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Comment le basculement de l’accréditation de l’information peut bénéficier à la communication européenne ?

Actuellement, nous sommes en train d’assister à un basculement de l’accréditation de l’information. L’accréditation, cette « capacité d’indexer, d’évaluer ou de recommander une information », selon Bernard Huygues, échappe de plus en plus aux spécialistes de l’information standardisée par les mass médias pour passer de plus en plus entre les mains des communautés sur les réseaux sociaux…

Aujourd’hui, une « information socialisante » produite par immixtion entre relations sociales et actualités

La dernière étude du Pew Internet Research Center « Understanding the Participatory News Consumer » analyse les habitudes de consommation d’information des Américains :

  • 75% des consommateurs d’information en ligne reçoivent leur information par mail ou par des posts sur les réseaux sociaux ;
  • 62% suivent l’actualité parce qu’ils apprécient en discuter ensuite avec leurs pairs sur le web ;
  • 52% partagent des liens avec leur entourage par mail ou réseaux sociaux.

Ainsi, les nouveaux prescripteurs de lecture d’information ne sont plus les mass media mais bien les membres de son réseau.

Les principales tendances de l’information socialisante sont que l’accréditation de l’information pour les gens sera de plus en plus personnalisée, portable, et participative :

  • 28% des utilisateurs d’Internet ont personnalisé leur page d’accueil pour englober les nouvelles provenant de sources et sur des sujets qui les intéressent ;
  • 33% des propriétaires de téléphones portables accèdent à l’information par ce biais ;
  • 37% des internautes ont contribué à la création de l’information, à la commenter et à la propager à travers des médias sociaux comme Facebook et Twitter.

En résumé, l’information autrefois accréditée par les journalistes devient une « information sociale et socialisante » pour citer le billet « Les réseaux sociaux, médias de demain ? » de Marie-Catherine Beuth : « les gens utilisent leurs réseaux sociaux pour filtrer, évaluer et réagir à l’information ».

Demain, une communication européenne produite par capillarité entre les communautés

Alors qu’au temps de l’accréditation journalistique – diffusion par les mass médias, notamment audiovisuels – l’information sur l’UE était quasi absente, le rôle de « gatekeeper » étant solidement verrouillé ; avec le nouveau modèle de l’accréditation sociale – transmission par les pairs, sur les médias sociaux – l’information sur l’UE pourrait être présente, à condition de disséminer les têtes de réseaux susceptible de communiquer sur l’Europe.

L’enjeu technologique :

Au-delà de la constitution et de l’animation d’un réseau, le vrai pouvoir réside dans la corrélation et la contextualisation de l’information, des méta-données et des moteurs de recherche…

L’intérêt démocratique :

Les effets positifs de la production d’information de pair à pair sur les réseaux sociaux se traduisent par :

  • la restructuration des relations de pouvoir, avec de nouveaux leaders d’opinion influents ;
  • l’amélioration de l’autonomie individuelle, à condition d’avoir accès et d’être formés à l’environnement du web social.

Ainsi, si l’UE sait saisir l’opportunité du basculement de l’accréditation de l’information, il lui devient possible de mieux informer les citoyens sur l’Europe.

De l’efficacité des rencontres du « mouvement civique européen » pour promouvoir la citoyenneté européenne

Après le programme « Paroles d’Européens » – l’initiative gouvernementale de la France pour donner une dimension citoyenne à la Présidence française de l’UE à travers des rencontres de mouvements civiques et d’organisations non gouvernementales européennes – la présidence espagnole annonce un projet similaire et la présidence hongroise lors du premier semestre 2011 envisagerait de prendre le relais dans ce domaine. L’organisation de ces rencontres du « mouvement civique européen » est-elle efficace pour promouvoir la citoyenneté européenne ?

Quels sont les objectifs revendiqués de ces rencontres du « mouvement civique européen » ?

Les « Journées civiques européennes 2010 », du 7 au 9 mai à Malaga, rassemblant « près de 700 représentants d’associations et de plates-formes civiques européennes, en collaboration avec les réseaux européens Solidar et le Forum civique européen et soutenu par la Commission européenne et les ministères espagnols », visent plusieurs objectifs affichés sur le site de la présidence espagnole de l’UE :

  • renforcer le rôle des ONG en tant qu’éléments d’intégration et de cohésion sociale, et en tant qu’acteur dans une démocratie européenne plus participative, étant donné que le Traité de Lisbonne reconnaît le rôle actif du citoyen au moyen d’outils tels que le droit d’initiative citoyenne ;
  • créer un espace de débat et de réflexion sur le rôle des associations et des ONG dans la construction d’une Europe plus sociale ;
  • développer des canaux formels pour la consultation et la participation des organisations civiques dans la définition, l’exécution et l’évaluation des politiques de l’UE.

En résumé, les Journées civiques européenne vise à encourager la participation citoyenne dans la conception des politiques et dans la prise de décisions de l’UE.

Quelles sont les convictions renfermées en matière de formation de l’opinion publique ?

Les organisateurs des « Journées civiques européennes 2010 » sont convaincus des effets diffus de la communication sur le public. Leurs convictions reposent sur une conception héritée des travaux de P. Lazarsfeld et E. Katz dans « The two-step flow of communication » remontant à 1956.

Puisque l’attention que le public porte à l’information est fonction de la relation que ce public noue avec certains leaders d’opinion, qui ont pour mission de vidanger les messages dérangeants pour le public au profit de messages confirmant leurs opinions, alors il faut qu’un maximum de ces leaders d’opinion soient sensibilisés aux questions européennes afin d’élargir leurs messages auprès de leur public.

La conformation progressive des opinions sur les questions européennes se fera par les relations interpersonnelles entre membres d’un même groupe de référence, exerçant une nouvelle pression conformiste, davantage favorable aux messages européens.

Ainsi, « l’unique événement promu par des citoyens durant le semestre de la Présidence espagnole » afin de promouvoir la citoyenneté européenne repose sur une médiatisation auprès de l’opinion publique, non pas par les « médiateurs » au sens journalistique du terme mais par des « groupes primaires » portés par des « leaders d’opinion » au sens des travaux de Lazarsfeld et Katz…

Priorité à la vie quotidienne des citoyens européens pour la communication de l’UE

Lors de la réunion du groupe préparatoire dénommé « Groupe Information » vendredi dernier (que nous avions évoqué), la Commissaire européenne à la justice, aux droits fondamentaux, à la citoyenneté (et à la communication) Viviane Reding a confirmé, selon Euractiv que « la Commission européenne continuera à être le moteur de la communication sur l’Europe, mais pas sans ses citoyens »…

Premier discours en interne de Viviane Reding pour rassurer le personnel dédié à la communication

Alors que la décision de Barroso de regrouper la communication et la citoyenneté avait soulevé une inquiétude au sein du personnel de la DG Communication, renforcée d’ailleurs, comme nous le signalions, par les propos tenus à New Europe en janvier affirmant que « la communication de l’UE n’est pas une politique mais un outil », Viviane Reding a dissipé les doutes et rassuré les esprits. Elle aurait affirmé selon l’article d’Euractiv : « Communiquer sur l’Europe commence à la maison, selon Mme Reding » :

La Commission restera dans le fauteuil du conducteur … la direction générale communication et l’unité des porte-parole resteront les fournisseurs principaux de l’expertise et des services de communication pour l’ensemble du collège des Commissaires.

Premier acte interne de Viviane Reding pour améliorer la sensibilisation des citoyens à leurs droits de manière tangible

Alors que le premier acte de Margot Wallström en 2005 avait consisté à définir un « plan d’action » contenant 50 mesures concrètes, visant à changer la façon dont la Commission aborde la communication, Viviane Reding a demandé, selon Euractiv, dans « une lettre envoyée aux directeurs généraux responsables de l’emploi et des affaires sociales, de la justice et de la communication de réfléchir à 10 nouvelles mesures législatives ou politiques concrètes » pour que les citoyens se sentent plus européens.

Inspirée, selon certaines sources, par le rapport « Le citoyen et l’application du droit communautaire » de l’eurodéputé français Alain Lamassoure remis au président de la République française en juin 2008, à quelques jours du lancement de la Présidence française de l’UE, qui se voulait « citoyenne », Viviane Reding veut communiquer sur une « Europe à l’échelle humaine du citoyen », comme nous résumions le rapport Lamassoure pour « rendre la vie des citoyens européens plus facile ».

Ainsi, avec ces premières prises de parole, attendues, la Commissaire Viviane Reding rassure avec sa priorité sur la vie quotidienne des citoyens européens, confirmée d’ailleurs par son intention de mieux utiliser les Eurobaromètres sur la sentiments et les inquiétudes des citoyens pour que les politiques européennes puissent être menées sur mesure en fonction de besoins authentiques.

L’UE parvient-elle à entrer en contact avec vous ?

C’est à cette question sur la communication de l’UE que des étudiants étaient invités à plancher dans le cadre d’une compétition remportée par Conor Slowey, étudiant en dernière année de droit et de sciences politiques à la Queen’s University de Belfast….

Une compétition « à l’anglo-saxonne » entre étudiants organisée par l’une des antennes du réseau « Europe Direct » les plus actives sur le web social

La compétition « à l’anglo-saxonne » avec jury de sélection composé d’un panel d’experts et récompense pécuniaire pour le lauréat (£200) était organisé par l’antenne de Leeds du réseau « Europe Direct » rassemblant 16 centres au Royaume-Uni et 500 en Europe, dont le but est d’agir comme interface entre l’UE et ses citoyens au niveau local.

L’antenne « Europe Direct Leeds » est sans doute l’une des plus actives en matière de communication sur les réseaux sociaux et donc à destination des jeunes, notamment étudiants :

  • un site construit comme un blog avec une timeline des publications récentes, une manière d’ouvrir le débat via les commentaires ouverts sur chaque article ;
  • un groupe Facebook établissant des liens vers des événements, des groupes ou des albums photos à caractère européen, une tentative de créer un réseau propre à l’UE ;
  • un compte Twitter très actif avec plus de 3 000 twitts et 750 followers, une occasion de créer le lien entre l’actualité quotidienne et les enjeux européens.

Un vainqueur, Conor Slowey, faisant valoir que la Commission européenne devrait utiliser les médias grand public via l’Internet pour faire connaître ses politiques et susciter des débats

La dissertation porte un réquisitoire fort que l’on ne peut que partager : « en tant que citoyen intéressé, je n’ai que rarement ressenti les effets de la stratégie de communication de la Commission européenne. (…) Si l’objectif de la stratégie de communication de la Commission était une sensibilisation accrue du public pour une plus grande participation à la politique de l’UE, alors le taux de participation pour les élections européennes de 2009 indique que cela n’a pas été atteint, même si la diminution du taux de participation a quelque peu ralenti : la chute entre 1999 et 2004 étant de 4,04%, comparativement à une baisse de 2,47% entre 2004 et 2009. »

Certes, comme le reconnaît Conor Slowey « la tâche d’améliorer la communication de l’UE est difficile à cause de la diversité linguistique de l’Union, du marché fracturé des médias, du manque d’une culture européenne forte au niveau des partis politiques, et de la nature technique de la plupart des questions de politique européenne ».

« Mais la Commission peut faire plus. La politique européenne doit devenir plus attrayante si l’on veut encourager la participation des citoyens et générer des articles dans les journaux. La Commission doit devenir plus politique. (…) La Commission peut susciter un débat sur les politiques qui encourageraient la participation des citoyens, le débat et l’interaction avec les députés sur des sujets d’intérêt personnel, ce qui permettrait également d’augmenter la familiarité et la connaissance des institutions de l’UE et de leur fonctionnement. »

La dissertation soutient alors une proposition à laquelle on ne peut que souscrire : « en tant que blogueur, je reçois la plupart de mes informations sur l’UE de l’Internet, c’est un grand espace où la Commission doit concentrer ses efforts de communication pour informer et potentiellement dialoguer avec les gens ».

Ainsi, « les stratégies de la Commission vers les médias grand public et vers l’Internet doivent être complémentaires. Les gens utilisent Internet pour suivre des choses qui les intéressent ou dont ils ont entendu parler dans les grands médias ou par des amis. »

Par conséquent, la Commission devrait axée sa communication sur l’accessibilité des informations par le biais de son site Web, et à travers les réseaux sociaux. « Plus il est facile d’accéder aux informations de la Commission, plus elles seront utilisées dans les débats et discussions à travers le journalisme traditionnel ou par les blogueurs, et plus il sera probable que de tels débats soient présents dans les grands médias. »

« Très peu de gens sont intéressés pour apprendre sur un sujet qui ne les touchent pas ou pour lequel ils ne peuvent pas participer ». Il faut donc que la Commission « fasse preuve d’audace » pour encourager la participation et « s’ouvrir elle-même à la critique et à la possibilité d’une défaite législative plus publique ». Il faut également que la Commission justifie par les conséquences concrètes dans la vie quotidienne que çà « vaut la peine de participer soit dans les médias traditionnels, en ligne ou avec les députés nationaux et députés européens ».

Conclusion: « c’est une tâche difficile mais nécessaire ».

Lire la dissertation intégrale en anglais

Protection de la vie privée sur Internet : approche juridique pour la Commission européenne VS approche communicante pour la CNIL

A l’occasion de la 4e édition de la journée annuelle de la protection des données – initiée par le Conseil de l’Europe en 2007 pour expliquer quelles données personnelles sont collectées et à quelles fins, ainsi que les droits et responsabilités des citoyens – une comparaison des actions de la Commission européenne et de la Commission nationale Informatique et Libertés (CNIL) en France révèle un fossé dans leurs approches respectives de cet enjeu…

Approche juridique pour la Commission européenne : annonce de la modernisation de la directive sur la protection des données

Lors de la journée de la protection des données, la Commission européenne publie un communiqué annonçant la modernisation prochaine de la règlementation de l’UE en matière de respect de la vie privée.

« Si l’innovation est une composante importante de la société contemporaine (publicité comportementale, réseaux sociaux ou puces intelligentes), elle ne doit cependant pas aller à l’encontre du droit fondamental des individus au respect de la vie privée. Nous devons maintenant nous assurer que les règles générales en matière de protection des données sont en phase avec la technologie et aussi complètes que l’exige le traité de Lisbonne, » a déclaré Viviane Reding, actuellement responsable de la société de l’information et des médias et Commissaire désignée à la justice, aux droits fondamentaux et à la citoyenneté.

Approche communicante pour la CNIL : lancement d’initiatives destinées à donner aux jeunes les bons réflexes pour contrôler leur image sur Internet

Lors de la journée de la protection des données, la CNIL lance une campagne « Protéger son image sur le web, ça s’apprend ! » destinée aux jeunes adolescents très présents sur les blogs et les réseaux sociaux afin de « promouvoir des bonnes pratiques et développer les bons réflexes des jeunes utilisateurs d’Internet »:

  • une édition spéciale de Mon Quotidien, le journal d’actualité des 10-14 ans, sur le thème « Protège ta vie privée sur Internet » ;
  • un éventail Les Incollables, intitulé « Ta vie privée, c’est secret ! » ;
  • un clip vidéo sur nos traces laissées sur Internet, consultable sur www.jepubliejereflechis.net

Ainsi, à l’occasion d’une même journée, les approches de la Commission européenne et de la CNIL pour se limiter à cet exemple français révèlent des pratiques en matière de communication très éloignées…