« Aktion Europa » : que retenir du premier partenariat de communication entre l’Allemagne et l’UE ?

Dix ans après le lancement précurseur du partenariat de communication entre l’Allemagne et l’UE et alors que la stratégie « Communiquer sur l’Europe en partenariat » est aujourd’hui dans les sables, quels sont les enseignements du bilan de « Aktion Europa » ?

« Aktion Europa » : le partenariat précurseur en matière de communication

La communication de la Commission européenne de 2 juillet 2002 : « An information and communication strategy for the EU » repose sur une stratégie qui vise à favoriser la coopération interinstitutionnelle et le développement de partenariats structurés avec les États-membres.

L’objectif est « d’améliorer les perceptions de l’UE, de ses institutions et de leur légitimité par l’amélioration de la compréhension de ses missions et de ses réalisations et d’établir un dialogue avec le public ».

En décembre 2005, la République fédérale d’Allemagne signe une convention de délégation, devenant ainsi le premier État-membre à entrer dans un partenariat de gestion entre le gouvernement fédéral allemand et la Commission européenne.

Recommandations issues des résultats de l’évaluation

A l’occasion des 10 ans du partenariat, un rapport d’évaluation a été rédigé avec une série de recommandations opérationnelles, dont les plus importantes sont de :

1. Maintenir l’équilibre entre la recherche de visibilité et de dialogue

L’équilibre recherché entre « impact » et «dialogue » doit être poursuivi, en mettant l’accent sur ce dernier. Idéalement, les projets du Partenariat de gestion doivent rassembler des approches orientées vers l’action qui permettent aux participants de traiter en profondeur les thèmes complexes et les poussent à aller plus loin, à intégrer les réseaux d’acteurs locaux tout en exploitant les opportunités offertes par les médias.

Une plus grande attention devrait donc être accordée à l’avenir à la mise en œuvre d’un concept de communication cohérent avec principalement des formats orientés sur les événements et les dialogues.

2. Créer un processus de classement plus élevé et un ordre de préférence

Certaines des structures et des processus suivis par le Partenariat de gestion allemand ne sont actuellement pas réglementés, de sorte qu’une certaine marge d’interprétation continue d’exister. Il s’agit notamment de préciser le rôle des partenaires dans les processus d’appel d’offres et de mise en œuvre par l’organisme intermédiaire. Des règles de procédure seraient utiles pour clarifier ces questions.

3. Définir la relation entre le partenariat avec la Commission européenne et « Aktion Europa »

L’intégration d’« Aktion Europa » au sein du partenariat de gestion avec la Commission européenne permet d’avancer vers la création d’une identité de marque plus visible. Cette démarche doit être intensifiée.

4. Améliorer la présence sur le Web

Les efforts pourraient être renforcés par une meilleure présence sur le Web, ce qui pourrait également accroître la portée et l’orientation vers le dialogue mise en œuvre par le Partenariat de gestion.

5. Préparer un concept de communication à long terme

Jusqu’à présent, les actions de communication ont été mises en œuvre sur la base d’une planification annuelle qui met en corrélation les sujets, les groupes cibles et les approches communicatives et les affecte aux projets.

Ce serait une bonne idée de travailler sur la base d’un concept de communication écrit à plus long terme qui dérive analytiquement des groupes cibles, des thèmes et de la sélection des formats.

De la même manière, la préparation d’un concept de communication à long terme devrait également définir les rôles que les acteurs de la société civile peuvent jouer.

Toutes ces recommandations se posent comme autant d’idées pour améliorer les autres partenariats, plus récents, en matière de communication dans d’autres Etats-membres.

Ecouter, conseiller, engager : les missions exécutives, corporate et servicielles de la DG Communication

Avec pour finalité de « rapprocher l’Europe de ses citoyens », la DG COMM depuis qu’elle devenue un service présidentiel directement rattaché au Président Juncker a réaligné ses objectifs au nouvel environnement politique et recentré ses activités de communication pour répondre aux attentes exprimées dans les méthodes de travail de la Commission Juncker qui stipulent que « la communication ne peut réussir que si la Commission ne parle que d’une seule voix »…

1. Ecouter : rattaché au Président, la DG COMM assure que l’information et l’analyse ont introduites dans le processus de prise de décision de la Commission

La DG COMM fournit des services de communication « exécutifs » au Collège « pour renforcer les activités de communication de la Commission », comme par exemple, revue de presse quotidienne et analyse des médias, studios audiovisuels pour les messages en direct et enregistrés, soutien à la communication numérique, y compris médias sociaux et rapports politiques des Représentations et la surveillance des médias et de l’opinion avec les Eurobaromètres.

Tous ces services d’écoute visent à enrichir en amont l’élaboration des politiques publiques de la Commission et la rétroaction spécifique à chaque Etat-membre.

2. Conseiller : positionné sur le corporate, la DG COMM assure que toute la communication soit cohérente et efficace sur les priorités de la Commission

La DG COMM met en place une communication corporate, en assurant, en partenariat avec les Unités Information et Communication des différentes directions générales, que tous les services concernés de la Commission contribuent à une communication  cohérente et efficace sur les priorités de la Commission.

Cette communication corporate vise à démontrer que la Commission est plus que la somme de ses parties, à surmonter les mentalités en silo et à faire vraiment la différence en touchant directement les citoyens.

3. Engager : orienté sur le service, la DG COMM assure qu’un message simple, clair et compréhensible soit porté aux médias et autres multiplicateurs et auprès des citoyens

Last but not least, la DG COMM fournit les outils pour informer et échanger directement avec les citoyens européens, que ce soit via des dialogues en face-à-face entre les Commissaires et les citoyens ou des échanges directs entre les fonctionnaires de la Commission et des groupes de visiteurs, ou en répondant aux requêtes des citoyens (Europe Direct) et en engageant les citoyens via le portail Europa et les médias sociaux ou par les médias traditionnels.

Ces services de communication visent à échanger sur la base des messages prioritaires de la Commission avec ses publics directs (les citoyens) ou indirects (les journalistes et les leaders d’opinion).

Au total, communiquer sur les priorités politiques de la Commission sert qu’un seul but, n’a qu’une seule raison d’être : faire que les citoyens perçoivent que l’UE travaille à améliorer leur vie, sentent que leurs préoccupations sont prises en considération dans la prise de décision européenne et fassent connaître leurs droits dans l’UE.

Pourquoi l’UE devrait s’appuyer sur un plan de communication ?

S’il y a un secteur dans lequel l’UE aurait tout intérêt à s’inspirer du Royaume-Uni, c’est bien la communication gouvernementale, et en particulier l’excellent plan de communication annuel. Une innovation qui aurait bien des avantages pour l’Union européenne…

Intérêt n°1 : une démarche transversale à tous les services de communication

Avec un plan de communication, le Royaume-Uni publie un document qui illustre la transversalité de la communication entre les différents ministères, symbolisée d’ailleurs par l’introduction signée par tous les directeurs de la communication.

À l’échelle de l’UE, l’exercice pourrait se traduire dans un premier temps par un engagement de tous les responsables communication au sein de la Commission européenne à partager « One EU narrative ».

Intérêt n°2 : des priorités de communication articulée avec l’agenda politique

Autre dimension du plan de communication, la définition de priorités de communication unifiée, qui permettent en un clin d’œil de comprendre l’articulation entre les engagements politiques du Premier ministre et les objectifs de la communication gouvernementale.

À l’échelle de l’UE, la traduction des 10 priorités politiques de Jean-Claude Juncker pour ce qui concerne la communication européenne aurait le bénéfice de renforcer la visibilité globale des objectifs d’information et de promotion.

Intérêt n°3 : une pédagogie de la méthode et des outils de communication

Face aux interminables questions concernant tout aussi bien les cibles prioritaires, les canaux utilisés, l’organisation interne ou l’évaluation, le plan de communication offre une synthèse compréhensible de l’utilisation des moyens publics d’assurer la communication.

De plus, le plan de communication offre une description des partenariats, même avec des acteurs privés, afin de démontrer la pleine optimisation des ressources, un enjeu évidemment de plus en plus sensible à l’heure de l’austérité des budgets publics.

Intérêt n°4 : des campagnes de communication évaluées

Autour de 3 critères : objectif, approche et résultats, les principales campagnes de communication sont présentées en insistant sur ce qui a été obtenu, en n’hésitant pas à évaluer en termes financiers les retombées.

En outre, la liste des récompenses est intégralement livrée pour montrer la créativité et le professionnalisme. Encore un empreint que l’UE aurait avantage à retenir.

Au total, l’exercice de publier un plan de communication serait très avantageux pour l’UE à plus d’un titre et surtout, ce qui se conçoit bien s’énonce clairement – Et les mots pour le dire arrivent aisément…

Le plan Juncker peut-il sauver la communication européenne ?

Avec le plan Juncker, l’UE témoigne d’un souci ravivé de renforcer la reconnaissance et la confiance qu’elle obtient des citoyens. Cette nouvelle relance s’inscrit dans la lignée d’une multitude d’entreprises comparables, qui ont connu des échecs répétés. Certains éléments inédits suggèrent néanmoins un infléchissement significatif : un projet publié par Politico Europe de la plus importante campagne de communication de l’UE à ce jour

Un grand récit européen – enfin – audible et approuvé par le plus grand nombre

Aujourd’hui, l’essoufflement des grands récits européens fondateurs est patent :

  • la « coopération économique comme garantie de la paix » touche ses limites ; l’Europe n’est plus systématiquement associée à un surcroît de prospérité et le spectre de la guerre n’est plus perçu comme une menace crédible par les jeunes générations ;
  • « l’identité européenne » peut avoir une certaine résonance mais n’est guère de nature à être convertie en ressource politique opératoire ;
  • le « modèle européen de société » acquiert une certaine tangibilité vue de l’extérieur mais n’est pas ressenti de façon homogène à l’intérieur.

En revanche, l’agenda de la Commission européenne avec le plan d’investissements pour le futur de l’Europe se prête davantage à une stratégie d’exposition médiatique autour d’un grand projet mobilisateur.

Les priorités politiques affichées sont maintenant davantage susceptibles de faire sens pour le grand public et peuvent même renforcer l’image d’une Europe qui protège ses emplois et son avenir.

Une nouvelle stratégie – enfin – plus en réseau et en débats, à l’écoute du plus grand nombre

La communication européenne se conçoit dorénavant en réseau avec un ensemble de sphères publiques nationales, régionales ou locales. L’Europe doit être l’objet de débats à tous les niveaux avec des forums pour que les citoyens puissent se faire entendre.

L’objectif premier de toutes les institutions de l’UE est d’apparaître comme des instances à l’écoute du plus grand nombre, et plus (seulement) comme une avant-garde éclairée.

La nouvelle stratégie, notamment à travers le plan Juncker, met l’accent sur des initiatives concrètes ancrées dans le quotidien des gens pour faire vivre aux Européens leur communauté de mode de vie. La communication européenne se veut donc désormais beaucoup plus horizontale et transnationale, ancrée dans le quotidien.

L’implication du citoyen passe par le recours aux nouvelles technologies, antienne de la rhétorique européenne, mais qui ne sauraient remplacer les contacts directs entre citoyens.

Une politisation – enfin – assumée pour élargir l’audience

Pour toucher un plus large public, le discours des institutions européennes change de registre et adopte un ton plus « politique ». L’hypothèse est que l’acceptation du conflit d’interprétations et la défense d’une position argumentée sont seules à même de retenir l’attention des citoyens.

Dès que l’on touche aux questions d’identité et de mémoire comme ressource politique de mobilisation pour le plus grand nombre, les clivages se radicalisent et l’inaction est de rigueur faute de consensus.

En revanche, la politisation de la communication européenne si le conflit est assumé comme tel par les responsables européens permet d’accroître son audience à condition que la renationalisation du message européen ne se coule pas dans l’ornière des débats existants sur l’Europe au niveau national.

Au final, le leitmotiv d’une communication directe entre citoyens et UE, avec le plan Juncker permettrait enfin d’assurer la personnalisation du pouvoir et l’incarnation des enjeux afin de leur donner lisibilité et sens.

Série d’été : les grands enjeux de la communication européenne

Lacomeuropéenne prend ses quartiers d’été et propose une rétrospective des principales contributions de l’année sur les grands enjeux de la communication de l’Union européenne…

Vœu que la communication européenne se libère de ses oxymores

La communication européenne doit se libérer de nombreux oxymores :

  • Oxymore entre « l’impact de l’UE dans la vie quotidienne » et les vraies réalisations concrètes de la construction européenne
  • Oxymores incantatoire du « marketing de la marque UE » ou de « l’UE communique avec les citoyens dans les médias sociaux »
  • Oxymore entre les résultats au sens de l’administration et les résultats possibles liés à la communication
  • Oxymore entre souhait idéal de plus de politique / lyrisme politique et potentialité d’un angélisme technocratique exterminateur

En somme, il s’agit de passer d’une logique incantatoire faussement ambitieuse mais « administrativement correcte » puisque respectueuse en façade des objectifs/contraintes/missions de la fonction publique à une démarche crédible vraiment engagée auprès de cibles identifiées, visant in fine des résultats tangibles et reposant sur une politique renouvelée, la pire chose étant à ce stade que l’Europe ne représente plus aucune utilité, aucun intérêt et que le débat ne survive pas.

Pourquoi la stratégie de communication de l’UE est illisible ?

La communication incarnée / personnelle des Commissaires ne fait pas une politique de communication européenne et la communication auprès des citoyens ne fait pas une stratégie de communication européenne

En une phrase, la stratégie de communication de l’UE correspond actuellement à un orchestre dont les instruments seraient désaccordés, chacun jouant sa partition et du coup la mélodie n’est pas harmonieuse et audible.

Déficit de communication de l’UE ou problème de sens de l’Europe ?

C’est l’absence de communication de l’UE qui a finit par laisser penser que la construction européenne n’était pas un projet démocratique alors qu’avec l’ambition que portent les non-Européens sur le projet inédit de l’UE la communication européenne devient une nécessité démocratique et une évidence autour du smart power de la norme.

Quels sont les enjeux démocratiques de la communication européenne ?

1. Montée en puissance de nouveaux mouvements de la société civile

2. Aggravation du déficit démocratique européen

3. Une crise de confiance qui est aussi une crise de communication

4. Une approche expérimentale et participative de la communication politique et publique

5. Le rôle des médias dans la progression de l’euroscepticisme

6. Le nouveau contexte démocratique dans les Etats-membres de l’UE

Respect des prises de parole de la société civile et prise en compte des particularités dans la décision constituent aujourd’hui les deux enjeux démocratiques majeurs de la communication européenne.

Repenser le futur de la communication européenne

Trois choses à comprendre pour revitaliser le futur de la communication européenne :

  • Comprendre la distinction irréfragable entre information et communication, pour que la communication européenne fasse « less but better »
  • Comprendre l’organisation symbolique entre les Etats-membres et l’UE, pour que l’UE agisse et communique sur ses forces : « strong outside and more caring inside »
  • Comprendre la répartition complémentaire entre Bruxelles et l’échelle décentralisée / locale, pour une communication européenne à visage humain

L’avenir de la communication européenne ne peut passer que par une refondation de sa stratégie qui ne vise plus tant à résorber le déficit démocratique de l’UE qu’à reconnecter les citoyens et l’UE ; en somme davantage une question de résultats tangibles que de principes théoriques.

En somme, 2015 pour l’instant n’apporte pas d’espoir de refondation – la communication de l’UE est toujours illisible, faute de comprendre qu’il ne s’agit pas d’un déficit démocratique de l’UE mais d’un problème de sens, d’oxymores à mieux gérer et d’enjeux démocratiques à mieux respecter. Pourtant, son futur, aujourd’hui fragilisé est à porter de main à condition de le repenser en profondeur.