Comment l’UE en arrive à lancer une campagne de communication sur l’obésité enfantine ?

Consciente que la Politique Agricole Commune (PAC) demeure la première politique communautaire (politique ancienne remontant à 1962 et représentant aujourd’hui près de 40% du budget de l’UE), la Commission européenne s’attache à défendre l’agriculture européenne auprès de l’opinion publique par tous les moyens, notamment par le biais de la lutte contre l’obésité enfantine, véritable phénomène de société avec près de 22 millions d’enfants en surpoids dans l’UE et 5 millions en situation d’obésité. Comment l’UE en arrive-t-elle à lancer une campagne de communication sur l’obésité enfantine ?

Étape 1 : publication d’un « Livre blanc sur la nutrition »

En mai 2007, la Commission européenne aborde les problèmes de santé liés à la nutrition, à la surcharge pondérale et à l’obésité et propose une action à l’échelle de l’UE pour enrayer la multiplication des cas d’obésité.

Étape 2 : organisation d’une « Journée européenne de l’alimentation saine et de la cuisine de qualité »

En novembre 2007, la Commission européenne promeut une manifestation paneuropéenne et rassemble des fonctionnaires européens, des chefs de haut niveau et des écoliers « à l’occasion de démonstrations de cuisine saine et savoureuse et d’ateliers visant à favoriser un mode de vie équilibré ».

Étape 3 : actions « contribuant à une alimentation plus équilibrée et à des habitudes alimentaires plus saines chez les jeunes »

Entièrement financés par le budget agricole de l’UE – ce qui n’est pas sans soulever des critiques, notamment celles du think tank Timbro dans « The European Union’s Burden : Information dans communication to a reluctant people », la Commission européenne soutient :

  • Programme en faveur de la consommation de fruits à l’école : destiné aux enfants de 6 à 10 ans, doté d’un budget total de 90 millions d’euros pour l’année scolaire 2009/2010 (la facture sera réglée pour moitié par Bruxelles et pour l’autre moitié par les États membres, qui pourront puiser les fruits et légumes dans leur propre production ou les importer).
  • Programme de distribution de lait aux écoliers : existant depuis 1995, 22 sur 27 Etats membres ont choisi de participer à ce programme, aide totale pour l’année scolaire 2009 s’élève à 69 millions d’euros soit 305 000 tonnes de lait.

Étape 4 : campagne de communication sur l’obésité enfantine: « Mange bien, parce que ça le fait d’être en forme. »

Afin de compléter la stratégie de l’UE sur la nutrition, l’activité physique et la santé auprès des écoliers et collégiens de l’Union, Marianne Fischer Boel, Commissaire chargée de l’agriculture et du développement durable, lance aujourd’hui une campagne de communication « pour faire reculer l’obésité des enfants en Europe » :

  • volet événementiel avec une exposition itinérante organisée autour du slogan «Savoure, déguste et bouge» permettant à 18 000 enfants de 180 écoles dans 7 pays européens de prendre part aux activités et aux jeux organisés ;
  • volet virtuel avec une chasse au trésor interactive pendant 8 semaines sur le site web de l’équipe-saveurs de l’UE, où tous les élèves de l’UE âgés de 8 à 15 ans pourront tenter de remporter des articles de sports.

Face à la priorité du public jeune : quelle place pour la DG Communication au sein de la Commission européenne ?

A l’heure des négociations entre les capitales européennes sur les noms et les portefeuilles des futurs Commissaires européens – signalons au passage que les dernières tendances rassemblées par le blog de Touteleurope montrent qu’aucun des 27 États membres se positionne sur le poste de Commissaire à la communication – les réflexions au sein de la Commission européenne sur les réorganisations des directions générales vont bon train. Qu’en est-il des hypothèses de travail pour la DG Communication ?

Vers une DG COMM élargie : rassemblant communication, relations institutionnelles et citoyenneté ?

Formulée par Margot Wallström, la vice-présidente sortante chargée des relations interinstitutionnelles et de la stratégie de communication, dans une interview testamentaire à Euractiv, l’idée serait de « donner à son portefeuille un travail législatif autonome et des moyens financiers propres » et « la seule manière d’avancer est de donner au nouveau commissaire le contrôle de la législation sur la citoyenneté, avec les programmes et le budget qui vont avec ».

Vers une DG COMM rétrécie : fusionnant éducation, formation, culture, jeunesse, sport, société civile et communication ?

Lancé par EUconfidential sur Twitter avec l’annonce que « la Commission européenne prévoirait de fusionner la DG Communication avec la DG Education & Culture », l’idée serait semble-t-il de concentrer les efforts de la Commission européenne autour de la cible des jeunes.

Certes, l’objectif de fixer le public des jeunes comme priorité stratégique des actions de l’UE semble tout à fait justifié. Mais, l’objectif de placer la communication comme modalité stratégique pour cibler les publics de l’UE, notamment les jeunes justifie de conserver l’affichage politique lié à un portefeuille de Commissaire et la professionnalisation liée à l’existence d’une DG COMM autonome.

Campagne de sensibilisation de l’UE sur la pénurie d’interprètes : « le français, langue rare ? »

Dans les 10 ans à venir, près de la moitié des interprètes francophones prendront leur retraite. A défaut d’une bonne anticipation des recrutements de jeunes diplômés qualifiés, les services d’interprétation des institutions communautaires seront confrontés à une pénurie sérieuse d’interprètes de langue française.

Aussi, la DG Interprétation de la Commission européenne, en collaboration avec ses homologues du Parlement européen et de la Cour de Justice européenne lance une campagne de sensibilisation avec un clip vidéo  » Interpréter pour l’Europe – en français :

D’autres langues parmi les 22 langues officielles de l’UE ont été et feront également l’objet d’une pour communication pour aider les jeunes à en apprendre un peu plus sur la profession d’interprète.

Refonte du portail Europa : quels sont les objectifs, les nouveautés et les enjeux ?

Lancé en février 1995, consulté quotidiennement par plus de 500 000 internautes et avec plus de 6 millions de pages, le portail Europa est l’un des sites web les plus volumineux au monde. Sa refonte annoncée par la Commission européenne en décembre 2007 « Communiquer sur l’Europe par l’internet : faire participer les citoyens » est lancée depuis le 18 septembre…

Objectif de la refonte : renforcer l’interactivité et la participation des citoyens

Pour la DG Communication de la Commission, « le principal enjeu consiste à restructurer et améliorer EUROPA de manière à attirer plus de visiteurs et à en faire un carrefour ».

Dans un environnement particulièrement concurrentiel pour capter l’attention sur Internet, la finalité de la refonte est que « les internautes puissent explorer facilement de gros volumes de contenus, créer du contenu, et participer à des discussions et des débats afin que le portail Europa ne soit plus méconnu de la majorité des citoyens de l’Union.

Modalité de la refonte du portail Europa : faciliter la navigation avec une organisation des contenus plus claire et mieux organisée

Selon le communiqué annonçant la refonte, « la nouvelle mouture simplifie la présentation de la page d’accueil et répartie l’information en six grands thèmes répondant aux besoins des utilisateurs :

  • À propos de l’UE : informations générales, institutions et organes, les 27 États membres, histoire, travailler pour l’UE ;
  • Politiques et activités : domaines d’action, financements et aides, appels d’offres et marchés publics ;
  • Vivre dans l’UE : travailler et entreprendre, étudier, santé, droits des consommateurs, services d’information sur vos droits
  • Participez : participer à un débat en ligne, participez à l’élaboration des politiques, blogs, vidéos: l’UE sur YouTube
  • Centre de documentation : publication, statistiques et sondages, documents officiels, législation, archives
  • Espace presse et multimédia : services de presse, vidéos et photos, agenda, flux RSS et podcasts

Cette rationalisation des contenus vise à mieux guider les visiteurs (citoyens, journalistes, lobbyistes…) dans leurs recherches.

les + :

  • l’appel à participer ;
  • les tutoriaux pour se repérer (quoique disponible qu’en anglais) ;
  • l’esprit de synthèse (quoique la refonte n’ait pas encore traité les pages « profondes »).

les :

  • traduction : énorme travail encore inachevé pour parcourir le site dans les 23 langues officielles de l’UE ;
  • moteur de recherche : amélioré mais perfectible (à vous de juger) ;
  • design : harmonisation autour d’une charte graphique minimale encore relatif entre les différents sites.

Enjeu de la refonte du portail Europa : trouver l’équilibre entre attentes des publics, obligations statutaires et réorganisation des contributeurs

La refonte du portail Europa s’inscrit dans une dynamique visant à concilier le souhaitable, l’indispensable et le possible.

Du côté du souhaitable, les attentes des publics sont de consulter à des contenus aisément compréhensibles :

  • accès rapide à des informations plutôt de « proximité » que statutaire et si possible rédiger dans un style web attractif, intégrant le rich média ;
  • mise en ligne de fonctionnalités interactives et ludiques.

Du côté de l’indispensable, le portail Europa doit impérativement disposer des obligations statutaires :

  • informations relatives à la présidence de la Commission et au collège des Commissaires ;
  • exhaustivité notamment s’agissant de la masse des documents légaux.

Du côté du possible, la réorganisation des contributeurs vise à produire des contenus harmonisés. Face à la multiplication des communicants au sein des différentes entités de la Commission, la DG Communication engage (voir billet du 7 janvier 2008) la réforme du comité éditorial du site EUROPA afin de renforcer la cohérence rédactionnelle.

Au regard des améliorations annoncées (voir billet du 8 janvier 2008), les premières réalisations sont encourageantes.

Médias européens sous influence américaine : menace sur la construction européenne ?

Dans Les Cahiers du journalisme n° 20 – Automne 2009, José-Manuel Nobre-Correia de l’Université Libre de Bruxelles analyse la situation des médias européens « largement dominés en matière de fixation de l’ « agenda » mondial de l’information », en clair « sous influence » par rapport aux médias américains. Il s’interroge – à partir de l’idée du sociologue et critique des médias Herbert Schiller « une nation dont les médias sont dominés par l’étranger n’est pas une nation » – sur l’avenir de la construction européenne : « l’UE pourra-t-elle se constituer en nation sans se doter d’un système médiatique fort, où elle puisse affirmer son identité mais aussi sa conception plurielle propre de la démocratie ? »

Depuis la Seconde Guerre mondiale, le retard de l’Europe n’a cessé de s’accentuer par rapport à l’influence américaine dans le contrôle des médias

Au-delà de l’influence du cinéma hollywoodien – qui pourrait sembler anecdotique – « le secteur de l’information économique et financière est plus que jamais largement dominé par des entreprises nord-américaines » :

  • Associated Press,
  • Thomson-Reuters,
  • Bloomberg (33 % du marché mondial de l’information économique et financière)
  • groupe Dow Jones avec le Wall Street Journal.

De même, les deux grandes agences mondiales d’images d’information télévisée, Reuters Television et APTN, sont nord-américaines.

En outre, la photo d’information et d’illustration est dominée par les étatsuniennes Corbis (plus de 100 millions de clichés et une distribution dans plus de 50 pays) et Getty Images (plus de 70 millions de clichés).

En presse quotidienne, ce sont des titres comme l’International Herald Tribune et le Wall Street Journal, tous deux étatsuniens qui dominent la scène mondiale.

Pour les magazines, ce sont également les étatsuniens Time, Newsweek et autres Business Week qui dominent la scène mondiale.

Le pouvoir des États-Unis en matière de télévision est trop évident, il suffit de citer CNN ou MTV. A contrario, il a fallu attendre 11 ans pour que la BBC lance la BBC World Service Television en 1992, la France a lancé France 24 seulement le 6 décembre 2006, 26 ans après CNN.

L’audience potentielle, se traduit de manière plutôt contrastée : CNN est captable par 260 millions de foyers, la BBC World par 281 millions et la jeune France 24 par 80 (tandis que TV 5 Monde l’est par 176 millions).

Euronews, la seule initiative vraiment paneuropéenne :

  • une initiative européenne (et plus exactement, plurinationale),
  • pratiquant une approche de l’actualité clairement européenne (c’est-à-dire, non nationale),
  • atteignant une audience européenne (concrètement, transnationale).
  • audience atteignant 189 millions de foyers.

Enfin, sur Internet, la domination étatsunienne est écrasante, ne fût-ce qu’en termes d’information avec les moteurs de recherche et portails d’information suivants :

  • Google (lancé le 15 septembre 1997 ; 605,5 millions de visiteurs uniques en février 2008),
  • MSN (en août 1995 ; 542,7 millions),
  • Yahoo (en janvier 1994 ; 487,5 millions),
  • AOL (en octobre 1991 ; 240,8 millions).

Ainsi, pour citer Furio Colombo, professeur à la new-yorkaise Columbia University : « la majeure partie des nouvelles du monde vient, c’est notoire, de sources américaines. Ceci est vrai dans deux sens : parce que la puissante machine américaine de l’information diffuse dans le monde plus de nouvelles sur son propre pays que ce que n’importe quelle autre source est en mesure de faire, mais aussi parce que les nouvelles de n’importe quel autre pays ne deviennent mondiales que quand elles deviennent des nouvelles américaines ».

Aujourd’hui, la mise sous influence médiatique de l’Europe limite l’affirmation de l’UE comme acteur majeur sur la scène mondial

Si l’UE veut imposer son ordre du jour, sa hiérarchie de l’information et les thèmes qui « feront » l’actualité pour une majorité de ses citoyens ;

Si l’UE veut prescrire des styles de vie, des modèles culturels, des loisirs et des valeurs ;

l’UE pourra-t-elle se dispenser de se doter d’un appareil de collecte, de traitement et de diffusion de l’information ?

l’UE pourra-t-elle se passer d’une approche propre de l’actualité du monde, d’un « agenda » établi en fonction de sa propre position dans le monde ?

Le principal défi de l’Union européenne « consiste à chercher à approfondir sa propre union, sa propre fédéralisation, à un moment où les médias favorisent avant tout la fragmentation socioculturelle des audiences ».