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Le plan d’investissement Juncker est-il la vaste de campagne de communication que l’UE n’a jamais fait ?

C’est l’institut Egmont avec une tribune de Fabian Willermain « The Juncker Commission Investment Plan – a communication campaign? » qui vend la mèche : « ce plan n’est pas tant un plan d’investissement qu’une campagne de marketing fantastique pour la Commission européenne en tant qu’acteur clé dans la relance de l’économie européenne »…

Le plan d’investissement un grand « plan comm » pour la Commission Juncker ?

La première phrase du page officielle de présentation du plan d’investissement y va sans détour : « L’Europe a besoin d’urgence d’un plan d’investissemment. ». N’aurait-elle pas tout autant, quitte à faire d’une pierre deux coups, besoin d’un plan de communication ?

Fabian Willermain n’hésite pas à mettre les pieds dans le plat après des développements sur le fond du plan d’investissement : le plan d’investissement de Juncker n’est-il pas, en fait (et avant tout ?) un impressionnant plan de communication stratégique ?

Il liste plusieurs arguments plaidant en sa faveur : « l’accent mis sur la publicité visuelle percutante et sur la disponibilité et l’ouverture de l’information (hashtag Twitter dédié, section du site Web personnalisé, vidéos bien illustrées, discussions dédiées sur LinkedIn et cartes explicatives interactifs) ».

Une campagne de pub pour l’UE à 100 milliards d’euros par an ?

La nouvelle direction est d’essayer de changer l’image de l’UE, non plus l’incarnation de l’austérité mais la promotrice de la prospérité pour les citoyens : un nouveau narratif que seules les nombreuses preuves apportées par les projets financés par le plan d’investissement permettraient de crédibiliser auprès du grand public pour restaurer la confiance.

D’ailleurs, s’il fallait encore une preuve de cette hypothèse déroutante, l’annonce dans les médias du plan d’investissement illustre que personne n’est dupe : entre la version soft (Le Monde) « C’est un véritable pari que fait Jean-Claude Juncker » et plus hard (La Tribune) « le coup de bluff du magicien Juncker ». Toutes les autres étapes seront-elles également l’occasion de feuilletonner le récit de la nouvelle action de la Commission européenne ?

Au total, l’investissement de la Commission européenne n’est-il pas d’abord dans une vraie campagne de promotion de l’action de l’UE, la première de cette envergure, à travers des cas pratiques concrets d’envergure ?

Vous n’avez pas vu passer les 100 jours de la Commission Juncker, est-ce normal ?

Avec le nouveau président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, en matière de communication, comme pour le reste d’ailleurs, on allait voir ce qu’on allait voir. Justement, 100 jours après, où en sommes-nous ?

La nouvelle stratégie de communication sous Juncker : les Commissaires sont « les visages publics, les avocats et les meilleurs «porte-parole» des politiques de l’institution »

Avec Jean-Claude Juncker, la nouvelle stratégie de communication de la Commission européenne a été très clairement annoncée, comme le résume la Fondation Schuman dans la note sur le « retour du politique » :

« Lors de la conférence de presse de présentation de la répartition des postes, Jean-Claude Juncker a souligné qu’il souhaitait que les commissaires (…) doivent incarner la politique de la Commission auprès des opinions publiques et rapprocher l’Europe des citoyens. L’objectif est de rationnaliser la communication et de parler d’une seule voix. C’est là aussi un des facteurs qui rendront la perception de la Commission plus politique. Les Commissaires ont pour mission de reprendre en main une communication devenue trop institutionnalisée et peu efficace. »

Cet effet d’annonce sur la « politisation » de la communication de la Commission européenne est confirmé par une « communication du président à la Commission relative aux méthodes de travail de la Commission » publiée le 11 novembre dernier. Deux principes sont posés par Jean-Claude Juncker :

  • La communication ne peut réussir que si la Commission parle d’une seule voix.
  • La communication doit être orientée vers les priorités politiques et stratégiques de la Commission.

Deux conditions du succès dans les médias et la perception du public sont également formulés :

  • La capacité des Commissaires à communiquer de façon convaincante sur un grand nombre de questions dans tous les États membres
  • La capacité de l’équipe de contribuer positivement à la réalisation des objectifs clés et des priorités de la Commission.

100 jours après, la communication des Commissaires est-elle à la hauteur ? Évidemment, tout jugement définitif et général serait prématuré, partiel et partial. Néanmoins, plusieurs impressions se conjuguent pour dessiner un tableau d’ensemble :

  • Juncker est parti en sprint et depuis perd de la vitesse : Il semble s’être consacré en priorité – en exclusivité ? – à son plan d’investissement, délaissant semble-t-il d’autres dossiers, en particulier les #LuxLeaks, qui n’ont pas été bien gérés ;
  • Timmermans, son premier Vice-président est plus dans la course de fond… mais avec des sauts d’obstacles : Pour l’essentiel, il assure le job, et communique abondamment, mais avec quelques hoquets autour de l’abandon d’initiatives environnementales (qualité de l’air, économie circulaire ou déchets) dans le programme de travail annuel de la Commission européenne ou de timidité dans la lutte contre le terrorisme. « Pour réussir là où les autres ont échoué », Cécile Ducourtieux  dans Le Monde estime que « Timmermans espère un changement de culture. En finir, à la Commission, avec le « je légifère donc j’existe ». Opérer des choix politiques, tranchés, assumés, expliqués. Au risque de s’attirer les foudres des lobbies, des eurodéputés, voire des Etats… »
  • Mogherini, la Haute-représentante aligne les chiffres dans une infographie sur ses 100 jours qui impressionne : déjà 93 bilatérals au compteur et 15 visites dans l’UE ou à l’étranger.

Au total, le jugement est à la hauteur des espérances, il est d’autant plus sévère que l’on plaçait de fortes attentes, selon la conclusion de Nicolas Gros-Verheyde dans « 100 jours après, c’est pas folichon » :

« En toile de fond, une faible propension à révolutionner la politique et avancer des idées un peu fraiches et nouvelles, pour revigorer le débat, et des propositions précises et charpentées, pour alimenter la dynamique européenne font qu’aujourd’hui, l’enthousiasme réel ressenti à Bruxelles à l’arrivée de la nouvelle équipe, s’est vite étiolé. L’équipe Juncker ne devrait pas recevoir mieux qu’un bulletin « à peine passable » pour ses premiers cent jours. Avec la mention « bon début, mais s’est relâché ». Et ce n’est pas seulement « peut mieux faire » mais « doit mieux faire » qui devrait être indiqué… »

Si la communication de la Commission européenne autour des 100 premiers jours du collège Juncker n’imprime pas, c’est parce que les Commissaires, qui se sont vus confier le rôle de « porte-parole » sont très inégalement visibles et audibles.

Usage et impact des réseaux sociaux pour la communication de la Représentation en France de la Commission européenne

Deux questions autour de l’usage (comment rester immobile devant l’ampleur des réseaux sociaux ?) et de l’impact (comment tirer profit des réseaux sociaux pour sa communication ?) sont au cœur du mémoire publiée par Anne Vesque après son expérience au sein de la Représentation en France de la Commission européenne. Quelles sont ses réponses ?

Usage : les médias sociaux se sont irrésistiblement imposés à la communication de l’UE

Avec plus ou moins d’avance par rapport aux autres institutions publiques nationales ou internationales, la Commission et ses Représentations ont investi les médias sociaux au point que Facebook, Twitter, Youtube sont devenus incontournables aujourd’hui parmi les outils de communication.

Quel calendrier ?

Dès mars 2006, Margot Wallström impose « EUTube », la chaîne de la Commission européenne sur la plateforme Youtube, uniquement créée en février 2005.

Début 2010, avec la mandant de la nouvelle Commission Barroso II, la communication commence sur les réseaux sociaux. En juin 2010, « du fait de leur croissance et de leur potentiel en terme de stratégie de communication », les comptes Twitter et Facebook sont officialisés.

Un an plus tard, en septembre 2011, la Commission européenne publie sa stratégie de communication consacrée aux médias sociaux. L’objectif est double, communiquer sur les priorités politiques de l’UE et « partager des opinions et des informations, favoriser la discussion et bâtir des relations » avec les citoyens.

En parallèle, la Représentation en France de la Commission européenne se déploie progressivement dans les médias sociaux : Facebook et Youtube en septembre 2011, Twitter en 2012, Flickr en 2012 et Instagram en 2013…

Impact : les médias sociaux peinent à percer auprès d’un large public au-delà des milieux européens

Grâce à l’adaptation des messages aux réalités locales, la Représentation – libre de communiquer à partir des suggestions éditoriales envoyées par Bruxelles – développe une stratégie multicanale :

  • Facebook : communiquer comme on parle, comme si on s’adresse à quelqu’un que pour créer une certaine proximité et donner un coté humain et proche ; éviter les discours institutionnels et privilégier photos et vidéos pour attirer le regard ;
  • Twitter : vulgariser et contextualiser chaque tweet pour qu’il soit le plus percutant et le plus « digeste » possible ; publier du contenu adapté aux réseaux sociaux (infographies, vidéos et images) très approprié ;
  • Instagram : publier, en temps réel, des photos d’événements organisés ou co-organisés par la Représentation et mettre en place des concours photos pour permettre la participation des citoyens.

Quels résultats ?

En terme d’évolution, les chiffres sont encourageants, de mai 2013 à mai 2014, doublement des fans sur Facebook et triplement des followers sur Twitter.

Mais, en termes de stock, les communautés sont décevantes. Sur les 26 millions d’inscrits français à Facebook, la Représentation en France n’enregistre qu’environ 4000 fans. Même si l’Europe séduit peu et l’euroscepticisme est très présent en France, c’est très limité. Sur Twitter, en dehors de la bulle européenne, les interactions sont rares.

Finalement, pour Anne Vesque, après l’étude approfondie des deux réseaux les plus utilisés par la Représentation en France « on retrouve les mêmes « défauts » de communication sur les réseaux sociaux que sur la communication de l’UE en général, à savoir le décalage entre l’UE et les citoyens, l’utilisation d’un jargon communautaire par les institutions européennes ou encore l’absence de dialogue avec les citoyens en dehors de la sphère européenne ».

La communication européenne pourrait davantage être dirigée vers les citoyens pour les amener à s’intéresser à l’Union européenne en prenant en compte plus spécifiquement leurs centres d’intérêts et en utilisant des messages simples à la portée de tous.

La chercheuse Sandrine Roginsky parle elle de l’émergence d’une « e-bulle bruxelloise » pour montrer que les plateformes de réseaux sociaux numériques mettent en lumière les interactions déjà existantes entre acteurs de l’Union européenne et notamment la proximité entre professionnels de l’UE et journalistes.

Au total, « la recherche tend à remettre en question l’idée que le salut communicationnel de l’UE passerait par les réseaux sociaux numériques, du moins dans leur utilisation actuelle qui tend à s’adresser essentiellement aux acteurs déjà mobilisés sur le sujet. »

Priorité au digital dans le budget de la communication de l’UE en 2015

Comme chaque début d’année, le budget pour la communication de l’UE est mis en ligne sur le site de la DG COMM. En 2015, au-delà des mouvements correspondants aux réaffectations de services entre DG souhaitées par Juncker, c’est l’importance sans cesse plus stratégique du digital qui ressort…

budget_2015_communication_Commission_europeenne

Les principaux changements constatés en 3 chiffres clés

Moins 21 millions d’euros, c’est le montant de la baisse du budget consacré à la communication de l’UE en 2015 pour s’établir à un montant global de 72,3 millions d’euros. Cette baisse correspond en grande partie à la perte par la DG COMM du service distribuant des subventions aux médias.

Mais, en fait, cette perte s’établit à un montant total de quasiment 25 millions d’euros, la subvention à Euronews représentant à elle seule 18 millions d’euros;

Du coup, le solde positif, soit un peu plus de 3 millions d’euros, est réaffecté au digital, et plus particulièrement au projet de rationalisation de la présence en ligne de la Commission européenne, ainsi qu’à la pérennisation du projet « Share Europe Online » correspondant à l’animation d’un réseau de community managers placés dans les 28 Représentations afin de communiquer localement dans les réseaux sociaux.

Le reste des mouvements correspond à l’épaisseur du trait.

Les principaux postes de dépenses de la communication de l’UE en 2015

Pour la première fois, c’est tout ce qui correspond aux actions en ligne qui prend la tête des dépenses avec une enveloppe globale de plus de 21 millions d’euros.

Deuxième poste de dépenses, traditionnellement très important, les relais d’information formés par les Centre Europe Direct représentant plus de 14 millions d’euros.

Troisième budget, l’animation des Représentations dans les capitales européennes et les villes principales d’Europe, pour un total de près de 12 millions d’euros.

Au-delà de ces grandes masses, les projets récurrents de la DG COMM sont par ordre d’importance :

  • Les Eurobaromètres : 6,4 millions d’euros
  • Les studios de radio/TV et les équipements audiovisuels : 5,5 millions d’euros
  • L’information aux médias, en particulier l’intensification et la diversification de la production audiovisuelle et multimédia, à l’intention des médias et du grand public : 5,2 millions d’euros
  • Les visites à la Commission : 3,6 millions d’euros
  • Les publications écrites d’intérêt général : 2,2 millions d’euros

Au total, le budget de la DG COMM pour 2015 reflète les intentions politiques de concentrer la communication de l’UE autour de quelques priorités renforcées, tels que l’information aux médias ou le digital.

La Commission Juncker est-elle intéressante dans les médias sociaux ?

Prenons aux mots Jean-Claude Juncker qui attend – selon sa communication relative aux méthodes de travail de la Commission – que les membres de sa Commission soient « les visages publics, les meilleurs avocats et les meilleurs porte-parole des politiques de l’institution ». Qu’en est-il vraiment dans les médias sociaux ?

Quand le médium devient le message, le recours quasi systématique et impérieux de communiquer dans les médias sociaux conduit inévitablement à une uniformisation des prises de parole qui sacrifie la personnalisation pourtant attendue et souhaitable.

En quelque sort, la rançon du succès des médias sociaux auprès des Commissaires, c’est que leur communication se ressemble de plus en plus. Certes, ils sont tous, ou quasiment sur Twitter et/ou Facebook. Mais, du coup, ils font tous, peu ou prou à peu près la même chose.

Les grands poncifs de la communication des Commissaires européens dans les médias sociaux

Premier passage obligé, le recours aux photos pour montrer les Commissaires au travail. Du coup, des portraits des Commissaires en réunion ou en train de serrer des mains sont publiés à tout bout de champ sur Twitter et Facebook.

À ce petit jeu, la Haute-Représentante Federica Mogherini tire son épingle : avec elle, on fait un tour du monde, parfois en compagnie de « stars » de la diplomatie internationale, comme sa rencontre récente avec John Kerry.

Deuxième exercice de style imposé à tous les Commissaires, le live-tweet de leurs prises de parole devant le Parlement européen ou lors de conférences importantes. Du coup, des rafales de tweets viennent occasionnellement pollués les timelines.

Ces live-tweet sont de plus en plus régulièrement préparés en amont à tel point que parfois les tweets, programmés à l’avance et surtout à distance précèdent les propos tenus en public.

Dernier poncif, le pire, c’est le « combo » live-tweet + photos qui correspond à leur prise de parole dans les médias, en particulier audiovisuels, qui sont annoncés en amont, largement mentionnés et parfois même les mentions et retombées sont ultérieurement retweetées.

Au total, la communication des Commissaires dans les médias sociaux est plutôt sans originalité, quoiqu’il y ait quelques exceptions.

Les meilleurs Commissaires-communicant dans les médias sociaux

Sur Facebook, le premier Vice-Président, Frans Timmermans survole ses collègues. Il est sans doute le seul capable de générer plusieurs milliers de « like » sur Facebook, et se positionne, du coup, de loin comme le meilleur communicant sur cette plateforme.

Timmermans_Facebook

Ses courts messages, trop souvent qu’en néerlandais, sont humains, mêlant à la fois un arrière-fond professionnel et une dimension personnelle, affective.

Sur Twitter, c’est la Commissaire danoise à la Concurrence, Margrethe Vestager, qui s’est créé un style personnel dès le moment des auditions devant le Parlement européen en choisissant de prendre en photo ce qu’elle voit, plutôt qu’on la prenne en photo – un contre-champ salutaire en termes d’authenticité et qui a fait mouche auprès du public. Pour la lutte contre le cancer, elle n’a pas hésité à se montrer avec un petit tatouage.

Vestager_Twitter

 

Vestager_Twitter_2

Enfin, il ne faut pas oublier les quelques Commissaires courageux qui interagissent, dialoguent vraiment avec leurs audiences. Maroš Šefčovič, Vice-Président à l’Union énergétique ou Cecilia Malmström, Commissaire au Commerce n’hésitent pas à chatter ou répondre à leurs mentions de temps en temps

Au total, la communication des membres de la Commission européenne n’est souvent pas très inspirée et manque cruellement de créativité et de spontanéité à de rares exceptions, les « feeds » Facebook++/Twitter sont sans saveur.