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Euro-blogeurs et relations publiques de l’UE : ouverture des accréditations au Conseil de l’UE

Grande première en matière de communication de l’UE cette semaine, des euro-blogeurs seront traités comme des journalistes et recevront des accréditations pour avoir accès aux réunions du Conseil des ministres européens…

Le Conseil de l’UE : première institution européenne permettant aux euro-blogeurs de couvrir l’actualité européenne « de l’intérieur »

Idée lancée en juin 2010 par la responsable du service presse du Parlement européen dans un Tweet, l’accès des euro-blogeurs aux réunions des institutions européennes, sur le modèle des détenteurs d’une carte de presse, sera concrétisé en mars 2011 par la présidence hongroise du Conseil du l’UE, comme le confirme ce Tweet du service presse du Conseil.

Après plusieurs réunions depuis quelques semaines, entre des éditeurs du portail BloggingPortal basés à Bruxelles et les porte-parole de la présidence hongroise, le « projet pilote » d’accréditer des euro-blogeurs s’est rapidement décidé ces dernières heures.

Vers un accord avec le Parlement européen et la Commission européenne sur l’accès global des euro-blogeurs aux institutions européennes ?

Selon un Tweet du directeur pour les médias du Parlement européen, Jaume Duch en février 2011, l’intention semble confirmée que les institutions de l’UE envisagent d’appliquer des règles d’accès pour les euro-blogueurs, similaires à celles prévues pour les journalistes.

Même si le tournant mondialement historique pour les blogeurs remonte à mars 2005, lorsque, pour la première fois, le blogeur Garrett Graff reçoit une accréditation pour les points de presse quotidiens de la Maison Blanche, le virage européen illustre un esprit d’ouverture nouveau au sein des services « communication » des institutions européennes.

Ainsi, 9 mois après l’ouverture de « la question de l’organisation entre les euro-blogeurs et les services relations publiques de l’UE », la réponse du Conseil de l’UE créée un précédent qui devrait permettre de mieux couvrir l’information sur l’Europe dans les euro-blogs.

Eurobaromètre sur l’information européenne : le fossé générationnel des médias sociaux

Avec l’Eurobaromètre 74 sur « l’information sur les questions politiques européennes » réalisé en novembre 2010 et publié en février 2011, paraît la première enquête européenne qui permet de dresser un état des lieux de l’opinion européenne à l’égard des médias sociaux en ligne…

La pratique des médias sociaux : certes minoritaire dans la population globale mais commune et solidement ancrée au sein de la jeunesse européenne

Tandis que la pratique quotidienne d’Internet concerne 45% des Européens et son usage au moins hebdomadaire 63%, l’utilisation des médias sociaux en ligne ne concerne qu’une minorité d’Européens :

  • 18% des Européens utilisent tous les jours les médias sociaux ;
  • 33% des Européens utilisent au moins une fois par semaine les médias sociaux ;
  • 56% des Européens restent totalement à l’écart de la pratique des médias sociaux.

Pratique minoritaire au sein de la population européenne, la fréquentation des médias sociaux semble en revanche s’être installée comme une pratique commune et solidement ancrée au sein de la jeunesse européenne :

  • 66% des 15-24 ans disent utiliser ces médias au moins une fois par semaine ;
  • 50% des 15-24 ans utilisent les médias sociaux quotidiennement.

Plus largement, l’usage d’Internet reste très inégal en fonction de l’âge des individus : 91% des jeunes âgés de 15 à 24 ans utilisent Internet au moins une fois par semaine, pour 83% des 25-39, 69% des 40-54 et 33% des 55 ans et plus.

Ainsi, Internet s’impose comme un média de masse pour les jeunes générations et les médias sociaux comme une pratique commune.

L’information politique sur les médias sociaux : un moyen intéressant d’information et d’expression politiques au moins pour ceux qui les connaissent et les pratiquent

Auprès de l’ensemble de la population, le jugement sur les médias sociaux est marqué par un fort niveau de « sans opinion », sans doute exprimé par ceux qui ne connaissent ni ne pratiquent :

  • 42% considèrent que « les médias sociaux sont un moyen moderne de rester au courant des affaires politiques » (34% sans opinion) ;
  • 41% estiment que « les médias sociaux en ligne sont un bon moyen de maintenir l’intérêt des gens pour les affaires politiques (35% sans opinion) ;
  • 41% s’accordent sur le fait que « les médias sociaux en ligne sont un bon moyen de dire ce qu’on pense des questions politiques » (36% sans opinion).

En revanche, ceux qui utilisent ces médias sociaux sont logiquement bien plus convaincus de leur intérêt :

  • 66% de ceux qui vont sur les médias sociaux au moins une fois par semaine considèrent qu’ils sont un bon moyen de se tenir au courant de l’actualité politique ;
  • 67% également estiment qu’ils constituent un outil pertinent pour s’exprimer et donner son avis sur l’actualité.

Plus que la profession, la situation économique personnelle ou le niveau d’éducation, le clivage structurant des représentations sur les médias sociaux est le clivage d’âge.

Ainsi, à la réserve que les médias sociaux ne touchent vraiment que les jeunes, ces médias représentent un bon moyen d’informer et de dialoguer.

Quels sont les principaux défis de la communication européenne ?

À l’occasion de la conférence Europ’com – le premier rassemblement des professionnels de la communication publique à l’échelle européenne les 12 au 14 octobre 2010 – les trois plus hauts responsables de la communication au sein des institutions européennes (Conseil, Commission et Parlement) ont présenté ce qui à leurs yeux représente le principal défi de la communication européenne…

Exprimer la diversité des 27 États membres pour Christine Roger, Directrice des médias et de la communication au Conseil de l’UE

Responsable de la communication au sein de l’institution européenne rassemblant les États membres, Christine Roger estime que le principal défi de la communication européenne consiste à créer une culture de travail commune entre les responsables communication et autres porte-parole des 27 États membres.

Éviter les doubles emplois et le manque de coordination pour Claus Sørensen, Directeur général pour la communication à la Commission européenne

Responsable de la communication au sein de l’institution européenne garante de la mise en œuvre des actions de communication, Claus Sørensen considère que le principal défi consiste à établir un lien entre Bruxelles et les gouvernements nationaux et autres acteurs locaux afin d’éviter les doubles emplois et le manque de coordination.

Adopter une approche bottom-up pour Juana Lahousse-Juarez, Directrice Générale pour la communication au Parlement européen

Responsable de la communication au sein de l’institution représentant les citoyens européens, Juana Lahousse-Juarez juge que le principal défi de la communication européenne est d’introduire une approche bottom-up suivant l’exemple de l’engagement personnel et direct des eurodéputés avec le public dans les médias sociaux.

Au-delà, les Actes de la conférence résument les autres défis de la communication européenne, selon les différents intervenants :

  • parvenir à des messages sans jargon, sous forme multilingue afin d’être plus proche des citoyens ;
  • utiliser des outils de communication dans le cadre d’un processus continu et permanent ;
  • dire aux gens comment l’UE se rapporte à leur vie quotidienne, afin de les impliquer de plus en plus dans les projets futurs ;
  • aider les journalistes à mieux comprendre l’Europe ;
  • écrire de la manière la plus succincte et la plus facile à comprendre que possible afin que les médias soient encouragés à transmettre les messages importants sur les politiques de l’UE.

Quels scénarios pour la stratégie de communication européenne ?

À partir de plusieurs scénarios d’évolution de la construction européenne, Manfred Ertl en 2004 étudie différentes stratégies de communication de l’UE. À quoi ressembleraient les stratégies de communication en fonction des modèles d’Europe ?

Le marketing d’une « Europe de la raison » à partir des bénéfices pour le consommateur citoyen : une stratégie de communication « light » et « lisse » autour de la valorisation de projets concrets

Si l’on considère que la construction européenne prend la voie d’une réalité uniquement rationnelle :

  • l’Europe du marché unique ;
  • l’Europe de la mobilité, notamment des étudiants (Erasmus) ;
  • l’Europe des grands projets industriels (Ariane) ;

alors la stratégie de communication consiste exclusivement à démontrer l’utilité concrète de l’Europe pour les citoyens.

Les institutions européennes « vendent » l’Europe en mettant toujours en avant les bénéfices matériels :

  • simplification abusive des messages ;
  • présentation des projets concrets « bien ficelés » dans un langage rassurant ;
  • évacuation systématique des problèmes pour ne pas compromettre la popularité de l’Europe ;
  • adoption d’un ton « light » et d’un style « lisse ».

Synthèse de la communication européenne – tendance « marketing » :

  • Projets « attractifs » (messages) : gestion (subsidiarité)
  • Type d’homme politique (émetteur) : 3e garde (hommes de dossiers)
  • Engagement médias (canal) : « simplification » par des journalistes spécialisés
  • Style : publicitaire et marketing
  • Type de médias : personnels et commerciaux

Le dialogue d’une « Europe des citoyens » pour construire un projet européen participatif : une stratégie de communication « pédagogique » et « multiculturelle » autour de l’organisation de débats paneuropéens

Si l’on considère que la construction européenne prend la voie d’une réalité principalement participative :

  • l’Europe des associations ;
  • l’Europe de la rencontre et des échanges personnels entre ses habitants ;
  • l’Europe de la culture quotidienne ;

alors la stratégie de communication consiste essentiellement à illustrer la culture de véritable débat avec les sociétés civiles européennes.

Les institutions européennes promeuvent une « communication multiculturelle » et le modèle européen de sociétés pacifiées et démocratiques :

  • proposition d’informations différenciées selon les cibles afin de favoriser la convergence socio-culturelle ;
  • création d’un certain nombre d’outils pour dialoguer avec les citoyens : journées d’Europe avec les élus, conférences prospectives citoyennes thématiques, émissions télévisuelles interactives, enquête de satisfaction citoyenne, vote électronique ;
  • adoption d’un style pédago-civique… « pour défendre vos droits de citoyens et construire ensemble l’Europe durable et diverse de nos enfants » ;

Synthèse de la communication européenne – tendance « dialogue » :

  • Projets « attractifs » (messages) : développement d’une nouvelle démocratie (débats populaires pan-européens)
  • Type d’homme politique (émetteur) : personnalités nationales charismatiques et enthousiastes
  • Engagement médias (canal) : émissions politiques/sociales internationales par des journalistes européens
  • Style : pédagogique et différencié selon les cibles
  • Type de médias : interactifs et de qualité

La propagande pour une Europe ancrée dans la tradition : une stratégie de communication « démagogique » et « autoritaire » autour de la valorisation du patrimoine séculaire

Si l’on considère que la construction européenne prend la voie d’une réalité inévitablement traditionnelle :

  • l’Europe réduite à la défense des valeurs de l’Occident ;
  • l’Europe puissance (économique-militaire), rempart sécuritaire et moral ;
  • le continent des Régionalismes (exception culturelle) ;

alors la stratégie de communication démagogique tente d’enraciner dans l’esprit des citoyens un préjugé de supériorité de la civilisation européenne qui repose sur un patrimoine unique dans le monde.

Chaque institution européenne mène sa propre politique d’information :

  • diffusion de tonnes de brochures et de sites internet qui ne sont consultés que par une minorité de citoyens intéressés ;
  • adoption d’un ton propagandiste affirmant qu’il n’y a de toute façon pas d’alternative et autoritaire autour des thèmes de la paix et de la défense, de la puissance économique pour survivre sur le marché mondial et du continent de l’exception culturelle.

Synthèse de la communication européenne – tendance « propagande » :

  • Projets « attractifs » (messages) : réduction de l’Europe politique à l’Europe historique
  • Type d’homme politique (émetteur) : l’Europe comme placard pour les anciens ou école pour les nouveaux
  • Engagement médias (canal) : info éparses, tendencieuses par Trash TV et presse tabloid voire minimalistes pour citoyens intéressés
  • Styles : propagandiste et autoritaire

La révolution démocratique de l’UE se fera-t-elle par les médias sociaux ?

À l’occasion de la « Social Media Week » à Paris, une conférence est organisée jeudi 10 février à l’institut Goethe pour disputer, selon le programme : « si les médias sociaux jouent-ils un rôle dans le rapprochement de l’Europe et des Européens et permettent-ils de combler la « fracture démocratique » ? »…

« Les médias sociaux aggravent autant qu’ils comblent la crise de la démocratie représentative. »

Dommage, la conférence n’a pas permis de trancher entre les 2 visions du rôle des médias sociaux dans la crise démocratique :

Ni vision angélique de médias sociaux qui sauveraient la représentation politique par la participation citoyenne, même si ceux-ci incontestablement bousculent les attentes et les pratiques des élus et des citoyens ;

Ni vision diabolique de médias sociaux qui détruiraient le pouvoir des élus par la mobilisation civique, même si ceux-ci indubitablement renversent les habitudes des élus et des citoyens (quoique cette vision soit effectivement angélique lorsqu’il s’agit de renverser le pouvoir de régimes anti-démocratiques…) ;

Mais un constat : la révolution numérique transforme le système démocratique.

En quoi, le fait que « la société civile a pris le pouvoir sur Internet » constitue-t-elle éventuellement une opportunité pour réaliser la « révolution démocratique » de l’UE ?

D’abord, les médias sociaux modifient l’espace du débat public. L’ère du débat public vécu par procuration avec la TV n’existe plus à l’heure de Facebook, Twitter et Youtube.

Cette nouvelle configuration du débat public peut représenter une opportunité pour l’UE à condition de savoir organiser les espaces européens de dialogue/échange/partage.

Ensuite, les médias sociaux accélèrent la synchronisation des opinions/émotions en créant une “coordination des humeurs” selon l’expression de Clay Shirky, analysée par Nicolas Vanbremeersch.

Cette nouvelle respiration des opinions publiques peut représenter une opportunité pour l’UE à condition de proposer des idées européennes mobilisatrices/fédératrices.

Enfin, les médias sociaux renforcent l’exigence de transparence des administrations publiques.

Cette nouvelle aspiration à l’ouverture des acteurs publics peut représenter une opportunité pour l’UE à condition de créer un mouvement d’open data permettant la mise à disposition des données publiques européennes.

Ainsi, si l’UE réussit à s’engager vraiment dans les médias sociaux, alors il n’est pas exclu qu’elle y réussisse sa « révolution démocratique ».