Quelles perspectives pour la communication de l’UE sur les médias sociaux ?

L’Union européenne, dans sa quête d’une communication efficace, reconnait de plus en plus le rôle des plateformes de médias sociaux pour interagir avec les citoyens et projeter ses valeurs fondamentales, mais concrètement quelles sont les perspectives ?

Enjeux de la communication de l’UE sur les médias sociaux

Idéalement, l’UE voudrait aligner ses objectifs politiques aux innovations technologiques afin de communiquer librement dans un environnement numérique caractérisé par la sécurité, l’ouverture, la créativité et la confiance. Mais, la réalité est beaucoup moins rose, il s’agit de naviguer dans les complexités de la diffusion de fausses nouvelles et de vivre dans un monde dominé par quelques grands fournisseurs de services dans le paysage des médias sociaux. L’Union doit s’efforcer de trouver le bon équilibre entre ces contradictions.

En outre, l’environnement européen des médias sociaux est distinct en raison de lois sur la protection des données, telles que le Règlement sur les Services Numériques (Digital Services Act – DSA) et le Règlement Général sur la Protection des Données (RGPD), qui influencent la manière dont le contenu est géré, la publicité est menée et les interactions des utilisateurs sont traitées.

De plus, le paysage culturel et linguistique diversifié du continent nécessite une approche nuancée de la création de contenu, adaptée non seulement aux différentes langues mais aussi aux contextes culturels variés et aux préférences régionales en matière de plateformes. Cette hétérogénéité souligne la complexité de l’élaboration d’une stratégie de communication unifiée de l’UE qui résonne efficacement dans tous les États-membres.

Un défi fondamental dans l’utilisation des médias sociaux pour la communication de l’UE réside dans la double promesse d’un ciblage « efficace » de la diversité des citoyens et que le contenu lié aux politiques soit « compris » et suscite l’engagement. Compte tenu de la faible identification des citoyens avec l’UE, les efforts qui transmettent la cohésion politique sont primordiaux. Comprendre la construction sociale et le sens politique de ces plateformes est crucial pour favoriser une sphère publique européenne plus forte et promouvoir une plus grande intégration.

Paysage des plateformes et des usages des institutions européennes

Bien que les plateformes établies comme Twitter-X, Facebook ou LinkedIn restent centrales dans la communication de l’UE, il existe une impulsion pour explorer des plateformes comparativement « nouvelles » pour les institutions européennes et s’adapter à la popularité évolutive des plateformes comme Instagram, WhatsApp, TikTok et YouTube, qui comptent d’importantes bases d’utilisateurs à travers l’Europe, un intérêt « incontournable » pour l’UE d’explorer ces plateformes même si elles sont loin de s’aligner sur les valeurs européennes, notamment de protection des données.

En théorie, la capacité des médias sociaux à renforcer la participation citoyenne et à améliorer les processus démocratiques ne dépendrait que de « recettes » liées à des stratégies qui privilégient l’interaction, l’inventivité et la transparence. Cependant, les études pointent un paradoxe potentiel où une utilisation plus élevée des médias sociaux est associée à une confiance moindre dans l’UE. Cela suggère que la simple présence des institutions de l’UE sur les médias sociaux est insuffisante pour cultiver la confiance et peut, dans certains contextes, contribuer à son érosion.

Le contenu et le contexte de la communication jouent un rôle crucial dans la formation de la perception des publics. De plus, la capacité de l’UE à surveiller et évaluer efficacement l’impact de sa communication sur les médias sociaux, notamment pour contrer la désinformation, est entravée par les limites de la qualité des données et de la comparabilité des rapports de transparence fournis par les plateformes de médias sociaux. Ces lacunes empêchent une compréhension globale des politiques et pratiques des plateformes, posant ainsi un défi à l’élaboration de stratégies fondées sur des preuves et à une surveillance efficace.

Tendances émergentes dans l’utilisation des médias sociaux par l’UE

Les prévisions peuvent suggérer plusieurs tendances émergentes qui façonneront la manière dont les institutions de l’UE utiliseront ces plateformes pour leur communication :

1. Un changement notable est la nature évolutive des réseaux de médias sociaux eux-mêmes, avec des plateformes comme Instagram et TikTok ressemblant de plus en plus à des réseaux médiatiques axés sur la consommation passive de contenu plutôt que sur un engagement significatif. Cette évolution nécessite que les institutions de l’UE adaptent leurs stratégies, en adressant les conséquences de plateformes privilégiant un contenu piloté par des algorithmes.

2. Le contenu généré par les utilisateurs continuera probablement sa domination, en stimulant l’engagement, représentant une opportunité pour les institutions de l’UE de s’associer avec des créateurs de contenus pour produire un storytelling authentique qui résonne auprès des publics cibles et renforce la confiance.

3. La croissance des communautés privées comme les groupes Facebook et les fonctionnalités plus communautaires sur Instagram indique une préférence des utilisateurs pour des espaces en ligne plus intimes et ciblés. Les institutions de l’UE pourraient envisager de créer ou de s’engager dans de telles communautés pour favoriser des liens plus profonds avec des segments d’audience spécifiques. L’importance croissante de la messagerie privée comme WhatsApp pour établir des liens plus forts et plus personnels avec les audiences doit également être notée.

4. L’intelligence artificielle est appelée à transformer la création de contenu à grande échelle, avec des outils d’édition de contenu, de traduction et d’interactions personnalisées devenant plus accessibles. Cela nécessitera une réflexion approfondie sur les implications éthiques et le maintien de l’authenticité.

5. Des réglementations plus strictes dans le prolongement du DSA devraient continuer à façonner le paysage des médias sociaux avec une plus grande responsabilité des plateformes en matière de sécurité des utilisateurs et de protection des données, y compris des exigences plus strictes pour la modération de contenu et la transparence.

6. L’émergence de nouvelles plateformes, telles que Threads et Bluesky, offre aux institutions de l’UE des voies supplémentaires pour se connecter avec de nouveaux publics. Les institutions européennes pourraient explorer également des réseaux sociaux « nostalgiques » émergents qui mettent l’accent sur l’authenticité et l’interaction véritable.

7. L’hyper-personnalisation, alimentée par l’IA avancée et l’apprentissage automatique, sera exploitée par les plateformes de médias sociaux pour adapter le contenu aux préférences et comportements individuels, exigeant des institutions de l’UE qu’elles se concentrent sur la création de messages très pertinents et personnalisés pour engager efficacement leurs audiences.

8. La réalité augmentée devrait devenir plus intégrée aux médias sociaux, offrant des expériences immersives grâce à des filtres et des essais virtuels. Les institutions de l’UE pourraient explorer le potentiel de la RA pour améliorer l’engagement des utilisateurs avec leur contenu.

9. La croissance des communautés de médias sociaux de niche répondant à des intérêts spécifiques pourrait fournir des espaces pour les institutions afin de se connecter avec des audiences très engagées. Les citoyens attendront de plus en plus des institutions qu’elles démontrent un engagement sincère en faveur de la durabilité et de la responsabilité sociale, influençant leur engagement.

10. Bien que certaines de ces tendances pointent vers une augmentation de la consommation passive de contenu sur certaines plateformes, la valeur fondamentale des médias sociaux pour la participation et l’engagement actifs des citoyens reste essentielle pour favoriser l’unité et la confiance dans le projet européen. Les institutions de l’UE sont confrontées au défi stratégique de concevoir du contenu et des campagnes qui non seulement captent l’attention dans un environnement de consommation passive croissante, mais sollicitent aussi activement la participation, le dialogue et les retours des divers publics européens.

Les médias sociaux représentent un potentiel significatif pour aider à combler les fossés numériques et à favoriser l’unité européenne. Le concept d’un réseau social européen dédié pourrait jouer un rôle crucial dans le renforcement de l’identité européenne et la promotion d’un sentiment d’appartenance en servant de canal principal pour les communications institutionnelles tout en promouvant le multilinguisme et les valeurs européennes.

2005-2025 : l’Europe en perpétuelle réinvention, ou l’art de la progression sous haute tension

Entre mai 2005 qui restera dans l’histoire frappé par le « non » français au Traité constitutionnel européen et mai 2025 où l’UE adopte l’instrument « Sécurité pour l’action en Europe » (SAFE – Security for Action for Europe), un mécanisme de prêts de 150 milliards d’euros pour renforcer les capacités de défense, c’est une histoire récente non pas d’une Europe survivante mais d’une Union européenne profondément transformée. La Fondation Jean-Jaurès nous offre un panorama « 2005-2025 : les vingt années qui ont transformé l’Europe ». Que faut-il en retenir ?

L’Union européenne, un phénix

L’Union européenne n’avance pas malgré les crises, mais souvent grâce à leur résolution. C’est la grande leçon de ces vingt dernières années. Les polycrises n’ont pas sonné le glas de l’Union européenne. Au contraire, elles ont agi comme autant d’électrochocs :

  • Une résilience forcée : face à la crise financière de 2008, l’UE, initialement démunie, a su éviter l’effondrement de la zone euro. Face à la pandémie de Covid, l’UE a accouché, dans la douleur mais avec ambition, du plan NextGenerationEU avec un emprunt commun – une révolution copernicienne impensable quelques années auparavant.
  • Une quête de souveraineté :  avec le Brexit et les secousses technologiques et géopolitiques, en particulier l’agression russe en Ukraine, « l’autonomie stratégique » infuse ainsi que la nécessité d’une défense européenne plus autonome.
  • Un engagement pour le climat : le Pacte vert, malgré les vents contraires actuels, reste une ambition structurante, née d’une prise de conscience et d’une pression citoyenne.

L’Europe n’est pas une victime des événements, elle est une entité qui se forge et se renforce dans l’adversité. Un Phénix qui renaît constamment.

Les Européens, une prise conscience de leur communauté de destin

Divergence renforcée avec le monde : la pression géopolitique est immense : hostilité russe, politique dominatrice chinoise, allié américain imprévisible, virage populiste et illibéral, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur de nos frontières. Tout met à mal le projet et les valeurs de l’UE.

Convergence renforcée entre Européens : face à ces menaces, une « conscience d’un destin commun » s’affermit. La réponse unie face à l’invasion de l’Ukraine ou la nécessité de parler d’une seule voix face aux géants du numérique (DSA/DMA) en sont des illustrations. Même le Brexit, initialement perçu comme un échec, a paradoxalement renforcé la cohésion des Vingt-Sept.

L’Union européenne joue sur ce double registre : reconnaître sans fard les menaces extérieures et les risques de fractures internes, tout en renforçant notre communauté de destin. Le monde est plus dangereux et nos valeurs sont davantage attaquées, mais c’est pour cela que les Européens serrent les rangs.

La méthode européenne décortiquée

Le moteur de la nécessité : « Le moteur de l’européanisation réside dans sa nécessité ». La clé de voûte réside dans la capacité de l’Union européenne à se saisir des faits pour apporter des réponses : supervision bancaire renforcée par la crise financière ; NextGenerationEU en post-crise Covid…

Comment l’UE agit-elle ?

  • L’aggiornamento législatif : « un ensemble normatif mêlant révisions et innovations », c’est la voie royale, souvent perçue comme technocratique : Pacte vert, lois sur le numérique (DSA/DMA). Le défi demeure de montrer l’impact concret de ces textes sur la vie des citoyens.
  • La solution intergouvernementale : « un traité ad hoc permettant d’européaniser un outil ou un champ de compétences », c’est la réponse quand la voie communautaire classique est bloquée ou trop lente : le Mécanisme européen de Stabilité (MES), fruit d’un accord intergouvernemental.
  • La mobilisation budgétaire et la fonction de bailleur de fonds : l’UE trouve des solutions inédites pour mettre la main à la poche pour ses priorités : le plan Juncker, NextGenerationEU, ReARM Europe pour le financement de l’effort de défense.

Contrairement aux idées reçues, l’Union européenne sait se donner les moyens de son action. L’UE n’est pas parfaite, mais elle agit.

La nouveauté : la réversibilité : « la réversibilité des politiques communautaires, véritable nouveauté de la construction européenne », c’est un avertissement sur le Green Deal remplacé par un Clean Industrial Deal, sur la vague conservatrice qui pousse à la dérégulation. Rien n’est acquis. La vigilance citoyenne et politique est essentielle. Il va falloir apprendre à communiquer sur nos fragilités et la nécessité de défendre les acquis.

Vers une européanisation de nos souverainetés

L’européanisation de nos souverainetés face aux défis existentiels renforcent ce « nous » européen, cette conscience d’un destin commun. L’Union européenne de 2025 a les outils pour réagir, mais elle doit urgemment améliorer la manière dont elle raconte son histoire, ses succès, ses échecs et ses ambitions :

  1. Inventer un nouveau récit européen : un récit plus incarné qui parle au cœur autant qu’à la raison. Qui assume ses imperfections mais célèbre aussi ses audaces. La mission de la communication est de cultiver le sentiment de communauté de destin.
  2. Trouver sa place narrative : l’Union européenne n’est ni un super-État ni une simple zone de libre-échange. Elle demeure un « objet politique non identifié » qui a le mérite d’exister et d’agir. La communication doit embrasser cette singularité, avec un zeste d’autodérision et beaucoup de conviction.

Face aux crises, l’Union européenne a su faire preuve d’une « méthode » et d’une capacité d’adaptation et de moyens souvent sous-estimés. Notre défi collectif est de transformer cette réalité complexe en une histoire compréhensible, mobilisatrice et inspirante. Car si l’Europe est parfois un « joyeux chaos organisé », c’est dans ce chaos que réside sa force et sa capacité à surprendre. À nous de le raconter.

L’UE s’ambitionne « Continent de l’IA » mais se réalise en îlot de bonnes intentions dans l’océan technologique mondial face aux USA et à la Chine ?

Bruxelles nous invite à rêver : l’Europe deviendrait le « Continent de l’IA », une ambition parée des vertus de l’éthique, du respect des droits et de notre précieux humanisme. Le plan d’action de l’UE décline infrastructures (les fameuses « AI Factories » et « Gigafactories »), données (« une Union des données »), régulation des algorithmes, recrutement des talents et, bien sûr, révision de l’AI Act. Un édifice intellectuellement séduisant. Mais osons poser des questions qui fâchent. Cette vision, quoiqu’ambitieuse sur le papier, est-elle réellement calibrée pour la compétition féroce et quasi-existentielle qui se joue ? Sommes-nous en train de bâtir un leader mondial, ou de nous draper dans une supériorité morale pendant que d’autres définissent de facto l’avenir technologique ? Tout effort de communication, bien qu’indispensable pour faire la pédagogie, ne risque-t-elle pas de n’être qu’un murmure face au vacarme des investissements et des déploiements américains et chinois ?

L’ambition concrètement, entre réalité chiffrée et illusion d’échelle ?

Regardons les chiffres annoncés : 10 milliards d’euros (public/privé) pour le supercalcul et les AI Factories jusqu’en 2027, un objectif de mobilisation de 200 milliards via InvestAI. Impressionnant ? Peut-être à l’échelle européenne. Mais est-ce seulement comparable aux centaines de milliards injectés par les fonds de capital-risque américains dans une poignée de géants de la tech, ou aux investissements massifs et dirigés par l’État chinois pour intégrer l’IA à toutes les strates de son économie et de sa société ? Quand une seule entreprise américaine, Nvidia, pèse plus en bourse que l’ensemble du CAC 40, pouvons-nous sérieusement parler de jouer dans la même cour avec nos budgets actuels, même mobilisés ? Ne sommes-nous pas en train de financer des laboratoires là où d’autres construisent des empires ?

Le temps institutionnel de l’UE face à la vitesse quantique de l’IA aux USA et en Chine

Le plan mentionne l’urgence, la nécessité d’agir vite (« Swift policy action is of highest priority »). Pourtant, les échéances clés semblent s’étirer : fin 2025, début 2026 pour des appels ou des législations structurantes, une application complète de l’AI Act s’étalant jusqu’en… 2027. Pendant ce temps, chaque trimestre voit émerger de nouveaux modèles fondamentaux aux États-Unis, potentiellement disruptifs, tandis que la Chine déploie l’IA à une échelle et une vitesse qui défient l’entendement européen. Ne sommes-nous pas condamnés à réguler hier les technologies que d’autres inventent aujourd’hui et déploieront demain ? Notre sens de la mesure et du processus démocratique, si précieux soit-il, est-il compatible avec la temporalité brutale de cette révolution ?

La primauté réglementaire : un bouclier protecteur ou un frein à main ?

L’AI Act est présenté comme notre avantage compétitif : la confiance, l’éthique. Mais cette primauté accordée à la règle avant l’innovation massive n’est-elle pas un pari risqué ? Alors que les États-Unis misent sur une innovation largement débridée (quitte à en gérer les conséquences a posteriori) et que la Chine optimise pour l’efficacité et le contrôle, ne risquons-nous pas de créer l’écosystème d’IA le plus éthique… mais le moins pertinent économiquement et géopolitiquement ? L’intention de faciliter la conformité pour les PME est louable, mais suffit-elle à compenser la complexité inhérente et le signal envoyé au marché : « innovez, mais faîtes attention » ?

Le déficit narratif : peut-on « communiquer » avec succès un géant aux pieds d’argile ?

Au-delà des budgets et des agendas, il y a le récit. Le plan d’action est un document technique, pas une épopée mobilisatrice. Où est la vision vibrante qui peut inspirer nos chercheurs, attirer les meilleurs talents mondiaux face aux sirènes de la Silicon Valley, convaincre nos PME d’adopter l’IA avec audace, et rassurer un public européen légitimement perplexe ? Est-il même possible pour une structure aussi complexe et consensuelle que l’UE de produire un récit aussi puissant et direct que celui des GAFA ?

Le « Continent de l’IA » risque fort de rester un slogan technocratique si nous n’investissons pas massivement, non pas dans la « communication » au sens traditionnel, mais dans la construction culturelle et politique d’une ambition partagée.

Il s’agit de dépasser l’illusion que l’adhésion à un projet aussi transformateur que l’intelligence artificielle à l’échelle européenne puisse être obtenue par des techniques de communication classiques – campagnes d’information, relations publiques, vulgarisation technique. Ces approches sont nécessaires mais radicalement insuffisantes face à l’ampleur du défi.

Pourquoi la communication traditionnelle ne suffirait pas à transformer l’UE en « continent de l’IA » ?

  1. Les limites d’une communication descendante : L’IA n’est pas un produit de consommation ordinaire ou une simple politique sectorielle. Elle touche aux fondements de nos sociétés : travail, vie privée, démocratie, identité, éthique. Tenter de « vendre » une vision pré-définie par les institutions, aussi bien intentionnée soit-elle, se heurte inévitablement à un mélange d’incompréhension, d’anxiété légitime et de scepticisme. La communication traditionnelle informe, mais elle ne crée pas intrinsèquement l’appropriation ni la confiance profonde requises ici. Elle peine à répondre au besoin fondamental de sens et de contrôle des citoyens face à une technologie perçue comme complexe et potentiellement déstabilisante.
  2. Le besoin d’une « acculturation » à l’IA : Parler d’une construction culturelle, c’est reconnaître que l’IA doit devenir un sujet de société largement débattu, compris (même sans expertise technique) et intégré dans notre paysage mental collectif. Cela implique :
    • Une éducation massive : Aller bien au-delà des spécialistes et intégrer une compréhension critique et pratique de l’IA à tous les niveaux du système éducatif, de l’école primaire à la formation continue des adultes.
    • Une dialogue public structuré : Créer des espaces permanents et accessibles (forums citoyens, débats locaux et nationaux, plateformes en ligne dédiées) où les enjeux éthiques, sociaux et économiques de l’IA sont discutés ouvertement, sans jargon, et où les préoccupations peuvent être exprimées et entendues.
    • Un soutien à la création et à la médiation : Encourager les artistes, les écrivains, les cinéastes, les journalistes à s’emparer du sujet de l’IA, à explorer ses potentialités et ses ambiguïtés, contribuant ainsi à forger un imaginaire collectif européen autour de cette technologie. Soutenir les musées, les centres de science pour rendre l’IA tangible et compréhensible.
    • Une visibilité des bénéfices tangibles : Mettre en lumière non seulement les plans, mais surtout les réalisations concrètes et les histoires humaines qui montrent comment l’IA « made in Europe » améliorera la santé, l’environnement, le travail, la culture – ancrer la vision dans le réel vécu.
  3. L’indispensable ancrage politique : La construction politique va au-delà des déclarations de la Commission ou des votes au Parlement européen. Elle nécessite :
    • Un Consensus transpartisan et transnational : Faire de l’IA européenne une priorité partagée qui dépasse les clivages politiques habituels et les intérêts nationaux. Cela demande un engagement fort et constant des chefs d’État et de gouvernement, des parlements nationaux.
    • Une co-construction de la vision : Impliquer activement les citoyens, les partenaires sociaux, la société civile dans la définition même des priorités et des garde-fous de l’IA européenne. Le projet ne doit pas être perçu comme imposé par « Bruxelles », mais comme émanant d’une volonté collective.
    • L’IA comme élément structurant du projet européen : Intégrer explicitement la vision d’une IA européenne souveraine et éthique au cœur du narratif politique global de l’Union, au même titre que la paix, la démocratie ou le marché unique. Ce n’est pas juste un dossier technique, c’est une dimension essentielle de l’avenir de l’Europe.

Investir dans une construction européenne culturelle et politique, c’est reconnaître que la légitimité et le succès du « Continent de l’IA » ne se décrètent ni depuis des bureaux ministériels ni dans des laboratoires de recherche. C’est un mouvement de société qui se construit patiemment dans les esprits, les cœurs et les débats démocratiques de millions d’Européens. Sans cet investissement massif dans le « logiciel » humain, culturel et politique, le « matériel » – les supercalculateurs, les data centers, les algorithmes – risque de tourner à vide, faute d’une appropriation collective et d’une direction politique claire et partagée. Le slogan restera lettre morte s’il ne devient pas une ambition vécue et portée par la société européenne dans son ensemble.

Quelle audace raisonnable entre puissance et marché pour l’Europe de l’IA ?

L’heure n’est plus aux demi-mesures ou aux satisfecits sur nos intentions vertueuses. L’Europe veut-elle être un acteur de premier plan dans la définition de l’avenir technologique mondial, avec les risques et les investissements colossaux que cela implique ? Ou se contente-t-elle d’être le régulateur bienveillant d’innovations conçues ailleurs, un « marché » plutôt qu’une « puissance » ?

La véritable audace ne réside pas seulement dans l’écriture de plans ambitieux, mais dans la lucidité de nos diagnostics, la rapidité de nos actions, l’échelle de nos investissements et, surtout, dans notre capacité à forger et à porter un récit qui transcende la technique pour toucher à l’imaginaire collectif. Sans un sursaut radical sur tous ces fronts, le « Continent de l’IA » risque de n’être qu’une note de bas de page dans l’histoire que d’autres sont en train d’écrire. Avons-nous encore le temps et la volonté politique de changer la donne ? La question reste douloureusement ouverte.

Élections européennes 2024 : quels impacts de l’IA générative dans les campagnes électorales ?

Selon un rapport de la Fondation Kofi Annan et de Democracy Reporting International, l’IA générative (GenAI) s’est immiscée dans les campagnes électorales. Bien que le déluge prédit de désinformation pilotée par l’IA ne se soit pas entièrement matérialisé, le rapport offre des conclusions sans ambiguïté : la GenAI n’est plus une menace hypothétique, mais un outil tangible activement exploré dans la sphère politique, principalement sous la forme d’images synthétiques, souvent déployée par des acteurs politiques populistes pour amplifier des récits préexistants. Le potentiel de manipulation sophistiquée est indéniable, même si son impact à grande échelle lors de ce cycle électoral aura été limité. Ce n’est pas le moment de l’alarmisme, mais de la prospective et de l’adaptation…

Principales conclusions sur la GenAI lors des élections européennes de 2024

Les préoccupations concernant l’utilisation abusive généralisée de l’IA générative étaient fortes mais aucune utilisation significative et généralisée n’a été observée. Cependant, la GenAI facilement identifiable a été le plus fréquemment utilisée en France, les partis politiques d’extrême droite en France, en Allemagne et en Italie s’avérant être les utilisateurs les plus constants, principalement pour la création d’images synthétiques non étiquetées promouvant des thèmes nationalistes, anti-islamiques et conservateurs. Les plateformes ont eu du mal à détecter et à étiqueter le contenu GenAI, malgré les cadres réglementaires tels que le DSA et les engagements volontaires pris par les plateformes. Les études sur la perception du public ont mis en évidence une faible confiance du public dans l’identification du contenu GenAI, soulignant le besoin urgent d’initiatives d’éducation aux médias. Malgré l’impact limité lors de ces élections, le rapport souligne que la GenAI est un facteur croissant dans le paysage de l’information, nécessitant des stratégies proactives pour atténuer les risques potentiels pour les processus démocratiques.

Transparence et détection sont primordiales, mais pas des panacées

Le rapport souligne les difficultés à détecter le contenu GenAI, même pour les plateformes équipées de technologies avancées. Bien que le règlement sur les services numériques de l’UE et l’AI Act soient des étapes essentielles pour établir un cadre réglementaire, se fier uniquement à la détection et à l’étiquetage est insuffisant.

Il faut développer des outils de détection robustes et évolutifs, tout en reconnaissant leurs limites inhérentes. La transparence, en particulier de la part des acteurs politiques, reste une pierre angulaire de l’intégrité démocratique. Le manquement constant à étiqueter le contenu GenAI, comme observé dans le rapport, est une tendance préoccupante qui exige une plus grande responsabilité et le respect de normes à sanctionner.

La culture médiatique est le fondement de la résilience, mais pas seule

Les conclusions du rapport sur la perception du public sont préoccupantes. La faible confiance du public dans l’identification du contenu GenAI, associée à une connaissance limitée de la technologie elle-même, crée une vulnérabilité que les acteurs malveillants peuvent exploiter. Investir dans des initiatives globales de culture médiatique n’est pas simplement une mesure réactive, mais une stratégie proactive pour autonomiser les citoyens.

Ces initiatives doivent aller au-delà de la simple vérification des faits pour englober les compétences en pensée critique, la vérification des sources et une compréhension de l’écosystème de l’information numérique en évolution. Le « pré-bunking« , mis en évidence dans le rapport, offre une voie prometteuse pour renforcer la résilience cognitive face à la désinformation.

La confiance dans les médias et les institutions est la monnaie ultime mais fragile

Le rapport souligne à juste titre que l’impact de la désinformation pilotée par la GenAI est intrinsèquement lié au niveau de confiance dans les institutions démocratiques et les médias. Dans une ère de paysages d’information fragmentés et d’érosion de la confiance, nos communications stratégiques doivent donner la priorité à la reconstruction et au renforcement de ces fondations.

Cela nécessite un engagement envers l’exactitude factuelle, des pratiques de communication transparentes et un dévouement manifeste à servir l’intérêt public. En renforçant la crédibilité des sources d’information établies et en favorisant un dialogue constructif, nous pouvons créer un environnement moins susceptible d’être manipulé, quels que soient les outils technologiques employés.

Facteurs de risque de la GenAI pour faire basculer une élection ?

Quant aux inquiétudes sur la désinformation et la manipulation de l’opinion publique, pour le professeur Thorsten Quandt, la GenAI aura un impact, mais ne sera pas forcément un « bouleversement » majeur. La confiance dans la démocratie, le système politique et le journalisme traditionnel reste déterminante pour la vulnérabilité d’une société. C’est pourquoi les acteurs populistes cherchent à saper la confiance dans les médias. Le « pré-bunking » s’avère plus efficace que le « débunking » pour renforcer la culture médiatique. La généralisation de la GenAI sur les réseaux sociaux pourrait paradoxalement renforcer la confiance envers les sources d’information fiables. La vulnérabilité à la désinformation est étroitement liée à la structure des systèmes médiatiques. La polarisation idéologique et les liens étroits entre les systèmes politiques et médiatiques augmentent également la susceptibilité à la désinformation. Ainsi, l’impact de la GenAI sur les élections dépendra largement du contexte médiatique et politique dans lequel elle est diffusée.

Focus sur des incidents en France, en Allemagne et en Italie

En France, des comptes TikTok se faisant passer pour des proches fictifs de Marine Le Pen et Marion Maréchal ont utilisé la GenAI avec la génération de fakes en « face-swapping » pour promouvoir des sentiments nationalistes, gagnant des centaines de milliers de vues (plus de 30 000 abonnés et jusqu’à 400 000 likes par vidéo) avant d’être supprimés. Amandine Le Pen, Léna Maréchal, des deepfakes qui entrent en campagne en se sont présentant comme des influenceuses nièces de Marine Le Pen, Amandine Le Pen et Léna Maréchal. De plus, le Rassemblement National et Reconquête ont largement utilisé des images GenAI non étiquetées dans leurs campagnes, se concentrant sur des thèmes nationalistes et anti-immigration. Des acteurs étrangers sont également intervenus, avec une vidéo GenAI de faible qualité imitant un journaliste de France24 pour affirmer faussement que le président Macron avait annulé une visite à Kiev en raison d’un complot d’assassinat, diffusée par des médias pro-russes.

En Allemagne, l’Alternative für Deutschland (AfD) a principalement utilisé la GenAI sur Facebook, déployant des images pour alimenter des sentiments anti-migrants et la nostalgie d’une Allemagne ethniquement homogène. Des branches régionales de l’AfD ont partagé des images de jeunes inexistants approuvant le parti et des contenus provocateurs comme une image de « fête allemande du barbecue » partagée pendant le Ramadan, dont aucune n’était étiquetée comme générée par l’IA.

En Italie, Matteo Salvini et son parti, la Lega, ont été identifiés comme des utilisateurs importants de la GenAI, déployant au moins 19 publications dans le cadre de leur campagne « Più Italia, Meno Europa » (Plus d’Italie, Moins d’Europe). Ces images, diffusées sur Facebook, X et Instagram, ont promu des opinions nationalistes et eurosceptiques, utilisant parfois des images controversées pour critiquer la gestation pour autrui et d’autres fois évoquant des sentiments anti-islamiques. Ni la Lega, ni les plateformes n’ont étiqueté ce contenu GenAI.

Perspectives pour une approche collaborative et adaptative

L’avenir de la communication électorale à l’ère de la GenAI exige une approche multidimensionnelle, collaborative et adaptative visant à :

  • Renforcer les cadres réglementaires : Mettre en œuvre vigoureusement les DSA et AI Act et évaluer en permanence son efficacité pour relever les défis évolutifs de la GenAI.
  • Favoriser l’innovation de détection et de vérification : Soutenir la recherche et le développement de technologies de détection et de vérification de l’IA, tout en reconnaissant le jeu du chat et de la souris en cours avec les acteurs malveillants.
  • Investir dans la culture médiatique : Développer et déployer des programmes complets de culture médiatique dans toutes les catégories démographiques, en mettant l’accent sur la pensée critique et la résilience numérique.
  • Promouvoir des pratiques éthiques en matière d’IA : Encourager l’auto-régulation et l’adoption de lignes directrices éthiques par les acteurs politiques, les entreprises technologiques et les développeurs d’IA.
  • Construire une collaboration intersectorielle : Faciliter le dialogue et la coopération entre les décideurs politiques, les plateformes, les organisations médiatiques, la société civile et le monde universitaire afin d’élaborer des stratégies coordonnées.

Les élections européennes de 2024 peuvent servir de signal que la GenAI n’est pas une menace à éradiquer, mais une technologie transformatrice qui remodèle le paysage de l’information. Notre défi, et notre opportunité, résident dans l’exploitation de son potentiel tout en atténuant ses risques en embrassant un engagement de toutes les parties-prenantes envers les valeurs démocratiques afin de franchir la frontière générative en garantissant que les communications lors des campagnes électorales restent dignes de confiance dans les années à venir.

Publicité politique sur les réseaux sociaux : vers une régulation européenne pour plus de transparence et de protection des citoyens

Les réseaux sociaux sont devenus un terrain de jeu privilégié pour les acteurs politiques qui cherchent à influencer l’opinion publique. Cependant, la publicité politique sur ces plateformes soulève de nombreuses problématiques, notamment en termes de transparence, de protection des données personnelles et de manipulation de l’information. Face à ces enjeux, les institutions européennes ont décidé d’intervenir en proposant un nouveau règlement sur la transparence et le ciblage de la publicité à caractère politique.

Risques et dérives de la publicité politique sur les réseaux sociaux en termes de microciblage et de bulles algorithmiques de filtre

La publicité politique sur les réseaux sociaux permet de cibler très précisément les électeurs en fonction de leurs centres d’intérêt, de leur âge, de leur localisation géographique ou encore de leur historique de navigation. Cette pratique de « micro-ciblage », peut être utilisée à des fins d’influencer l’opinion publique, en diffusant des messages différents (plusieurs milliers pour les campagnes Brexit et Trump) à des groupes de personnes différents, voire contradictoires autant pour inciter à voter pour un candidat que désinciter à voter pour un autre candidat.

Par ailleurs, la publicité politique sur les réseaux sociaux soulève des questions de protection des données personnelles. En effet, les plateformes collectent et traitent des données sensibles sur les utilisateurs, qui peuvent être utilisées à des fins politiques sans leur consentement explicite. De plus, les algorithmes utilisés pour cibler les publicités peuvent renforcer les biais cognitifs et les bulles de filtre, en ne présentant aux utilisateurs que des informations qui confortent leurs opinions.

Nouveau règlement européen sur la transparence et le ciblage de la publicité à caractère politique : vers plus de transparence et de protection des citoyens

La future règlementation européenne, en cours de discussion entre les institutions européennes, après les positions du Conseil de l’UE en novembre dernier, le Parlement européenne vient d’adopter ses amendements en plénière en février, l’intention vise à renforcer la transparence et la protection des citoyens en matière de publicité politique sur les réseaux sociaux :

  1. Une définition claire de la publicité à caractère politique, qui devra être clairement identifiée comme telle ;
  2. L’obligation pour les plateformes de tenir un registre public des publicités politiques diffusées, avec des informations détaillées sur l’annonceur, le budget, la durée et le ciblage ;
  3. L’interdiction de cibler les publicités politiques en fonction de données sensibles, telles que l’orientation politique, la religion, l’origine ethnique ou l’orientation sexuelle ;
  4. L’obligation pour les plateformes de fournir des informations claires et compréhensibles sur les raisons pour lesquelles une publicité politique est diffusée à un utilisateur en particulier ;
  5. La possibilité pour les utilisateurs de signaler des publicités politiques trompeuses ou illégales ;
  6. L’interdiction de parrainage d’annonces provenant de l’extérieur de l’UE au cours des trois mois précédant une élection ou un référendum.

Comment préserver la démocratie tout en permettant une diffusion responsable des messages politiques ?

Protéger l’intégrité des élections : La proposition est élaborée dans le contexte des élections du Parlement européen de 2024, même si elle ne pourra pas être mise en œuvre dans les délais. L’objectif est de protéger l’intégrité des élections en prévenant toute tentative de manipulation des comportements de vote à travers l’utilisation de médias sociaux.

Se prémunir des ingérences électorales étrangères : L’émergence et la multiplication des médias sociaux ont ouvert de nouvelles possibilités d’ingérence dans les processus démocratiques. Des scandales tels que l’affaire Cambridge Analytica ont mis en lumière la capacité à exploiter les données personnelles pour influencer les élections.

Appliquer le Digital Services Act (DSA) : La proposition s’inscrit dans le cadre plus large du Digital Services Act, qui vise à réglementer les plateformes en ligne. Le DSA prévoit des règles communes pour garantir un environnement en ligne sûr et transparent, ces dispositions renforceront la transparence de la publicité politique en ligne.

Uniformiser la définition de la publicité politique sur les réseaux sociaux : La proposition vise à mettre fin à la fragmentation des dispositions nationales en matière de publicité politique avant 2024, assurant ainsi une approche uniforme au sein de l’Union européenne. La Commission souligne la nécessité d’harmoniser les définitions de la publicité politique pour assurer un processus démocratique équitable. Le règlement introduit la première définition européenne de la publicité politique, couvrant un large éventail de moyens de communication.

Assurer des obligations de transparence : Les plateformes qui vendent de la publicité politique devront assurer la transparence dès les premiers échanges avec les annonceurs, reste à savoir comment ces plateformes procéderont pour les mentions spécifiques dans les annonces publicitaires qui sont prévus.

Surveillance et sanctions : Les autorités de contrôle des États membres sont habilitées à surveiller l’application du règlement, enquêter sur les violations, et infliger des sanctions en cas de non-respect des obligations.

Approches changeantes des médias sociaux envers le contenu politique et d’actualité

Selon certains spécialistes des réseaux sociaux, alors que Meta cherche à réduire la présence de contenu politique dans ses applications Facebook et Instagram, en revanche X-Twitter se tourne davantage vers le débat politique, tandis que Tiktok ne s’interdit plus les sujets plus politiques, au point de pousser Biden à s’y inscrire pour sa campagne de réélection. Bien que Meta cherche à éviter les coûts et les dommages réputationnels associés au contenu d’actualité et politique, la réduction de ce type de contenu pourrait avoir un impact sur les électeurs et l’influence politique voire les démarches de propagation de la désinformation.

Au total, en se concentrant sur la transparence des annonces publicitaires et l’encadrement du ciblage, la règlementation européenne ne devrait pas faire obstacle à la diffusion des messages politiques protégés par la liberté d’expression et indispensables en démocratie, tout en régulant une activité sensible ayant connue des dérives.