EuropCom 2012 : quels professionnels de la communication européenne à suivre ?

Pendant 2 jours, les 17 et 18 octobre, se tient « EuropCom », la 2e édition de la conférence européenne sur la communication publique, ayant pour thème cette année «  [Re]connecting citizens”. Au vue du programme, qui faut-il ne pas manquer ?

Gregory Paulger, Directeur général de la DG Communication de la Commission européenne lors de la session d’ouverture

L’intervention du nouveau « DG COMM » Gregory Paulger est à suivre lors de la session d’ouverture qui abordera la crise de confiance actuelle des citoyens européens vis-à-vis de l’UE et les possibilités de rétablir le soutien du public et d’inciter les citoyens à participer plus activement.

Leendert de Voogd, directeur mondial, TNS & Social, sur l’Eurobaromètre sur la confiance du public dans l’UE

Dans le panel « Comprendre le public : Perceptions de l’UE », Leendert de Voogd, directeur mondial, TNS & Social, présente les principaux résultats et conclusions de la dernière enquête Eurobaromètre sur la perception de l’UE dans les Etats membres et des citoyens sur l’impact de l’UE sur la politique nationale, régionale et locale.

Stephen Clark, Directeur des Relations avec les citoyens et ancien responsable de la communication web au Parlement européen sur les « nouvelles technologies de la communication »

Dans le panel sur la communication numérique « what’s hot, what’s not? » parmi Facebook, Twitter, LinkedIn, Google+, YouTube, Flickr, Tumblr, Yammer, sans oublier les plateformes sociales sur mesure, applications mobiles, et autres outils interactifs, le regard de Stephen Clark est à suivre.

Ylva Tiveus, Directrice des Relations avec les citoyens de la Commission européenne sur « participation du public et citoyenneté active »

Avec le lancement de l’initiative citoyenne européenne, l’Année européenne des citoyens en 2013 et la campagne des élections au Parlement européen en 2014, l’UE met la citoyenneté active au cœur de ses actions de communication. Ylva Tiveus, actuellement responsable de la préparation et de la mise en œuvre de l’Année européenne des citoyens en 2013 est à suivre.

Jean-Christophe Gallien, professeur en communication à la Sorbonne sur « Mouvements de citoyens et  impact sur le débat public »

Dans le panel consacré aux mouvements Occupy, Indignados ou autre groupe d’activistes en ligne, Jean-Christophe Gallien, ancien conseiller de Valéry Giscard d’Estaing qui enseigne la communication politique à la Sorbonne est à suivre. Sa tribune « Penser l’Europe comme une affaire intérieure » publiée aujourd’hui dans La Tribune est un réquisitoire pour « aller plus vite et surtout penser plus loin » :

  • « Entre langue de bois et incantations », il n’y a « pas de stratégie européenne globale » en France aujourd’hui : « Il n’y a pas de trahison historique du peuple. Il y a surtout un peuple laissé sans repère, sans vision, sans détermination ».
  • « Dire enfin la réalité aux Français » : « les affaires européennes sont des affaires intérieures et depuis longtemps ».
  • « Réorganisation : Le ministère des Affaires dites Européennes a davantage sa place auprès du Premier des ministres qu’auprès du Quai d’Orsay. (…) Ni le Secrétaire Général aux affaires européennes malgré son rattachement au Premier ministre, ni notre ministre des Affaires Européennes, ni notre Représentation Permanente à Bruxelles ne disposent, en fait, des pouvoirs, de l’autorité, voire même de l’influence pour arbitrer les divergences légitimes entre ministères et au delà de l’ensemble des parties prenantes françaises ayant à défendre des intérêts particuliers auprès de l’UE ».

Aurélie Valtat, Responsable de la communications numérique du Conseil de l’UE sur « E-ambassadeurs: Impliquer les citoyens dans un monde numérique »

Dans le panel qui abordera les citoyens non plus simplement comme des consommateurs de la communication publique, mais également comme des contributeurs actifs en utilisant le crowdsourcing et les données ouvertes, l’expérience d’Aurélie Valtat à l’agence Eurocontrol et au Conseil de l’UE depuis 2011 est à suivre.

Sixtine Bouygues, Directrice de la stratégie et de la communication de la Commission européenne  sur les engagements de l’Europe

Dans le panel sur l’agenda politique européen et le besoin essentiel de coordonner les politiques publiques de l’UE, y compris dans le champ de la communication pour intégrer les messages de l’UE dans les communications locales, régionales ou nationales, le point de vue de Sixtine Bouygues, Directrice de la stratégie et de la communication de la Commission européenne depuis juin 2012 est à suivre.

Nastja Klemencic, conseillère politique auprès du Directeur général pour la communication au Parlement européen sur la préparation des élections européennes de 2014 sur « encourager la participation aux élections européennes »

Dans le panel sur les prochaines élections européennes en 2012, un défi majeur pour les communicateurs publics à tous les niveaux de gouvernance puisque le succès du scrutin dépend en grande partie des efforts menés au niveau national, régional et local, l’intervention de Nastja Klemencic qui a coordonné les bureaux d’information du Parlement européen et exerce une mission de conseillère politique auprès du Directeur général pour la communication sur la préparation des élections européennes de 2014 est à suivre.

Reijo Kemppinen, Directeur en charge de la communication, de la politique d’information et de transparence au Conseil européen et au Conseil de l’UE lors de la session de clôture

Comme l’année dernière, Reijo Kemppinen, Directeur en charge de la communication, de la politique d’information et de transparence au Conseil européen et au Conseil de l’UE intervient lors de la session de clôture.

A tous, bonnes conférences !

Changement climatique : la campagne de communication « Le monde que j’aime », encore une mission impossible pour l’UE ?

En début de semaine, la Commission européenne a lancé une campagne sur le changement climatique : « Le monde que j’aime, le climat qui va avec ». Au vue du contexte de crise et de l’ambition des enjeux, s’agit-il encore d’une campagne de communication vouée à l’échec pour l’UE ?

Le changement climatique : une attention institutionnelle et médiatique réduite mais un problème grave dans l’opinion publique

Certes, après l’échec du sommet de Copenhague – le Flopenhague – cette conférence des Nations Unies sur le changement climatique du 7 au 18 décembre 2009 qui s’est soldée par une simple déclaration politique non contraignante sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre, l’enjeu climatique n’est plus une priorité de l’agenda international.

Le climat n’est d’ailleurs plus une priorité de l’UE avec la gestion de la crise de l’euro et des dettes. C’est n’est plus également un sujet médiatique, comme l’indique la baisse tendancielle depuis 2010 du sujet « changement climatique » dans les news selon Google Trends.

Mais, aussi surprenant que cela puisse paraître, l’opinion publique européenne estime que le changement climatique est le deuxième problème le plus grave auquel le monde est confronté, devant la situation économique (et après la pauvreté, la faim et le manque d’eau potable), selon l’Eurobaromètre spécial 372 publié en octobre 2011 sur le changement climatique.

Alors, le changement climatique est sans doute un enjeu passé sous le radar, mais si l’attention médiatique n’est plus, l’intérêt des Européens demeure.

La campagne « Le monde que j’aime, le climat qui va avec » : une communication responsable, partenariale et participative

Evidemment, communiquer sur le « monde que j’aime » à l’heure du chômage de masse en Europe, c’est un peu « décalé ». Mais, le raisonnement de la Commissaire chargée de l’action pour le climat, Connie Hedegaard, n’est pas totalement infondé :

Nous avons le choix: nous pouvons soit agir en nous servant de nos connaissances sur le changement climatique, soit rester les bras croisés et regarder la situation se dégrader. Dans les deux cas, il y aura un prix à payer. Alors pourquoi ne pas créer le monde que nous aimons et le climat qui va avec tant qu’il en est encore temps? Nous lançons cette campagne pour centrer le débat sur les solutions et trouver ce qui nous retient de les mettre en œuvre.

S’adresser aux Européens en tant qu’acteurs responsables de leur avenir, ce n’est pas la plus mauvaises des manières pour montrer combien les actions pour le climat peuvent générer des avantages économiques pour les citoyens européens.

De plus, l’approche de la Commission consiste à organiser une campagne paneuropéenne vraiment décentralisée, qui s’appuie sur la collaboration avec plus de 70 organisations, parmi lesquelles des associations professionnelles, des universités, des organisations non gouvernementales et des institutions publiques de toute l’Europe.

Là encore, la collaboration avec les parties prenantes ne peut que renforcer l’impact de la campagne européenne, ce qui fait trop souvent défaut aux actions de communication pilotée depuis Bruxelles.

D’ailleurs, le lancement de la campagne s’est ainsi réalisé à Londres, où, selon Dave Keating, le gouvernement conservateur se vante d’être le « gouvernement le plus vert » et regrette que les négociations climatiques ne soient pas abordées lors des réunions du Conseil, notamment à cause de la Pologne, pourtant très pro-européenne… Un renversement d’attitude assez rafraîchissant sur les affaires européennes.

D’autres événements se dérouleront d’ici la fin de l’année 2012-2013 dans plusieurs États membres, et notamment en Bulgarie, en Italie, au Portugal… et en Pologne.

Enfin, la dimension participative – incontournable pour placer des solutions concrètes au centre du débat sur le changement climatique – n’est pas oubliée sur world-you-like.europa.eu, où les citoyens, les entreprises et les groupes locaux peuvent « promouvoir et exposer leurs solutions à faible intensité de carbone et prendre part à un concours paneuropéen pour désigner la meilleure et la plus originale d’entre elles ».

Au total, la nouvelle campagne de l’UE sur le changement climatique est une communication grand public pédagogique plutôt bien conçue. Dans quelques mois, nous saurons si c’est une mission impossible…

Quels sont les points clés du chat avec Gregory Paulger, Directeur Général de la communication à la Commission européenne ?

Après le Google Hangout (chat vidéo) de José Manuel Barroso autour de son discours sur l’Etat de l’Union, Gregory Paulger, le Directeur Général de la Communication à la Commission européenne s’est également livré à l’exercice du dialogue en direct lors d’un chat organisé hier par Touteleurope. Quels sont les points clés du chat au-delà du fait que « la Commission présentera l’ébauche d’un futur traité sur la fédération d’Etats-nations, avant les élections européennes de 2014 » ?

Sa vision de la communication européenne : « redonner du sens au projet européen »

Interrogé sur sa récente déclaration que la communication de la Commission européenne doit mettre moins l’accent sur le « quoi » et le « comment » et davantage sur le « pourquoi », Gregory Paulger estime qu’ « il faut retrouver le sens du projet européen pour les citoyens. Il faut d’abord expliquer en quoi certains problèmes se posent à l’échelle européenne et seront mieux résolus au niveau européen ».

Sa rencontre avec Jean-Michel Demetz à lire sur L’Express autour de la crise et du traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance au sein de l’Union économique et monétaire illustre qu’il « n’est pas un adepte de la langue de bois ».

Sa conviction sur l’initiative citoyenne européenne : « un véritable outil de démocratie participative »

Gregory Paulger s’est montré lyrique sur l’initiative citoyenne européenne (ICE) : « La Commission apporte son soutien aux porteurs de projet en les aidant à surmonter les obstacles techniques (et) met à disposition une plateforme pratique aidant à recueillir les signatures, avec toutes les garanties de sécurité, de respect de la vie privée… Par nature, l’ICE a une dimension européenne, pour que les citoyens s’approprient les enjeux européens. L’ICE est un véritable outil de démocratie participative ! C’est une première dans l’histoire de l’Europe… ».

Sa conception de l’Année européenne des citoyens en 2013 : les citoyens doivent s’approprier les enjeux européens

Alors que 2013 sera l’année européenne des citoyens, Gregory Paulger réaffirme que « l’objectif est de sensibiliser les citoyens aux droits dont ils bénéficient en tant que citoyens européens et des bénéfices concrets qu’ils peuvent tirer de ces droits (liberté de circulation, reconnaissance des qualifications professionnelles qui leur ouvrent un marché du travail plus large, droit de vote aux élections européennes et municipales, etc). ».

Sa conception des élections européennes en 2014 : les partis politiques doivent se saisir du scrutin européen

Sur l’enjeu des élections européennes en 2014, Gregory Paulger estime que « les élus locaux sont les plus proches du citoyen et sont des relais essentiels ». Le rôle des partis politiques est également important à ses yeux : « la Commission a proposé un statut pour les partis politiques européens. Nous souhaitons que les partis européens présentent chacun un candidat à la présidence de la Commission en 2014, ce qui renforcera sa légitimité démocratique ».

Au total, le chat avec Gregory Paulger représente une occasion – trop rare – pour le Directeur de la communication de la Commission européenne de dialoguer.

Eurobaromètre : les contrastes de l’opinion publique sur l’Union européenne

Interrogés récemment dans le cadre de deux enquêtes récurrentes – l’Eurobaromètre Standard de la Commission européenne et l’Eurobaromètre du Parlement européen ou Parlamètre – les Européens délivrent des messages pour le moins contrastés sur l’Union européenne…

Image de l’UE : une perception temporellement contradictoire

Dans le Parlamètre EB/PE 77.4, l’image de l’UE – abordée dans l’absolu : « en général, l’image que vous avez de l’UE » – s’améliore aux yeux d’une majorité d’Européens (40% d’opinion positive +9 points par rapport à l’automne 2011 contre 23% d’opinion négative -3).

En revanche, dans l’Eurobaromètre standard 77, l’image de l’UE « après la forte baisse à l’automne 2011 (-9), la proportion d’image positive de l’UE se stabilise à 31% » tandis que les opinions négatives progressent légèrement (28%, +2).

D’une enquête à l’autre – sondages réalisés par le même prestataire TNS opinion – la même question non seulement entraîne des niveaux de résultats significativement différents mais en pus avec des tendances inverses. Seule la période du terrain (du 3 au 20 novembre 2011 pour le Parlamètre et du 12 au 27 mai 2012 pour l’Eurobaromètre standard) peut justifier un tel écart.

La tendance à la dégradation de l’image de l’UE serait donc le phénomène le plus récemment mesuré.

Sentiment d’appartenance, confiance et participation dans l’UE : une perception faussement contradictoire

Autres conclusions contradictoires – à la première lecture – des deux enquêtes récurrentes :

  • Bonne nouvelle : « une majorité absolue se dégage pour dire que l’appartenance à l’UE est une « bonne chose » », une grande première, selon le Parlamètre ;
  • Mauvaise nouvelle : la confiance dans l’UE s’est encore dégradée pour atteindre le plus bas niveau jamais mesuré (31%, – 3 points), selon l’Eurobaromètre standard.

Autrement dit, les Européens – dans la crise – considèrent que l’appartenance à l’UE ne peut être qu’un « plus » – quoiqu’ils soient sans illusion sur les capacités réelles de l’UE – quasi équivalentes aux autres institutions publiques – à résoudre difficultés et problèmes.

La construction européenne devient un phénomène majoritairement soutenu dans la société, mais dans un état d’esprit sinon résigné, du moins aussi peu enthousiaste qu’en matière de politique nationale.

Des sentiments contrastés de l’opinion publique européenne sur l’UE à mettre en parallèle avec le fait que « la majorité des personnes interrogées pensent toujours que leur voix  « ne compte pas dans l’UE » ».

Ambiguïtés de la campagne de communication « Je veux l’Europe »

Envoyer « un signal positif pour une Europe forte », c’est le défi revendiqué par la campagne de communication «Je veux l’Europe» (« Ich will Europa »: ich-will-europa.de) annoncée dans la stratégie du ministère fédéral des Affaires étrangères et lancée récemment en TV, presse et sur Internet par onze fondations allemandes. Selon l’intention que l’on prête à la campagne, la perception s’en trouve radicalement changée…

Intention réduite, perception partisane décuplée : instrumentalisation efficace des enjeux européens à des fins électorales

La campagne « Je veux l’Europe » peut être perçue comme un exercice de politisation de la question européenne parce qu’« Angela Merkel s’est chargée elle-même du discours de bienvenue de cette campagne de communication », selon Le Figaro qui constate que « la chancelière ne se contente pas de proclamer son attachement, elle veut aussi faire avancer son projet d’intégration européenne ».

Le message de la campagne dont le slogan est « Je veux l’Europe », vendue avec une vidéo de Merkel risque d’être compris comme « Je veux l’Europe de Merkel », ce qui ne peut que susciter des interrogations sur les intentions relatives aux impressions laissées auprès du public par cette campagne pro-européenne, selon Lost in Europe qui précise que Berlin se prépare pour les élections générales.

D’ailleurs, Lost in Europe confirme que « la politique intérieure est le poison de la campagne tout entière : le plan original était que l’ancien ministre des Affaires étrangères Fischer soit impliqué avec son successeur et actuel titulaire du poste Westerwelle ». Mais, cette campagne très louable pour l’Europe fut perçue par certains comme une « campagne pour Westerwelle ».

Intention ambitieuse, perception européenne étriquée : promotion hasardeuse d’une idée européenne brouillonne

A contrario, la campagne « Je veux l’Europe » envisagée comme « une déclaration d’amour à l’Europe (…) parrainée par le président allemand Joachim Gauck (…) sous la bannière bleue étoilée de personnalités, dont le capitaine de l’équipe de football d’Allemagne Philipp Lahm ou le patron d’EADS Thomas Enders », selon Le Figaro, peut également être perçue comme un exercice de promotion hasardeux d’une idée européenne brouillonne.

Brouillonne, la confusion créée autour du message, mélangeant les visions et les opinions quant à l’avenir de la construction européenne. Hasardeux, le choix d’une campagne très institutionnelle « 1.0 » qui s’appuie sur des personnalités du monde du sport, de la culture, de la politique ou de l’économie alors que c’est l’opinion des citoyens « de base » qui vacille sur l’Europe.

Selon la dépêche AFP, « dans un sondage publié par le journal dominical Frankfurter Allgemeine Sonntagszeitung à la mi-août, seule la moitié des Allemands (50%) se disait favorable à un maintien dans la zone euro en cas de référendum sur le sujet ». Une campagne plus interactive et participative aurait été plus adaptée pour laisser les doutes s’exprimer et se lever par la discussion.

Ainsi, l’ambiguïté de la campagne de communication « Je veux l’Europe » risque d’en limiter les résultats.