tendent de corriger par des réseaux de média européen).

Un panorama quasi exhaustif des outils de communication utilisés par les instances européennes depuis les années 50 jusqu’à nos jours conduit à la conclusion que « la gamme d’outils de communication utilisée par l’Union européenne est large et comparable à celle des États-membres. Mais, la communication, et plus particulièrement la communication politique, ne se réduit pas à l’utilisation plus ou moins adroite d’instruments plus ou moins performants. » (p. 50).

3. Les erreurs stratégiques commises par les instances européennes sur le plan de la communication

La tactique de l’inéluctable consistant à présenter la construction européenne comme la seule possibilité des peuples de l’Europe, l’aboutissement inévitable d’un cheminement continu vers une Europe unie et indivisible engendre deux risques :

« D’une part, elle tend à décourager de véritables affrontements politiques de taille européenne qui pourraient structurer un espace public aux dimensions de l’Union. Pourquoi débattre s’il n’y a qu’une Europe possible ?

D’autre part, elle accentue le désintéressement des citoyens vis-à-vis de la vie politique en général et vis-à-vis de la politique européenne en particulier. Si la politique consiste à mettre en œuvre l’inéluctable, pourquoi faire de la politique ? » (p. 56).

Les conséquences néfastes de cette conception figée de l’Europe se voient amplifiées en raison d’une deuxième erreur stratégique, liée à la survalorisation du pouvoir symbolique des médias de masse, appréhendés à tort comme des moyens capables de :

  • créer un espace communicationnel pan-européen ;
  • contribuer à la connaissance et la compréhension entre les peuples ;
  • promouvoir la formation d’une conscience européenne.

4. La crise de légitimité de l’Union européenne

Cette crise est d’abord sur un plan symbolique, en raison de l’absence d’un espace public européen, espace symbolique propre à l’Union permettant de :

  • légitimer des actions publiques ;
  • donner une visibilité aux débats européens ;
  • fonder une identité collective transnationale.

Cette crise est également de nature idéologique, liée au déficit identitaire qui caractérise l’Europe aujourd’hui. Finalement, qu’est-ce que l’Union européenne et quelles sont les raisons qui stimulent et donnent sens à sa construction ? :

  • Si la construction européenne est une communauté politique européenne, alors l’Europe ne peut s’offrir le luxe de perdre le pari démocratique.
  • Si l’Union européenne est un processus inédit dans l’histoire de l’humanité, alors sa politique de communication doit être tout aussi inédite.

Source : questions de communication, 2005, n°7

Quelle stratégie de communication pour la Commission européenne en 2009 ?

A partir du Rapport général sur l’activité de l’Union européenne en 2008 articulé autour des 4 objectifs stratégiques définis en début de mandat: prospérité, solidarité, sécurité et rôle de l’Union en tant que partenaire mondial, que la Commission européenne a publié le 4 mars, une stratégie de communication se dessine…

L’affirmation de la « politique de communication » par la Commission européenne

« Consciente de la nécessité d’intégrer davantage le citoyen à la vie politique européenne et d’améliorer la manière dont elle présente ses activités à l’extérieur, la Commission européenne a adopté une approche en matière de communication consistant à mieux écouter, mieux expliquer et agir localement » et déclinant les missions suivantes :

  • Cofinancer des consultations de citoyens sur l’avenir de l’Europe, gérées par des organisations de la société civile ;
  • Renforcer la capacité des représentations de la Commission et des relais d’information locaux pour leur permettre d’organiser des débats sur des questions communautaires ;
  • Accroître les synergies entre les différents programmes de la Commission destinés à promouvoir la citoyenneté active ;
  • Renforcer la coopération interinstitutionnelle au sein des États membres et au niveau communautaire dans un effort conjoint d’entrée en contact avec les citoyens.

L’interprétation de la « stratégie de communication européenne » pour la Commission européenne

Les différentes actions entreprises par la Commission européenne en matière de communication laisse découvrir une approche très partenariale avec les différentes parties prenantes :

Partenariat sur les priorités avec les autres institutions européennes

En application de la déclaration commune aux institutions communautaires sur la communication européenne, des priorités de communication toujours plus concentrées sont définit : 17 priorités en 2007, 8 priorités en 2008 et 4 priorités en 2009 :

  • les élections au Parlement européen ;
  • l’énergie et le changement climatique ;
  • la commémoration du 20e anniversaire de la chute du mur de Berlin ;
  • le soutien à la croissance, l’emploi et la solidarité.

Partenariat de contenus avec des médias européens

En application de contrats de services quinquennaux de type «mission de service public» conclus avec des réseaux d’opérateurs audiovisuels (radio, télévision et internet), des programmes relatifs aux affaires européennes sont produits en toute indépendance éditoriale et diffusés dans les diverses langues de l’UE.

Partenariat de gestion avec les États membres et les relais

En application du principe de subsidiarité, l’information sur l’Europe sera replacée au maximum dans un contexte local :

  • des partenariats de gestion conclus avec les États membres ;
  • des espaces publics européens créés par les représentations de la Commission européenne ;
  • des activités de diplomatie publique concentrées par les délégations communautaires dans les États tiers sur l’Année européenne de l’innovation et de la créativité ainsi que sur les questions d’énergie et de changement climatique.

Ainsi, une « stratégie de communication européenne » de nature partenariale prend forme pour la Commission européenne.

Quelles cibles prioritaires pour communiquer sur les élections européennes ?

Plusieurs enquêtes d’opinion relatives aux élections européennes en juin 2009 permettent de clarifier les populations prioritairement à cibler par une communication sur les enjeux du scrutin…

Un niveau d’information sur les élections européennes fortement clivé par l’intégration socioprofessionnelle

Une enquête Eurobaromètre : « Attitudes et opinions des Européennes à la veille des élections européennes de 2009 » montre que le niveau d’information sur les élections européennes croît avec le niveau d’intégration socioprofessionnelle (par des études ou un emploi). Les populations les moins informés étant :

  • les personnes ayant arrêté leurs études avant 20 ans,
  • les personnes sans emploi.

Par ailleurs, les analyses des taux de « non réponse » les plus élevés parmi les Européens permettent d’identifier les groupes socio-démographiques qui ont particulièrement besoin d’informations :

  • les personnes au foyer,
  • les jeunes.

Un intérêt pour les élections européennes fortement clivé par l’âge, la profession ou du niveau d’études

Un sondage LH2 « Les Européennes : coup d’envoi ! Des élections au carrefour de toutes les crises » mesure l’intérêt des Français pour les élections européennes. Les résultats sont sans appel lorsqu’il s’agit de mesurer l’intérêt en fonction de l’âge, de la profession ou du niveau d’études. Les populations les moins intéressées par le scrutin sont les jeunes, les ouvriers ou les employés d’un niveau bac à bac +2.

Ainsi, information et intérêt sur les élections se recoupent largement et dessinent des cibles prioritaires de la communication européenne sur les élections européennes : les jeunes, les femmes, les chômeurs, les retraités, les ouvriers.