Quelles leçons de la pandémie pour la communication européenne ?

Alors que nous sommes en train d’apprendre à vivre avec le virus, nous avons également beaucoup appris par ailleurs au cours de cette année de pandémie. Qu’est-ce que nous pouvons retenir jusqu’à présent, d’après Stavros Papagianneas, expert en communication et auteur de Rebranding Europe dans la revue Convergences n°15 ?

Le rôle primordial de la communication dans la soutenabilité

Nous sommes beaucoup plus résilients que nous ne le pensions, c’est sans doute dans notre ADN. Nous faisons avancer, à distance, nos vies personnelles et nos activités en restant socialement connectés. Mais, la situation actuelle comporte également un risque d’aggravation des différences sociales et économiques.

Ce que font les organisations en temps de crise, et cela vaut pour les institutions européennes, définit leurs marques et leur image pour de nombreuses années à venir. Tout ce qui était considéré comme normal avant a disparu. Sans doute pour toujours.

Investir maintenant dans la construction d’une stratégie innovante et durable de communication est d’une importance capitale. Les communicants agissant encore plus en tant qu’agents de confiance auprès des différents publics sont absolument indispensables.

Le numérique va-t-il nous libérer ?

Jamais dans le passé la connectivité numérique n’a été aussi critique, nous dépendons fortement dans notre quotidien de la connectivité numérique. Du coup, les publics sont beaucoup plus engagés et ont des attentes plus élevées.

C’est l’occasion pour les institutions européennes de renforcer la confiance et d’améliorer la réputation, à condition de bien se préparer, de répondre beaucoup plus rapidement et d’ajuster leur action et leur message afin qu’ils correspondent au bien public.

Le coronavirus tuera ou guérira-t-il l’UE ?

Il est trop tôt pour évaluer toutes les répercussions politiques de la pandémie en Europe, mais les décisions prises auront inévitablement un impact profond. Les dirigeants de l’UE n’ont pas réussi à communiquer une vision commune, prenant un réel engagement politique pour rassurer les citoyens européens que l’UE est là pour eux. Différents pays européens ont adopté une approche nationale, moins centrée sur la solidarité et la coordination.

Le plan de vaccination à court terme et le plan de reconstruction de l’Europe à plus long terme sont les modalités qui permettront – ou pas – de regagner la confiance des citoyens dans l’Union européenne et sa gouvernance. Les institutions européennes semblent conscientes du « top spot » dans lequel les placent à la fois les médias et le grand public. L’heure du jugement va bien sonner.

Combattre les mythes et la désinformation

Tant la circulation de fausses nouvelles innocentes ou portées par des théories du complot que les stratégies de désinformation et de propagande venues de l’étranger pèsent considérablement sur le public, érodant la confiance et sapant les responsabilités.

Le chantier majeur de la lutte contre les mythes et la désinformation tient disons en même temps de remplir le tonneau des Danaïdes qui fuit de partout et de nettoyer les écuries d’Augias, tant il s’agit d’employer des méthodes radicales.

Des valeurs fortes : faire preuve d’empathie et être authentique

Le coronavirus est une bonne occasion pour les marques et les institutions comme l’UE de montrer leur vraies attitudes afin de toucher émotionnellement les citoyens. Il est temps d’apprendre à créer des valeurs communautaires et des centres d’intérêt partagés.

Les prises de parole en ligne et dans les médias sont encore plus que jamais décryptées, analysées, interprétées en fonction de critères émotionnels, idéologiques, médiologiques. Toute distance avec la vérité et absence de transparence sera irrémédiablement condamnée.

La communication de l’UE peut mieux faire

Concernant la communication des pouvoirs publics et de l’UE, il faut traquer le trop plein d’informations techniques et le trop vide d’empathie et parfois de motivation. Par sa communication, l’UE ne doit pas oublier de motiver les citoyens, un point vital. Une langue claire est essentielle pour y parvenir. C’est exactement là que les choses continuent de ne pas s’améliorer avec des messages encore trop distants.

Toute conclusion est encore prématurée, mais des axes de progression se dessinent qui tendent à renforcer des tendances fondamentales.

Information européenne, innovations éditoriales et médiatiques : « comment placer l’Europe à la Une »

Les 3e Journées de la presse européenne interrogent des acteurs qui mènent des initiatives éditoriales et médiatiques pour renouveler le traitement de l’information européenne et inventer de nouvelles manières de raconter l’Europe auprès du public…

Twitch : l’Europe, les jeunes et Internet avec Jean Massiet

Alors qu’Alexandria Ocasio-Cortez incite les jeunes Américains à voter sur Twitch, Jean Massiet, fondateur d’Accropolis, ex-Youtubeur vulgarisateur de la politique, investit la plateforme depuis plusieurs années pour développer un format de conversation interactive, sur la politique, autour par exemple des questions au gouvernement ou de la convention citoyenne sur le climat, en complicité avec un public massivement très jeune.

Partenaire du Bureau du Parlement européen en France, Jean Massiet a pu y aborder les dernières élections européennes ou encore les auditions des Commissaires au Parlement européen, qu’il a estimé très intéressantes.

Sur Twitch, le premier discours sur l’état de l’Union européenne d’Ursula von der Leyen a fait l’objet d’une couverture extensive entre le commentaire en direct du discours (trop déclaratif, pas assez dans l’action), puis l’échange avec des invités et enfin le suivi du débat parlementaire (le plus apprécié par les twitcheurs).

Producteur de l’émission « Sénat Stream » sur la chaîne TNT Public Sénat, Jean Massiet s’investit pour développer un format de talk-show hebdo en plateau avec invités politiques et chroniqueurs en vue des prochaines élections présidentielles françaises.

Podcast : donner la parole à l’Europe avec Antoine Lheureux

Fondateur de l’agence de production de podcasts à Bruxelles Bulle Media, Antoine Lheureux, passionné de radio, s’est imposé ces dernières années comme le premier producteur de podcasts européens rassemblés, si vous souhaitez les découvrir, sur la plateforme Europod.

Après un mémoire sur la vassalisation des médias aux Gafam, Antoine Lheureux a produit son premier podcast sur l’influence de Google en lobbying à Bruxelles en partenariat avec La Libre Bruxelles. Bulle Média ayant un business model stabilisé, des productions propres seront lancées au premier semestre 2021.

Les conseils du spécialiste pour réussir un podcast et prendre par la main l’auditeur sont :

  • Une bonne conceptualisation du mode de narration et de bons invités à mettre en musique ;
  • Une post-production de qualité pour le montage, le mastering et le mixage du son ;
  • Une promotion sur les réseaux sociaux pour fédérer une communauté ;
  • Un partenaire média pour donner une légitimité et une audience immédiate.

Pour Antoine Lheureux, les podcasts européens explorent des sujets qui européanisent l’écoute et participent à la constitution d’un espace public européen.

Radio : de la hiérarchie de l’info et des rendez-vous dédiés hebdo sur l’Europe

Stéphane Leneuf, rédacteur en chef adjoint à France Inter et producteur pendant 10 ans de « Question pour l’Europe » et actuellement à l’antenne chaque dimanche matin avec « Café Europe » estime que l’actualité horizontale des pays européens a largement progressé puisque l’Europe est notre cadre de vie et notre actualité au quotidien car les gens ont envie et besoin d’Europe.

Pour l’actualité de l’UE, la hiérarchie de l’actualité nationale impose des choix dans les journaux de la radio en fonction de l’intérêt des sujets et de la ligne éditoriale du média. Résultat : on ne peut pas imposer un sujet européen. Solution : il faut développer des émissions hebdomadaires dédiées à l’Europe pour compenser l’absence de l’actualité européenne dans les journaux.

Contexte : pour expliquer les prises de décision aujourd’hui, il faut être à Bruxelles

Jean-Sébastien Lefebvre, responsable du bureau de Contexte à Bruxelles justifie la couverture des institutions européennes en raison des décisions politiques prises par des élus qui concerne les individus, les entreprises et les organisations partout dans l’UE.

La politique européenne est d’autant plus intéressante que sa dimension multinationale la rend plus multiforme, interculturelle mais aussi avec une instabilité plus importante et parfois des retournements spectaculaires face aux crises.

Pour avoir accès à l’information, il vaut mieux être lobbyiste que journaliste à Bruxelles !

VoxEurop : l’information sociétale à hauteur d’Européen

Catherine André responsable de VoxEurop, un média paneuropéen en 10 langues, veut faire de la bonne vulgarisation, c’est-à-dire donner les clés aux lecteurs pour qu’ils se fassent leur propre opinion.

Hors du suivi quotidien de l’activité des institutions européennes, VoxEurop se concentre sur :

  • Le traitement d’enjeux sociétaux qui traversent les frontières comme tous les thèmes globaux et les sujets de politiques globales ;
  • La publication des positions de la société civile ;
  • Des analyses et interviews de spécialistes au regard paneuropéen ;
  • Un dessin de presse hebdo sur l’Europe.

La série consacrée au Dreamers européens, ces enfants d’immigrés sans papier, illustre la puissance de récits concrets et humains qui concernent les Européens et renforcent le lien vivant.

Ouest France : l’Europe au cœur face aux algorithmes

Fabien Cazenave, journaliste à Ouest France, estime que sur tous les sujets européens, il faut aller aux enjeux, ne pas se perdre dans la technicité et aller sur le terrain pour illustrer et rendre concret l’action de l’Europe.

Le sens journalistique devrait davantage guider à faire des choix au profit de l’actualité européenne, compte tenu de son importance pour les Européens, mais le temps des institutions européennes est beaucoup trop long entre les annonces et leurs mises en œuvre.

La puissance des algorithmes et de la recommandation automatisée reposant sur l’exploitation des datas risque de pénaliser les sujets européens et les choix éditoriaux des médias disponibles dans leurs éditions papier et leur site web.

Télévision : l’Europe aux défis du dépaysement, des référendums et des fake news

Face aux préjugés des dirigeants de l’audiovisuel qui rechignent à investir dans l’Europe car ce n’est pas assez dépaysant, les journalistes européens à la TV doivent redoubler d’efforts pour leur prouver que mettre l’Europe à l’écran ne fait pas fuir les téléspectateurs.

Véronique Auger, ex présentatrice des émissions sur l’Europe à France 3, pointe depuis 2/3 ans que les JT de France 3, qui ne couvrent pas l’actualité de l’UE, commencent à couvrir les élections dans les autres États-membres : Allemagne, Italie, Royaume-Uni et même les élections municipales en Hongrie. Il est plus facile de traiter l’Europe dans les JT de France 3 Régional parce que les actions de l’UE y sont visibles par rapport à France 3 National.

Caroline de Camaret, rédactrice en chef à France 24 reconnaît qu’il est difficile même sur sa chaîne de vendre à sa propre rédaction l’Europe en tant que sujet en soi mais se félicite que France 24 anime un réseau de 12 correspondants dans l’UE, notamment davantage à l’Est.

Pour Véronique Auger, le traumatisme du référendum de 2005 explique la situation actuelle : on ne peut plus parler de l’Europe en bien, parce que les téléspectateurs ne l’ont pas apprécié, mais on ne veut pas parler de l’Europe en mal, donc on n’en parle plus. En vue de la présidence française du Conseil de l’UE en 2022, les choses devraient évoluer.

Pour Caroline de Camaret, le choc du référendum a mis l’Europe sous le tapis. L’Europe doit y mettre du sien pour que les MEP et les Commissaires répondent aux invitations des médias, comme ils l’ont davantage fait pendant le confinement. La question de l’accès aux institutions européennes aux journalistes est entre parenthèse tant aux Conseils européens à huis clos qu’au Parlement européen qui n’a plus siégé à Strasbourg depuis le début de la pandémie. Il y a un risque d’entre-soi.

Même au sein de l’UE, l’exercice du métier de journaliste est périlleux. Outre, les héros du journalisme que sont les deux journalistes assassinés en raison de leur enquête sur les mafias en Slovaquie et à Malte, les pressions sont nombreuses : la liberté de la presse est fragilisée, la crise économique fragilise les pigistes, la concurrence des réseaux sociaux mais aussi le cyber-harcèlement qui peut frapper notamment les femmes-journalistes.

Face aux fake news, le débat s’anime entre Véronique Auger et Caroline de Camaret :

  • Véronique Auger estime que les médias se perdent à essayer de contrer les fake news, que c’est même une grave erreur que les médias dit sérieux crédibilisent des fake news en leur donnant un écho. Les médias audiovisuels devraient miser sur l’enquête et l’éducation aux médias pour permettre aux gens de vérifier par eux-mêmes.
  • Caroline de Camaret juge que la BBC, qui est restée neutre lors de la campagne du Brexit n’a pas fait le job de vérification au jour le jour et n’a pas tenu informé les citoyens sur la base des faits, ce qui constitue sinon au moins une grave erreur peut-être une faute professionnelle compte tenu des conséquences.

Les fake news à usage électoral, surtout lorsque les institutions européennes ne réagissent pas, doivent être débunkées par les médias audiovisuels.

La comm’ de l’UE en procès

Maria Udrescu, journaliste à La Libre Bruxelles pointe plusieurs défaillances dans la communication européenne :

  1. La « religion des effets d’annonce » joue trop au sein des institutions européennes, comme l’illustre le fiasco de la conférence sur les 100 jours de la nouvelle Commission européenne qui passe sous silence le Covid en pleine période de confinements des États-membres.
  2. Le « maquillage de la comm’ en info » montre trop les efforts pour embellir les discours sans parvenir à valoriser les véritables décisions parmi les intentions déclamatoires et les déclarations de principe sans effet sur la machine décisionnelle.
  3. La « religion du secret » verrouille l’accès indispensable des journalistes aux brouillons (les draft) des futures législations. En fait, l’information la plus importante n’existe pas officiellement tandis que l’information officielle n’est d’aucune utilité pour les journalistes.

Pour aller plus loin, toutes les vidéos sont disponibles sur Facebook et le Taurillon publie également une vaste enquête qui nous plonge dans les quinze années écoulées, à la recherche de l’Union européenne dans les médias français.

Communiquer l’Europe ensemble : les responsabilités de la communication européenne

Lors de la 10e édition de la conférence EuropCom les 7 et 8 novembre dernier, le panel de conclusion représentant les responsables de la communication des principales institutions de l’UE « Looking Forward Together » semble inspiré par le fameux proverbe africain : « Si tu veux aller vite, marche seul mais si tu veux aller loin, marchons ensemble »…

Une responsabilité partagée après le succès de la participation aux élections européennes

Les enseignements de la campagne de communication réalisée par le Parlement européen lors des dernières élections européennes au printemps dernier sont particulièrement éclairants, selon Jaume Duch-Guillot, le directeur de la communication du Parlement européen :

D’une part, le besoin d’un narratif clair, d’une vision forte, pas uniquement autour du vote, pour défendre la démocratie et raconter ce que le Parlement européen représente en tant qu’institution au service du peuple, légitimée par le débat paneuropéen et la mobilisation électorale. La preuve : le taux de participation a été de 8 points de plus que la moyenne dans les territoires ciblées par la campagne de communication.

D’autre part, la communication ne peut pas se faire seule ; les partenariats et les contributions des organisations de la société civile, afin de les aider à relayer/adapter les sujets européens auprès de leurs diverses audiences, sont indispensables d’autant plus que les institutions sont moins crédibles que la source la plus pertinente qui n’est autre qu’une personne comme moi.

La majorité du corps électoral s’étant exprimée est un signe d’espoir et une charge supplémentaire pour les institutions de l’UE. Les citoyens, qui attendent des résultats concrets, mettent l’UE devant ses responsabilités, partagées par ses institutions.

Une responsabilité à exercer en commun et dans le respect des différences

Le consensus d’une responsabilité partagée des institutions européennes – pour communiquer auprès des citoyens, s’exerçant au travers d’un message global positif, ni technocratique, ni défensif, qui soit plus attractif et encore plus pertinent et local pour les citoyens – est approuvé par le directeur de la communication du Conseil de l’UE, Paul Reiderman.

Il ne faut pas en conclure pour autant que les institutions de l’UE devraient communiquer d’une seule voix. Chaque institution européenne dispose de sa légitimité et donc de ses différences et ne devrait ni craindre ni s’excuser de communiquer son propre message subtilement différent.

Les messages ne sont que la partie émergée de l’iceberg, et il reste encore énormément à faire sous la ligne de flottaison, tout un territoire inexploré et inexploité de collaboration possible entre les institutions européennes permettant de partager les ressources et les connaissances au service de leurs propres stratégies de communication.

Le champ des réseaux sociaux est clairement une opportunité pour expérimenter cette responsabilité commune, cette capacité renforcée par la mutualisation au service des intérêts de chacun :

  • Un nouveau compte Spotify commun pour toute l’UE – une sorte de symbole pour montrer et illustrer la logique de la démarche ;
  • Une approche commune face aux nouvelles règles de la publicité sur Facebook lors de la campagne électorale – une pression beaucoup plus pragmatique ;
  • Un développement commun de nouvelles solutions pour démultiplier les capacités de community management avec l’Intelligence artificielle, les chatbots, etc. ;
  • Une capacité demain de détecter et stopper les « deep fakes », ces fausses vidéos qui décupleront la viralité déjà importante des fake news…

L’une des conditions de succès de l’exercice de cette responsabilité partagée réside dans l’encouragement à prendre des risques, à favoriser la créativité et l’innovation, à ne pas craindre de dire et de déplaire.

Une responsabilité à engager pour façonner ensemble le futur de l’Europe

La nouvelle directrice générale de la DG Communication de la Commission européenne, Pia Ahrenkilde-Hansen s’appuie sur les derniers résultats de l’enquête Eurobaromètre qui mesure le plus fort niveau jamais atteint de citoyens européens qui estiment que leur voix compte dans l’UE comme une bonne indication que les citoyens veulent prendre le part à la construction du futur de l’Union européenne.

L’UE est l’affaire de tout le monde, de toutes les institutions européennes évidemment mais aussi et surtout des acteurs de la société civile, des autorités locales et des citoyens dans leur ensemble. Ce message a été entendu par les leaders européens.

La nouvelle présidente de la Commission européenne, Ursula van der Leyen est également convaincue qu’il faut encourager une communication plus directe avec les citoyens, ce qu’elle confirme dans ses lettres de mission aux futurs Commissaires qui devront apporter l’Europe au plus près des citoyens, partout où les débats peuvent s’organiser.

Le combat contre la désinformation, clé pour préserver l’espace public et la démocratie européenne, est l’une de ces responsabilités partagées pour mutualiser les efforts, construire une résilience renforcée, donner des capacités aux citoyens à pouvoir prendre des décisions sur la base des faits. Un hub sur la désinformation en ligne sera prochainement lancé à l’échelle européenne.

Pour résumer l’approche de la communication de la Commission, Pia Ahrenkilde-Hansen liste les critères pour « Communiquer l’E.U.R.O.P.E. » :

  • E : Emblème de l’UE – à mettre visible, en avant
  • U : Unification du message – concentrer sur un message, à répéter
  • R : Réalité des histoires – donner un angle « humain »
  • O : Ordinaire – utiliser le langage ordinaire pour parler aux citoyens
  • P : Personnalisation des contenus – localiser et communiquer sur des choses qui importent
  • E : Émotions – à utiliser, en soutien des faits, pour capter l’attention et la conserver

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Élections européennes : quelle stratégie de l’Europe contre la désinformation ?

Entre manipulation des électeurs et déstabilisation de la cyber-sécurité des systèmes et processus électoraux, la lutte contre la désinformation est un chantier à la fois titanesque lorsqu’on le prend au sérieux et lilliputien quand on regarde les actions de l’Union européenne, à lire Annegret Bendiek et Matthias Schulze dans « Disinformation and Elections to the European Parliament »…

Quels sont les défis relatifs aux campagnes de désinformation ?

L’Europe n’étant ni facile à comprendre, ni assez familière pour beaucoup, répandre de fausses informations sur l’UE est relativement simple. Les campagnes de désinformation et les cyber-attaques contre l’infrastructure électorale électronique sont des menaces hybrides de destruction massive contre la démocratie qui peuvent affecter la confidentialité, la disponibilité et l’intégrité du processus électoral.

« La désinformation semble déjà avoir eu un impact en Europe : plus de 400 faux comptes sur des réseaux sociaux gérés par des soi-disant trolls basés à Saint-Pétersbourg ont été utilisés pour influencer le référendum sur le Brexit. »

Les effets des campagnes de désinformation tant numérique (l’ensemble des mécanismes numériques de diffusion de l’information) ou informatique (les incidents de piratage, les cyberattaques qui compromettent la sécurité) pour déstabiliser les piliers de la démocratie sont :

  • A court terme pour influencer le résultat d’une élection en attaquant les partis et discréditant les élus politiques ;
  • A moyen terme pour promouvoir la division sociale et la polarisation des discours publics ;
  • À long terme pour saper la confiance dans l’UE en affaiblissant l’UE en tant que système politique.

Des tactiques telles que la dissémination de déclarations douteuses pour brouiller les pistes ou la répétition constante de fausses informations ou de théories du complot sont utilisées pour saper les certitudes politiques et dissoudre un concept de vérité socialement partagé.

La désinformation numérique a l’avantage d’avoir des coûts bas tout en ayant un impact important : avec peu de ressources, un public mondial peut être atteint avec une désinformation personnalisée via des technologies numériques utilisant les moyens légitimes de la publicité pour cibler les utilisateurs en fonction de leurs profils de comportement individuels.

Les algorithmes garantissent que les contenus retiennent l’attention des utilisateurs et la garder aussi longtemps que possible. Des bulles de filtres découlent directement du modèle commercial des plates-formes en ligne pour apporter de la publicité au plus grand nombre d’utilisateurs possible. Si les mêmes opinions sont regroupées et si simultanément différentes vues sont masquées, une « chambre d’écho » auto-référentielle peut se développer.

La désinformation a un effet particulièrement polarisant sur les groupes déjà politisés aux positions idéologiques fortes. Cela peut être accompli à l’aide d’une combinaison de comptes automatisés («bots sociaux»), de comptes hybrides (en partie humains, en partie automatisés) et d’armées dites de trolls constituées par des acteurs étatiques ou des commentateurs organisés de manière privée qui diffusent systématiquement certains récits dans les médias sociaux ou sur des sites d’information. Souvent, des « agents involontaires » répandent aussi, à leur insu, de la désinformation.

La couverture médiatique traditionnelle est également impliquée, car elle prend de plus en plus de sujets d’actualité issus des réseaux sociaux. Si ceux-ci contiennent de la désinformation et que les médias plutôt tabloïd les véhiculent de manière irréfléchie, ils renforcent les récits ou les faux rapports. La désinformation a un effet cumulatif sur de plus longues périodes.

Quelles contre-stratégies de l’UE pour lutter contre les menaces hybrides étrangères et internes ?

L’inquiétude est que les élections européennes seront manipulées, perturbées ou illégalement influencées par les opposants à l’UE, avec des campagnes de désinformation ciblées, aux urnes ou lors du dépouillement des votes.

Pour que les élections de mai 2019 soient libres, équitables et sécurisées, une série de mesures concrètes comprend plus de transparence dans la publicité politique (souvent dissimulée) sur les réseaux sociaux et la possibilité de sanctions si des données à caractère personnel sont utilisées illégalement pour influencer le résultat des élections européennes.

Les décideurs politiques européens privilégient des mesures à court terme et techniques en coopération étroite avec les grandes sociétés de l’Internet : Facebook, Twitter et YouTube se sont mis d’accord sur un code de pratique sur la désinformation pour lutter contre la désinformation et contre les faux comptes sur leurs plateformes. Fin janvier 2019, la Commission a averti que ces initiatives en matière de transparence contre la publicité secrète n’étaient pas suffisantes pour protéger l’intégrité des élections européennes.

L’UE a créé un système d’alerte précoce sur la désinformation avec 5 millions d’euros et 50 employés pour identifier les campagnes en temps réel. En outre, elle a mis en place un réseau électoral, élaboré un guide sur l’application de la législation européenne en matière de protection des données aux élections et donné des orientations sur la cyber-sécurité.

Les mesures techniques prises par l’UE pour lutter contre les campagnes de désinformation et les cyber-attaques ne sont qu’un premier pas. Idéalement, les États membres devraient améliorer la protection des élections pendant les campagnes électorales, le vote proprement dit et le décompte des voix. Des échanges constants et des exercices réguliers de cyber-sécurité seraient nécessaires pour minimiser les dangers.

Cependant, la plupart des États membres n’ont jusqu’à présent pas réussi à considérer les élections comme une infrastructure essentielle pour la démocratie à sécuriser. Le problème du matériel informatique et des logiciels non sécurisés dans la technologie de vote est toujours sous-estimé.

« La suprématie des entreprises de l’Internet est comparable à une situation où le parlement est la propriété d’un fournisseur privé, son accès est réglementé en fonction de critères économiques et le volume et la transmission des discours au monde extérieur sont évalués en fonction du marché. »

Seule l’UE, avec l’ensemble de sa puissance économique, peut lutter contre le pouvoir des sociétés numériques transnationales pour réagir de manière stratégique, communicative et avec une efficacité technique aux tentatives de manipulation d’élections , encore faut-il la volonté politique, et les ressources financières et humaines nécessaires.

FactCheckEU pour lutter contre la désinformation lors des élections européennes

La nouvelle plateforme multilingue FactcheckEU, lancée le 18 mars, met en commun leurs efforts le temps des élections européennes pour traquer les infox et « fact-checker » la campagne. De quoi s’agit-il ?

factcheckEU

La réponse de la communauté des fact-checkers en Europe aux fausses informations

Parce que « la désinformation ne connaît pas de frontière, en particulier en Europe, qui est à la fois une structure politique unique et une région composée de nombreuses langues et cultures » selon Jules Darmanin, coordinateur du projet, la communauté des fact-checkers se mobilisent à l’occasion des élections européennes.

Le service CheckNews de Libération s’est engagé à investir son premier prix d’innovation dans le fact-checking, décerné par le réseau international de fact-checking pour développer une plateforme permettant des passerelles éditoriales et techniques avec d’autres médias étrangers.

Des réponses aussi aux questions des internautes

La plateforme collaborative FactCheckEU réunit 19 rédactions issues de 13 pays européens pour partager leurs vérifications de rumeurs et d’infox pendant la campagne :

  • en étudiant la circulation des fausses informations au sein de l’Union européenne, et les idées reçues qui circulent sur les institutions européennes ;
  • en vérifiant les discours politiques autour des élections afin de décrypter les principales propositions ;
  • en répondant directement aux questions dans 11 langues différentes ;
  • en respectant des engagements de transparence, d’éthique, de méthodologie et d’impartialité.

En France, 5 rédactions y participent : Les Décodeurs du MondeFake Off de 20 minutesAFP FactuelCheck News de Libération et Les Observateurs de France 24. A cela s’ajoutent 14 médias d’autres pays européens.

Au total, une initiative de salubrité publique pour l’espace public européen, a fortiori en période électorale européenne !