Archives de catégorie : Communication de l’UE

Billets sur la communication des institutions européennes

Quelles sont les idées des eurobloggeurs pour améliorer la communication en ligne de l’Union européenne ?

Sur leur blog « Waltzing Matilda », l’équipe social media de la Commission européenne publie le trio gagnant de sa compétition de « crowdsourcing d’idées » pour améliorer la communication en ligne de l’Union européenne. Un exercice révélateur, tant des attentes des eurobloggeurs que des préoccupations des euro/web/communicants…

1e prix pour un « helpdesk » en ligne et permanent « Ask the EU anything »

Pour le premier prix, @kosmopolit, l’idée serait de créer « A permanent digital helpdesk service for the EU », une sorte de plateforme interactive de dialogue permanent et en ligne avec les citoyens.

D’où vient cette idée ? D’un benchmark des meilleures pratiques observées par les entreprises qui utilisent le web, pas seulement pour communiquer, mais surtout pour apporter des services utiles à leurs clients.

Comment la mettre en pratique ? En s’inspirant des meilleures « customer feedback management software solutions », autrement dit des systèmes de gestion de la relation client et en modernisant ce que l’UE met déjà en place comme service auprès des citoyens, en particulier « Europe Direct ».

Ce nouveau service d’assistance multilingue et avec une forte composante dans le web social permettant à n’importe quel citoyen de poser n’importe quelle question et d’obtenir en quasi temps réel des réponses ou un suivi de leur demande pourrait être une manière innovante pour expliquer les enjeux de l’UE et créer de nouvelles façons d’informer et d’interagir avec les citoyens.

Ce choix correspond-il à un « fantasme » partagé par l’équipe social media de la Commission européenne d’un « one-stop-shop-for-all » ?

2e prix pour une communication en ligne de l’UE connectant les jeunes journalistes à la sphère européenne

Pour le 2e prix de la compétition #Talkdigital, la recommandation est le fruit d’un raisonnement logique.

D’une part, puisqu’Internet passionne en particulier les jeunes et que l’UE doit surtout résoudre la faible couverture des affaires européennes dans les médias nationaux, la communication en ligne de l’UE devrait viser en priorité le maillon essentiel, à savoir les jeunes professionnels de l’information.

D’autre part, puisque ces jeunes bloggeurs-journalistes très actifs en ligne ont besoin de se différencier sur un marché très concurrentiel, l’UE aurait intérêt à développer une communauté qui saurait partager une véritable vision paneuropéenne des affaires européennes que ces jeunes journalistes pourraient reprendre et partager dans leur production, pour leur plus grand intérêt, et celui de leur audience.

D’où le titre : « Connecting young journalists through EU blogosphere » ou comment connecter les jeunes journalistes aux affaires européennes par le biais d’une blogosphère autour de l’UE.

3e prix pour « euStarter », une plateforme de financement collaboratif de projets européens

Pour le 3e prix, le principal problème de la communication en ligne de l’UE, c’est qu’elle n’est pas visible pour tous ceux – nombreux – qui ne font pas l’effort de se rendre sur les sites européens.

Du coup, la recommandation aurait pu être de développer des relations publiques digitales, à savoir une démarche allant de la cartographie des acteurs influents, à leur approche ciblée en s’appuyant sur des contenus et des formats attractifs et adaptés.

Mais plutôt, c’est vers le « crowdfunding » sur le modèle de Kickstarter, que se tourne la recommandation visant à développer des plateformes localisées de projets européens ouverts aux choix des Européens de leurs accorder des financements de l’UE.

Ces plateformes où les citoyens pourraient orienter les investissements de l’UE dans leurs pays permettraient de reconnecter le lien aujourd’hui distendu entre les citoyens européens et l’UE ; tout en améliorant l’action de l’UE, (sa légitimité et sa visibilité).

Au total, les préconisations des eurobloggeurs pour améliorer la communication en ligne de l’UE sont très enrichissantes, par leur prisme « full digital », l’hétérodoxie, voire l’heureuse hérésie par rapport au monde institutionnel cloisonné, en silo de l’UE et surtout par la pertinence de leurs idées. Une seule question, alors chiche ?

Parole publique de l’Union européenne sur Twitter : une « novlangue de coton » ?

La polyphonie des discours des institutions européennes sur Twitter, analysée par Sandrine Roginsky dans « « parler neutre ou « parler vrai » ? » rabat-elle les cartes des enjeux de la communication de l’Union européenne ?

Y a-t-il une stratégie de communication de l’UE sur Twitter ?

Sandrine Roginsky décrypte le dispositif de communication des institutions européennes où la confusion semble prédominée :

  • Confusion parmi les émetteurs aux statuts multiples du simple fonctionnaire gazouillant à titre individuel au Commissaire engageant l’institution par sa parole ;
  • Confusion parmi les registres de communication entre la parole expressive (point de vue personnel), la parole argumentative (opinion politique) et la parole informative (message institutionnel) ;
  • Confusion parmi les publics cibles entre information technique pour les spécialistes, information compréhensible par tous les citoyens et informations personnelles et politiques incitant à l’expression.

En résumé, « Twitter permet de mélanger différents types de communication notamment parce qu’il confond les différents statuts des locuteurs qui sont mis au même niveau de lecture ». Difficile de s’y retrouver au point de s’interroger sur l’éventuelle existence d’une stratégie de communication de l’UE « over the top » sur Twitter…

Une communication sur Twitter à l’image des institutions : hybridité et paradoxe

Sandrine Roginsky poursuit son analyse en remarquant que la communication de l’UE sur Twitter est à l’image des institutions, à la fois par les constats que l’on peut y faire et par les évolutions que l’on y observe sur la durée.

En matière de constat, l’hybridité est sans doute l’élément le plus frappant. Les tensions entre personnels administratif et politique sont partiellement résolues par le statut hybride des porte-parole, i.e. des fonctionnaires exerçant une fonction politique tandis que le personnel administratif dépend du personnel politique dans la tonalité de la communication.

En matière d’évolution, le paradoxe est le plus intéressant. L’injonction contradictoire consiste dans le même mouvement à appeler les fonctionnaires européens à utiliser les médias sociaux, selon la charte d’utilisation, tout en les invitant à respecter une série de règles qui dépersonnalisent et encadrent la parole.

Au total, ce n’est pas tant la complexité, voire la confusion entre le « parler neutre » d’une communication consensuelle et neutralisée et le « parler vrai » d’une communication personnelle et orientée qui frappe, comme l’analyse dans le détail Sandrine Roginsky, mais bien davantage de prime abord une « langue de coton ».

La parole publique des institutions européennes sur Twitter correspond à une sorte de novlangue faussement post-idéologique pour initiés qui souffre d’un « politiquement correct » européen enfermant les discours des institutions européennes afin d’éviter la frontalité des controverses, doublé d’un respect prudent de la « net-étiquette » afin d’éviter tout dérapage et « bad buzz ».

Parce qu’elle représente l’une des plus importantes innovations récentes de la communication des institutions européennes, leur parole publique sur Twitter est révélatrice des tendances de fond : stratégie en chantier décevante, hybridité confusante et injonctions paradoxales décourageantes.

Elections européennes : quel aura été l’impact du web social sur le scrutin ?

Moment de vérité : « from ‘talking the talk’ to ‘walking the walk’ » comme disent les anglosaxons, l’impact du web social sur les élections européennes semble manifestement limité mais probablement décisif. Explications.

Le web social, le terrain de la campagne des Spitzenkanditaten pour les publics hyper-connectés à l’Europe et sevrés par les médias traditionnels

A défaut d’un traitement médiatique à la hauteur de l’enjeu, les médias sociaux ont au moins permis à ceux qui s’intéressent aux enjeux européens de suivre la campagne des principaux candidats des partis politiques européens dans la compétition pour le poste de futur président de la Commission européenne.

C’est peu, mais c’est déjà beaucoup. D’autant qu’au-delà de l’activité, particulièrement riche sur Twitter (cf. l’étude du Pew Research Center sur « The EU elections on Twitter » sur la modeste attention aux Spitzenkanditaten face aux partis anti-UE), plusieurs initiatives de data visualisation ont permis de suivre les grandes tendances :

  • le baromètre par TNS-Opinion des leaders européens pour suivre jour après jour, et par langue, les mentions du top10 des chefs d’Etat ou de gouvernement européens ;
  • l’infographie de Vigiglobe autour de # TellEurope à l’occasion du débat télévisé (47 chaînes, 25 pays) le plus important entre les Spitzenkanditaten qui récapitule les principales déclarations au regard de l’activité en ligne ;

infographie_tellEurope

  • le Twitter-dashboard du Parlement européen réalisé pour la soirée électorale récapitulant les données clés.

EP_Twitter_dashboard

D’une certaine façon, le web social semble avoir davantage été – pour ceux qui s’intéressaient vraiment aux enjeux de l’élection – un lieu d’observation de la campagne « over the top » des Spitzenkanditen et des phénomènes d’opinion en ligne.

Le web social, le champ de bataille politique aux effets limités de renforcement des prédispositions partisanes et d’activation de la participation électorale

Par rapport aux enseignements de la science politique, les médias sociaux sont plutôt à classés parmi les médias ayant des effets limités en termes de modification du choix électoral et de la participation civique.

Selon quelques électeurs-types ont pu trouver des sources de motivations en ligne :

  • le citoyen consciencieux qui avance le mobile d’aide à la décision ;
  • le partisan qui cherche du renforcement de ses prédispositions ;
  • le vigilant qui avant tout, prétend surveiller le contexte ;
  • le spectateur pour qui l’attente est principalement de divertissement.

Marek Zaremba-Pike sur EuropeDecides.eu estime, sans être totalement catégorique qu’il serait difficile d’argumenter que toutes les discussions en ligne n’ont pas soulever l’attention autour de l’élection et augmenter l’intérêt et améliorer la participation.

Overall, it would be hard to argue that all that discussion did not raise awareness about the elections, increase interest and improve turnout.

Au total, les effets des médias sociaux sur les électeurs en termes de conversion tant renforcement des prédispositions partisanes qu’activation de la participation électorale sont vraisemblablement faibles, et dans tous les cas très inégaux entre espaces publics.

Le web social, le moment de « surchauffe symbolique » le jour du scrutin

Puisqu’il convient d’évaluer l’impact des médias sociaux sur la campagne non seulement en termes de résultats électoraux immédiats, mais aussi sur un plan symbolique, la séquence de signes les plus significatifs dans la construction d’une réalité politique paneuropéenne a surtout été portée par les acteurs du web sur le jour du scrutin, indépendamment de la campagne de communication du Parlement européen.

Outre le doodle consacré aux élections européennes sur Google, sans doute l’un des signes les plus visibles pour les internautes, Twitter a affiché une bannière consacrée aux élections pour appeler les utilisateurs à aller voter entre le 23 et le 25 mai, et le bouton « je vote » sur Facebook a été utilisé pour la première fois en Europe, a été partagé plus de 2,7 millions de fois et a été vu par un électeur potentiel sur cinq dans l’UE (88,1 millions de personnes).

Ces infos communiquées par le Parlement européen (cf. « La campagne virtuelle et l’impact réel des réseaux sociaux sur les élections européennes« ) le conduit à affirmer :

Les réseaux sociaux ont-ils influencé les élections européennes 2014 ? Seuls le temps et des études indépendantes le diront. Ce qui est sûr, c’est que les élections ont eu une dimension virtuelle et virale.

Au total, l’impact des médias sociaux sur les élections européennes n’aura pas été l’heure du triomphe d’une démocratie participative digitale, sans doute mythifiée, sur la démocratie représentative traditionnelle bien vivante. En revanche, leurs effets auprès des hypers-connectés et sur un plan symbolique ne sont pas à négliger.

Elections européennes : quel bilan pour la campagne des « Spitzencandidaten » ?

A partir de l’analyse des mentions à la fois dans les médias en ligne et sur Twitter des candidats des grands partis européens pour le poste de président de la Commission européenne, quels sont les principaux enseignements d’une campagne qui aura été dominée par Schultz avec une présence cumulée de 39% et plus de 58K mentions sur toute la durée de la campagne mais remportée par Juncker ?

Semaine du 28 avril au 4 mai : le 1er débat le 28 avril à Maastricht entre les candidats, retransmis sur Euronews #EUdebate2014

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Au début de la campagne, Schultz, installé au poste de président du Parlement européen fait la course en tête à la fois dans les médias en ligne (42%) et sur Twitter (40%) quant à Juncker, dès le début, il se détache mieux dans les médias (28%) que sur Twitter (18%).

Les candidats à la Commission s’affrontent lors d’un premier débat le 28 avril à l’Université de Maastricht jugé « décevant » par Euractiv : « l’échange de vues a davantage relevé de l’échauffement pour les confrontations à venir ».

debat1_#EUdebate2014

Le jour du 1er débat, ce sont plus de 47 500 tweets publiés avec #EUdebate2014. Le nuage de mots clés indique clairement la position dominante de Schultz par rapport à Juncker et Verhofstadt.

Semaine du 5 au 11 mai : le 2e débat le 15 mai « The State of the Union Televised Presidential Debate » à Florence

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Schultz est plus que jamais ultra-dominant avec près de la moitié des mentions dans les médias (49%) tandis que Juncker perce un peu mieux dans les médias (33%) mais souffre toujours d’un profond retard sur Twitter (13%).

Lors du deuxième débat à l’Institut universitaire européen de Florence, Euractiv estime qu’il y a « match nul au débat présidentiel européen » ; « leur convergence de vue est fortement ressortie ».

Semaine du 12 au 18 mai : le 3e débat à Bruxelles le 15 mai #TellEurope

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La visibilité des candidats évolue : les candidats des petits partis (libéraux et écolos) sont davantage visibles dans les médias et sur Twitter, mais Schulz fait toujours la course en tête.

Le troisième débat électoral télévisé en direct sur de nombreuses chaînes TV européennes entre les candidats à la présidence de la Commission a lieu le jeudi 15 mai, à Bruxelles ; c’est le seul à avoir accueilli Alexis Tsipras.

debat2_#TellEurope

Ce sont près du double de tweets publiés ce jour-là avec #TellEurope (95 600). Le nuage de mots clés indique un certain équilibrage des mentions des candidats entre Schultz et Tspiras puis Keller et Verhofstadt et enfin Juncker.

Semaine du 19 au 25 mai : la semaine du scrutin

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Les positions des candidats s’installent au moment de franchir la ligne d’arrivée :

  1. Schultz aura conservé une confortable avance à la fois sur Twitter et dans les médias pendant toute la campagne.
  2. Juncker sera parvenu à se hisser à la 2e place auprès des médias sans toutefois parvenir à percer sur Twitter.
  3. Tsipras aura clairement réussi à percer sur Twitter au fil de la campagne.

Semaine du 26 au 1er juin : l’annonce des résultats

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Le candidat du parti arrivé en tête au soir du scrutin domine, pour la 1e fois, que ce soit dans les médias en ligne (54%) ou sur Twitter (49%). Face au vainqueur Juncker, Schultz parvient encore à résister. En tout cas, les résultats ont une influence décisive sur la visibilité des candidats : l’effet de verdict du vote est évident.

Semaine du 2 au 8 juin : la victoire de Juncker

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Deux semaines après le scrutin, la victoire de Juncker pour prétendre au poste de président de la Commission européenne s’impose au vue des chiffres comme une évidence avec 78% des mentions dans les médias et 69% sur Twitter. Les autres candidats retournent à leur relative confidentialité.

Au total, les débats télévisés auront offert une importante visibilité aux candidats sur Twitter et permis notamment de faire découvrir les petits candidats. La relative dé-corrélation entre la visibilité des candidats en ligne et les résultats électoraux, en particulier pour Juncker, constitue un autre enseignement.

Communication de l’UE : quand moins rime avec mieux

Comme chaque année, la lecture du « management plan 2014 » de la DG COMM de la Commission européenne confirme la vision quantitativiste attachée aux objectifs de communication : toujours plus, c’est toujours mieux. Enfin, justement, pas toujours…

Stratégie pro-active et réactive auprès des médias : baisse du nombre de communiqués de presse

3 492 communiqués de presse auront été publiés par la Commission européenne en 2013. Pour la première fois, l’objectif ne consistera pas de dépasser ce volume invraisemblable de 14 communiqués de presse en moyenne par jour ouvré. En 2014, l’objectif s’établit à « seulement » 2500/3000.

Enfin, la DG COMM semble comprendre l’impossibilité évidente pour les journalistes de couvrir sereinement l’actualité de l’UE avec un tel volume de contenus diluant les informations importantes et réduisant in fine l’impact de la couverture médiatique de la Commission européenne.

Quant au style des communiqués de presse, peu de place pour le changement, car selon Koen Doens, le chef du service des porte-parole de la Commission européenne, expliquait récemment dans un entretien à PR Week que le ton dépassionné, monotone et un peu « boring » était délibéré et correspondait à l’expression des valeurs de la marque « Commission » qui est « multi-idéologique ».

Stratégie de rationalisation de la présence web : baisse du nombre de sites et de pages sur europa.eu

Autre exemple où « moins, c’est mieux » avec la rationalisation de la présence web de la Commission européenne qui ne s’enorgueillit plus de posséder le plus vaste portail au monde, mais qui cherche à créer une présence en ligne rationalisée.

Là encore, les objectifs sont revus à la baisse – et c’est tant mieux – avec 50% de sites en moins et 30% de pages en moins sur les sites conservés. De plus, dès 2014, la DG COMM travaille sur un prototype pour un nouveau site de la Commission européenne, et de la newsroom.

Au total, ces deux innovations dans le dispositif de communication de la Commission européenne sont deux bonnes nouvelles qui démontrent que ce n’est pas toujours par une hausse métrique que des résultants tangibles peuvent être obtenus.