Série d’été : transparence et lobbying dans les affaires publiques européennes

Lacomeuropéenne prend ses quartiers d’été et propose une rétrospective des principales contributions de l’année sur les grands enjeux de la communication de l’Union européenne. Aujourd’hui, focus sur la transparence et le lobbying dans les affaires publiques européennes…

Transparence sur les réunions entre lobbyistes et décideurs de la Commission européenne : quels enseignements ?

La transparence des réunions entre les décideurs de la Commission européenne et les lobbyistes offre un éclairage – partiel à l’échelle de l’activité de lobbying au sein des institutions européennes dans leur ensemble – utile pour tracer l’empreinte des futurs textes et décisions.

La plateforme de Transparency International « EU Integrity watch » complète l’exploitation et la compréhension des données brutes fournies par la Commission européenne.

Registre de la transparence de l’UE pour les lobbies : entre refonte et réforme

Du côté de la refonte, la Commission européenne progresse dans une démarche pragmatique pour rendre incontournable le registre de la transparence pour les lobbies.

Du côté de la réforme, ALTER- UE démontre les limites du registre volontaire et non sanctionné et plaide pour un registre obligatoire imposé par une proposition législative.

Entre la démarche pragmatique mais lente prise par la nouvelle Commission européenne, qui porte d’ailleurs déjà des fruits concrets et la réforme souhaitée par les observateurs maximalistes, le registre de la transparence de l’UE pour les lobbies fait l’objet – fort légitimement – de toutes les attentions.

Lobbying : les cabinets français en affaires publiques

Premier enseignement, une majorité des membres de l’AFCL, dont l’« objectif de structurer une profession émergente autour d’une approche déontologique rigoureuse et innovante » du lobbying est dorénavant inscrite dans le registre de la transparence de l’UE.

Selon les données saisies sur le registre de la transparence de l’UE, le marché européen pour les cabinets français en lobbying est d’environ 5 millions d’euros déclarés.

La transparence européenne progresse au sein des cabinets français en affaires publiques et lobbying même si l’exemplarité de la profession dans son ensemble reste perfectible.

Comment le digital révolutionne et responsabilise le lobbying européen ?

Le digital est en train d’« überiser » le lobbying européen.

Le digital révolutionne le lobbying : toutes les positions des parties prenantes sont déjà largement accessibles

La plateforme « Contexte Lab/Positions » se présente comme une « base de données » qui répertorie quotidiennement déjà plus de 2 000 prises de position des parties prenantes dans le débat public français et européen, provenant de plus de 400 organisations référencées dans les registres de lobbying de l’Assemblée nationale, du Parlement européen et de la Commission européenne.

Lobbyplag – dans le prolongement du « Europarl Hackathon » visant à développer l’accès aux données publiques – offre une visualisation détaillé de la future législation européenne en matière de protection des données personnelles : l’intégralité du texte initial et des amendements – par groupes politiques ou députés européens – est consultable ; permettant de classer les élus les plus pro ou anti sur le sujet et même de comparer les positions des lobbies et les amendements déposés par les élus.

Le digital responsabilise le lobbying : toutes les actions des parties prenantes seront potentiellement intelligibles

Toute une série de faits concoure à rendre le digital à la fois de plus en plus indispensable, mais surtout facteur de responsabilisation des parties prenantes :

  • importance renouvelée de l’action résolue des ONGs pour la transparence ;
  • impact renforcé des dossiers numériques sur les règlementations européennes ;
  • obligation à terme des registres de la transparence pour les lobbies au Parlement européen et à la Commission ;
  • volonté affirmée des citoyens avertis de visualiser et de contrôler les activités de lobbying ;
  • outils modernisés pour exploiter à moindre frais de vastes bases de données…

Demain, il sera très vraisemblablement possible de trouver sur chaque législation et pour chaque partie prenante les positions qui ont échouées ou réussies et de rendre intelligible des parcours, des décisions qui aujourd’hui ne se comprennent pas pleinement.

Au cours du premier semestre 2015, la transparence dans le lobbying progresse grâce aux innovations des institutions (les réunions entre lobbyistes et décideurs de la Commission européenne et le registre de la transparence de l’UE), mais surtout au digital qui va probablement révolutionner les pratiques.

EuropCom : que réserve le programme de la 6ème conférence sur la communication européenne ?

Depuis Bruxelles, les 21 et 22 Octobre 2015, les conférences, débats et ateliers interactifs d’EuropCom seront organisés en parallèle de la réunion annuelle des 500+ centres d’information Europe Direct, offrant, on peut l’imaginer une vision plus concrète et terrain que jamais de la communication européenne…

Tour d’horizon des derniers mouvements dans les opinions publiques européennes

Eurosceptimania

Entre les facteurs globaux de déstabilisation des sociétés, la perte de confiance dans les valeurs européennes et la désillusion interne à l’UE, l’euroscepticisme sera au cœur des échanges, et les voies pour faire face à des opinions publiques de plus en plus anti-européennes deviennent prioritaires.

L’Europe Radicale

Le phénomène de radicalisation et le sentiment anti-occidental gagnent du terrain dans tous les Etats membres. Comment établir un dialogue équitable et ouvert avec les quartiers défavorisés et répondre avec des pratiques d’assimilation constructives pour lutter contre l’aliénation, le profilage racial, et la stigmatisation culturelle ?

Présentation des dernières pratiques en matière de démocratie participative européenne

Les citoyens-lobbyistes: comment les citoyens peuvent devenir lobbyistes dans l’intérêt public de l’UE ?

Alberto Alemanno abordera la nécessité d’éduquer et de sensibiliser une nouvelle génération sur la façon d’assurer une représentation juste et équitable pour les acteurs sans voix dans le processus d’élaboration des politiques afin de relancer la prise de décision démocratique.

Open EU: comment développer des pratiques intégratives de prise de décision ?

Comment parvenir à l’élaboration de politiques publiques ouvertes en Europe. À partir des principales conclusions du projet « Open UE » en matière de transparence dans la prise de décision, de plus grande participation du public, et d’utilisation d’outils innovants.

Discussion sur l’importance et l’impact de la communication européenne locale

Comment faire de l’UE une info locale ?

Journaux locaux, chaînes de télévision et stations de radio régionales sont encore au cœur de l’information pour la plupart des Européens. Comment vendre l’UE, et toutes ses actions pour la croissance et l’emploi ou l’énergie et l’environnement aux journalistes locaux avec une image précise des effets sur la vie quotidienne ?

Le pouvoir des événements locaux sur l’Europe

Foires culturelles, expositions publiques, vitrines entrepreneuriales, la gamme des événements pour s’efforcer de sensibiliser sur les pratiques de l’UE et stimuler le débat public est large, à condition d’en maîtriser les concepts et la logistique.

Ouverture sur les tendances propres à la communication de l’Union européenne

Un récit commun

Les communications de l’UE peuvent-elle être unifiées par un ensemble de principes qui définissent l’Europe et brossent un tableau consolidé pour les Européens, au-delà des projets concrets et tangibles. Comment inspirer les citoyens à coopérer avec l’Europe ? Y a-t-il un seul meilleur moyen de communiquer, et devrait-il avoir une norme de communication ?

Une identité européenne

Quels sont les principes essentiels à l’Europe pour l’avenir : la culture, la géographie, l’idéologie… le football, le concours Eurovision ? La réalité d’aujourd’hui est que ce sont les partis nationalistes et indépendantistes qui gagnent le plus d’influence, alors que les valeurs et les objectifs de l’Europe sont les forces, au sein des opinions publiques, de la construction européenne.

Découvrir le programme préliminaire complet à EuropCom 2015.

 

Transparence sur les réunions entre lobbyistes et décideurs de la Commission européenne : quels enseignements ?

Après 6 mois de publication – devenue obligataire par la décision de Jean-Claude Juncker – des réunions entre les principaux décideurs de la Commission européenne et les lobbyistes, quels sont les principaux enseignements, selon Transparency International ?

Qui sont les décideurs de la Commission européenne qui reçoivent le plus des lobbyistes ?

Quelques portefeuilles au sein du Collège se distinguent par leur volume plus important de réunions avec des lobbyistes : Climat et énergie (487 réunions), Emploi et croissance (398), Économie numérique (366) et Marchés financiers (295) reçoivent actuellement le plus l’attention des lobbyistes.

Plus précisément, au niveau quantitatif, c’est le Commissaire Miguel Arias Cañete (Climat et énergie) qui déclare à lui seul 118 réunions avec des lobbyistes. Au niveau qualitatif, les Commissaires Jyrki Katainen (Emploi et croissance), Jonathan Hill (marchés financiers) et Günther Oettinger (Économie numérique) ont le plus faible nombre de rencontres avec des organisations représentant la société civile.

Quels sont les représentants d’intérêts qui sont le plus reçus à la Commission européenne ?

Avec plus de 4 318 réunions de lobbying déclarées entre décembre 2014 et juin 2015, les résultats sont particulièrement éclairants : plus de 75% étaient avec des représentants des entreprises, contre 18% avec les ONG, 4% avec les think tanks et 2% avec les autorités locales.

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Google, General Electric et Airbus sont quelques-uns des lobbyistes les plus actifs à ce niveau, avec 25 à 29 réunions chacun. Toutes les entreprises qui ont eu plus de 10 réunions de haut niveau avec la Commission européenne dans les six derniers mois déclarent au moins 900 000€ par an en dépenses de lobbying, à la seule exception d’Airbus.

EU Integrity watch, la plateforme de monitoring des réunions des décideurs de la Commission avec les lobbyistes

Transparency International propose une plateforme pour visualiser les données et donne une clé de lecture en démontrant un lien étroit entre le montant d’argent dépensé et le nombre de réunions obtenu ». Les lobbies avec les plus gros budgets obtiennent beaucoup plus l’accès, en particulier aux portefeuilles financiers, numériques et de énergétique.

integrity_watchAu total, la transparence des réunions entre les décideurs de la Commission européenne et les lobbyistes offre un éclairage – partiel à l’échelle de l’activité de lobbying au sein des institutions européennes dans leur ensemble – utile pour tracer l’empreinte des futurs textes et décisions.

Déficit de communication de l’UE ou problème de sens de l’Europe ?

Trop souvent, la confusion est entretenue entre le déficit de communication de l’UE qui serait la cause de tout et le vrai problème au niveau du sens de la construction européenne à l’heure actuelle. Il ne faut pas prendre le symptôme (le déficit de communication de l’UE) pour la pathologie (le problème de sens de l’Europe)…

L’Europe est-elle fait pour empêcher ou pour faire ?

À cause d’une communication européenne trop souvent normative : « l’UE fait ceci, l’UE décide cela… » audible uniquement en période de crise, et peu suivie d’effets visibles, la perception du grand public au cours des dernières années a profondément évolué.

Pour reprendre une clé de lecture introduite par le juriste Georges Burdeau, les Européens sont passés d’une vision de l’Europe comme « démocratie gouvernée » (l’idée libérale d’un Etat démocratique pour empêcher de porter atteinte aux droits des citoyens) à une « démocratie gouvernante » (l’idéologie d’un Etat qui transforme la société).

Aujourd’hui, l’Europe est davantage perçue comme l’empêcheur qui sanctionne plutôt que comme le catalyseur des énergies et c’est contre cette perception que la communication européenne devrait porter le fer en priorité.

L’Europe est-elle fait pour faire circuler ou pour unir ?

À cause du succès incontestable – et tellement isolé – du programme Erasmus pour la mobilité des étudiants en Europe, la construction européenne finit dans l’esprit des nouvelles générations par incarner un projet de circulation des marchandises et des personnes et non plus un projet d’une « union sans cesse plus étroite » que les Brexit et Grexit menacent.

Selon l’ancien eurodéputé Jean-Louis Bourlanges, la logique de la mobilité de plus en plus largement répandue pose une fausse question au citoyen consommateur « Qu’est-ce que j’ai avec l’Europe » tandis que la logique de l’identité, quoiqu’éminemment sensible place le débat sur le bon terrain, que beaucoup refusent d’aborder : « Qu’est que je suis avec l’Europe ».

Aujourd’hui, l’Europe est davantage attendue pour ce qu’elle a (à distribuer, à négocier) que pour ce qu’elle est (une vision et une ambition commune) et là encore, tant que la communication européenne ne s’attachera pas à parler des sujets de fond qui peuvent fâcher ou cliver, le déficit technocratique de l’UE perdurera.

Le sens de l’Europe : le smart power de la norme

Finalement, le sens de la construction européenne, le plus lisible à l’heure actuelle, c’est le modèle de gouvernance que les Européens sont parvenus tant bien que mal à mettre en place pour gérer la chose publique commune.

Que l’on s’intéresse à la vision de Zaki Laïdi sur « L’empire de la norme » selon lequel « l’influence de l’Europe dans le monde, à défaut d’être géopolitique, est de nature normative » ou à celle de Jeremy Rifkin dans « The European Dream » pour qui « l’Europe est une vision de l’humanité reposant sur le règne du droit », force est de reconnaître que finalement, face aux enjeux mondiaux (chocs démographique, climatique, économique, financier, social, etc.), l’Europe avec son modèle de la norme sans la force a un temps d’avance !

Au total, c’est l’absence de communication de l’UE qui a finit par laisser penser que la construction européenne n’était pas un projet démocratique alors qu’avec l’ambition que portent les non-Européens sur le projet inédit de l’UE la communication européenne devient une nécessité démocratique et une évidence autour du smart power de la norme.

L’euroscepticisme est-il une construction médiatique ?

À rebours de la thèse sur la neutralité des médias dans l’expression et la formation des opinions, certains chercheurs explorent le rôle que joueraient les médias, et la télévision en particulier, dans la montée de l’euroscepticisme en Europe. Leurs arguments dans « Shaping the vote? Populism and politics in the media » méritent d’être entendus…

Populisme sur l’Europe et médiatisation : un mariage de convenance ?

Aujourd’hui, l’alliance traditionnelle de raison entre les médias et la politique qui ne peuvent pas se passer l’un de l’autre est profondément recomposé.

Pourquoi ? À la fois en raison de l’explosion du paysage médiatique et des nouvelles contraintes qui s’imposent aux journalistes ; et d’autre part, des transformations de l’expression des mouvements politiques, au-delà des partis politiques classiques, en particulier ceux issus de la société civile.

La course effrénée à l’audience et au clic dans les médias et l’exacerbation corrélative des discours populistes sur l’Europe semblent corrélative, ou plus précisément se nourrit l’une de l’autre dans une sorte de « mariage de convenance ».

Quelles sont les lois de l’attraction entre populisme sur l’Europe et médiatisation ?

L’implacable réalité d’une présence accrue des populismes sur l’Europe dans les médias, en particulier très grand public et/ou de l’audiovisuel repose sur un rejet commun aux journalistes, aux populistes et à une grande partie des citoyens de la complexité de l’Europe.

La première force d’attraction entre l’euroscepticisme et la médiatisation s’appuie sur la facilité de la simplification, de l’approximation, de l’absence d’effort pour comprendre et se forger une opinion éclairée sur l’Europe.

Mais, le mouvement ne s’arrête pas là. Bien au contraire, la recherche de l’émotion, de l’appel aux instincts, aux préjugés – partagées par une partie des médias et de la classe politique – se traduit par une instrumentalisation des émotions, des peurs en vue de rejetter, de dénoncer ce qui n’est pas compris.

Surtout, les médias de l’info en continue et de l’analyse superficielle conduisent à une surexposition des discours simplificateurs et dénonciateurs, répétés en boucle en raison de leur succès auprès d’un public qui renacle au moindre effort en matière d’Europe.

Au total, l’euroscepticisme apparaît comme une construction médiatique qui répond à la fois aux nouvelles contraintes de l’information (instantanéité, superficialité, exclusivité) et à un soi-disant désintérêt des citoyens pour l’Europe, forcément lointaine et compliquée.