Parlement européen : la meilleure institution européenne en matière de web social ?

A la tête d’une communauté de plus de 800 000 fans sur Facebook, le plus important réseau social mondial, le Parlement européen est également présent sur la plupart des médias sociaux (Youtube, Twitter, Flickr, Pinterest, Tumblr, ect.) au point d’avoir réalisé une infographie  : « Parlement européen 2.0 : la session plénière en un clic ». Alors, le Parlement européen est-il la meilleure institution européenne en matière de web social ?

A la lettre, le Parlement européen dans les médias sociaux : l’institution la plus visible auprès du grand public

Face à la Commission européenne ou a fortiori aux Conseils (de l’UE ou européen), le Parlement européen est sans conteste l’institution européenne la plus visible auprès du grand public, dans les médias sociaux. D’ailleurs, ce n’est que justice.

D’abord, c’est le moins que l’on puisse attendre d’une institution composée d’élus au suffrage universel. L’institution européenne représentant les citoyens se doit, en raison de son rôle, d’être l’institution la plus visible auprès du grand public et contrairement aux autres institutions européennes plus discrètes, l’ensemble de ses membres – les députés européens – contribue à son rayonnement.

Ensuite, c’est logique aux vues des moyens, notamment d’achat publicitaire sur Facebook, que le Parlement européen déploie pour développer sa présence. (cf. « Les astuces du Parlement européen pour accroître sa popularité sur Facebook »). On peut songer également aux efforts salutaires du Parlement européen en matière de « datavizualisation » ou de curation des contenus publiés dans les médias sociaux avec « EPnewshub ».

Enfin, c’est une avance qui se paye au prix d’innovations pas toujours heureuses comme le rappelle les échecs de MyParl – un MySpace des eurodéputés qui n’a jamais vu le jour, de Citzalia – un Second Life (monde virtuel 3D) qui n’a jamais franchi la version beta, ou le retrait d’une vidéo virale en avril dernier.

En bref, le Parlement européen sait faire preuve de créativité pour exploiter les opportunités offertes par les médias sociaux et y consacre des moyens – budgétaires et humains – importants.

Dans l’esprit, le Parlement européen : l’institution la moins transformée par le web social

Pour autant, si l’on considère les transformations qu’impliquent le web social pour n’importe quelle institution, le Parlement européen semble l’institution européenne la moins transformée par le web social au sens où son activité et sa communication ne semblent pas bouleversées par le phénomène du web social. Déjà habituée à la transparence et au dialogue avec les citoyens, le Parlement européen s’adapte aux médias sociaux sans trop de difficulté.

Si l’on considère le Conseil européen et le huis clos des sommets de chefs d’Etat et de gouvernement, lorsque le président Van Rompuy tweete en décembre 2010 « We have an agreement on treaty amendment. », cela provoque un changement durable, que relève d’ailleurs dans une dépêche de l’AFP. Cette rupture de la chaîne de l’information à un moment crucial, permis par les médias sociaux, est un moment charnière qui explique pourquoi @euHvR (aujourd’hui @eucopresident) est le compte officiel d’un responsable européen le plus suivi encore à ce jour.

Autre exemple des transformations du web social – qui n’affectent pas le Parlement européen – c’est le développement de nouvelles manières de travailler avec des plateformes communautaires, des sortes de réseaux sociaux sur mesure (eTwinning, Regionetwork, Digital Agenda for Europe) développés par la Commission européenne pour collaborer avec les acteurs décentralisés de l’action publique européenne.

Au total, le Parlement européen est l’institution européenne, quoique la moins transformée par les médias sociaux, qui parvient le mieux à communiquer dans les médias sociaux.

Comment les partis politiques européens et les fondations politiques européennes pourraient communiquer sur les élections européennes ?

A l’approche des élections européennes, les moyens mis à la disposition des groupes parlementaires, des partis politiques européens et des fondations politiques européennes sont conséquents. Comment pourraient-ils en tirer profit pour communiquer auprès des Européens ?

Plus de 92 millions d’euros pour les partis politiques et les fondations politiques européens en 2013

C’est un budget conséquent de plus de 92 millions d’euros en 2013 que prévoit le budget du Parlement européen (pages 44 et 45) :

  • 58 millions d’euros pour les groupes parlementaires ;
  • 22 millions d’euros pour les partis politiques européens ;
  • 12 millions d’euros pour les fondations politiques européennes.

L’ensemble de ces « dépenses » pour le Parlement européen et pour ces organisations ne portent pas exclusivement sur la communication. Néanmoins, la priorité de cette mission à l’aune des futures élections européennes ne devrait que les inciter à mieux faire connaître leurs activités auprès du plus grand nombre d’Européens.

Fondations politiques européennes : une mission de communication autour des enjeux de politiques publiques européennes

Découlant de leur identité de « think tank » (i.e. de boîtes à idées pour les décisionnaires), les fondations politiques européennes ont une mission toute particulièrement en amont des échéances électorales pour produire de l’intelligence à la fois sur le bilan de la législature dans toutes les politiques publiques européennes ainsi que dans la formulation de propositions d’actions publiques concrètes et crédibles.

A l’heure du web social, cette mission d’expertise ne peut se limiter à la publication confidentielle de documents inaccessibles pour les partis prenantes et a fortiori pour le grand public.

Bien au contraire, la mission des fondations politiques en amont des élections européennes doit viser à partager – voire à co-construire – des réflexions qui à la fois incarnent des préférences « idéologiques » explicites et s’inscrivent dans un champ d’action opérationnel.

L’animation d’un débat public en ligne sectorisé et séquencé capable de permettre à chaque acteur de participer – à l’échelle de sa volonté : du simple commentaire à la contribution argumentée – au processus global de formulation de ces recommandations semble une évidence, que les prochains mois confirmeront ou invalideront.

Partis politiques européens : une mission de communication autour des programmes et des candidats

Détenteurs des clés du scrutin européen à la fois sous l’angle de la majorité électorale qui se dégagera de l’élection des candidats aux différents sièges d’eurodéputés et de la désignation du prochain président de la Commission européenne, qui devrait correspondre au chef de file de cette nouvelle majorité, les partis politiques européens ont un rôle éminent clé.

Là encore, cette mission de sélection du personnel politique européen ne peut pas ne pas être influencée par les transformations de l’espace public et notamment par les « nouveaux pouvoirs » détenus par les citoyens dans le web social.

La communication des partis politiques européens doit répondre à ces défis sous peine de passer à côté d’une pleine et sincère mobilisation du corps électoral européen. Chaque parti politique – en fonction de ses propres inclinations et de la maturité de son électorat – doit trouver les formes de communication qui sache activer et démultiplier leurs efforts.

Le panorama de la préparation des partis politiques européens en vue des élections européennes proposé par GrahnLaw confirme que les modalités de sollicitation des citoyens-électeurs sont très variables. La démarche la plus novatrice porte pour le moment sur des primaires initiées par les verts européens.

Au total, les partis politiques européens et les fondations politiques européennes disposent à ce jour de moyens conséquents pour communiquer auprès des citoyens. Reste à savoir ce qu’ils vont en faire…

Quelle est la stratégie de communication du Parlement européen sur les élections européennes de 2014 ?

Comment augmenter le taux de participation aux élections européennes ? Si l’opinion des Européens est unanime et connue grâce aux Eurobaromètres, la réponse du Parlement européen se dévoile peu à peu…

Davantage d’informations sur les élections et l’incidence de l’UE dans leur vie quotidienne, c’est la réponse des Européens pour augmenter la participation électorale européenne, selon l’Eurobaromètre Flash 364 « Connaissance des droits électoraux et taux de participation ».

Plus de huit personnes sur dix (84%) s’accordent (et une majorité s’accorde « absolument ») pour dire que la participation aux élections européennes serait plus élevée avec :

  • Davantage d’informations sur les élections au Parlement européen ;
  • Davantage d’informations sur l’incidence de l’Union européenne sur leur vie quotidienne.

Une stratégie « corporate » et opportunément précoce

Selon le compte-rendu du « Working Party on Information » du 30 novembre 2012, quelques grands principes de la stratégie de communication pour les élections européennes ont été présentés par le Parlement européen.

La campagne d’information prévue par le Parlement européen mettra l’accent sur :

  • les valeurs (= ce que l’UE représente, par exemple, les droits fondamentaux et la liberté) ;
  • les politiques (= ce que les institutions font afin de souligner l’importance des décisions du PE dans la vie quotidienne des citoyens).

Contrairement à la campagne « marketing » lors des élections européennes de 2009 qui portait sur la notion de choix individuel lors du vote, l’approche pour 2014 serait plus « corporate » avec un accent sur les valeurs à la base de la construction européenne. Une réorientation sur l’essentiel qui se justifie par le contexte de crise en Europe et de l’Europe au sein des opinions publiques.

Autre nouveauté, la précocité « opportune » du début de la campagne de communication, ce qui permettra d’assurer une meilleure coopération – entre les institutions européennes et avec les États membres – cruciale pour transmettre des messages crédibles et cohérents à tous les publics.

D’ailleurs, le Parlement européen a demandé aux États membres de désigner un point de contact afin d’unir leurs efforts pour coopérer à la mise en œuvre harmonieuse de la stratégie de communication du Parlement européen pour les élections européennes.

D’une certaine manière, la campagne pour l’Année européenne des citoyens en 2013 agit comme une répétition générale afin de sensibiliser et d’interagir avec les citoyens et les multiplicateurs par tous les moyens.

Une communication « digital » et résolument désintermédiée

Lors d’un petit déjeuner « Keep Calm and Communicate » le 20 février à l’European Internet Foundation, les principaux responsables de la communication du Parlement européen ont précisé les contours de la campagne sur les élections européennes.

Juana Lahousse-Juárez, directrice générale de la DG COMM au Parlement européen s’est exprimée sur la stratégie de communication du Parlement européen, en préparation depuis 2010, basée sur les politiques et les valeurs de l’UE. Elle a expliqué que le Parlement européen fait un effort pour écouter les citoyens et encourager un dialogue entre les députés et les Européens.

Thibault Lesenecal, responsable de la communication web, a présenté la stratégie du PE sur Internet et les médias sociaux :

  • Sur 12 médias sociaux (Facebook en priorité avec 650K fans et 1,8 million en faisant la somme des fans de tous les eurodéputés), le PE est actif pour sensibiliser à ses activités et favoriser la participation des citoyens ;
  • Avec EP Newshub, un agrégateur en direct et en 23 langues des contenus publiés par les eurodéputés dans les médias sociaux, le PE dispose d’une plateforme désintermédiée (sans aucune intervention éditoriale tierce) mettant directement en relation les citoyens (du moins les plus intéressés et surtout les journalistes et les lobbyistes) et les eurodéputés.

Jaume Duch, porte-parole et directeur des médias au Parlement européen a également pris la parole pour donner une synthèse de comment tous ces outils seront utilisés pour sensibiliser aux prochaines élections et contribuer à rapprocher les citoyens européens des eurodéputés.

Plus d’un an avant les élections européennes, la stratégie de communication du Parlement européen semble bien en place. Les partis pris « corporate » et « digital » permettront-ils de lutter contre l’abstention ?

Quel est l’impact dans les médias et sur Twitter du discours de Hollande au Parlement européen ?

Pour son premier discours entièrement consacré à l’Europe, le président de la République s’est présenté devant le Parlement européen. A quelques jours d’un Conseil européen consacré aux négociations budgétaires de l’UE, comment ce discours a-t-il été perçu dans les médias et reçu sur Twitter ?

Circonspection des éditorialistes

Un tour d’horizon des réactions dans la presse quotidienne nationale montre que le chef de l’Etat n’a pas soulevé l’enthousiasme :

Jean Quatremer (Libération) dans « Les vœux preux européens de François Hollande » distribue les points entre « un plaidoyer européen, un tantinet convenu » mais également « tout en restant prudent, Hollande fournit néanmoins quelques pistes » : François Hollande s’est dit « prêt à « lancer le grand chantier de l’approfondissement de l’Union économique et monétaire » pour définir « une nouvelle architecture de l’Union ». ».

Arnaud Leparmentier (Le Monde) dans « A Strasbourg, séance de questions au président français » insiste sur le dialogue avec les eurodéputés : « »euro », il faut le dire rapidement : ce furent surtout des « franco » députés qui prirent la parole ». Sur le fond, « François Hollande n’était pas sur les grandes visions conceptuelles, même s’il a précisé son envie d’une zone euro plus politique et plus intégrée ».

Guillaume Tabard (Les Echos) dans « Hollande : observateur inquiet plus qu’acteur motivé de l’Europe » analyse que « le président de la République a davantage pointé l’Europe dont il ne voulait pas [ni Europe de la rigueur, ni Europe à la carte] que dépeint l’Europe qu’il voulait ». Au total, « S’il s’abstient de défendre un rêve européen, c’est parce qu’il ne veut pas vivre un cauchemar français à cause de l’Europe. »

La rédaction d’Euractiv France dans « Hollande, partenaire commode des députés européens » replace ce discours dans le cadre des négociations budgétaires européennes (pour lesquelles le Parlement européen dispose d’un droit de véto) : « Le Président français a toutefois tenu à se présenter en allié du Parlement européen, estimant que leurs positions « ne sont pas si éloignées » ».

Réactions sur Twitter

Alors le « mot dièse » #EUNobel utilisé à l’occasion de la remise du prix Nobel à l’UE a été tweeté plus de 2 000 fois en décembre dernier, #HollandePE rassemble 7 261 Tweets (76,7% provenant de France et 8,7% de Belgique).

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Le « live-tweet » du discours – renforcé par la couverture d’Itélé et de BFM TV – a été mené activement par plusieurs comptes, en particulier @Euractiv_FR avec 144 Tweets, @fabiencazenave (118 Tweets) et @thomaswieder avec 103 Tweets, dont le Tweet le plus retweeté (53 RT).

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Globalement, les mentions se répartissent entre 53% de Retweets (les moments clés du discours sont repris), 44% de Tweets et 3% de Reply, ce qui montre un faible niveau de discussion entre twittos sur le sujet. D’ailleurs, le niveau d’engagement est assez faible : 62% des comptes ont tweeté seulement 1 fois sur le sujet contre 9% avec 8et+.

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Ainsi, l’impact du discours du président de la République au Parlement européen connaît un important volume sur Twitter et un jugement largement circonspect des journalistes. L’impact véritable de cet exercice de séduction des eurodéputés se mesurera lors des négociations budgétaires issues du Conseil européen.

Quelles sont les stratégies de communication parlementaire autour du choix du thème de l’Année européenne 2014 ?

Chaque année depuis 1983, un thème est sélectionné pour désigner l’Année européenne. Le choix revient aux institutions européennes et le Parlement européen se montre actif pour formuler des propositions à la Commission européenne. Comment s’organise la communication des eurodéputés pour promouvoir différents thèmes pour l’Année européenne 2014 ?

La question parlementaire pour la désignation de l’année 2014 comme Année européenne de la santé mentale et du cerveau

Première démarche possible, la question écrite. Il s’agit de la démarche de communication la plus « conventionnelle » puisqu’elle se limite à un dialogue écrit entre une question parlementaire et la réponse de la Commission.

Par la question écrite E-011832/2011 (posée donc dès 2011), plusieurs eurodéputés libéraux, verts et sociaux-démocrates souhaitent désigner l’année 2014 comme l’Année européenne de la santé mentale et du cerveau.

Il ne semble pas que la notoriété réduite de cette proposition ait plaidé pour le choix de ce thème pourtant important au regard du vieillissement de la population – 2012 fut d’ailleurs l’Année européenne du vieillissement actif…

La déclaration parlementaire soutenue par une mobilisation d’ONG européennes pour la désignation de 2014 comme Année européenne de la conciliation de la vie professionnelle et de la vie familiale

Autre démarche plus innovante, la déclaration parlementaire soutenue par des acteurs de la société civile consiste à former une « alliance » d’eurodéputés, d’ONG européennes et de partenaires sociaux afin de mener campagne autour d’un thème.

Ainsi, la Confédération des organisations familiales de l’Union européenne (COFACE) et la délégation Europe de l’International « Make Mother Matter » (MMMI) soutiennent activement la déclaration écrite de l’eurodéputé Marian Harkin qui demande la désignation de 2014 comme l’Année Européenne de conciliation de la vie professionnelle et de la vie familiale.

Plus de 334 parlementaires européens auraient déjà signé le manifeste hébergé sur un blog dédié à l’argumentation en faveur de ce choix qui vise à rendre hommage aux familles européennes dans le rôle essentiel qu’elles jouent dans la société.

Cette démarche reposant sur la mobilisation de la société civile présente davantage de chance de rassembler une majorité au Parlement européen, quoique le sujet tout en étant trans-partisan ne soit sans doute pas assez consensuel.

La résolution parlementaire pour la désignation de 2014 comme Année européenne contre le gaspillage alimentaire

La dernière démarche – certainement la plus susceptible de réussir – consiste à adopter une résolution du Parlement européen en séance plénière.

Le 19 janvier 2012, le Parlement européen a adopté la Résolution 2011/2175 sur le thème « Éviter le gaspillage des denrées alimentaires: stratégies pour une chaîne alimentaire plus efficace dans l’Union européenne ».

Le choix d’articuler deux enjeux : le gaspillage alimentaire et l’aide au plus démunis a sans aucun doute contribué au soutien d’une majorité d’eurodéputés. Les objectifs sont à la fois de réduire de moitié le gaspillage alimentaire (89 millions de tonnes par an soit 179 kg par habitant) d’ici 2025 et d’améliorer l’accès aux aliments pour les personnes démunies, alors que le Programme européen d’aide aux plus démunis (PEAD) est menacé de suppression.

Au total, la créativité des démarches de communication parlementaire est importante – mais seule compte la capacité à rassembler une majorité pour imposer un thème à une Année européenne.