Désinformation, ingérences étrangères, opérations d’influence, guerre cognitive. Ce que l’Europe mesure abondamment et à quoi elle riposte rarement. Plus de deux cents analyses qui documentent la lente prise de conscience d’un continent découvrant qu’on lui livre bataille sur le terrain du récit et qui répond toujours avec un temps de retard.
Pour faire le tour des problématiques, c’est Ingibjörg Sólrún Gísladóttir, ancienne ministre des Affaires étrangères d’Islande et ancienne directrice du Bureau des institutions démocratiques et des droits de l’homme de l’OSCE qui mentionne le risque de « backsliding », de rétrograder qui pourrait être une menace existentielle mobilisant les électorats européens :
Participation électorale : premier enjeu, le risque de déconnexion entre l’UE et les citoyens
Manque de confiance dans les élus européens, en particulier après le scandale du QuatarGate
Mobilisation des partis populistes face aux solutions insatisfaisantes de l’UE, en particulier sur les migrations
Interférences étrangères en matière de désinformation, dont l’arsenal s’est encore renforcé avec les deepfakes, les contenus générés par les IA ou encore les fake websites
Coût politique de la guerre en Ukraine après le coût économique avec l’inflation
Intégrité du scrutin en termes de cybersécurité
Paysage médiatique, indifférent, polarisé ou parfois menacé selon les États-membres, entre « slap lawsuits » d’un côté mais « cross-border journalism » de l’autre
Impact incertain du Brexit
Vision optimiste
Pour défendre une autre vision, Camino Mortera-Martinez, Responsable du bureau de Bruxelles du Centre for European Reform se charge de plaider les arguments en faveur d’une mise en question du statut d’élections de second rang en raison de la plus faible participation et de la moindre importance en termes politiques :
Les premières élections après une pandémie et une guerre, qui ont l’une et l’autre changé pour toujours l’UE vers davantage de décisions décisives et d’unité solidaire.
Des nouveaux biens communs publics européens à défendre comme la santé, l’énergie ou la sécurité.
Résorber le déficit d’intelligibilité
Alberto Alemanno, Professeur de droit de l’Union européenne à la chaire Jean Monnet de HEC Paris, souligne que le traité de Lisbonne prévoit un modèle de démocratie parlementaire majoritaire qui fait l’objet d’incertitude, c’est ce déficit d’intelligibilité qui doit être corriger.
La préoccupation principale porte sur la participation électorale, dont l’érosion inéluctable a été corrigée lors du dernier scrutin, mais qui risque de se dégrader en raison du manque d’européanisation du process politique – les élections européennes demeurent des élections nationales dans leurs organisations de la compétition des candidats nationaux.
La réponse de l’UE qui manque d’ambition en réponse au scandale du QuatarGate, risque d’impacter à la baisse la confiance des citoyens dans les institutions européennes.
Le statut d’agent étranger, prévu dans le « package démocratique » en vue des élections européennes pour lutter contre les manipulations étrangères de l’opinion, risque d’entretenir un état d’esprit anti-ONG.
La gestion des entorses à l’état de droit, qui met en question le système de la justice de manière plus sensible pour les citoyens, n’est là encore pas à la hauteur avec des mécanismes de conditionnalités qui n’envoient pas le bon signal aux gouvernements.
Certes, un vent d’opportunité sans précédent souffle sur l’Europe, avec une demande de connaissance accrue et des expériences de vie partagées autour de la gestion de la pandémie ou du conflit en Ukraine. Les citoyens regardent dorénavant l’Union européenne comme un apporteur de solutions.
Mais, le narratif autour du scrutin européen est encore trop trivial et banal, en ne reflétant pas assez les vrais enjeux des élections européennes. La responsabilité en incombe particulièrement aux partis politiques européens pour rendre plus intelligible les choix de politiques publiques et européaniser les débats politiques ainsi qu’à la sphère médiatique qui pourrait davantage reporter les mouvements venant de la société, en particulier de la jeunesse plutôt que de se concentrer sur les partis populistes ; sans oublier le rôle de la communication du Parlement européen qui donne des capacités aux acteurs de la société civile de jouer un rôle dans la mobilisation et pour humaniser les élections.
Dorénavant, l’UE joue sa peau dans la vie quotidienne des Européens, aux futures élections européennes d’en confirmer l’impact et l’importance.
Alors que la « guerre européenne » de la Russie contre l’Ukraine réinvente « une nouvelle et plus vive expérience de l’espace géographique », où les Européens sont « contraints de réévaluer l’ordre qui les maintient ensemble, « l’Europe » semble avoir exhumer une incarnation plus ancienne d’elle-même, elle endosse l’ancien manteau diplomatique d’une entité d’États souverains gouvernée par des sommets informels, des normes d’égale dignité et l’importance de la confiance ».
La thèse de l’Institut bruxellois de géopolitique sur la Communauté politique européenne, c’est qu’elle représente une réponse appropriée et opportune à la disparition de l’ordre européen d’après-guerre froide. Le nouveau club permet à ses membres de se réunir et de planifier en tant qu’États souverains des questions difficiles sur la guerre, la paix et l’ordre.
Confronté aux questions du temps présent, l’Europe puise dans son passé, dans les méthodes et les pratiques diplomatiques souvent oubliées qui ont donné naissance au système étatique moderne.
Cette volonté de revenir à ses origines et de réinventer, ou du moins de réajuster, l’ordre étatique européen explique trois caractéristiques essentielles de la Communauté politique européenne :
Son apparent mépris des « résultats tangibles » concrets ou des communiqués officiels. Aussi longtemps que nécessaire, les dirigeants du continent doivent pouvoir se réunir dans des cadres informels et non scénarisés.
Les efforts de l’organisme, même s’ils sont parfois hésitants, pour se tenir à une certaine distance de l’Union européenne.
Son focus impénitent sur les intérêts de sécurité partagés plutôt que sur les valeurs partagées.
Le fait que des États stratégiquement importants ne fassent pas partie de l’Union montre clairement que l’adhésion à l’UE, qu’elle soit réelle ou potentielle, ne définit pas l’Europe. C’est là que réside la raison d’être de la Communauté politique européenne. Elle offre précisément le genre d’arrangement dont le continent a actuellement besoin : pan-européen, flexible, informel, égalitaire et intime dans son esprit.
La nature informelle de la Communauté politique européenne, un organisme apparemment incapable de produire une déclaration commune pourrait être perçue comme un signe de la désunion européenne trop familière. Cependant, ce nouveau forum, plutôt que de formuler de nouvelles politiques, joue un rôle plus fondamental en ravivant un sentiment de corps politique européen.
La Communauté politique européenne est une tentative très politique de mettre à profit ces liens rudimentaires entre les États en s’appuyant sur les principes de la diplomatie qui lui permettent de fonctionner comme un forum d’égaux (en dehors de l’orbite de l’UE), une communauté d’intérêts (à une certaine distance du Conseil de l’Europe) et un lieu de rencontre informel pour les dirigeants (sans bureaucratie).
La Communauté politique européenne est un forum politique européen indépendant qui vise à raviver un sentiment de corps politique européen en dehors des cadres institutionnels existants. Elle offre aux États européens l’opportunité de se rencontrer en tant qu’États souverains et d’aborder des questions d’intérêt commun, sans les contraintes bureaucratiques des institutions européennes.
La Communauté politique européenne peut déjà être un centre névralgique et un catalyseur de l’action collective, l’ »ambiance » dominante des objectifs généraux tels que renforcer la sécurité et la résilience énergétiques peut être transformé en action en utilisant l’occasion pour convenir de projets communs au niveau bilatéral ou multilatéral
Une plus grande action de l’EPC pourrait également découler de l’influence des institutions financières internationales via la Banque européenne pour la reconstruction et le développement ou la Banque européenne d’investissement.
La volonté politique de soutenir la nouvelle communauté dépendra des nombreuses menaces de sécurité et crises affectant les intérêts stratégiques du continent, suggérant la nécessité d’un organisme paneuropéen visant à renforcer la résilience du continent pour jouer un rôle important dans la sécurisation de l’avenir de l’Europe.
La Communauté politique européenne rappelle aux Européens un art diplomatique et une diplomatie d’État plus anciens, souvent oubliés, qui pourraient un jour devoir être mobilisés pour mettre fin à la guerre, voire pour instaurer la paix.
Et sous l’angle de la communication européenne, que peut-on attendre de la Communauté politique européenne ?
Renforcement de la visibilité : La réunion de la Communauté politique européenne offre une occasion de mettre en avant l’importance et la pertinence de mettre à l’agenda des discussions relatives à l’avenir de l’Europe. Les dirigeants européens peuvent utiliser cet événement pour communiquer de manière claire et cohérente sur leurs objectifs, leurs valeurs et leurs actions.
Cohésion et unité : La réunion permet aux dirigeants européens de démontrer leur engagement envers une famille européenne unie et de renforcer la cohésion entre les États-membres de l’UE et les autres États européens. La communication lors de la réunion doit souligner l’importance de travailler ensemble pour relever les défis communs et promouvoir l’harmonie entre les nations européennes.
Annonces et initiatives communes : La réunion peut être l’occasion de présenter des annonces et des initiatives communes qui illustrent la coopération et la solidarité au sein de la Communauté politique européenne. Ces annonces peuvent concerner des domaines tels que la sécurité, l’économie, les énergies ou les droits de l’homme.
Communication vers le grand public : La réunion de la Communauté politique européenne peut servir de plateforme de communication auprès du grand public. Les dirigeants européens peuvent utiliser cette occasion pour expliquer les enjeux de l’Europe d’aujourd’hui, engager un dialogue dans la presse à destination des citoyens et partager leur vision de l’avenir de l’Europe. Une communication claire et accessible est essentielle pour susciter l’intérêt et l’adhésion.
Influence et rayonnement international : La réunion peut également être l’occasion de renforcer l’influence et le rayonnement international de l’Europe. Les dirigeants européens peuvent profiter de cet événement pour communiquer sur la position de l’Europe sur la scène mondiale et promouvoir les valeurs européennes à l’échelle internationale.
Dans « Les politiques européennes de lutte contre la propagande », Marie Robin pour la Fondation Robert Schuman décryptent les armes communicationnelles et narratives pour faire avancer leurs propagandes dans un conflit et sur la scène internationale, l’invasion de l’Ukraine par la Russie étant accompagnée d’opérations d’influence, de désinformation et de propagande, la plupart antieuropéennes. L’Union européenne directement concernée par les discours de propagande tente donc de développer des stratégies de lutte contre les contenus propagandistes et leurs effets…
Fausses nouvelles et propagande, un problème pour la démocratie en Europe
66% des citoyens en Europe déclarent lire ou entendre des fausses nouvelles au moins une fois par semaine, nous « subissons une pression grandissante et systématique pour faire face aux campagnes de désinformation et d’informations trompeuses et à la propagande contre la notion même d’information objective ou de journalisme éthique, en ne diffusant que des informations partiales ou servant d’instrument au pouvoir politique, et qui nuisent également aux valeurs et aux intérêts démocratiques ».
La principale menace identifiée quand il s’agit de propagande en Europe a trait à la propagande antieuropéenne du Kremlin, vue comme un potentiel risque de « rideau de fer informationnel » : narratifs et armes de propagande pour justifier sa guerre contre l’Ukraine tout en diffusant des récits anti-européens potentiellement déstabilisateurs.
La propagande chinoise est principalement dénoncée non pas pour ses propres intérêts directs, mais comme relais et soutien du Kremlin au sein de l’Union.
L’extrême droite, appartenant aux mouvances suprémacistes, néonazies et/ou conspirationnistes, souvent inspirées des mouvements QAnon aux États-Unis, diffuse des discours haineux, extrémiste et violent anti-immigration, antiféminisme, conspirationnisme, antisémitisme et anti-élite. Les groupes d’extrême droite diffusent des contenus anti-démocratiques, visant à déstabiliser la cohésion européenne et à promouvoir des visions strictes des frontières.
Lutter contre les contenus de propagande, terroristes ou non, destinés à déstabiliser l’Union européenne ou ses États membres
Garantir des principes fondateurs : liberté des médias, accès à l’information, liberté d’expression, pluralisme des médias.
Identifier et connaître avant de lutter contre les contenus de propagande : saisir, comprendre et analyser, l’Union européenne cherche à agir en tant que « forum de coordination » entre les États membres, favorisant le partage d’informations, l’échange de bonnes pratiques tout en développant, à l’échelle supranationale, des initiatives de recherche et de renseignement destinées à saisir ces contenus.
Empêcher la diffusion de contenus de propagande non-terroristes, c’est-à-dire suspendre la diffusion de certains médias, comme les chaînes russes TV RT ou Sputnik dans les États membres.
Idéalement, supprimer les contenus dans une temporalité rapide afin d’en éviter la viralité. interdire les médias qui diffusent des contenus de propagande et empêcher le recrutement par des acteurs propagandistes étrangers de relais d’influence au sein de l’Union.
Contrer ne peut se faire avec les armes des adversaires sous forme de contre-propagande, l’Union européenne privilégie plutôt de déconstruire (debunker) et de promouvoir des voix modérées
« Debunker la désinformation » passe dès 2015 par une Task force de communication stratégique dans le voisinage oriental (East StratCom Task Force) via le site EUvsDisinfo pour « expliquer et dénoncer les récits de désinformation et sensibiliser à l’impact négatif de la désinformation provenant de sources pro-Kremlin. »
Refuser de faire de la contre-propagande, c’est montrer le faux et exposer les mensonges proposés dans les discours de propagande, réfuter et diffuser des informations utour des valeurs démocratiques et des politiques publiques proposées par l’Union européenne
Former pour mieux lutter contre les informations partiales ou erronées véhiculées par les discours de propagande ou de désinformation, l’Union européenne promeut un journalisme de bonne qualité en soutien à la liberté des médias et en renfort des médias indépendants
Potentiels défis de la responsabilité commune à l’Union européenne et aux États membres
« Si tout le monde est responsable, alors peut-être qu’in fine, personne ne l’est », la dualité, louable en principe peut néanmoins se révéler un obstacle en certaines occasions et conduire à de potentielles injonctions contradictoires.
Le choix de l’Union européenne de promouvoir un discours positif n’est pas sans obstacle dans un contexte de montée du populisme dans plusieurs États membres mettant en cause le caractère fondamentalement démocratique de l’UE.
Contrer les accusations de technocratie ou de prise de décision made in Bruxelles, c’est la mission des institutions européennes, de rendre leur fonctionnement, et les mesures adoptées, accessibles et compréhensibles pour les citoyens.
Contrer les discours anti-européens dans et en dehors de l’Union européenne passe, avant tout, par le renforcement du projet européen, de la cohésion entre ses États membres et de son accessibilité auprès de tous les Européens.
Rendez-vous incontournable des professionnels de la communication européenne, la communauté EuroPCom se retrouve les 26-27 juin 2023 pour réfléchir aux questions majeures en rapport avec le thème, cette année, de la conférence sur la démocratie européenne, selon le programme…
Risques et périls de la communication européenne au regard des dangers
Lutter contre désinformation et influences de la technologie sur la démocratie est le thème inaugural qui pose de nouvelles responsabilités en tant que communicateurs européens.
Renforcer la résilience face à la manipulation des informations liées aux élections fait l’objet d’un laboratoire d’idées sur la détection et la réponse à la désinformation avant les élections européennes.
Combler le fossé entre l’UE et les collectivités locales, en montrant les meilleures pratiques réussies d’activités de communication au niveau local et régional.
Défis et opportunités pour la communication européenne au regard des best practices
Améliorer l’éducation aux médias, puisque l’influence des médias d’information traditionnels diminue tandis que les médias sociaux prennent en partie le rôle d’établissement de l’agenda et de contrôle d’accès menaçant l’avenir pour un journalisme de qualité dans une société où les gens restent dans leurs chambres d’écho de l’information. Dans le plan d’action européen pour la démocratie 2019-2024, l’éducation aux médias des citoyens agit sur leur capacité à évaluer de manière critique le contenu des médias et à lutter contre la désinformation.
Segmenter l’audience comme stratégie de communication réussie, pour que la communication sur les politiques publiques européennes ait un sens, il s’agit d’engager auprès des citoyens à un niveau personnel. Les résultats d’une segmentation d’audience paneuropéenne, la première du genre, réalisée en 2022 par Ipsos pour la DG COMM de la Commission européenne, a identifié six segments basés sur les valeurs et les attitudes politiques des citoyens (vs une segmentation traditionnelle socio-démographique) pour les stratégies de messages et d’achat de médias.
Impliquer les citoyens, engager les citoyens à faire entendre leur voix et leur permettre de prendre des décisions éclairées devient un pilier de la démocratie européenne afin de répondre différemment aux enjeux institutionnels et politiques aux échelles nationales et européennes tout en assurant que tous les différents groupes de personnes sont entendus.
Renforcer la démocratie européenne avec la participation citoyenne et la démocratie délibérative tels que panels de citoyens ou dialogues citoyens permanents ne sont pas simplement des mots à la mode mais des exemples concrets de la manière d’accroître la participation et l’appropriation citoyennes de la démocratie européenne.
Améliorer l’engagement civique avec des outils numériques et des données ouvertes utilisés pour le crowdsourcing et la co-création dans l’élaboration des politiques publiques comme par exemple la solution de données ouvertes TrackMyEU et les nouvelles plateformes de médias sociaux open source développées par le Contrôleur européen de la protection des données favorisent la transparence et responsabilisent les citoyens.
Expérimenter la démocratie différemment que ce soit sous l’angle de la diversité, de l’inclusion et de la cohésion sociale ou encore grâce à la liberté d’expression contre les sentiments avec la satire dans les démocraties modernes, avec Fabio Mauri « Directeur général à la DG MEME » (une fonction parodique).
Faire campagne à l’aune des élections européennes
Activer les électeurs avant les élections européennes afin de parvenir à des stratégies favorisant une participation active aux processus démocratiques et surtout toucher les primo-votants.
Toucher les citoyens de manière engageante et massive en amont des élections ou d’autres moments démocratiques importants via des initiatives d’engagement citoyen, des campagnes participatives à double sens menées par JEF Europe et Make.org qui s’appuient sur une longue expérience en matière d’éducation civique et d’engagement pour apporter une démarche permanente : EurHope, une plateforme interactive en ligne pour sensibiliser aux élections européennes et créer un dialogue entre les jeunes de nombreuses régions européennes.
Pour un cadre de gouvernance efficace des médias sociaux
Le monde numérique rend nos autorités de gouvernance actuelles inadéquates, confrontées aux nouveaux défis technologiques. Les décideurs politiques et les régulateurs manquent actuellement de ressources pour protéger efficacement un avenir numérique positif. Les droits numériques nécessitent des protections que nos structures actuelles n’offrent pas entièrement.
La régulation des nouvelles technologies doit reposer sur des recherches fiables, un écosystème d’innovation privée renforçant l’intérêt public ainsi qu’une gouvernance qui responsabilise de manière équitable et cohérente.
1) Établir de futurs programmes de recherche et de subventions pour les universitaires
La base consiste d’abord à clarifier quand et comment les plateformes peuvent partager des données avec des chercheurs du milieu universitaire tout en protégeant les droits à la vie privée des utilisateurs.
La recherche devrait se concentrer sur :
L’établissement de définitions et de bases de référence pour les dommages numériques et les préjudices (y compris psychologiques) ;
Des mécanismes de signalement efficaces pour les problèmes de sécurité des utilisateurs ;
Des ensembles de données ouvertes à la recherche ;
Des expérimentations de technologie qui soutiennent les principes de démocratie et de transparence.
2) Distribuer des subventions pour encourager l’innovation
En outre, des programmes de financement spécifique devraient être exploré pour inciter les entreprises ou les investisseurs en phase de démarrage promouvant des principes de gouvernance démocratique auprès notamment des fonds de capital-risque émergents
3) Établir des exigences de reporting et de responsabilisation
Des rapports obligatoires par les plateformes pourraient s’inspirer structurellement des modèles mis en œuvre par les investisseurs autour des principes environnementaux, sociaux et de gouvernance pour tous les médias sociaux, entreprises de médias et plateformes.
Des exigences spécifiques pourraient être intégrées :
Des normes sociales démocratiques ;
L’audit algorithmique, la transparence des algorithmes et la prise de décision automatisée ;
Le partage de données avec les chercheurs ;
Les pratiques commerciales monétisant les données des utilisateurs ;
Les moyens de mesurer la crédibilité/l’exactitude du contenu original
L’évaluation des risques sanitaires et systémiques actuels ;
Les normes de portabilité ou d’interopérabilité ;
L’incidence des publications parrainées ou amplifiées par des gouvernements étrangers ;
L’accessibilité et l’inclusion.
Pour des plateformes responsables des médias sociaux
Les technologies confèrent aux plateformes un rôle démesuré dans les interactions, sans être encore bien adaptées. La société attend plus des entreprises, ainsi que de leurs investisseurs, avec leur prise de pouvoir croissante. L’histoire a montré l’importance d’assurer un plus grand rôle aux consommateurs et à leur protection. Alors que des portions importantes de la place publique passent aux mains du privé, les plateformes doivent s’adapter à leurs nouvelles responsabilités publiques.
Les plateformes doivent gagner la confiance des consommateurs en appliquant judicieusement et équitablement leurs politiques, en alignant leurs incitations sur les intérêts des utilisateurs et en présentant des informations fiables, sans être les arbitres ultimes de la vérité ; au contraire, la transparence et la capacité des utilisateurs à déchiffrer la crédibilité sont deux facteurs clés pour gagner la confiance du public.
Les plateformes responsables établiront également des normes éthiques élevées en interne, à la fois pour leurs employés et pour leurs décisions commerciales plus larges. Alors que les plateformes bénéficient d’un pouvoir sociétal et d’un espace considérable pour innover sans réglementation, elles doivent également s’engager à respecter des normes éthiques pour limiter les abus de ce pouvoir et de cette discrétion. Une partie de cet engagement englobe la nécessité pour les plateformes d’éduquer le public sur le fonctionnement de leurs algorithmes afin que le public puisse vraiment surveiller ses intérêts dans le monde numérique. Enfin, les plateformes doivent respecter les droits numériques de tous leurs utilisateurs – un élément essentiel pour leur relation positive avec la société américaine.
La Charte des droits numériques et le Code de conduite des développeurs fournissent des modèles de normes et de standards qui pourraient être adoptés par les producteurs de la société numérique et utilisés pour éclairer leurs politiques afin de produire une stratégie mieux coordonnée pour l’ensemble de la société pour un univers numérique sain.
1) Une stratégie numérique pour toute la société adoptée pour renforcer la fiabilité des plateformes
Pour être crédible et donc efficace, une stratégie sociétale pour une société numérique saine devra être élaborée selon un processus qui évite de donner un avantage économique à une entreprise. Il doit créer un espace pour les nouveaux entrants et éviter un monopole du pouvoir pour une seule grande plateforme.
L’élaboration de ces normes et standards règlementés nécessitera l’ouverture de canaux formels pour la contribution du public, l’engagement dans le dialogue et la garantie que les points de vue des minorités seront entendus. Ces efforts pourraient compléter le code de bonnes pratiques de l’UE sur la désinformation, qui a réuni les plateformes en ligne et l’industrie de la publicité pour s’autoréguler. Un effort de toute la société nécessite un engagement d’une multitude de façons à différents niveaux de spécificité pour générer l’adhésion et opérationnaliser les nouvelles normes et standards sur le terrain.
L’industrie technologique devrait être encouragée à établir ses propres normes qui promeuvent l’essence des principes éthiques de gouvernance de l’information, car l’autorégulation est dans le meilleur intérêt des publics et sur une base commune à l’industrie pour codifier un comportement approprié.
2) Adopter la diversité
L’éthique va au-delà de l’appel ordinaire pour assurer l’inclusivité, l’accessibilité, la diversité de pensée et l’équité. Les plateformes en ligne doivent adopter la diversité en intégrant les points de vue de diverses communautés dans le processus de conception dès le premier jour, les services et les produits prendront plus efficacement en compte les différentes perspectives sur la manière dont ils sont utilisés afin d’en limiter les dommages.
3) Garantir le respect des droits numériques
Pour intégrer ces concepts sur le terrain et partager les meilleures pratiques, la formation des employés sur les plateformes est indispensable en matière de conception, d’exploitation, d’administration et de gouvernance éthiques. Cette formation doit inclure un engagement signé des employés à suivre un code de conduite des développeurs et des entreprises à adhérer aux principes de gouvernance de l’information, en plus de respecter les droits numériques des utilisateurs.
Pour un public autonomisé et formé aux médias sociaux
Une nouvelle ère numérique offre d’immenses possibilités aux individus, mais seulement si nous sommes correctement préparés à gérer cette complexité. Dans le modèle actuel, l’attention des individus est traitée comme un produit à vendre, avec l’éducation des plateformes sur le fonctionnement de leurs algorithmes, le public doit se préparer à évaluer les implications des nouvelles dynamiques de pouvoir dans le paysage numérique, afin de ne pas être laissé vulnérable à une exploitation future par des intérêts étroits.
Les individus doivent activement s’attaquer à la complexité et aux implications de leur existence en ligne. Cela n’est possible qu’avec une certaine éducation sur les technologies elles-mêmes, la manière dont elles influencent le choix individuel et les motivations des plateformes et des producteurs de contenu. Pour sauvegarder les droits et les intérêts des consommateurs, les individus doivent se mobiliser et plaider auprès des décideurs.
Bien qu’il existe des biens sociaux qui sortent de ces modèles, comme des produits gratuits, les utilisateurs ont besoin de la liberté de choisir leurs relations, plutôt que d’être forcés à accepter des réalités monopolistiques afin qu’ils soient habilités à penser de manière critique, à défendre leurs intérêts dans le monde numérique et à participer aux processus démocratiques.
La démocratie exige qu’un public engagé réfléchisse de manière critique aux règles et aux normes nécessaires à une société saine, et cela vaut autant pour la société numérique que pour le monde réel. Toutes les parties prenantes doivent avoir la possibilité de participer à la spécification de ces règles et normes, y compris le développement et l’utilisation d’outils pour les réaliser.
1) Développer des outils civiques d’éducation pour assurer une meilleure compréhension sociétale des risques et opportunités présentés par la participation en ligne
Les parties prenantes doivent développer, promouvoir et diffuser des outils qui soutiennent l’éducation civique qui favorise une société numérique saine. La finalité vise à offrir une compréhension politiquement neutre et à promouvoir la pensée critique tout en fournissant une compréhension de base de la technologie :
La littératie numérique ;
La conscience de la confidentialité et de la sécurité ;
L’éthique technologique ;
La préparation numérique ;
L’atténuation des risques numériques ;
La gestion de la santé mentale.
La pensée critique, à savoir la remise en question constante du contenu, des algorithmes et des autres structures systémiques de la société numérique, est donc un élément important de l’autonomisation du public aux côtés de la compréhension générale de la technologie et de ses conséquences. Cette réflexion critique sur le monde numérique devrait faire partie d’une éducation civique généralisée.
D’autres formes de discussion publique pourraient porter sur la manière d’identifier la més/désinformation en ligne, les dommages causés par les environnements de médias sociaux toxiques et incivils et les mesures de sécurité pour protéger les enfants.
2) Mobiliser des outils démocratiques pour protéger les utilisateurs et la société des dommages potentiels
Un public responsabilisé a besoin d’une voix démocratique dans la société numérique, ce qui peut être accompli par des moyens remarquablement similaires à ceux du monde physique. Les campagnes peuvent tirer parti du pouvoir de mobilisation pour faire pression sur les plateformes et le gouvernement sur des questions telles que l’augmentation des capacités de propriété des utilisateurs sur les plateformes, l’adoption d’une déclaration des droits numériques, l’amélioration de la transparence des données, l’accessibilité et l’inclusion, et d’autres questions clés.
3) Donner aux utilisateurs une agence sur leurs expériences en ligne
Le dernier élément de l’autonomisation des utilisateurs est qu’ils doivent avoir l’opportunité et la capacité de participer à la définition des contours de leurs expériences personnelles en ligne. Idéalement, ils doivent contrôler leurs propres données, faire des choix sans être gênés par la manipulation ou le subterfuge de la plate-forme, avoir la liberté de se déplacer de manière transparente entre les plateformes et accéder à des outils qui leur donnent plus de contrôle sur différents aspects de leurs expressions en ligne.
La capacité de « voter avec ses pieds » en quittant des plateformes qui ne répondent pas aux besoins ou aux attentes des utilisateurs est un élément essentiel, même si la portabilité des informations non transférables empêche les utilisateurs d’exercer cette faculté.
Une première étape intéressante dans cette direction serait une adoption des normes d’interopérabilité, dans laquelle plateformes s’engageraient sur les priorités des utilisateurs lors de l’élaboration de normes d’interopérabilité et de meilleures pratiques pour offrir aux utilisateurs plus de contrôle sur leurs profils, leurs données, la création de contenu et leurs informations personnelles.
Bien que les solutions réelles puissent varier selon la plateforme, la création de mécanismes permettant aux utilisateurs de participer à l’élaboration de leurs propres expériences dans la société numérique est fondamentale pour l’essor des principes démocratiques en ligne.