Quelles sont les contraintes des relations publiques de l’Union européenne ?

Dans un article « Political Public Relations in the European Union: EU Reputation and Relationship Management Under Scrutiny », Chiara Valentini de l’Université d’Aarhus analyse les relations publiques de l’UE, c’est-à-dire tout ce qui concerne les activités de communication à destination des publics internes à l’UE : Etats-membres, médias et grand public…

Des actions de communication fragmentées

Parce que les principales institutions de l’UE excercent un rôle différent dans la prise de décision européenne, chacune poursuit son propre agenda politique et donc ses propres activités de communication.

Malgré des intentions initiales de gérer la communication de l’UE de manière intégrée, les actions sont encore aujourd’hui insuffisamment coordonnées et pas combinées au sein d’un plan de communication cohérent.

L’Union européenne n’a pas encore trouvée la bonne approche pour gérer sa multi-vocalité.

Des relations presse limitées

Les relations presse – quoique de plus en plus professionnalisées – n’ont qu’un impact réduit sur la visibilité médiatique et la capacité à faire l’agenda dans les médias en raison d’une part, d’une capacité réduite à fournir de l’information attractive pour les journalistes et d’autre part, d’une approche essentiellement réactive.

Assez régulièrement, les institutions européennes se retrouvent même en compétition pour attirer l’attention médiatique, ce qui handicape encore davantage les relations presse et limite la performance des retombées potentielles dans les médias nationaux.

Une transparence insuffisante

En dépit des déclarations d’intention, l’UE souffre d’un défaut d’information pour ses publics sur les rôles et les positions des acteurs dans les différents processus de prises de décision européenne.

Sans connaître clairement le fonctionnement et les responsabilités des institutions européennes, les citoyens (et les médias) ne peuvent pas évaluer la performance de l’UE, qu’il s’agisse par exemple de juger de sa réputation d’ailleurs déjà affectée par le manque de visibilité médiatique.

Une culture de communication inadaptée

Les institutions européennes comprennent le plus souvent la communication comme une fonction visant à promouvoir une culture de l’impartialité, de la neutralité et d’un manque de promotion parce que l’objectif prioritaire de la communication est de se conformer aux règles et de juste rendre les informations brutes disponibles.

Un déficit d’identité européenne

Dernière contrainte spécifique à l’UE, le manque d’identitié claire pour les institutions européennes. Jusqu’à présent, il n’y a pas d’accord commun sur les fondements de l’identité de l’UE : s’agit-il d’un « projet inachevé », d’une « entité en évolution » ou d’un « réseau de réseaux » caractérisé par de multiples couches de souveraineté et de gouvernance ?

Puisque les institutions européennes ne possèdent pas une identité partagée par tous, bonne image et solide performance ne peuvent pas être au rendez-vous et les relations publiques manquent forcément de la confiance nécessaire à une bonne réputation.

Le défi quotidien des institutions européennes c’est qu’elles doivent se représenter comme une identité commune (l’UE) mais aussi comme une institution propre qui doit aussi se connecter avec chaque identité individuelle des Etats-membres et des partis politiques.

Au total, l’analyse des relations publiques de l’UE indique que construire une réputation positive est sans doute plus difficile dans un sytème politique complexe qui n’aide pas à définir une identité claire.

Tant que l’UE aura une identité politique ambiguë, tous ses efforts pour gérer sa réputation seront amoindris.

Youtube : quelles sont les vidéos les mieux référencées sur l’Union européenne ?

Une simple recherche « European Union » sur Youtube (ou Google vidéos) révèle bien des surprises sur les vidéos les mieux référencées, qui toutes s’appuyant sur des faits expliquent dès leur titre le bénéfice et l’angle du contenu disponible…

Première catégorie : les vidéos « tutoriels » de moins de 5 minutes sur l’Union européenne

1. The European Union Explained*

Première vidéo disponible, la vidéo déjà vue plus de 3,6 millions de fois fait vraiment le tour de la question en 5 minutes dans un format plus proche d’un PowerPoint animé avec une voix off que d’une vidéo filmée.

2. Will The European Union Fall Apart?

Sujet révélateur des interrogations qui intéressent les Européens et le monde, « l’Union européenne va-t-elle tomber en morceaux ? » est une vidéo publiée en mars dernier et vue plus de 350 000 fois.

3. How the EU works

Dernière vidéo dans cette catégorie, une animation publiée en 2010 avec un peu plus de 140 000 vues retrace clairement en quelques minutes le fonctionnement de l’Union européenne de manière très visuelle et pédagogique.

Deuxième catégorie : les formats longs de type documentaire ou MOOC

De manière plus inattendue, les formats longs, quoique moins vus, sont également bien représentés parmi les premières vidéos référencées sur l’Union européenne.

4. The Truth About The European Union

Documentaire-vérité sur le sujet du lobbying autour des institutions européennes à Bruxelles, le premier exemple offre un angle qui semble clairement répondre à une demande forte du public.

5. Euromania Uncovering the EU

Dans la même veine, le producteur Peter Vlemmix publie un long reportage où il vise à démontrer que le déséquilibre de pouvoir entre les entreprises / gouvernements et les citoyens est le thème le plus important de notre société moderne.

6. EUphoria – What is the European Union?

Toujours sous un angle très critique, le documentaire « EUphoria » porte un sous-titre explicite « L’Union européenne est un projet sans un plan. ».

7. Workshop: Introduction to the European Union

Vidéo de plus de 2 heures, correspondant à un MOOC délivré par Joseph Lacey, Fulbright Scholar Schuman et chercheur à l’Université de Princeton délivre une intervention sur les éléments fondamentaux de l’Union européenne : son histoire, les Etats membres et les institutions.

Troisième catégorie : les vidéos des institutions européennes

Dernière série de vidéos bien référencées sur Youtube, les formats publiés directement par les institutions européennes qui semblent avoir trouvé leur public.

8. The European Commission explained – Functioning and Tasks

Publiée par la Commission européenne, la vidéo d’animation (43 000 vues) explique au grand public le fonctionnement et les missions de la Commission européenne ainsi que ses principaux rôles illustrés tout au long de l’histoire.

9. A brief history of the European Union

La vidéo publiée par la Représentation de l’UE au Royaume-Uni est une brève histoire de l’UE de la fin de la Deuxième Guerre mondiale à nos jours destinée pour une utilisation dans les salles de classe lors de l’apprentissage de l’UE.

10. The EU institutions explained by their Presidents

Publié par Herman Van Rompuy, alors président du Conseil européen, la vidéo propose une « vue de l’intérieur » par les présidents des principales institutions de l’Union européenne sur qui fait quoi ? quel est le rôle spécifique à chaque institution ? comment voient-ils l’avenir de l’Europe ?

Au total, les première vidéos référencées sur l’Union européenne sur Youtube révèle les attentes diverses du public tant en matière de pédagogie accessible et rapide que d’analyse plus critique et longue.

Quels sont les piliers de la communication européenne ?

« La communication ne peut être efficace que si la Commission parle d’une seule voix », c’est la règle fixée par le nouveau président Jean-Claude Juncker dans une « communication relative aux méthodes de travail de la Commission ». Qu’en est-il concrètement ?

La communication corporate : la visibilité « grand public » de l’UE

Premier pilier de la communication européenne sous Juncker : la démarche consistant à centraliser les moyens de communication (et les budgets en particulier) entre les mains d’une DG Communication placée directement sous le président de la Commission.

Cette « présidentialisation » des moyens de communication de l’institution se traduit, dans le langage eurocrate par la « communication corporate », c’est-à-dire le pilotage et le déploiement d’une communication à visée paneuropéenne et grand public, concentrée sur quelques messages forts synthétisant les priorités à l’agenda.

Après le projet-pilote menée dans 6 Etats-membres en 2014, Politico Europe dévoile en septembre dernier un nouveau projet de campagne de communication corporate doté d’un budget issu des différents services de 26 millions d’euros, soit sans doute au moins le double de la campagne précédente.

La communication corporate se concentrera sur les actions de l’UE relative à la croissance et à l’emploi autour notamment du plan d’investissement pour l’Europe afin de toucher un public « non spécialiste » des affaires européennes via des actions à caractère publicitaire.

La communication locale : la proximité de l’UE

Deuxième pilier de la communication européenne reposant sur le principe de subsidiarité : les actions à l’échelle locale que ce soit par le biais des Représentations de la Commission (à l’échelle nationale) ou le réseau des centres Europe Direct (à l’échelle locale).

Afin de conforter la communication de proximité – seule susceptible de parvenir à répondre aux interrogations des citoyens avec des dispositifs « low cost » d’événements sans trop d’infrastructure ou de relations presse avec les principaux médias appréciés localement – la stratégie « Communiquer en partenariat » qui s’était initialement appuyée sur les Etats-membres se tourne dorénavant vers des acteurs régionaux et locaux.

La communication politique : l’UE à visage humain

Troisième et dernier pilier de la communication européenne, les Commissaires sont, sous Juncker, les « visages » de l’institution, les « avocats » et les « porte-parole » des politiques de la Commission.

Véritable défi compte-tenu de la disparité des profils au sein du Collège de la Commission européenne en matière de faculté de communication ; l’implication des Commissaires doit permettre d’orienter les messages sur les priorités stratégiques afin de ne pas disperser et diluer la communication politique de l’institution.

Au total, de l’articulation entre ces trois piliers de la communication européenne – corporate, locale et politique – dépendra en grande partie la réussite de l’UE a faire passer ses messages et à reconquérir l’intérêt et l’adhésion des Européens à la construction européenne.

« Aktion Europa » : que retenir du premier partenariat de communication entre l’Allemagne et l’UE ?

Dix ans après le lancement précurseur du partenariat de communication entre l’Allemagne et l’UE et alors que la stratégie « Communiquer sur l’Europe en partenariat » est aujourd’hui dans les sables, quels sont les enseignements du bilan de « Aktion Europa » ?

« Aktion Europa » : le partenariat précurseur en matière de communication

La communication de la Commission européenne de 2 juillet 2002 : « An information and communication strategy for the EU » repose sur une stratégie qui vise à favoriser la coopération interinstitutionnelle et le développement de partenariats structurés avec les États-membres.

L’objectif est « d’améliorer les perceptions de l’UE, de ses institutions et de leur légitimité par l’amélioration de la compréhension de ses missions et de ses réalisations et d’établir un dialogue avec le public ».

En décembre 2005, la République fédérale d’Allemagne signe une convention de délégation, devenant ainsi le premier État-membre à entrer dans un partenariat de gestion entre le gouvernement fédéral allemand et la Commission européenne.

Recommandations issues des résultats de l’évaluation

A l’occasion des 10 ans du partenariat, un rapport d’évaluation a été rédigé avec une série de recommandations opérationnelles, dont les plus importantes sont de :

1. Maintenir l’équilibre entre la recherche de visibilité et de dialogue

L’équilibre recherché entre « impact » et «dialogue » doit être poursuivi, en mettant l’accent sur ce dernier. Idéalement, les projets du Partenariat de gestion doivent rassembler des approches orientées vers l’action qui permettent aux participants de traiter en profondeur les thèmes complexes et les poussent à aller plus loin, à intégrer les réseaux d’acteurs locaux tout en exploitant les opportunités offertes par les médias.

Une plus grande attention devrait donc être accordée à l’avenir à la mise en œuvre d’un concept de communication cohérent avec principalement des formats orientés sur les événements et les dialogues.

2. Créer un processus de classement plus élevé et un ordre de préférence

Certaines des structures et des processus suivis par le Partenariat de gestion allemand ne sont actuellement pas réglementés, de sorte qu’une certaine marge d’interprétation continue d’exister. Il s’agit notamment de préciser le rôle des partenaires dans les processus d’appel d’offres et de mise en œuvre par l’organisme intermédiaire. Des règles de procédure seraient utiles pour clarifier ces questions.

3. Définir la relation entre le partenariat avec la Commission européenne et « Aktion Europa »

L’intégration d’« Aktion Europa » au sein du partenariat de gestion avec la Commission européenne permet d’avancer vers la création d’une identité de marque plus visible. Cette démarche doit être intensifiée.

4. Améliorer la présence sur le Web

Les efforts pourraient être renforcés par une meilleure présence sur le Web, ce qui pourrait également accroître la portée et l’orientation vers le dialogue mise en œuvre par le Partenariat de gestion.

5. Préparer un concept de communication à long terme

Jusqu’à présent, les actions de communication ont été mises en œuvre sur la base d’une planification annuelle qui met en corrélation les sujets, les groupes cibles et les approches communicatives et les affecte aux projets.

Ce serait une bonne idée de travailler sur la base d’un concept de communication écrit à plus long terme qui dérive analytiquement des groupes cibles, des thèmes et de la sélection des formats.

De la même manière, la préparation d’un concept de communication à long terme devrait également définir les rôles que les acteurs de la société civile peuvent jouer.

Toutes ces recommandations se posent comme autant d’idées pour améliorer les autres partenariats, plus récents, en matière de communication dans d’autres Etats-membres.

Ecouter, conseiller, engager : les missions exécutives, corporate et servicielles de la DG Communication

Avec pour finalité de « rapprocher l’Europe de ses citoyens », la DG COMM depuis qu’elle devenue un service présidentiel directement rattaché au Président Juncker a réaligné ses objectifs au nouvel environnement politique et recentré ses activités de communication pour répondre aux attentes exprimées dans les méthodes de travail de la Commission Juncker qui stipulent que « la communication ne peut réussir que si la Commission ne parle que d’une seule voix »…

1. Ecouter : rattaché au Président, la DG COMM assure que l’information et l’analyse ont introduites dans le processus de prise de décision de la Commission

La DG COMM fournit des services de communication « exécutifs » au Collège « pour renforcer les activités de communication de la Commission », comme par exemple, revue de presse quotidienne et analyse des médias, studios audiovisuels pour les messages en direct et enregistrés, soutien à la communication numérique, y compris médias sociaux et rapports politiques des Représentations et la surveillance des médias et de l’opinion avec les Eurobaromètres.

Tous ces services d’écoute visent à enrichir en amont l’élaboration des politiques publiques de la Commission et la rétroaction spécifique à chaque Etat-membre.

2. Conseiller : positionné sur le corporate, la DG COMM assure que toute la communication soit cohérente et efficace sur les priorités de la Commission

La DG COMM met en place une communication corporate, en assurant, en partenariat avec les Unités Information et Communication des différentes directions générales, que tous les services concernés de la Commission contribuent à une communication  cohérente et efficace sur les priorités de la Commission.

Cette communication corporate vise à démontrer que la Commission est plus que la somme de ses parties, à surmonter les mentalités en silo et à faire vraiment la différence en touchant directement les citoyens.

3. Engager : orienté sur le service, la DG COMM assure qu’un message simple, clair et compréhensible soit porté aux médias et autres multiplicateurs et auprès des citoyens

Last but not least, la DG COMM fournit les outils pour informer et échanger directement avec les citoyens européens, que ce soit via des dialogues en face-à-face entre les Commissaires et les citoyens ou des échanges directs entre les fonctionnaires de la Commission et des groupes de visiteurs, ou en répondant aux requêtes des citoyens (Europe Direct) et en engageant les citoyens via le portail Europa et les médias sociaux ou par les médias traditionnels.

Ces services de communication visent à échanger sur la base des messages prioritaires de la Commission avec ses publics directs (les citoyens) ou indirects (les journalistes et les leaders d’opinion).

Au total, communiquer sur les priorités politiques de la Commission sert qu’un seul but, n’a qu’une seule raison d’être : faire que les citoyens perçoivent que l’UE travaille à améliorer leur vie, sentent que leurs préoccupations sont prises en considération dans la prise de décision européenne et fassent connaître leurs droits dans l’UE.