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Quelle stratégie industrielle de l’UE pour les médias européens ?

Pour qu’une politique publique finisse par arriver, il faut bien à un moment donné qu’elle soit formulée et discutée. N’étant jamais mieux servi que par soi même, c’est exactement ce que les journalistes européens souhaitant ainsi réviser la politique médiatique de l’UE depuis des subventions attribuées au cinéma, à la télévision et à la radio vers un investissement dans des médias indépendants confrontés aujourd’hui à une double crise, économique et numérique…

Missions de l’UE : évaluer le pluralisme des médias et protéger les journalistes

L’UE a besoin de médias en meilleure santé, c’est l’une des conclusions, sans doute oubliée, d’un Conseil européen des 25 et 26 novembre 2013 sur l’indépendance et le pluralisme des médias dans le numérique :

Le secteur des médias, malgré toutes ses faiblesses économiques et ses lacunes, est indispensable pour l’Europe. Aucune construction démocratique n’a jamais survécu sans une presse en bonne santé. L’UE n’est pas différente, mais son « quatrième pouvoir » est fragile. L’Europe a besoin de journalistes de rédacteurs et d’éditeurs durables et indépendants, capable d’expliquer les défis et de s’engager.

Dans le cadre de ses compétences, la Commission européenne soutien des projets qui visent à mesurer les risques pesant sur le pluralisme des médias dans l’UE et à améliorer la protection des journalistes dans l’exercice de leur métier.

Recommandations de l’Association des journalistes européens pour une stratégie industrielle de l’UE dans le secteur des médias

Disponible sur le blog de Christophe Leclerc, le « final draft report » sur la stratégie de l’UE pour des médias indépendants et viables formule notamment une série de recommandations :

1. Fournir une politique industrielle stratégique pour la durabilité du secteur des médias

Le droit d’être informé est un droit fondamental ; la participation des citoyens implique un débat critique, le plus souvent mené par des médias pluriels reflétant la diversité de l’Europe. L’AJE encourage l’UE a adopté une stratégie industrielle pour le secteur des médias afin d’aider les médias sains à innover et de distribuer des aides palliatives pour les médias en crise.

2. Fournir des aides adaptées pour accompagner la transformation digitale des médias

Certains médias traditionnels vont évoluer ou mourir en grande partie due aux forces du marché ; mais des « coups de pouce » stratégiques et des investissements sélectifs de R&D de l’UE pourraient faciliter la transition vers l’ère numérique.

3. Soutenir la créativité et éviter d’essayer de « choisir les gagnants »

Le journalisme est innovant et a fait preuve de souplesse dans le temps. La priorité, que peine à financer les médias, c’est la collaboration transfrontalière et le partage de contenus entre journalistes et réseaux de journalistes, sans fondé les financements sur l’histoire ou la nationalité des médias.

4. Soutenir l’indépendance éditoriale et la liberté de la presse durable

L’UE ne devrait pas essayer de créer elle-même des médias (appartenant à l’UE) ; mais devrait envisager des projets plus indépendants avec les médias existants et les start-ups, en soutenant leur durabilité, surtout lorsque leur modèle économiques est soutenable.

5. Promouvoir des projets de journalisme de qualité aux niveaux national et local

L’UE devrait investir davantage dans l’éducation et la formation des éditeurs, des rédacteurs et des journalistes et soutenir également les journalistes qui font des « histoires locales européenne ou des histoires européennes locales » tout en laissant aux éditeurs et journalistes de choisir leurs propres priorités éditoriales.

Proposition du Journalismfund.eu pour un journalisme d’investigation européen, pierre angulaire d’un débat public européen

Ides Debruyne, le directeur du Journalismfund.eu s’interroge : « How The Emancipated Journalist Can Save European Democracy (But Isn’t Doing It Yet) » autour d’un raisonnement simple : si l’UE veut survivre comme une union des citoyens, elle doit laisser la place à un débat public avec tous ses avantages et ses inconvénients. Et pour nourrir ce débat, nous avons besoin de chiens de garde indépendants. Nous avons besoin de journalistes émancipés d’investigation, prêts à relever le défi.

Quelques initiatives intéressantes de nouveaux modèles de journalisme d’investigation seraient à développer à l’échelle européenne ; songeons par exemple à CORRECT!V en Allemagne, Mediapart en France, De Correspondant aux Pays-Bas, Apache En Belgique, IRPI en Italie ou Le Bureau du journalisme d’investigation au Royaume-Uni

Le journalisme d’investigation pourrait également se traduire sur les sujets européens par la réalisation de documentaires inspirants, un format qui disposent des sources diverses de financement trans-médias et transeuropéennes depuis longtemps.

Les institutions européennes devraient stimuler et faciliter ce climat d’entrepreneuriat journalistique en Europe.

Au total, les idées pour développer des actions de l’UE au bénéfice de projets journalistiques et de médias indépendants et viables ne manquent pas. Mais qu’en est-il de la volonté et des moyens de l’UE ?

Série d’été : principales évolutions du paysage médiatique européen

Lacomeuropéenne prend ses quartiers d’été et propose une rétrospective des principales contributions de l’année sur les grands enjeux de la communication de l’Union européenne. Aujourd’hui, focus sur les médias européens…

Bruxelles, lieu de pouvoir ? La preuve par le paysage médiatique bruxellois

Enfin, la scène médiatique européenne se diversifie avec une nouveauté relativement récemment des médias décalés ou satiriques sur les coulisses et les arrières couloirs des allées du pouvoir bruxellois.

Bruxelles ne sera pleinement un centre de pouvoir qu’à la condition d’accueillir également un paysage médiatique pluriel (couvrant différents types de presse) et pluraliste (représentant différentes opinions).

Quel avenir pour le paysage médiatique européen ?

Politico, le média en ligne de référence du journalisme politique américain, démarque en Europe et enfin, avec Politico Europe, l’Union européenne sera scrutée par un média d’investigation global sur la vie politique et les politiques publiques européennes.

D’autres évolutions ont marqué le premier semestre européen en 2015 :

  • Euronews, la chaîne TV européenne, rachetée pour développer le numérique ;
  • LENA, une alliance inédite d’échange d’articles entre des journaux européens de référence ;
  • Europolitique, l’agence de presse historique met la clé sous la porte.

Les effets d’annonce de ces innovations semblent inversement proportionnels à leur impact sur le public : Politico Europe, nouveau pure player européen fait bruisser tout Bruxelles, mais ses effets sur les Européens sont plus incertains. En revanche, la disparition d’Europolitique se fait en silence alors que sa culture journalistique et son expertise faisait référence depuis plusieurs décennies dans le journalisme européen. De meme, LENA se contente de quelques entrefilets alors que l’impact sur l’européanisation des médias existants est immédiat.

Quel est le profil des journalistes européens ?

Une table ronde sur le journalisme européen fournit l’occasion de décrire le profil des journalistes européens :

  • Les apprentis journalistes européens : une euro-génération Erasmus multilingue et archi-diplômée
  • Quelques places dans des médias de niche, spécialisés et/ou professionnels
  • Des opportunités dans des médias en ligne
  • Le financement, le talon d’Achille du journalisme européen
  • Des sujets pour le journalisme européen qui évoluent

L’Europe devient peu à peu un espace naturel et un centre d’intérêt que des médias spécialisés traitent même si un certain populisme se développe aussi dans une presse très grand public.

Quand le « data storytelling » réinvente le journalisme européen

Plusieurs exemples de « data storytelling » européens :

  • EurActory, créé et animé par Euractiv, propose aux journalistes (et aux parties-prenantes) un annuaire des experts les plus pertinents et compétents sur les politiques de l’UE ;
  • Thumbs of Europe vise à renforcer la transparence sur les positions des différentes parties prenantes aux affaires européennes.

Le « data storytelling » offre la possibilité d’une nouvelle forme de journalisme à partir des données, entre le hack (l’investigation et le leak) et le code (la data-visualisation).

Pourquoi la « comm » l’a emporté partout sur l’info, sauf pour l’Europe ?

Alors que la distinction entre information et communication tend – malheureusement – à se dissiper en ligne avec le développement du « online advertising » ou du « brand content », qu’en est-il de l’information et de la communication européennes ?

Partout la « comm » a pris le dessus sur l’information, surtout selon les journalistes qui se sentent assiégés par des cohortes de communicants même si l’anti-thèse des communicants sur le triomphe de « l’info » en temps réel et en ligne partout tout le temps n’est pas dénuée d’intérêt.

Pour l’information et la communication européennes, ce qui apparaît d’emblée comme un échec pour la communication de l’UE, songeons à la seule douzaine de porte-parole de la Commission européenne face au millier de journalistes européens, représente en fait une chance face à la faillite du flux continu de l’info.

Quelles sont les 10 meilleures sources d’informations sur l’Union européenne ?

Pour finir, à partir d’une large veille sur des portails, des newsletters et autres publications en ligne (en français et en anglais), une sélection des meilleures sources d’informations sur l’Union européenne aujourd’hui.

En conclusion, cette année, le journalisme européen est en profonde transformation, tant avec l’arrivée de Politico Europe, du data journalisme, d’une nouvelle euro-génération Erasmus multilingue et digital native, de médias décalés et satiriques, d’une alliance entre grands titres de presse…

Comment Politico Europe s’est aussi inspiré des euro-bloggeurs ?

Le lancement du média américain Politico Europe au printemps dernier a largement rebattu les cartes à Bruxelles, avec déjà une première victime, Europolitique – « la fin d’une époque » pour Bruxelles2. Au-delà du business-modèle importé des US, certaines pratiques semblent inspirées des euro-bloggeurs…

Politico Europe, une inspiration des euro-bloggeurs dans le positionnement : être à la fois totalement in et vraiment out de la sphère institutionnelle européenne

Jadis, lorsque les blogs sur l’Europe existaient sur la scène européenne, leur influence fantasmatique ou réelle reposait sur un savant mélange entre une parfaite connaissance des institutions européennes et de la vie politique bruxelloise rendu accessible aux non-initiés et un regard totalement extérieur avec ce petit monde.

Cette contribution à l’espace public européen de Politico Europe, dans une perspective à la fois très européenne « institutionalo-centrée » au cœur des décisions concrètes mais également très iconoclaste, hétérodoxe quant à la discussion des résultats est une sorte de prolongement que le modèle Politico, lui-même héritié de la culture web, empreinte génétiquement aux euro-bloggeurs.

Politico Europe, une inspiration des euro-bloggeurs dans la démarche : de l’infotainment de qualité, à la fois didactique et critique

Autre filiation entre les euro-bloggeurs et Politico Europe, qui s’explique en grande partie par le modèle éditorial mis en place aux Etats-Unis par Politico « original », la manière de traiter et de rédiger qui repose sur une conviction qu’il est possible à la fois d’informer et de divertir, en tout cas de rendre attractif les sujets abordés.

Cette approche de Politico Europe, où se mêle l’enthousiasme pour l’Europe, au sens de la passion pour savoir ce qui se passe vraiment, la didactique ou envie de transmettre même les choses les plus complexes sans compromis et la critique tantôt ironique, tantôt constructive rejoint largement les intentions de la plupart des euro-bloggeurs.

Politico Europe, une inspiration des euro-bloggeurs dans la communication : un réseautage social off- et online

Dernière source d’inspiration, sans doute tellement « mainstream » aujourd’hui qu’elle passe sous silence : Politico Europe, média d’abord en ligne, communique avec une intrication du off- et du online pour lier et interconnecter les journalistes, les lecteurs, les annonceurs et les lecteurs qui n’est pas sans rappeler les collaborations en ligne entre euro-bloggeurs.

Au total, Politico Europe semble parachever avec force un mouvement de sécularisation de l’information européenne initié timidement par les euro-bloggeurs.

Quelles sont les 10 meilleures sources d’informations sur l’Union européenne ?

À partir d’une large veille sur des portails, des newsletters et autres publications en ligne (en français et en anglais), une sélection des meilleures sources d’informations sur l’Union européenne aujourd’hui…

1. La revue de presse quotidienne de Touteleurope

Offrant tous les jours à la fois un regard large et accessible sur l’actualité européenne, la revue de presse quotidienne de Touteleurope se présente sous la forme d’une synthèse sur le grand sujet du jour et les articles français et européens qui y sont liés, ainsi qu’un panorama des articles du jour sur l’UE dans la presse française par thème et dans la presse européenne.

2. Le briefing quotidien de Contexte

Plus denses et plus techniques, les briefings quotidiens de Contexte sont tout autant indispensables en faisant le tour de l’actualité du jour et proposant des indiscrets et un agenda des principales réunions institutionnelles. Au-delà du briefing « général », 4 briefings thématiques : énergie, transports, numérique et territoires complètent l’offre réservée aux abonnés.

3. Le Brussels Playbook de Politico Europe

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Plus récent dans le paysage, et extrêmement bien informé sur les grands et les petits événements bruxellois dans les affaires européennes, la lecture du « Brussels Playbook » de Politico Europe est très recommandée. Son auteur Ryan Heath est notamment l’ancien porte-parole de Neelie Kroes, la Commissaire néerlandaise au digital sous Barroso.

4. La lettre de la Fondation Robert Schuman

Véritable succès avec 200 000 abonnés et des éditions hebdomadaires en 5 langues (français, anglais, allemand, espagnol et polonais), la Lettre de la Fondation Robert Schuman se définit comme « unique en son genre » et offre un condensé de l’actualité institutionnelle et culturelle européenne. 

5. La sélection des éditeurs du Blogginportal

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Réalisée à partir d’un feed rassemblant actuellement 1 132 blogs publiant dans presque toutes les langues de l’UE, la sélection des éditeurs du Bloggingportal, quoiqu’irrégulière est rafraichissante par ses choix se portant sur des éclairages originaux et indépendants sur les grands enjeux et les principales orientations de la construction européenne.

6. Le Netvibes de Nosemonkey

Disponible sur une plateforme de curation de contenus, le Netvibes de Nosemonkey et son onglet « Must-read EU blogs », parmi une dizaine d’autres, propose une sélection des meilleures sources d’informations sur l’Union européenne, qu’il s’agisse de blogs animés par des journalistes ou des amateurs, ou de sites d’organisations agissant dans les affaires européennes.

7. La newsletter « The European Interest » de Kosmopolito

Le bloggeur Kosmopolito s’est lancé le défi réussi de publier régulièrement une newsletter sur la politique de l’UE sous la forme d’un mélange éclectique, « The European Interest » apporte le meilleur des contenus les plus inspirants sur l’UE ou les questions politiques européennes, idéalement y compris les points de vue adverses et divergents.

8. La vidéo hebdomadaire « EU Tweets of the Week: the Good, the Bad and the Ugly »

Chaque semaine, Jennifer Baker réalise sur la plateforme Vieuws, définie comme « the EU policy broadcaster », une vidéo qui fait la synthèse de se qui s’est passé sur Twitter. Une occasion, surtout pour ceux qui ne sont pas encore sur Twitter ou qui n’ont pas le temps d’y aller tous les jours de rattraper leur retard et de faire illusion.

9. Le panorama des think tanks de la Représentation permanente de la France auprès de l’UE

Tous les trimestres, l’administration qui joue le rôle d’interface entre les autorités françaises et les institutions de l’Union européenne propose un « panorama des think tanks », une sélection des principales contributions des think tanks bruxellois aux débats d’idées sur les questions européennes.

10. Le EP newshub : les eurodéputés en version 100% social media

EP_newshub

Dernière source, la plateforme de visualisation des conversations des eurodéputés dans les réseaux sociaux : le « EP newshub », qui donne notamment une visibilité aux thèmes les plus abordés par les élus européens, grâce au suivi des principaux hashtags utilisés.

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Comment les eurodéputés s’informent et communiquent dans les médias sociaux ?

Pour la 3e fois, Fleichman-Hillard publie son « European Parliament Digital Trends Survey », une enquête auprès de 100 eurodéputés pour mieux comprendre leurs pratiques en matière d’information et de communication dans les médias sociaux…

Les médias sociaux font dorénavant partie du travail des euro-parlementaires

La lecture des premiers résultats de l’enquête confirme que les médias sociaux sont dorénavant incontournables au Parlement européen :

  • 61% des eurodéputés écoutent quotidiennement les conversations dans les médias sociaux, même s’ils n’y participent pas activement ;
  • 88% soit 663 sont présents sur Facebook ;
  • 76% sont actifs sur Twitter soit 572 ;
  • 28% maintiennent une présence sur LinkedIn, le réseau social qui progresse le plus ;
  • 80% des eurodéputés (seulement) disposent d’un site web personnel.

Les médias sociaux sont clairement devenus des médias de choix dans la communication des eurodéputés en ligne à destination des parties prenantes : ONG, entreprises et think tanks.

En matière d’usage, des pratiques se dessinent également selon les médias sociaux :

  • Twitter est apprécié pour sa dimension « breaking news », pour s’engager dans des échanges avec les parties prenantes et apprendre les positions des différents acteurs ;
  • LinkedIn, le plus récent, est utilisé pour construire et s’informer sur son réseau.

Les moteurs de recherche, les médias en ligne et les médias sociaux sont des ressources quotidiennes

Toute la palette des outils web est mobilisées plus ou moins massivement par les eurodéputés et leurs collaborateurs :

  • Google est utilisé quotidiennement par 82% des élus et de leur staff ;
  • Les médias en ligne, et les médias spécialisés sur l’UE sont également largement consultés tous les jours ;
  • Wikipedia est très régulièrement visités.

MEP_digital_trends_2015_online_tools

La communication intégrée (off et online) avec les parties prenantes est pratiquée par les eurodéputés

Dans leur communication avec les parties prenantes, les eurodéputés adoptent un mix entre moyens off-line « traditionnels » encore très appréciés (réunions, événements et position papers) et canaux online (infographies, vidéos, Wikipedia et les sites et comptes dans les réseaux sociaux).

MEP_digital_trends_2015_stakeholders_channelsLa hiérarchie des canaux de communication, lorsque les eurodéputés doivent se forger une opinion en matière de politique publique est dominée par les moyens traditionnels (réunions et positions papers) mais talonnée par les nouveaux formats (infographies et médiaux sociaux) tandis que les événements et les médias sponsorisés sont peu pertinents.

Au total, en quelques années, l’information et la communication des eurodéputés ont été largement bouleversées par les médias sociaux et les nouveaux formats sans pour autant faire disparaître les moyens traditionnels qui cohabitent plus ou moins harmonieusement.