Lancement officiel de la campagne d’information et d’incitation au vote pour les élections européennes 2009

En complément de la campagne de communication du Parlement européen pour les élections européennes : “Elections européennes : à vous de choisir”, le gouvernement français lance – à l’occasion de la Journée de l’Europe du 9 mai – une campagne d’information et d’incitation au vote pour les élections européennes composée d’un spot vidéo…

Des objectifs de communication concentrés sur l’institutionnel : déficit de la dimension affective de l’Europe

Les objectifs du spot, unique moyen de communication de la campagne sont de :

  • rappeler la date des élections : le 7 juin pour la métropole, le 6 ou 7 juin pour l’outre-mer.
  • inciter les électeurs à se mobiliser : le taux de participation réel aux élections européennes de 2004 était de 43.3%.
  • raconter les grandes étapes de la construction européenne et mettre en perspective les élections du 7 juin.

Au regard des objectifs d’une campagne de communication selon le modèle AIDA (Attention, Intérêt, Désir, Action) :

  • attirer l’Attention ;
  • susciter l’Intérêt ;
  • provoquer le Désir ;
  • pousser à l’Action ;

la campagne gouvernementale répond parfaitement aux objectifs cognitifs (informer) et conatifs (inciter les citoyens à changer leur comportement) mais ne semble pas prendre en compte pleinement les objectifs affectifs (développer une image attractive).

Ainsi, la campagne de communication du gouvernement pour informer et inciter les citoyens à voter aux prochaines élections européennes – dont les objectifs de communication sont très institutionnels – risque de conforter le déficit d’image de l’Europe et ne pas pleinement finaliser la lutte contre l’abstention.

Un dispositif média concentré dans le temps : déficit de diffusion dans la dernière ligne droite avant le vote

Toujours selon le portail du gouvernement, cette campagne bénéficie d’un dispositif média concentré de plus de 1000 passages en télévision d’un spot unique de 45 secondes, du 9 au 22 mai 2009.

Certes, la diffusion sur la plupart des chaînes de la TV (5 grandes chaînes de télévision nationale, 16 chaînes de la TNT, du câble et du satellite et 14 chaînes d’Outre-mer) et les relais sur des sites web gouvernementaux et commerciaux permettront sans aucun doute de toucher massivement une large cible de citoyens français et européens résident en France.

Mais, malgré la puissance GRP du plan média très impactante, l’absence de diffusion du spot lors des 15 derniers jours précédant le scrutin risque de ne pas convaincre les électeurs hésitants qui décident de plus en plus tardivement de voter ou de s’abstenir.

En quoi l’UE souffre d’un déficit de médiatisation ?

Selon Thomas Ferenczi, dans les Cahiers du CEVIPOL, la question de la médiatisation des affaires européennes est certainement l’une des clés pour assurer à l’Union à la fois plus de visibilité et plus de légitimité :

  • Visibilité : une meilleure compréhension des mécanismes institutionnels et des politiques européennes par les citoyens des États membres ;
  • Légitimité : une plus grande adhésion « en la forme d’une tolérance passive ou d’un soutien actif », cf. Jean-Louis Quermonne dans « l’Europe en quête de légitimité ».

Une inadaptation des « machines » journalistiques nationales et de la « machine » de la communication de l’UE

Pour Gerd G. Kopper dans la revue Horizons Stratégiques « Informer sur l’Europe en France », les « machines » journalistiques et de la communication de l’UE ne fonctionnent pas car entre « les médias et l’Union européenne : le prisme national perdure » :

  • La « machine » journalistique tourne autour des centres d’intérêts nationaux. Les correspondants bruxellois ont parfois des difficultés à retransmettre les informations européennes aux publics nationaux en raison des réticences de leurs rédactions nationales.
  • La « machine » de la communication de l’UE, elle ne connaît pas suffisamment les médias nationaux et ne peut donc répondre correctement à leurs attentes.

Au final, la couverture de l’actualité européenne par les médias est minimale. Seules les informations véritablement factuelles sont relayées par les médias. En fonction des choix éditoriaux, les sujets faisant partie de la « machine à actualité » sont traités.

Une inadaptation de la gouvernance politique de l’UE à la lisibilité nécessaire de l’exercice des responsabilités

En matière de gouvernance, le système institutionnel de l’UE est trop compliqué, en démultipliant les présidences (configuration issue du traité de Lisbonne) :

  • la présidence stable du Conseil européen,
  • la présidence tournante du Conseil des ministres, à l’exception du Conseil des affaires étrangères présidés par le haut représentant,
  • la présidence de l’Eurogroupe,
  • la présidence de la Commission,
  • la présidence du Parlement européen.

Pour Bruno Le Maire, Secrétaire d’État aux Affaires européennes, dans Le Figaro « le problème de l’Europe est un problème de responsabilité. Les citoyens ne savent pas qui est responsable de quoi. Pour y remédier, nous devons nous entendre sur l’équilibre institutionnel ».

Il est probable que cette diversification des présidences et le problème de responsabilité pose des difficultés en termes de perception médiatique et ne facilite pas une lecture lisible des institutions européennes.

Une inadaptation de l’Europe aux contraintes de la télévision

L’Europe à la télévision est confrontée à un nombre croissant de problèmes, plus compliqués que ceux des autres médias :

  • L’Europe n’offre aucune image intéressante : les hauts responsables ne peuvent pas toujours être interrogés et les porte-parole ont peu d’intérêt en termes politiques.
  • Par ailleurs, l’Europe ne se résume pas aisément : les problèmes politiques sont abstraits et complexes.
  • Enfin, l’Europe fonctionne sur un mode consensuel : toutes les solutions politiques sont des compromis. Par conséquent, lorsque les télévisions parlent d’Europe, pour que l’information soit visible, elles doivent nécessairement faire le lien avec l’aspect national de la question abordée.

Ainsi, la question d’une meilleure visibilité de l’UE dans les médias européens ne peut passer que par une meilleure légitimité, soit par la responsabilité et l’efficacité des institutions communautaires.

Élections européennes : la Commission européenne et MTV encouragent les jeunes à faire entendre leur voix et à voter

Contre l’abstention et pour la participation des jeunes :

Afin de ne pas réitérer, lors du scrutin de juin prochain, la faible participation au vote des élections européennes de 2004 : l’abstention avait dépassé les 50% dans l’UE, et atteint 77% chez les 18-24 ans ;

Et parce que « les jeunes sont l’avenir de l’UE. Nous avons besoin de leurs idées et d’une participation active de leur part. Ils doivent savoir que leur voix compte et que leur participation au débat et aux élections au Parlement européen est importante », selon Margot Wallström, vice-présidente de la Commission chargée des relations institutionnelles et de la stratégie de communication ;

La Commission européenne et MTV lance une campagne de communication, d’un montant de 1,9 million d’euros, couvrant l’ensemble des États membres de l’UE pour encourager les jeunes à faire entendre leur voix et à voter : « Ohé l’Europe, tu m’entends ? ».

1/ éveiller la curiosité des jeunes avec des spots sur la chaîne musicale MTV

A partir du 6 avril 2009, trois spots télévisés sont diffusés pour capter l’attention des jeunes en utilisant en toile de fond les principaux monuments d’Europe, comme Big Ben à Londres, la tour Eiffel à Paris (ci-dessous) ou le Colisée de Rome et appeler les jeunes à se faire entendre.

La chaîne MTV est habituée à ce genre de campagnes : depuis 1992, elle diffuse des spots de l’organisation Rock the Vote qui incite simplement à voter, sans consignes électorales particulières.

2/ susciter l’expression des jeunes avec un site Internet collaboratif

Sur www.caneuhearme.eu, le site de la campagne, les jeunes sont invités à partager leurs opinions, leurs souhaits, leurs besoins, leurs préoccupations, leurs rêves, leurs plaintes et leurs idéaux relatifs à l’UE et à mettre en ligne leurs propres vidéos.

3/ inciter à participer aux rassemblements dans les capitales européennes

La campagne invite aussi à des rassemblements le 30 avril dans les capitales européennes, dont Paris, pour crier tous ensemble « Ohé l’Europe, tu m’entends ». Ce cri « étant censé agir comme métaphore pour montrer que c’est en votant qu’on peut être « entendu » ». Une émission spéciale sera programmée sur MTV le 30 avril et ouvrira l’antenne aux jeunes Européens.

Le pragmatisme en communication, est-ce suffisant contre l’indifférence ?

Le choix d’utiliser une chaîne musicale américaine populaire et les outils participatif et collaboratif du web 2.0 pour promouvoir les élections européennes auprès des jeunes peut se révéler pragmatique.

Mais, lutter contre l’« indifférence » des jeunes pour l’Europe encore renforcée par la « complexité » des enjeux européens sans bénéficier d’une personnalité-prescripteur populaire, au visage télégénique, comme le reconnait Campo dall’Orto, de MTV, est-ce suffisant ?

Mais, s’intéresser aux jeunes alors que la Commission européenne se trouve éloignée de leur quotidien, le plus jeune des commissaires actuellement Olli Rehn étant âgé de 47 ans, comme le reconnait Margot Wallström, est-ce suffisant ?

Vers la création d’un réseau paneuropéen de télévisions ?

L’une des priorités de la Commission européenne en matière de communication consiste à « Communiquer sur l’Europe dans les médias audiovisuels » afin d’accroître progressivement le nombre de programmes traitant de l’UE sur les stations de radio et les chaînes de télévision européennes…

Le plan d’action dans le domaine de l’audiovisuel

Augmentation du nombre de produits audiovisuels sur les questions européennes mis gratuitement à la disposition des médias ;

Intensification de la production et de la diffusion de présentations audiovisuelles et de communiqués de presse vidéos illustrant ou expliquant les politiques communautaires ;

Création d’un réseau de chaînes de télévision, dans le respect absolu du principe de la liberté éditoriale.

Les objectifs du réseau paneuropéen de télévisions

Faciliter la compréhension de la manière dont les politiques et les actions de l’Union européenne affectent la vie quotidienne de ses citoyens.

Favoriser une couverture plus large et plus accessible de l’actualité communautaire par la production et la diffusion des programmes spécifiques dédiés aux affaires de l’UE.

Encourager l’émergence d’une sphère publique européenne facilitant et élargissant le débat démocratique grâce à la présentation et à la discussion de divers points de vue et de regards croisés sur les sujets européens.

Les modalités des programmes audiovisuels spécifiques sur l’UE

Diffusés dans la langue habituelle de chaque opérateur, à des heures de grande écoute, sur une base au moins hebdomadaire.

Identifiés clairement comme le résultat de la coopération du réseau,

Dynamiques et innovants et si possible avec des touches d’humour et d’émotion.

Susciter le débat et assurer la diversité des approches et les regards croisés afin de favoriser chez les téléspectateurs, leur analyse critique et la construction de leurs propres opinions.

Permettre une interaction avec les téléspectateurs, via un portail Internet opérant dans toutes les langues de diffusion du réseau.

Le budget pour 2009 est de 8,2 millions d’euros.

Lancement officiel de la campagne de communication du Parlement européen pour les élections européennes : “Elections européennes : à vous de choisir”

Seule institution européenne dont les membres sont élus au suffrage universel direct, le Parlement européen lance une campagne de communication unique dans les 27 États membres pour mobiliser un électorat tenté par l’abstention et qui est appelé à élire 736 eurodéputés du 4 au 7 juin…

Le raisonnement de la réflexion stratégique de la campagne repose sur le concept de choix

Annoncée depuis quelques mois notamment sur ce blog et dévoilée mardi 17 mars, la campagne repose sur le raisonnement suivant :

  • des choix politiques majeurs se posent à l’UE ;
  • les décisions de l’UE affecteront la vie quotidienne des citoyens européens ;
  • le premier rôle reviendra au Parlement européen pour en fixer les alternatives politiques ;
  • par leur vote lors des élections européennes pour les candidats portant leurs préférences politiques, les citoyens peuvent influer sur la sélection de ces alternatives politiques.

Ainsi selon le Vice-président Alejo Vidal-Quadras (PPE-DE, ES) : « le seul message de cette campagne est relatif au choix » en s’inscrivant dans une démarche institutionnelle et non partisane et en ne favorisant aucun choix particulier.

Le positionnement de la déclinaison opérationnelle de la campagne repose sur des registres pédagogique et accessible

Le multimédia et Internet en particulier est au cœur de la démarche initiée par le Parlement européen :

  • Pages dédiées aux élections de juin 2009 lancées en janvier dernier rassemblant des sondages en lignes, des dossiers thématiques et des cartes interactives ;
  • « Choice Boxes » intitulées « Eurostudios » ressemblant à des espaces multimédias de la taille d’une pièce où les électeurs peuvent exprimer leur avis, une forme de « cahier de doléances » virtuels. Les Eurostudios seront installés dès le 9 mai à Paris et à Marseille. Quotidiennement une sélection d’enregistrements des Eurostudios seront diffusés sur des écrans placés à l’extérieur de ces espaces, à Bruxelles et par le canal de EuroparlTV et YouTube.

Une attention particulière est portée à la cible des jeunes, notamment via l’utilisation de médias sociaux tels que MySpace, Facebook, Flickr (cf. création de groupes sur les réseaux communautaires).

Selon Euronews, le budget de la campagne s’élève à environ 18 millions d’euros, « ce qui veut dire que par électeur, si on pense aux 375 millions d‘électeurs potentiels, cela signifie un budget de cinq centimes d’euros, selon Francesca Ratti, directrice de la Communication du Parlement européen ».