Compte-rendu du colloque : « Réveiller le citoyen européen : un défi de communication publique ? » – Diagnostics 1/2

Les étudiants du master de Communication Publique de Sciences-Po Lille ont organisé vendredi 12 décembre 2008 un colloque : « Réveiller le citoyen européen : un défi de communication publique ? ». Voici la première partie du compte-rendu sur les diagnostics de la communication européenne…

Que nous apprennent les Eurobaromètres sur les citoyens européens ? – Renaud Soufflot de Magny, analyste politique à la Représentation permanente de la Commission européenne à Paris

  • sentiment de vulnérabilité fort : inquiétude structurelle face à la mondialisation et conjoncturelle face à la crise économique
  • sentiment de défiance relatif de l’UE par rapport aux partis politiques décrédibilisés et aux gouvernements délégitimés
  • sentiment d’indifférence pour l’UE, jugée majoritairement ni bonne ni mauvaise
  • sentiment d’adhésion fortement clivé socio-démographiquement

=> L’Europe devient de plus en plus « une affaire d’élites » (cf. Pierre Mathiot, directeur de l’IEP de Lille)

Réflexions sur la communication européenne – Eric Dacheux, enseignant-chercheur

La politique de communication européenne repose sur une « visée d’inter-culturalité », entre le modèle mono-culturel d’intégration national à la française et le modèle multi-culturel de communauté à l’américaine.

La politique de communication européenne nécessite de reconnaître la diversité et de relever le défi de la traduction.

1/ des difficultés structurelles

  • aucun média de masse à l’échelle européenne
  • budget communautaire de 100 millions d’euros
  • une politique publique communautaire depuis 2004 seulement, avec une stratégie depuis 2006

2/ des erreurs stratégiques

  • il faudrait communiquer pour limiter le « déficit d’image » de l’UE
  • il faudrait communiquer pour que le sentiment européen soit reflété par les médias
  • il ne faut pas que l’approche par la gouvernance (approche technique de la communication) prenne le pas sur l’approche par le gouvernement (approche politique de la communication), car sinon c’est au détriment de la démocratie
  • il ne faut pas prendre le symptôme (le déficit de communication) pour la pathologie (le déficit de politique : quel territoire, quel projet ?)
  • il faudrait communiquer sur le « sens de l’histoire » de la construction européenne

3/ des solutions

  • il faut communiquer sur l’utopie du projet, afin de repolitiser la construction européenne
  • il ne faut communiquer pour rapprocher l’UE des citoyens mais pour installer le dialogue entre les citoyens et l’UE

Jean-Louis Boulanges, ancien député européen

Retour sur les principaux problèmes de l’UE :

Ce n’est pas une question de communication, c’est un problème de sens. La carte électorale de l’échec du référendum en 2005 recoupe largement la carte des jureurs et des réfractaires lors du projet de constitution civile du clergé lors de la révolution française.

=> Rejet par les périphéries d’un pacte politique imposé par le centre du territoire : la question de l’intégration des minorités…

Ce n’est pas un déficit démocratique, c’est un trop-plein de normes. L’Europe souffre d’un défaut d’identification à un projet incarné par des personnalités européennes.

Le système institutionnel communautaire est très développé alors que les politiques communautaires sont très peu développées.

Le fonctionnement politique français, c’est l’opposition droite/gauche alors que le fonctionnement communautaire, c’est le compromis entre les modérés.

1/ L’Europe est-elle fait pour empêcher ou pour faire ? G. Burdeau : la démocratie gouvernée (idée libérale d’un État démocratique pour empêcher de porter atteinte aux droits des citoyens) VS la démocratie gouvernante (idéologie d’un État qui transforme la société).

2/ L’Europe est-elle fait pour faire circuler ou pour unir ? Logique de la mobilité (qu’est-ce que j’ai avec l’Europe : fausse question) VS logique de l’identité (qu’est-ce que je suis avec l’Europe : bonne question)

=> J. Rifkin : The European Dream L’Europe est une vision de l’humanité reposant sur le règne du droit, sur le multilinguisme. Face aux enjeux mondiaux (choc démographique, climatique, éco/so)… L’Europe a un temps d’avance !

Quelle stratégie de communication européenne à destination des jeunes ?

Les Jeunes et l’Europe : quel diagnostic peut-on dresser de la relation entre les jeunes et l’UE (forces/faiblesses, opportunités/menaces) en vue de proposer une stratégie de communication destinée à valoriser l’action de l’Union européenne en faveur des jeunes ?

Quels sont les constats sur les jeunes et l’Europe ?

Malgré leur attachement à l’idée européenne, les jeunes méconnaissent les actions menées par l’UE :

  • les jeunes sont attachés à l’Europe,
  • ils ont de fortes attentes,
  • ils considèrent que l’Europe produit peu de résultats,
  • ils ont une attitude de retrait face à la politique.

Les actions de l’UE n’ont pas été appropriées par les jeunes :

  • pas de stratégie de communication globale à l’échelle européenne,
  • des modes de communication trop institutionnels.

Les jeunes constituent un public spécifique mais hétérogène.

Quels sont les résultats de l’Eurobaromètre spécial « Les Jeunes et l’Europe » (février/mars 2006) ?

Une perception globalement optimiste de la construction communautaire

Une vision de l’Union européenne comme communauté de valeurs et espace de vie (et non comme construction institutionnelle et espace économique)

Une impression de ne pas être associé à la construction européenne

Une volonté d’implication : le désir de la citoyenneté active et le souhait d’une Europe des résultats et du débat

Quels sont les résultats du sondage Ifop pour Touteleurope « Les jeunes et la mobilité en Europe : représentations, souhaits et pratiques » (novembre 2008) ?

Les avantages perçus de la mobilité en Europe pour les jeunes

  • Découvrir d’autres cultures et coutumes nationales 38%
  • Disposer d’atouts utiles à sa carrière professionnelle 21%
  • Apprendre une autre langue que le français 20%

Les obstacles à la mobilité des jeunes en Europe :

  • Le coût que représente l’installation dans un autre pays 53 %
  • La barrière de la langue 19%

Le niveau d’information au sujet de la mobilité des jeunes en Europe

  • Bien informé 26%
  • Mal informé 74%
  • Le sentiment d’information augmente cependant avec l’âge. (19% pour les 15-18 ans, 34% chez les 21-24 ans)

Quelle est l’état de la réflexion sur l’action publique européenne à destination des jeunes en France ?

Dans la Note de veille n°116 du Conseil d’Analyse Stratégique de novembre 2008, : « Le soutien de l’État à la mobilité européenne des jeunes : un rôle plus que subsidiaire », Yves Bertoncini estime qu’au vu du constat que l’UE n’a qu’une compétence d’appui en matière de mobilité européenne des jeunes, les États membres, et en particulier la France, disposent des ressources et devraient s’engager plus fortement pour la favoriser.

Dans un rapport public visant justement à « Encourager la mobilité des jeunes en Europe » de septembre 2008, commandé par Valérie Pécresse, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche et Jean-Pierre Jouyet, secrétaire d’Etat chargé des Affaires européennes, les principaux enseignements sont :

  • Les avantages d’une mobilité européenne ne sont pas solidement établis et doivent mieux l’être.
  • Stimuler à la fois la demande de mobilité (par les jeunes) et l’offre de mobilité, émanant des adultes (famille, personnel encadrant, établissements), soutenus par les pouvoirs publics.
  • Soutenir la mobilité des jeunes à des fins de citoyenneté européenne ne passe pas seulement par des expériences de formation, mais doit aussi conduire à favoriser les courts séjours.
  • Une meilleure gestion du soutien public à la mobilité des jeunes via un partenariat UE/État/collectivités locales et la mise en place de guichets uniques pour l’information et l’attribution des aides.

Quelle est la conviction du secrétaire d’Etat aux Affaires européennes ?

Selon Jean-Pierre Jouyet, secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, sur Touteleurope, il faut renforcer la communication et l’information sur les programmes européens destinés aux jeunes. Pour lui, il est essentiel de « décentraliser l’information pour que celle-ci soit plus près du terrain, et des jeunes notamment ».

Quel positionnement pour une stratégie de communication destinée à valoriser l’action de l’Union européenne en faveur des jeunes ?

Positionner la campagne sur les valeurs de l’Europe plutôt que sur les programmes européens en faveur des jeunes :

  • L’Europe se mobilise pour l’insertion des jeunes sur le marché de l’emploi
  • L’Europe comme communauté d’échanges
  • L’Europe solidaire qui aide les pays en développement
  • L’Europe s’engage pour protéger l’environnement
  • L’Europe lutte contre les discriminations

Positionner la campagne sur un registre participatif afin de répondre à la volonté d’implication des jeunes, qui ne veulent pas être les simples bénéficiaires de dispositifs existant, mais des acteurs du projet européen :

  • Mettre en avant les messages plutôt que leur émetteur
  • Associer les jeunes à l’élaboration de la campagne
  • Décrisper les représentations négatives associées aux institutions avant de communiquer sur les actions
  • Diffuser les valeurs partagées par l’UE à travers la promotion des programmes communautaires
  • Positionner les jeunes comme des citoyens actifs de l’UE
  • S’appuyer sur des supports innovants et contributifs

Eurobaromètre : 35 ans au service de la compréhension de l’opinion publique européenne

L’Eurobaromètre est lancé en 1973 par la Commission européenne sous la forme d’une enquête de suivi régulier des attitudes sociales et politiques des citoyens européens vis-à-vis de l’UE et de ses institutions. Un colloque, organisé à Sciences-Po Paris les 21 et 22 novembre 2008, revient sur les enjeux liés à l’opinion publique européenne…

Mieux comprendre l’opinion publique européenne

Les Eurobaromètres standards mesurent régulièrement les attitudes sociales et politiques des citoyens européens. Ces enquêtes d’opinion sont menées au printemps et à l’automne de chaque année auprès d’environ 1 000 personnes par sous la forme d’entretiens en face à face.

Les Eurobaromètres spéciaux sont effectués à la demande des différentes directions générales de la Commission européenne. Ils utilisent la même méthodologie que les Eurobaromètres standard.

Les Eurobaromètres flash sont des entretiens téléphoniques effectués dans tous les États membres de l’UE, les pays candidats, les pays de l’AELE et les Etats-Unis. Ils ne comportent qu’un seul sujet ou ne sont demandées que par une seule DG. Ils sont programmées ponctuellement ou à la demande. Les résultats sont disponibles rapidement et l’outil permet de mener des recherches parmi des groupes cibles spéciaux aussi bien que parmi le grand public.

Les études qualitatives constituent un outil spécial destiné à une recherche approfondie sur l’opinion publique. Il s’agit d’investigations approfondies des attitudes, des motivations, des sentiments et des réactions du grand public ou de groupes sociaux sélectionnés sur des notions ou des sujets déterminés. Les données sont récoltées en utilisant des groupes types ou au moyen d’entretiens individuels.

Mieux impliquer les citoyens lors des prochaines élections européennes

La Commission européenne souhaite envisager une meilleure traduction des résultats des sondages d’opinion dans la stratégie de communication, pendant la campagne électorale des élections au Parlement européen. En particulier, la Commission européenne souhaite utiliser au mieux les conclusions des enquêtes afin d’identifier et de travailler sur les facteurs influençant le taux de participation aux élections du PE.

Départ de Jean-Pierre Jouyet : analyse à travers le prisme de la communication

Quelles peuvent être les conséquences pour la France en matière de communication européenne du départ du Secrétaire d’Etat aux Affaires européennes ?

L’annonce du départ de Jean-Pierre Jouyet

Le secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, Jean-Pierre Jouyet, a officiellement annoncé son départ du gouvernement pour prendre la tête de l’Autorité des marchés financiers. Son départ est prévu pour la mi-décembre, c’est-à-dire avant la fin de la Présidence française de l’UE. (Source Euractiv)

Certes…

Certes, son départ semble quelque peu précipité : avant la fin officielle de la PFUE qui s’achève officiellement le 31 décembre 2008. Certes, il s’agit pour la France d’une perte importance : Jean-Pierre Jouyet est une personnalité influente et compétente à l’échelle européenne. Ainsi, on ne peut que regretter ce départ pour l’influence diplomatique de la France en Europe et pour la pédagogie « citoyenne » sur l’Europe en France.

Mais…

Mais, le bilan de clôture de la PFUE par Nicolas Sarkozy devant le Parlement européen est programmé au 16 décembre et donc sa mission dans le cadre de la PFUE sera arrivée à son terme. Mais, la campagne des élections européennes signifie que le gouvernement aura « besoin de gens engagés politiquement » comme le reconnaît Jean-Pierre Jouyet, figure emblématique de l’ouverture.

Alors quels risques en matière de communication européenne ?

La transition entre Jean-Pierre Jouyet et le futur Secrétaire d’Etat aux Affaires européennes peut soulever des risques :

  • Gestion de la cohérence : Comment s’assurer que le Secrétariat d’Etat aux Affaires européennes poursuivra la stratégie de résolution du déficit démocratique de la construction européenne ?
  • Gestion de la continuité : Comment s’assurer que le Secrétariat d’Etat aux Affaires européennes poursuivra l’impulsion politique de construire une Europe des citoyens qui devait se prolonger dans le cadre de la campagne des élections européennes ?
  • Gestion de la complémentarité : Comment s’assurer que le Secrétariat d’Etat aux Affaires européennes poursuivra les actions de communication engagées auprès du grand public, notamment s’agissant des aléas administratif liés au changement d’équipe qui entraine souvent un changement du pool des agences.

Ainsi, si une campagne de communication devait être engagée pour favoriser la participation civique aux élections européennes, celle-ci serait sans doute organisée dans la précipitation.

Campagne de communication transnationale du Parlement européen en vue des élections européennes

Le Parlement européen prépare une campagne transnationale de communication destinée à favoriser la participation politique aux prochains scrutins de juin 2009…

Trois constats

  • Les élections européennes sont l’un des plus grands événements démocratiques dans le monde.
  • Depuis trente ans la participation n’a cessé de chuter ; ainsi le taux d’abstention aux élections européennes en France en 2004 a atteint 57,3 %, soit trois points de plus que la moyenne européenne.
  • Le dernière sondage disponible, l’Eurobaromètre 299 montre un taux d’absentéisme élevé parmi les jeunes, les femmes et les travailleurs peu qualifiés.

Une stratégie de communication reposant sur les citoyens

Le parti-pris de l’agence de communication allemande Scholz & Friends qui a remporté l’appel d’offres consiste à mettre en avant le citoyen européen et non le Parlement, en faisant valoir son rôle d’acteur.

Trois objectifs à atteindre

  • Objectifs cognitifs : Informer les citoyens européens qu’ils peuvent influencer l’Europe par leur vote.
  • Objectifs affectifs : Développer un message sur les valeurs du Parlement européen et sur la dimension démocratique de ces valeurs.
  • Objectifs conatifs : Inciter les citoyens à changer leur comportement en s’inscrivant sur les listes électorales puis en allant voter.

Trois écueils à écarter

  • Un discours institutionnel centré sur le Parlement européen
  • Un discours moralisateur parlant du devoir « moral » d’aller voter
  • Un discours généraliste n’impliquant pas le citoyen sur les « droits civiques »

Des messages pédagogiques

  • Insister davantage sur les bénéfices personnels que l’on peut tirer en se rendant aux urnes.
  • Montrer que les citoyens peuvent réellement influencer le cours des choses en votant plutôt pour tel ou tel candidat.
  • Présenter les domaines de compétences du Parlement européen, c’est-à-dire les matières dans lesquelles il co-décide avec le Conseil.

La signature : « A vous de choisir » («It’s your choice»)

Une campagne identique dans tous les États membres

Selon Célia Sampol, journaliste à Europolitique, le dispositif repose notamment sur un logo, des affiches, des installations en 3D dans les rues, des bureaux de vote décorés de façon inhabituelle, un compte à rebours paneuropéen, un site spécial pour les élections, etc. Le Parlement européen prévoit de communiquer sur les élections, notamment par le biais de sa chaîne en ligne EuroparlTV.

Le budget total pour toute cette campagne est de 15,4 millions d’euros, « soit 4 centimes par électeur », précise l’eurodéputé espagnol Alejo Vidal-Quadras, le vice-président chargé des questions d’information et de communication.