Quel bilan pour l’événement blogueur de la présidence chypriote du Conseil de l’UE ?

Organisé au milieu de l’été, l’événement présenté comme « la présidence chypriote [du Conseil de l’Union européenne] rencontre les bloggeurs » aurait rassemblé, selon le « communiqué de presse » (sic) 37 blogueurs chypriotes et de toute l’Europe.

Destiné à promouvoir l’interaction entre la communauté chypriote et la blogosphère européenne et à réunir physiquement et virtuellement ensemble des blogueurs européens, le hashtag #cy2012eublogs aurait été utilisé pendant la journée dans 695 tweets, toujours selon le « communiqué de presse ».

Selon le regard porté sur l’événement blogueur, le résultat est plus ou moins abouti

Sous l’angle de l’organisation, « techniquement », l’événement « une réunion-dialogue plus qu’une conférence « s’est déroulé avec une globale satisfaction tant pour les bloggeurs (hormis les tables rondes retransmises uniquement via Google+ Hangouts) qu’auprès des représentants officiels chypriotes – « le représentant adjoint de Chypre au Conseil de l’Union européenne, George Zodiates clôture la réunion (..) expose son incompétence dans le domaine du web, annonce qu’il ne connait le mot « blogosphère » que depuis quelques heures : mais toutefois lui-même a pris conscience non seulement de l’officialisation des blogs dans le domaine de l’information, mais aussi de leur importance en tant que média démocratique », selon Au café de l’Europe.

Sous l’angle de la signification, « symboliquement », l’événement est interprété avec une relative confusion dans les médias – la « Famagusta Gazette , «  indique qu’il s’agit de la première réunion officielle de la blogosphère européenne avec une présidence du Conseil de l’UE » – ce qui n’est formellement pas le cas puisque la présidence hongroise avait accrédité des eurobloggeurs à des réunions officielles du Conseil. N’en demeure pas moins que l’événement prouve que l’UE semble consciente de l’importance des médias sociaux et de la montée de l’euro-blogosphère afin de créer une meilleure compréhension de l’UE auprès des citoyens.

Sous l’angle des conclusions, l’événement est étudié avec une unanime réserve :

Dans « Lessons learnt? », Eric tire plusieurs leçons, notamment que « ce ne sera pas suffisant pour rétablir la confiance ; l’UE doit tendre la main aux citoyens et cesser d’utiliser les médias sociaux comme un canal unidirectionnel pour les messages anciens.

Dans « Will the Cyprus blogging event #cy2012eublogs leave a legacy? », Ralf voit certes « le succès en relations publiques » mais attend surtout « des mesures concrètes pour se connecter et interagir avec les citoyens ». D’ailleurs, il souligne que « le programme de la présidence est traditionnel et paternaliste à l’égard de citoyens de l’UE. (…) En bref, les blogueurs doivent être, implicitement, les agents volontaires pour passer le mot sur les bonnes actions au sein de la population ».

Paradoxe d’un événement blogueur inabouti

Finalement, le paradoxe de cet événement bloggeur, c’est qu’il n’a pas donné le sentiment que la présidence chypriote l’ait effectivement vu comme une opportunité pour s’engager davantage dans les médias sociaux. La conversion « sociale » des officiels chypriotes n’a pas eu lieu – au-delà de leurs déclarations d’intention à ne pas négliger pour autant.

Les intentions chypriotes étaient très ambitieuses, mais faute d’une pleine appréhension de la culture du « blogging », l’événement peut soulever de l’incompréhension entre ces mondes et risque de générer en retour de la frustration, voire la crainte d’une instrumentalisation.

Quelles sont les stratégies nationales de communication des bureaux d’information du Parlement européen ?

Dans chaque État-membre de l’Union, le Parlement européen dispose d’un bureau d’information ayant pour mission de mieux faire connaître le PE et l’UE, et d’encourager la participation des citoyens aux élections européennes. Plusieurs appels d’offre pour la communication des bureaux d’information sont actuellement en cours. Quelles sont les différentes stratégies nationales ?

Stratégie « grand public » évènementielle

En s’appuyant sur des contrats-cadre répartis en divers lots, plusieurs bureaux d’information du Parlement européen privilégient une communication auprès du grand public par l’intermédiaire d’événements et de relations publiques. Cette stratégie est développée par les bureaux les mieux dotés.

Parmi les appels d’offre actuellement ouverts, la France avec les bureaux d’information du Parlement européen de Paris et Marseille dispose du budget le plus important : 4.760.000 € au maximum sur 4 ans, dont notamment l’organisation d’événements spéciaux liés aux activités de communication du Parlement européen.

L’Italie (3.100.000 € sur 4 ans pour les bureaux d’information du Parlement européen de Rome et Milan), la Pologne (1.800.000 € sur 4 ans pour les bureaux d’information du Parlement européen de Varsovie et Wroclaw) et la Grèce (840 000 € sur 4 ans pour le bureau d’information du Parlement européen d’Athènes) développent la même stratégie.

Stratégie « grand public » audiovisuelle

Face à des médias moins susceptibles de relayer les activités des bureaux d’information du Parlement européen, le Royaume-Uni et Malte développent une stratégie de substitution en produisant leurs propres contenus radio et TV.

Le bureau d’information du Parlement européen au Royaume-Uni prévoit la fourniture de services de télévision et de radio sur le Parlement européen pour les diffuseurs du Royaume-Uni, avec 1.600.000 € sur 4 ans. Le bureau d’information du Parlement européen à Malte s’oriente vers la production de programmes TV (une série de programmes télé hebdomadaires de 30 minutes et des flashs info mensuels de 7 minutes) pour un maximum de 280.000 € sur 4 ans.

Stratégie « public généraux ou spécifiques » publicitaire

Seule dans cette catégorie, la Suède dispose d’un contrat interinstitutionnel entre le bureau européen d’information du Parlement européen en Suède et la Représentation de la Commission européenne en Suède, de € 592.000 sur 4 ans.

Plutôt que l’organisation d’événements ou la production d’audiovisuels, la stratégie consiste à diffuser des publicités print et web auprès de cibles générales ou spécifiques.

Les milieux dans lesquels les publicités sont placées gamme de journaux quotidiens, nationaux, locaux ou régionaux, à des supports spéciaux (par exemple pour les médias hebdomadaires ou fanzines). En outre la publicité sur Internet peut être utilisée, mais à une échelle plus limitée que les imprimés publicitaires.

Stratégies « public jeune » pédagogique ou culturelle

Certains bureaux d’information du Parlement européen se concentrent plutôt sur des actions de communication destinée à des publics jeunes (des élèves de l’enseignement secondaire, à l’enseignement supérieur et aux jeunes adultes).

Le bureau d’information du Parlement européen aux Pays-Bas met en place un programme éducatif « een10voorEuropa » (168 000 € sur 4 ans) destiné aux élèves afin de stimuler leur prise de conscience de l’Europe en leur donnant une connaissance active de l’UE, mais aussi une expérience de la citoyenneté européenne.

Le bureau d’information du Parlement européen à Munich organise des jeux de simulation (330 000 € sur 4 ans) destinés aux établissements d’enseignement général et professionnel en Allemagne :

  • élaboration d’un concept et de la documentation nécessaire aux jeux de simulation : 25 000 € + 25 000 € (un deuxième jeu sur un thème différent) ;
  • gestion, mise en œuvre et évaluation d’un maximum de 100 jeux en 4 ans : 280 000 €.

Enfin, le bureau d’information du Parlement européen en Espagne pilote un cycle de cinéma européen en plein air avec la diffusion de films européens principalement récompensés par le prix LUX pour le cinéma du Parlement européen.

Ainsi, les stratégies de communication des bureaux d’information du Parlement européen sont très diverses selon les publics visés et les moyens envisagés.

Quelles ont été les campagnes de communication de la Commission européenne en 2011 ?

En complément de l’enquête sur les dépenses de la DG COMM en 2011, le registre des bénéficiaires de l’argent public européen indique également quelles ont été les campagnes de communication de la Commission européenne en 2011…

Une seule véritable campagne pan-européenne de communication

Avec un budget de 24,4 millions d’euros, la campagne de communication « les ex-fumeurs, rien ne les arrête » de la Direction Générale à la santé et aux consommateurs (DG SANCO) apparaît comme la seule véritable campagne de communication susceptible de toucher le grand public, en particulier les jeunes adultes.

Principaux contrats de communication d’envergure

Avec 2.334.992€ pour une campagne de sensibilisation sur le climat et le passage à une société à faible carbone, la Direction Générale à l’action climatique est très active en matière de communication.

Les principaux contrats concernant la communication :

  • 2.250.000€ pour des prestations diverses pour la Direction Générale aux Affaires maritimes et à la pêche ;
  • 1,4 million d’€ pour le design, la production et la diffusion de produits de communication pour la DG Justice ;
  • 1.299.583€ pour des prestations de support à la mise en œuvre de la stratégie de communication sur l’élargissement ;
  • 1.062.805€ pour de l’assistance aux activités de communication concernant les programmes Life+ et LifeIII de la DG Environnement ;
  • 965.392€ pour des dépenses de communication pour la DG Fiscalité et Union douanière.

Quelques opérations de communication de la Commission en 2011

Parmi les contrats supérieurs à 200 000€, voici les principales opérations de communication :

  • Conférence sur l’égalité entre les femmes et les hommes : 535.929€ (DG Justice) ;
  • Animation du portail « Your Europe » : 650.000€ (DG Marché intérieur et services) ;
  • Campagne « Génération 1992 » sur les 20 ans du marché unique européen : 490.000€ (DG Marché intérieur et services) ;
  • Publication de supports (bandes dessinées, livres de recette, calendriers) sur l’histoire de la Politique agricole commune : 420.000€ (DG Agriculture et développement rural) ;
  • Campagne localisée d’information à la TV sur la politique régionale : 311.696€ (DG Politique régionale) ;
  • Compétition pour la pièce commémorative des 10 ans de l’euro: 207.147€ (DG Affaires économiques et financières).

Ainsi, les campagnes de communication de la Commission européenne sont peu nombreuses et de relative faible portée.

Lobbying ou protestation : quels sont les scénarios de l’européanisation des actions collectives ?

Dans l’ouvrage collectif « Vers un espace public européen ? », Didier Chabenet envisage dans son article « Vers une européanisation de l’action collective » deux registres à l’échelle de l’UE : le lobbying ou la protestation.

En raison de la configuration de l’action collective à l’échelle de l’UE :

  • multiplicité et fragmentation des centres de décisions entre les institutions de l’UE et les États-membres ;
  • cloisonnement élevé entre des arènes politiques et/ou administratives sectoriellement définies ;
  • faiblesse des modes de représentation politique européen ;

les comportements de mobilisation, de représentation, de négociation qui tentent de faire valoir des intérêts par le rapport de forces et le jeu des acteurs sont marqués à l’échelle de l’UE par la prédominance du lobbying, en particulier économique et la progression limitée des euro-protestations, surtout lorsque la source ou la résolution est européenne…

Scénario n°1 : prédominance du lobbying et fragmentation de l’espace public européen

« L’Europe des couloirs » : action proactive en amont de la décision, influence d’expertise, technicité des débats, confidentialité du processus.

Exemples d’action collective par le lobbying :

  • syndicat : choix de l’influence par l’intégration aux processus de concertation mis en œuvre par la Commission européenne ;
  • mouvement féministe : choix de l’influence par la pression sur les milieux décisions européens, plus ouverts que les sphères de pouvoirs nationales ;
  • cause environnementale : choix de l’influence par l’installation de représentants supranationaux implantés à Bruxelles.

« Une minorité d’organisations agissent dans une perspective supranationale, pouvant obtenir des résultats remarquables, en étroite collaboration avec les institutions européennes, devenant parfois des interlocuteurs/partenaires officiels. »

L’espace public européen est caractérisé par :

  • un rôle charnière des gouvernements pour traiter au sein de l’UE les actions collectives issues de la société civile ;
  • une fragmentation croissante entre un espace européen intégré autonome des espaces nationaux ;
  • une confirmation de la place et de l’influence déterminantes des institutions administratives de l’UE dans la faculté de structurer les activités de lobbying et la capacité décisionnelle.

Pour ce 1er scénario, une consolidation de l’intégration européenne devrait se traduire par une intensification et une extension du lobbying au sein d’un espace public européen fragmenté.

Scénario n°2 : conflictualisation de l’action collective et intégration de l’espace européen

« L’Europe des manifestations » : action réactive en aval de la décision, influence de conflit, publicité des débats, médiatisation du processus

Exemples d’action collective par le conflit :

  • la vache folle : choix de l’influence par le débat public autour d’enjeux de santé publique ;
  • les Marches de chômeurs : choix de l’influence par l’occupation du domaine public autour d’enjeux sociaux.

Les conditions de généralisation des situations conflictuelles et politisées à l’échelle européenne :

  • une amélioration significative de l’exercice des pouvoirs et du contrôle du Parlement européen ;
  • un intérêt renforcé des médias nationaux pour les affaires européennes ;
  • une émergence d’euro-protestations symboliquement fortes dans les médias, auprès des classes politiques et du grand public (exemple : les Indignés d’Europe convergeant à Bruxelles).

Pour ce 2e scénario « s’il est extrêmement délicat de prévoir l’évolution que ce dernier prendra, on peut au moins faire l’hypothèse qu’il gagnera en effectivité et en stabilité en investissant préférenciellement (…) les réseaux d’information/de communication ».

Les mobilisations collectives en ligne telles que les pétitions de Greenpeace pour un moratoire sur les OGN (plus d’un million de signatures) ou d’Avaaz contre ACTA (près de 3 millions) illustrent les potentiels du web.

Ainsi, entre lobbying – majoritaire actuellement – et protestation – généralisable sous conditions – les actions collectives à l’échelle de l’UE sont relativement balisées, quoique les potentiels du web sont sous exploités…

Eurobaromètre : quelle est l’image de l’Union européenne auprès des Européens ?

Un Eurobaromètre consacré au Futur de l’Europe (EBS 379), publié en avril 2012, aborde la question de l’image de l’Union européenne auprès des citoyens des Etats-membres. Tandis que seule une majorité relative d’Européens se définit comme étant à la fois de sa propre nationalité et européenne. Quels sont les qualités, les réalisations, les atouts et les valeurs de l’UE, selon les Européens ?

Qualités principales de l’UE : une « communauté » et des réalités économiques et financières

Lorsque les mots « Union européenne » sont mentionnés, ce qui vient à l’esprit des Européens, le plus souvent, ce sont :

  • les notions d’« unité, de communauté, d’égalité et de règles communes », avec 24% des réponses spontanées dans cette catégorie ;
  • les références à l’euro, 2e association la plus fréquente avec 22% des réponses ;
  • les réponses faisant état des vacances, du tourisme et de la liberté de circulation, 3e catégorie avec 13% des réponses ;
  • les renvois à la crise économique et au problème de la dette, mentionnés par 11% des réponses ;
  • l’UE à proprement parlé avec ses institutions, évoquée par 10% des réponses.

Réalisations de l’UE les plus positives : la paix et la libre circulation des personnes, des biens et des services

Lorsque les Européens sont interrogés sur les résultats les plus positifs de l’UE, une majorité d’Européens choisit la paix et la libre circulation des personnes, des biens et services (57%).

Un quart des Européens considère « l’influence politique et diplomatique de l’UE dans le reste du monde », « l’euro » et « la puissance économique de l’UE », comme parmi ses résultats les plus positifs.

Les autres propositions – plus spécifiques – sont marginales :

  • « le bien-être social de l’UE » (23%) ;
  • « les programmes d’échanges d’étudiants comme Erasmus » (22%) ;
  • « la politique agricole commune » (13%).

Sinon, près d’un Européen sur dix (9%) dit spontanément qu’aucun des résultats indiqués compte comme l’un des résultats les plus positifs de l’UE.

Atouts principaux de l’UE : de bonnes relations entre les États membres et le niveau de vie

Lorsque les Européens sont interrogés sur les principaux atouts de l’UE aujourd’hui :

  • près de trois Européens sur dix sélectionnent la bonne relation entre les États membres (29%) ;
  • plus d’un quart choisit le niveau de vie des citoyens de l’UE (26%).

Plus de deux Européens sur cinq afficher la puissance commerciale de l’UE (22%) comme l’un des principaux atouts.

Valeurs incarnées par l’UE : la liberté d’opinion, la paix et la solidarité sociale

Interrogés sur les valeurs, les Européens considèrent la liberté d’opinion (64%), la paix (63%), l’égalité sociale et la solidarité (61%) comme les valeurs les mieux incarnées par l’UE – par rapport à d’autres pays ou groupes de pays dans le monde.

Une majorité d’Européens pense également que la tolérance et l’ouverture aux autres (56%), le respect de la nature et de l’environnement (55%) et le respect pour l’histoire et ses leçons (52%) sont également les mieux incarnées par l’UE.

Moins distinctement européens, la diversité culturelle (44%), le progrès et l’innovation (34%) et l’entrepreneuriat (32%) sont néanmoins cités comme des valeurs mieux incarnées par l’UE que par d’autres pays dans le monde.

Ainsi, se dessine l’image d’une Union européenne perçue comme humaniste, structurée autour de ses grands projets historiques. Les capacités de projection tant au sens de prospective dans des ambitions futures que d’incarnation dans des réalités concrètes font néanmoins défauts.