Archives par étiquette : DG COMM

Nouvelle Commission Juncker : quelle place pour la communication ?

Alors que indiscrétions et spéculations couraient de manière inhabituelle dans la presse européenne, la composition des portefeuilles de la nouvelle Commission Juncker, et surtout la répartition des services est dorénavant connue. Quelle est la place de la communication ?

Le président de la Commission est dorénavant directement responsable de la communication

Contrairement aux Commissions Barroso I et II précédentes, la nouvelle Commission Juncker reconnaît vraiment l’importance et la transversalité de la communication au sein de l’institution.

Du coup, il n’y a plus ni Vice-Président (Barroso I) ni Commissaire (Barroso II) à la communication. C’est dorénavant le président de la Commission européenne qui prend en charge directement, de manière totalement inédite, la responsabilité de la communication.

Concrètement, cela se traduit par la réaffectation de la DG Communication, la « DG COMM » et du service des porte-parole directement auprès de la présidence, au même titre que le Secrétariat général.

La DG Communication est dorénavant amputée de ses subventions aux médias et aux think tanks et associations

Parmi les réaffectations de services entre les Directions générales, deux évolutions vont affecter directement la DG Communication, qui va perdre deux outils stratégiques mais contestés.

  • D’une part, l’unité COMM A2 « Réseaux des médias et contrats », responsable des subventions aux médias, notamment à Euronews, Euranet et à l’Observation audiovisuel européen, est rattachée à la DG Connect qui s’occupe des affaires numériques.
  • D’autre part, l’unité COMM C2 « Programme des citoyens », responsable notamment des subventions aux think tanks et associations ainsi que du projet « New narrative pour l’Europe », est quant à elle rattachée à la DG Education et Culture.

Clairement, ces deux amputations des services les plus dotés en matière de budget affaiblissent la DG Communication.

La DG COMM se voit donc privée des subventions accordées aux médias et aux think tanks et associations – deux missions pour lesquelles ses décisions n’avaient pas été sans susciter des polémiques : abandon de Presseurop ou de Euradionantes par exemple.

Mais, une autre lecture de ces deux amputations est également possible. La DG Communication se reconcentre sur son cœur de métier et peut donc retrouver sa pleine légitimité, après un période de doutes et d’inquiétudes liée aux subventions accordées ou refusées et à leurs justifications.

Au total, les ajustements touchant la communication dans la nouvelle Commission Juncker ne sont pas mineurs à la fois confortée par son rattachement direct auprès du président et fragilisée par ses amputations liées à la distribution de subventions.

Communication de l’UE : quand moins rime avec mieux

Comme chaque année, la lecture du « management plan 2014 » de la DG COMM de la Commission européenne confirme la vision quantitativiste attachée aux objectifs de communication : toujours plus, c’est toujours mieux. Enfin, justement, pas toujours…

Stratégie pro-active et réactive auprès des médias : baisse du nombre de communiqués de presse

3 492 communiqués de presse auront été publiés par la Commission européenne en 2013. Pour la première fois, l’objectif ne consistera pas de dépasser ce volume invraisemblable de 14 communiqués de presse en moyenne par jour ouvré. En 2014, l’objectif s’établit à « seulement » 2500/3000.

Enfin, la DG COMM semble comprendre l’impossibilité évidente pour les journalistes de couvrir sereinement l’actualité de l’UE avec un tel volume de contenus diluant les informations importantes et réduisant in fine l’impact de la couverture médiatique de la Commission européenne.

Quant au style des communiqués de presse, peu de place pour le changement, car selon Koen Doens, le chef du service des porte-parole de la Commission européenne, expliquait récemment dans un entretien à PR Week que le ton dépassionné, monotone et un peu « boring » était délibéré et correspondait à l’expression des valeurs de la marque « Commission » qui est « multi-idéologique ».

Stratégie de rationalisation de la présence web : baisse du nombre de sites et de pages sur europa.eu

Autre exemple où « moins, c’est mieux » avec la rationalisation de la présence web de la Commission européenne qui ne s’enorgueillit plus de posséder le plus vaste portail au monde, mais qui cherche à créer une présence en ligne rationalisée.

Là encore, les objectifs sont revus à la baisse – et c’est tant mieux – avec 50% de sites en moins et 30% de pages en moins sur les sites conservés. De plus, dès 2014, la DG COMM travaille sur un prototype pour un nouveau site de la Commission européenne, et de la newsroom.

Au total, ces deux innovations dans le dispositif de communication de la Commission européenne sont deux bonnes nouvelles qui démontrent que ce n’est pas toujours par une hausse métrique que des résultants tangibles peuvent être obtenus.

Budget d’austérité pour la communication de l’Union européenne en 2014

Avec la nouvelle année vient également les nouveaux budgets ; et celui de la DG Communication subit – comme annoncé dès septembre dernier – une très forte baisse inédite de plus de 24% à seulement 85 630 000 € contre 106 419 000 € dans le budget modifié de 2013. Quelles sont les actions d’information / de communication sauvegardées et sacrifiées dans le programme de travail de la DG COMM pour 2014 ?

comparaison_budget_DG_COMM

Les actions multimédia et les actions locales des Représentations, notamment les partenariats sont les grands perdants

Quoique quasiment toutes les lignes budgétaires soient en recul, deux programmes sont totalement abandonnés :

  • Parmi les actions multimédia, le budget est amputé de 10 millions d’€, correspondant à la disparition de Presseurop et Euranet (réseau de radios) tandis que le soutien à Euronews est préservé.
  • Au sein des actions locales de communication des Représentations dans les Etats-membres, le budget est divisé par deux, avec le budget de 10 millions d’€ des partenariats de gestion là-encore sacrifié.

Ces deux principaux abandons – pourtant unanimement appréciés et positivement évalués – correspondent à la principale mesure d’austérité du budget de la communication de l’UE pour 2014.

Les outils d’information et de communication en ligne sont les seuls gagnants

Unique ligne budgétaire à progresser modestement de 1,3 millions d’€, les outils d’information et de communication en ligne, en particulier le portail Europa sont les seuls « gagnants » du budget 2014.

Plusieurs chantiers justifient la priorité accordée au digital :

  • le renforcement du centre de contact en ligne Europe Direct ;
  • la rationalisation web visant à restructurer le portail Europa, optimiser le contenu en ligne pour les dispositifs mobiles et professionnaliser l’utilisation des médias sociaux.

Toutes les autres actions d’information et de communication sont rognées

Avec plus ou moins d’importance, toutes les autres actions d’information et de communication de la Commission européenne sont rognées :

  • Les formations aux journalistes sont quasiment divisées par deux ;
  • L’analyse de l’opinion publique diminue pour la première fois ;
  • Les publications écrites, les visites à la Commission, les espaces publics européens ainsi que les studios et équipements audiovisuels régressent également.

Au total, la tendance constatée en 2013 de conserver (voire conforter pour le web) les actions d’information et de communication internalisées et concentrées à Bruxelles au détriment des actions décentralisées avec les Représentations et externalisées via les médias se confirment. Ce budget d’austérité en pleine année électorale permettra-t-il de répondre aux attentes et besoins des publics européens ?

Comment s’organise la communication corporate de l’UE à la Commission européenne ?

Au-delà des campagnes de communication propres à chaque programme ou département, la communication institutionnelle sur les valeurs de l’UE dans son ensemble vise, autant que possible, à restaurer la confiance, affirmer le leadership et motiver les réseaux de l’UE. Comment la DG Communication organise la communication corporate de l’UE ?

Depuis l’arrivé de Margot Wallström et la refonte de la DG COMM, plusieurs faiblesses tentent d’être corrigées :

  • Fragmentation et perte d’efficacité des activités de communication par manque de coordination et de planification ;
  • Mise en œuvre inadéquate car trop centralisée des actions de communication ;
  • Messages qui reflètent les priorités politiques, mais pas nécessairement liés aux intérêts besoins et préoccupations des citoyens.

« Communication Steering Board » : le pilotage interne de la DG COMM pour la communication corporate

Le premier moyen d’améliorer la communication corporate est le « Communication Steering Board » ou plus prosaïquement le conseil de direction de la DG COMM.

Quoique cette enceinte confidentielle limitée aux seuls directeurs/directrices de la DG COMM n’apparaisse pas comme d’emblée fondamentale, sa mise en œuvre tardive en 2009 avec l’arrivée de la vice-présidente Reding fut vécue comme « la plus grande déception » de Claus Sørensen, l’ancien directeur général et refondateur de la DG COMM.

Dans l’interview qu’il m’avait donné à la fin de son mandat, Claus Sørensen indiquait que cet organe de pilotage interne à la DG COMM « aurait dû être fait plus tôt » car « s’est avéré être un moyen très utile pour orienter les activités de communication de la Commission ».

En 2013, le plan de management de la DG COMM prévoit une intensification des réunions du comité de direction avec un rythme quasi-hbdomadaire avec pas moins de 35 réunions prévues à l’agenda.

« External Communication Network » : le pilotage externe de la DG COMM pour la communication corporate

Le second moyen de piloter la communication corporate est l’« External Communication Network », composé des chefs d’unité Information/Communication de toutes les DG, créé en 2002 et surtout amélioré en 2005 (voir action 4).

Selon la page qui lui est consacrée, la mission principale du réseau de communication externe est d’échanger les meilleures pratiques sur la préparation et la mise en œuvre de plans de communication et les pratiques de communication. Il vise également à faciliter l’assistance de la DG COMM à d’autres DG sur les questions techniques et tend vers une utilisation plus efficace et efficiente des outils et des méthodes d’évaluation.

Le but ultime est renforcer les synergies et l’échange des meilleures pratiques, et d’avoir des points de contact clairs entre la DG Communication et les autres directions générales afin d’en faire une courroie de transmission de la communication corporate.

Alors que ce réseau (en formation collégiale ou par groupes de travail) organisé et présidé par la DG COMM ne se réunit qu’« environ 5-6 fois par an », le plan de management 2013 de la DG COMM prévoit de le rendre mensuel.

Ainsi, coopération et coordination assurés entre les unités Information/Communication s’intensifient. Tandis qu’une synergie des moyens semble atteinte, peut-on en dire autant d’une meilleure communication de la vision et des messages de l’UE ?

Quel budget pour la communication de l’Union européenne en 2013 ?

Avec la nouvelle année, viennent les nouveaux budgets… La Direction générale à la Communication de la Commission européenne publie son programme de travail annuel pour 2013. Quelles sont les principales évolutions par rapport à l’année dernière ?

Hausse relativement réduite du budget de la DG COMM en 2013

Contrairement à l’année dernière où le budget de la DG COMM avait été en baisse pour la 1e fois depuis sa création en 2006, en 2013 le budget de la DG COMM est en hausse réduite (+ 0.5%  soit 564 000 €) et s’établit à 103 689 000 €.

budget_DG_COMM_2013

Réaffectation relativement importante des grands postes budgétaires

Les grands postes de dépenses sont globalement identiques, quoique des réaffectations affectent les priorités :

  • les actions multimédia sont toujours les plus importantes (28,4 millions d’€) mais subissent une baisse de 2 millions d’€ ;
  • les outils d’information et de communication en ligne, avec une hausse de 2,5 millions d’€ (16,8 millions d’€) sont dorénavant le 2e poste de dépenses ;
  • les actions prioritaires, en particulier les partenariats de communication avec les Etats-membres (12,5 millions d’€) et les relais d’information, notamment le réseau Europe Direct (13,8 millions d’€) sont les budgets stables de plus de 10 millions d’€.

Détails des plus fortes variations : Euronews en forte baisse et Europa en forte hausse

La baisse des actions multimédia porte tout particulièrement sur Euronews qui se voit moins subventionné (-600 000€) et moins mobilisé pour des productions audiovisuelles (-700 000€). La Commission européenne constaterait-elle que sa communication hybride ne fonctionne pas ?

La hausse des outils d’information et de communication en ligne bénéficie au portail Europa qui se voit alloué une enveloppe de 2 millions d’€ supplémentaire, ce qui laisse à penser que le chantier de la refonte sera intensifié en 2013.

Parmi les baisses de budget les plus significatives :

  • -1,2 millions d’€ pour l’exploitation des studios de radiodiffusion et de télévision et équipements audiovisuels ;
  • -1,1 millions d’€ pour la communication des Représentations de la Commission dans les Etats-membres, alors qu’elles sont chargées de porter l’année européenne des citoyens et qu’une Représentation sera ouverte en Croatie en 2013 ;
  • -400 000€ pour les publications écrites ;
  • -200 000€ pour les espaces publics européens qui consistent pourtant à favoriser les synergies dans les Etats-membres entre les Représentations de la Commission et les Bureaux d’information du Parlement européen.

Parmi les hausses de budget les plus importantes :

Au total, le budget de la DG COMM pour 2013 permet de décrypter les priorités : une meilleure communication de la Commission en ligne (refonte d’Europa et renfort pour Rapid) et auprès des visiteurs à Bruxelles au détriment de la communication par l’intermédiaire des productions audiovisuelles, notamment avec Euronews, ou par les Représentations dans les Etats-membres. Ces évolutions permettront-elles de trouver le public européen ?