Archives de catégorie : Opinion publique européenne

Billets sur l’opinion publique européenne

Vers une neutralisation de l’opinion publique européenne ?

Alors que la période est propice aux vœux, que peut-on souhaiter à l’Union européenne, à l’aune des derniers résultats de l’Eurobaromètre standard 86 récemment publié sur l’état de l’opinion publique européenne ?

Une image de l’Union européenne neutralisée

Non seulement une majorité de citoyens européenne a une image neutre de l’UE, à un niveau inchangé de 38% mais cette image est encore plus majoritairement neutre, dorénavant dans 20 Etats-membres.

EBS86_image_UE

Dans le même temps, l’UE évoque une image négative pour un Européen sur quatre.

Des priorités politiques majoritaires

Une majorité d’Européens, encore plus large, est favorable à la plupart des priorités et des politiques – en avance sur la plupart des classes politiques nationales :

  • Plus de huit Européens sur dix soutiennent « la libre circulation des citoyens de l’UE » ;
  • Sept Européens sur dix soutiennent « une politique européenne commune en matière de migration » et « une politique étrangère commune » ;
  • Trois quarts sont également en faveur d’une « politique de sécurité et de défense commune » et d’« une politique énergétique commune » ;
  • Près de 60% des Européens se déclarent en faveur d’« un marché digital unique au sein de l’UE ».

A contrario, les trois politiques cristallisent le plus d’opposition : l’accord de libre-échange UE – Etats-Unis, l’euro et la poursuite de l’élargissement.

Un sentiment de citoyenneté européenne élevé

Les deux tiers des Européens se sentent citoyens de l’UE, le plus haut niveau atteint. Dans 27 Etats membres, au moins la moitié des personnes interrogées se sentent citoyennes de l’UE.

Indifférence relative des Européens pour le Traité de Rome

A l’approche du 60ème anniversaire du Traité de Rome, les Européens sont interrogés sur le mot qui leur vient en premier à l’esprit : 26% choisissent le mot « rien » à égalité avec « espoir » ou « satisfaction ».

En 2007, à l’occasion des 50 ans du Traité de Rome, les réponses étaient assez différentes : l’« espoir » recule sensiblement tandis que « inquiétude » (+1, à 8%) et « déception » (+3, à 8%) progressent.

Un futur de l’Union européenne en demi-teinte

La moitié des Européens se déclarent optimistes sur le futur de l’UE, sans changement par rapport au printemps 2016. L’indice d’optimisme reste également inchangé.

EBS86_futur_UE

En conclusion, l’opinion publique européenne semble moins clivée qu’auparavant sur les questions européennes, ce qui laisse plusieurs lectures possibles : désintérêt, lassitude ou indifférence face aux irrésolutions de crises.

Au total, quel voeu pour l’UE en 2017 ? Un électrochoc pour réveiller un projet européen très engourdi.

L’information, la communication européennes et les Français

Dans son mémoire : « La communication européenne et les Français : le nouveau combat politique de l’Union européenne », Sarah Bakhtous, étudiante à SciencesCom, analyse l’impact de la communication européenne sur les Français à partir d’une enquête à la fois quantitative et qualitative de l’opinion…

Hypothèse 1 confirmée : Une information limitée sur les affaires européennes 

Les résultats confirment une information limitée sur les affaires européennes, due à la communication jugée peu efficace de l’UE aussi bien par les experts de l’UE que le public interrogé qui estiment (par exemple) qu’une communication efficace doit rentrer dans les foyers.

L’autre acteur jugé responsable de cette information limitée sont les médias, qui ne remplissent pas correctement leur rôle de diffuseur d’informations européennes. Ces informations sont en général mal expliquées et biaisées.

Les autres relais d’information comme les think tanks européens remplissent leur rôle mais ne sont malheureusement pas assez connus du grand public qui ne va pas s’informer directement auprès d’eux.

Hypothèse 2 mitigée : Un désintérêt pour l’information européenne

Le second résultat concerne l’intérêt des Français pour l’information européenne. Les Français sont conscients de l’importance des politiques européennes sur les politiques nationales.

Néanmoins, ils ne vont s’intéresser que si des sujets concrets les concernent directement dans leur vie quotidienne.  L’information européenne semble trop compliquée à comprendre et ne donne pas envie de s’y intéresser davantage.

Une corrélation existe entre cet intérêt et le taux de participation aux élections européennes. Le citoyen n’ira pas voter s’il ne comprend pas et ne se sent pas concerné par les problématiques européennes.

Hypothèse 3 confirmée : Une défiance des Français envers l’Union européenne

La troisième hypothèse est validée puisque les Français ressentent de la défiance envers les institutions européennes. Les différentes crises ont montré aux Français que l’Europe ne pouvait pas tout résoudre et cela a ébranlé la confiance qu’ils avaient en elle.

Malgré les bons sentiments, les citoyens pensent que l’Union européenne n’a pas réussi à régler la crise et qu’elle n’est pas à la hauteur de son ambition. Elle s’aventure sur des terrains qui ne lui sont pas légitimes donc elle déçoit lorsqu’elle ne réalise pas les objectifs fixés.

Les échos négatifs réguliers des personnalités politiques françaises entachent l’image de l’Union européenne et installe un sentiment de méfiance. Cette atmosphère amène à un repli au niveau national des citoyens français.

Hypothèse 4 infirmée : Un sentiment d’appartenance national et non européen

Les résultats infirment l’hypothèse 4 : les Français se sentent européens même si cela est dû à des raisons géographiques (le fait qu’ils vivent sur un continent européen) et non à des raisons historiques (les valeurs et l’histoire de la construction européenne).

En conclusion, ce travail permet de mettre en lumière le fait qu’aujourd’hui l’Union européenne peine à se faire entendre, même si elle fait partie de la vie des Français. La priorité reste donc de démontrer à tout à chacun l’impact concret de l’UE. Malgré la défiance française à l’égard de l’UE, les Français continuent d’imaginer un futur au sein de l’Union. Une reconquête citoyenne reste alors possible pour cette institution, à la seule condition de renouveler sa politique de communication.

Quelles sont les « Façons de parler d’Europe » ?

Philippe Aldrin et Marine de Lassalle s’intéressent aux « Façons de parler d’Europe » des citoyens européens. Une manière de repérer plusieurs rapports à l’Europe s’inscrivant dans des expériences sociales, historiques et culturelles très différentes.

facons_parler_europ

La parole décentrée ou l’Europe au-delà de soi

La parole décentrée se caractérise principalement par une propension à situer son propos sur l’Europe le plus souvent sur un plan général et à se référer à d’autres points de vue, en Europe et sur l’Europe.

Traits principaux de la parole décentrée :

  • niveau élevé de politisation : un intérêt soutenu pour la chose politique qui embrasse les questions européennes;
  • propension à la décentration : une tendance à construire en dehors de soi, à universaliser le point de vue sur l’Europe ;
  • singularisation du point de vue : un travail d’affirmation et de revendication de la capacité à produire une opinion autonome, en démarcation des discours politiques et médiatiques.

La posture de proximité avec l’Europe correspond aux personnes qui sont capables de mobiliser des savoirs impersonnels (académiques, scolaires, médiatiques) sur l’Europe et ont une propension plus affirmée à s’approprier le territoire de l’Europe et à mettre en cohérence le débat public autour des sujets européens.

Pour ce public, correspondant aux couches les plus diplômées capable d’occuper une position décentrée par rapport à l’Europe, la communication de l’UE devrait consister à produire davantage de clarté et d’argumentation afin de maintenir leur intérêt pour l’Europe et in fine leur implication.

La parole sociocentrée ou l’Europe à partir de soi

Le point de vue sur l’Europe est articulé pour l’essentiel à partir d’un soi socialement situé et situable par rapport à l’Europe et donc autour de situations vécues : savoirs techniques spécialisés, expériences de voyages ou d’échanges culturels, vie professionnelle ou familiale.

Traits principaux de la parole sociocentrée :

  • politisation sur enjeu ou sectorisée : un intérêt circonscrit pour les questions politiques qui jouxte çà et là l’Europe ;
  • propension à la sociocentration : une tendance à privilégier l’univers personnel d’expérience pour développer le point de vue sur l’Europe ;
  • particularisation du point de vue : un travail de justification de l’opinion référé à une « réalité » qui est souvent éprouvée collectivement contre l’irréalisme ou l’absurdité des discours politiques et médiatiques.

La posture sociocentrée vis-à-vis de l’Europe correspond aux personnes qui personnalisent et socialisent leur point de vue sur l’Europe dans un rapport plus intermittent et sectorisé. Les savoirs mobilisés pour se forger une opinion sont personnels : l’expérience, le terrain, la réalité quotidienne sont à la base d’un jugement forcément subjectif.

Pour ce public, la communication de l’UE devrait viser à répondre à leur attente de matérialité de l’Europe, à leur demande de justifications concrètes de la construction européenne afin de leur permettre de s’ancrer davantage à l’Europe.

La parole excentrée ou l’Europe en dehors de soi

La parole reste excentrée, au sens où les fragments d’opinion énoncés se tiennent à l’extérieur de l’Europe, faute d’informations scolaires et médiatiques sur le sujet ou d’expériences et de connaissances personnelles qui ne peuvent être rattachées à l’Europe.

Traits principaux :

  • distanciation politique : un sentiment d’éloignement matériel et symbolique avec la politique et plus encore avec les questions européennes ;
  • propension à l’excentration : une tendance à définir l’Europe en dehors de soi, comme une fiction ;
  • déprivation du point de vue : l’absence d’affirmation d’une opinion personnelle et générale sur le sujet.

La posture excentrée est la plus éloignée de l’Europe, marquée par un détachement et une distance à l’égard de l’Europe. Cette attitude doit se comprendre par l’absence de savoirs et d’expériences reliables à l’Europe. Les jugements sont donc sans point de vue généralistes ou fragmentés.

Pour ce public, plus influençable en raison de sa faible capacité à construire sa propre opinion, la doxa délivrée par les grands médias, audiovisuels et locaux constitue le moyen de peu à peu se familiariser avec l’Europe et en saisir le sens minimal.

Savoir parler d’Europe, ça s’apprend

Discuter et évaluer les problèmes européens suppose de les avoir rencontrés par l’accès aux savoirs légitimes (formation scolaire et universitaire, consultation des médias d’information, militantisme) ou à travers des expériences pratiques (activités professionnelles, voyages, etc.).

Or, ces possibilités de rencontre sont d’une part réservées à certains profils sociaux et d’autre part limitées par l’invisibilité relative des interventions et le manque d’incarnation des institutions européennes.

Du coup, le coût d’accès à l’Europe paraît généralement très élevé, y compris pour les individus bien dotés en ressources économiques ou culturelles qui, d’habitude, leur confèrent une plus grande aisance à parler politique.

Au total, les façons de parler d’Europe indiquent une « assignation statutaire » en fonction d’acquis « réservés » qui déjouent des critères socio-économiques ou culturels traditionnels.

Tant qu’une grande partie de la société ne peut pas s’exprimer sur l’Europe « avec toutes les cartes en main », toute idée de confiance ou de soutien majoritaire à l’Union européenne est illusoire.

Euroscepticisme et méconnaissance de l’UE : commencements et actualités

Frappée par de multiples crises, l’UE fait face à de nombreuses critiques favorisant la montée de l’euroscepticisme, que les étudiants de la Sorbonne et l’association EuroSorbonne ont souhaité questionner autour d’une conférence à la Maison de la Recherche : « Euroscepticisme et méconnaissance de l’UE »…

L’irrésistible cristallisation des opinions publiques européennes : Christine Manigand, historienne

Depuis le commencement de la construction européenne, la méconnaissance ou l’indifférence fait qu’un tiers des Européens ne se prononce pas dans les enquêtes d’opinion. Malgré tout, jusqu’à 1992, c’est le « consensus permissif » qui domine dans l’opinion publique européenne.

Avec Maastricht, la politisation des opinions publiques européennes se cristallise et les premiers contestataires se déclarent pour une autre Europe. Au cours des années 1990 et 2000, l’euroscepticisme se développe sous tous les registres : mou, dur, voire jusqu’à l’europhobie.

Aujourd’hui, les opinions publiques européennes sont très largement cristallisées au sujet de l’Europe et leur soutien au projet s’effrite sérieusement.

Le commencement d’une communauté de destin : Paul Collowald

Pour l’ancien correspondant du Monde et ancien directeur général de l’information à la Commission européenne et au Parlement européen, citant Paul Valéry « tout se joue dans les commencements ». Pourquoi l’Europe ? C’est une décision politique quasi-révolutionnaire, pour la paix qu’il s’agit d’expliquer et de faire comprendre aux citoyens.

Les citoyens ont le droit à l’information tout autant qu’ils ont le devoir de s’informer. Alfred Sauvy disait : « Un homme pas informé est un sujet, un homme informé est un citoyen ». Comment s’informer ? C’est évidemment les médias qui jouent tour à tour les rôles de miroir, de loupe grossissante et de 4e pouvoir.

L’Europe est prise dans un cercle vicieux. Déjà sous l’ORTF, le patron de la télévision Pierre Desgraupes répondait à Louis Leprince-Ringuet, auteur d’une chronique citoyenne fort populaire qui lui disait qu’il n’y avait pas grand chose à la TV sur l’Europe : « l’Europe, c’est emmerdant ».

Autre illustration à l’occasion du premier sommet informel des chefs d’Etat et de gouvernement à La Haye en 1969 où les journalistes se sont rendus aux briefings de leurs différents responsables politiques nationaux tandis que le président de la Commission européenne, écarté, a tenu une conférence de presse le lendemain, que le corps de presse est venu assisté, par solidarité.

Les responsabilités sont partagées entre les institutions nationales et européennes, les médias et les citoyens. Mais, si l’on veut que l’Europe soit la « communauté de destin » qu’Edgar Morin appelait de ses vœux dans son essai « Penser l’Europe » paru en 1987, il s’agit de persévérer et de réinventer l’Europe.

L’Europe est un problème de génération, il nous faudra du temps et l’enthousiasme de la jeunesse, disait Robert Schuman. Il faudrait aussi que les citoyens s’intéressent aux affaires de la cité. La démocratie européenne ne connaît que 2 ennemis, l’indifférence et l’ignorance et devrait avoir 2 alliés, l’école et les médias.

L’actualité de l’opinion des citoyens européens sur l’Europe et le rôle des médias dans l’information européenne : Michaël Malherbe

L’approche quantitative des enquêtes Eurobaromètres permet de « prendre une photographie » de l’opinion publique européenne. En matière d’information, les Européens se sentent majoritairement mal informés sur l’UE et souhaitent encore pus majoritairement que les médias parlent davantage de l’Europe. Mais, de quelle Europe veulent-ils ? Un discours plus positif et fédérateur ou une présence de la thématique européenne « moins politiquement correcte » ?

L’approche qualitative, des rares focus groupes organisés sur l’opinion européenne des Européens, tend à montrer à la fois que les opinions européennes des citoyens sont superficielles, l’Europe est peu saillante, hormis chez les plus politisés et que les opinions publiques sont ambivalentes, indécises, faute d’être en mesure d’interpréter, et de traduire ce qu’ils perçoivent de l’UE, hormis là encore chez les plus politisés.

En somme, c’est davantage la distance et l’indifférence des citoyens ordinaires face à l’UE qui prédomine majoritairement (en dehors des franges les plus mobilisés) que l’attitude de rejet et d’opposition de l’UE, quoique l’influence des eurosceptiques, les seuls à porter un discours sur l’Europe qui soit audible et attractif pèse.

Plusieurs actions pour les médias apparaissent particulièrement pressantes pour intéresser les Européens à l’Europe :

  • d’abord, l’urgence de parler de l’Europe autrement dans les médias, notamment audiovisuels. La parole ordinaire, le vécu et l’expérience doivent prendre le pas sur les rares discours institutionnels et politiques ;
  • ensuite, la nécessité de déconstruire l’alliance entre l’euroscepticisme et une frange de médias très grand public qui versent ensemble dans un discours simplificateur et approximatif sur l’Europe et instrumentalisent les émotions, les préjugés et les peurs ;
  • enfin, le besoin d’une information européenne grand public qui ne soit pas un journalisme d’institution mais d’investigation, sur le terrain, sans démissionner devant la lourde mission d’informer sur l’Europe.

 

De l’européanisation par la négative des espaces publics nationaux

Tout le monde connaît les conditions d’un espace public européen : un lieu où les citoyens peuvent surmonter les frontières nationales et les barrières linguistiques pour débattre sur les questions européennes. Mais, s’il ne s’agissait plus de raison. Et si les passions « négatives » contribuaient à l’européanisation des espaces publics nationaux ?

Jadis encore, l’européanisation par la crise des espaces publics nationaux 

Dans un Cahier de recherche politique de Bruges, Laura Batalla Adam s’interroge dans sa conclusion, hypothèse d’école, sur l’européanisation éventuelle des médias nationaux par la couverture de la crise de la zone euro, qui conduit à un intense débat inédit sur la dimension politique du projet d’intégration européenne.

Alors que tous les élargissements et approfondissements de la construction européenne durant les trente dernières années ont échoué à accorder une place plus importante aux thèmes de l’UE dans les médias nationaux, la remise en question existentielle de l’UE en raison du manque d’ambition et d’engagement des gouvernements à la création d’une véritable union politique capable de résoudre la crise économique de l’UE s’offrirait comme une opportunité démoniaque à mettre à profit pour une européanisation des sociétés européennes.

Mais, las, il n’en a rien été, et même la crise, salvatrice, ne s’est pas montrée comme un « nouveau point de départ pour l’émergence d’une sphère publique européenne ultime ».

Aujourd’hui hélas, l’européanisation par la peur des espaces publics nationaux

L’absence traditionnelle de débats sur les enjeux européens est entretenue à la fois par les médias qui blâment les partis politiques pour le manque d’intérêt qu’ils insufflent aux citoyens et par les citoyens qui se plaignent du manque d’engagement des partis politiques et des médias, qui intègrent les affaires européennes dans la section internationale donc « l’étranger ».

Actuellement, le cercle vicieux de l’information européenne se délite et laisse la place à une nouvelle configuration où les citoyens attendent des réponses à l’échelle européenne, que les médias relaient et confirment aux vues des échecs nationaux et des enjeux transeuropéens et que les responsables politiques déclarent entendre et traiter (ou condamner encore plus virulemment).

La convergence des regards à l’échelle nationale vers le niveau européen déplace l’intérêt à la fois des citoyens, des journalistes et des politiques vers l’échelon européen contribuant ainsi à la formation d’un espace public européen.

Ce que ni les responsables politiques avec leur vision purement domestique, ni les peuples européens avec leurs débats purement nationaux, ni les médias ne sont parvenus à faire au bénéfice de la construction européenne, les passions contagieuses liées à l’instrumentalisation de la peur du terrorisme et des migrants sont en train de le faire. Plus encore que les crises de l’UE, les peurs existentielles et identitaires sont en train de contribuer à l’émergence d’un espace public européen.

En devenant des « chiens de garde » critiques de l’UE, en mettant à l’épreuve sa légitimité et en révélant ses dysfonctionnements, les citoyens, les journalistes et les responsables politiques soulèvent simultanément des préoccupations similaires au sujet du fonctionnement de l’UE, ce qui contribue à la formation d’une opinion collective sur les questions européennes.

Les citoyens, les journalistes et les politiques montrent des signes d’européanisation dans leurs rapports à l’UE : ils appellent tous à débattre (même et surtout pour rejeter) des solutions européennes dans leurs sphères publiques nationales respectives, ils commentent tous le manque de visibilité, d’impulsion et de résultats de l’UE.

Ce faisant, ils ont effectivement mis en pratique, au dépend de l’UE les trois dimensions de l’européanisation :

  • européanisation horizontale : communication intensifiée et visibilité renforcée de l’actualité d’autres États-membres dans les différentes sphères publiques nationales ;
  • européanisation verticale : infiltration des enjeux, des acteurs et des débats de l’UE dans les sphères publiques nationales ;
  • la troisième dimension de l’européanisation: émergence d’une communauté transnationale commune ayant un sentiment d’appartenance à un public européen, même s’il s’agit hélas d’un sentiment négatif.

Au total, la peur – bien plus encore que la crise – a permis concomitamment la re-fermeture des frontières européennes et une dé-frontièrisation des discours publics sur l’Europe. De la belle ouvrage, mais à l’envers.