La transparence peut-elle renforcer la légitimité démocratique de l’UE ?

La question ancienne de savoir si une plus grande transparence des affaires européennes pourrait renforcer la légitimité démocratique de l’UE est actualisée avec le premier « live blogging » aujourd’hui d’une réunion d’un Conseil de l’UE vécue « de l’intérieur » pour la première fois par un euro-blogeur…

L’enjeu de la transparence « à l’ancienne » : l’obligation de rendre compte des décisions au public

Remontant à novembre 2005, la publication d’un livre vert constitue l’initiative importante de la Commission européenne en matière de transparence :

  1. Transparence et représentation des intérêts (lobbying) : organisation des activités des groupes de pression dans l’UE autour d’un système d’enregistrement volontaire de tous les lobbyistes et d’un code de déontologie commun ;
  2. Normes minimales de la Commission applicables aux consultations publiques : création d’un cadre général et cohérent pour les consultations publiques ;
  3. Publication de données sur les bénéficiaires de fonds communautaires : divulgation des données concernant les destinataires de divers fonds communautaires, notamment les fonds structurels et la politique agricole commune.

Le message clé du Livre vert sur la transparence repose sur l’idée d’un renforcement de l’obligation de rendre compte au public des décisions pour préserver la légitimité du processus décisionnel européen.

L’enjeu de la « nouvelle » transparence : la responsabilisation d’un public inclus dans la décision

Avec le premier « live blogging » d’une réunion d’un Conseil de l’UE aujourd’hui et demain, dans le cadre d’un projet pilote permettant à des euro-blogeurs de couvrir de l’intérieur les réunions du Conseil de l’UE, les attentes en matière de transparence évoluent.

Bien plus que de simplement connaître les résultats du processus décisionnel européen, l’exigence de transparence porte davantage, aujourd’hui, sur l’ouverture pondérée des données publiques qui devraient êtres portés à l’attention du public pour l’inclure dans la prise de décision publique.

Le message clé porté par l’expérience de « blog-covering » d’une réunion d’un Conseil de l’UE repose sur l’attente d’une responsabilisation accrue d’un public certes averti mais désireux de partager les données permettant de délibérer sur les choix de décision.

Ainsi, la question de la transparence et des attentes relatives du public de l’UE sort renouvelée par l’expérience de « live blogging » au Conseil de l’UE.

Euro-blogeurs et relations publiques de l’UE : ouverture des accréditations au Conseil de l’UE

Grande première en matière de communication de l’UE cette semaine, des euro-blogeurs seront traités comme des journalistes et recevront des accréditations pour avoir accès aux réunions du Conseil des ministres européens…

Le Conseil de l’UE : première institution européenne permettant aux euro-blogeurs de couvrir l’actualité européenne « de l’intérieur »

Idée lancée en juin 2010 par la responsable du service presse du Parlement européen dans un Tweet, l’accès des euro-blogeurs aux réunions des institutions européennes, sur le modèle des détenteurs d’une carte de presse, sera concrétisé en mars 2011 par la présidence hongroise du Conseil du l’UE, comme le confirme ce Tweet du service presse du Conseil.

Après plusieurs réunions depuis quelques semaines, entre des éditeurs du portail BloggingPortal basés à Bruxelles et les porte-parole de la présidence hongroise, le « projet pilote » d’accréditer des euro-blogeurs s’est rapidement décidé ces dernières heures.

Vers un accord avec le Parlement européen et la Commission européenne sur l’accès global des euro-blogeurs aux institutions européennes ?

Selon un Tweet du directeur pour les médias du Parlement européen, Jaume Duch en février 2011, l’intention semble confirmée que les institutions de l’UE envisagent d’appliquer des règles d’accès pour les euro-blogueurs, similaires à celles prévues pour les journalistes.

Même si le tournant mondialement historique pour les blogeurs remonte à mars 2005, lorsque, pour la première fois, le blogeur Garrett Graff reçoit une accréditation pour les points de presse quotidiens de la Maison Blanche, le virage européen illustre un esprit d’ouverture nouveau au sein des services « communication » des institutions européennes.

Ainsi, 9 mois après l’ouverture de « la question de l’organisation entre les euro-blogeurs et les services relations publiques de l’UE », la réponse du Conseil de l’UE créée un précédent qui devrait permettre de mieux couvrir l’information sur l’Europe dans les euro-blogs.

Pourquoi l’opération « Europe concrète dans nos territoires » de Laurent Wauquiez ne marche pas ?

Lors de la première conférence de presse du Secrétaire d’État aux Affaires européennes devant l’Association des journalistes européens, à Paris le 15 février 2011 – alors qu’il est nommé depuis le 14 novembre 2010 – Laurent Wauquiez annonce des déplacements « Europe concrète de nos territoires » afin « d’illustrer combien l’Europe est présente au cœur de la vie des Français et de mettre en exergue les réalisations concrètes soutenues par l’Europe »…

L’européanisation des visites de terrain « Europe concrète dans nos territoires » ne suscite aucun intérêt auprès des médias

Les premiers déplacements sont clairement organisés afin de valoriser l’action de l’Europe en France :

  • Jeudi 27 janvier 2011 : déplacement en Charente autour de l’action européenne en faveur du Cognac – secteur ayant bénéficié d’un financement à 50% des dépenses de promotion en Europe et représentant aujourd’hui un chiffre d’affaires équivalant à la vente de 32 Airbus ;
  • Jeudi 17 février 2011 : déplacement en Dordogne autour de l’action européenne en matière de prévention des risques naturels (chantier de protection d’une falaise) et de développement des énergies renouvelables (traitement biologique de déchets organiques).

Sans résonance avec une quelconque actualité – qu’il s’agisse de l’action de l’UE en lien avec un éventuel fait divers ou d’un événement européen important – ces déplacements consacrés à l’Europe sont largement passés sous le radar des médias.

La politisation des visites de terrain « Europe concrète dans nos territoires » ne favorise aucun intérêt pour l’Europe

Le dernier déplacement – tirant les leçons des précédents – est manifestement organisé sur de nouvelles bases beaucoup plus politiques :

  • Jeudi 3 mars : déplacement en Haute-Loire avec le président de la République sur le thème de l’héritage patrimonial de la France.

Avec la présence du chef de l’État et une déclaration politicienne : « Wauquiez tacle DSK « pas en osmose » avec les territoires », ce déplacement politique bénéfice d’une reprise médiatique plus importante, quoique l’Europe en soit le grande absent.

Ainsi, qu’ils s’agissent de visites exclusivement européennes sans lien avec une quelconque actualité ou de déplacements particulièrement politiques sans lien avec une quelconque action européenne, l’opération « Europe concrète dans nos territoires » ne parvient pas à convaincre.

De quoi parlent les blogs des Commissaires européennes ?

Une semaine avant la « Journée internationale des droits de la Femme » le 8 mars prochain, il est intéressant de constater que 4 des 5 blogs de Commissaires européens sont tenus par des femmes. Une véritable préférence féminine pour le blog cher les Commissaires femmes d’autant plus marquante alors que la baisse du « blogging » semble patente chez les eurodéputé(e)s.

Laissons de côté le blog du seul Commissaire homme Andris Piebalgs (Développement) et regardons de quoi parlent les blogs des Commissaires féminines à partir d’une analyse sémantique des 50 mots les plus récurrents au fil de leurs billets…

Blog de Neelie Kroes, Vice-Présidente (Agenda numérique)

Lancé le 3 mars 2010, l’analyse lexicale indique explicitement le champ de compétences de la Commissaire : « internet », « online », « market » et « ecommerce » ainsi que « rule » et « recommendation ».
Un leitmotiv semble revenir autour de la jeunesse et des jeux : « children », « kid », child » et « game » ou « games ».
Les verbes les plus utilisés expriment un registre assez personnel et intime convenant à l’exercice du blog, quoique davantage dans l’incantation que dans l’action : d’un côté « like », « feel », « read », « know » et d’un autre « hope », « help » et « want ».

Blog de Maria Damanaki (Affaires marîtimes et Pêche)

De nouveau, l’analyse lexicale laisse peu de place au doute sur le portefeuille exercé : « fish », « shark », « sharks », « fishing », « fisheries », « fishemen », « tuna » et « marine » ou « sea ».
Peu surprenant, le souçi de l’écologie transparait : « environmental », « sustainability », « long term » et « future ».
L’action politique, notamment la sanction semble davantage présent : « issues », « problem », « need », « must », « order », « monitoring » et « finning ».

Blog de Kristalina Georgieva (Coopération internationale, aide humanitaire et réponse aux crises)

L’analyse lexicale traduit précisément la feuille de route portée par la Commissaire : « humanitarian », « development », « world », « country/countries » mais également les verbes « « aid », « support », « access », « help » et « deserve » et les substantifs « food », « peace », « water », growth » et « kindness » sans oublier « million » et « billion ».

Les missions de la Commissaire auprès de certaines population et pays sont également retracées : « Yemen », « Somali », « people » et « refugees ».

Blog de Cecila Malmström (Affaires intérieures)

Quoique le plus récent, puisqu’il est en ligne depuis le 10 février 2011, l’analyse lexicale révèle néanmoins certains traits.
La tâche confiée se devine à travers la présence des termes suivants : « migration », « migrants », « asylum », « Africa » et « Justice » ainsi que « discussion », « meeting », « coopération » ou « violence ».
Les verbes sont tournés vers l’action et ne laisse pas encore transparaître d’émotions ou sentiments plus personnels : « assist », « support », « allow » et « intensify ».

Ainsi, l’exercice de regarder les termes les plus souvent utilisés sur les blogs des Commissaires européennes se révèlent instructifs pour mieux connaître leurs quotidiens professionnels.

Comment les médias tentent d’informer sur l’Europe ?

Dans « L’Union européenne et les médias – Regards croisés sur l’information européenne » paru en 2003 aux éditions L’Harmattan, Guillaume Garcia et Virginie Le Torrec rassemblent des analyses sur l’information européenne, dont Arnaud Mercier réalise une synthèse dans « Questions de communication » en 2005…

L’Europe, une actualité invendable

Olivier Baisnée souligne à quel point l’information sur l’Union européenne reste une actualité « invendable » :

  • l’actualité communautaire « réputée austère, technique et réservée aux spécialistes » « présente le gros handicap de ne pas se prêter à des images spectaculaires » ;
  • le traitement réservé à l’Europe se révèle essentiellement un traitement institutionnel, lors de grands événements, comme les Sommets européens.

L’Europe, une information polarisée sur quelques domaines

Guillaume Garcia et Virginie Le Torrec pointent « la forte polarisation de l’information européenne sur quelques domaines de politique publique » :

  • attention sélective selon une logique indexée sur des déterminants nationaux (ex : les pays agricoles accordent une place non négligeable aux questions paysannes européennes) ;
  • nationalisation des débats européens en fonction du possible écho que les journalistes perçoivent avec les préoccupations propres à chaque pays.

L’Europe, un sujet rarement de premier plan dans la presse écrite

Nicolas Hubé analyse la place réservée à l’UE dans la presse française et allemande :

  • la presse française couvre essentiellement – voire exclusivement – les enjeux de politiques publiques, c’est-à-dire les décisions, surtout si elles ont un impact en France ;
  • la presse allemande couvre également, sur le modèle de ce qui se fait pour la politique fédérale, les jeux politiciens, les débats internes et les querelles, donnant ainsi plus de chair à la vie politique communautaire.

Toutefois, « l’Union européenne n’est un sujet politique de premier plan ni dans la presse allemande, ni dans la presse française » ; sa présence en titre principal ou en deuxième titre n’excédant que rarement les 5 % des « unes ».

L’européanisation paradoxale de la consommation de médias

Éric Darras souligne combien la diffusion de biens d’information en Europe ne relève pas d’une véritable européanisation des consommations, ou alors d’une européanisation paradoxale, puisque les produits les plus fédérateurs sont les produits américains, ce qui justifie le titre : « Une internationalisation paradoxale des publics – En quête d’Europe ».

Le piège de l’information européenne officielle

Dominique Marchetti et Olivier Baisnée décryptent la chaîne d’information en continu « Euronews » :

  • difficulté à échapper au piège « naturellement » tendu d’être une chaîne porte-parole des institutions communautaires, relayant en priorité l’information européenne officielle ;
  • difficulté à « bricoler » un « point de vue européen forcément flou ».

L’européanité introuvable de l’actualité européenne

Érik Neveu étudie l’échec de la courte existence d’un hebdomadaire d’information spécialisé et militant « L’Européen » (seulement 21 numéros publiés en 1998) :

  • difficulté à trouver un public, sur la base d’un point de vue qui défend en fin de compte « une introuvable européanité » ;
  • difficulté à combler l’écart entre les enjeux réels pour la vie politique et quotidienne de ce qui se décide à l’échelon européen et les représentations mentales du public.

Ainsi, la place que les médias tentent de trouver à l’Europe – tant via un espace réservé aux questions européennes dans les médias nationaux qu’à une européanisation de l’information destinée à un public européen – se révèle problématique.