Archives mensuelles : avril 2023

Tendances et dynamiques politiques dans l’Union européenne : perspectives pour les élections européennes de 2024

Un an avant les prochaines élections européennes de2024, quelles sont les tendances et dynamiques politiques liées aux projections des dynamiques électorales à anticiper de l’impact des résultats du scrutin sur la répartition du pouvoir au sein des institutions européennes ?

Une reconduction de la coalition centriste, plus à droite ?

Selon une étude de Matrix.eu, dans l’ensemble, la tendance à la baisse des parts de vote des groupes centristes PPE, S&D et Renew, observée depuis 2009, devrait se poursuivre lors des prochaines élections européennes. Les deux groupes les plus importants, PPE et S&D – qui travaillaient exclusivement en coalition dans les mandatures antérieures à l’actuelle – n’obtiendraient qu’un bon 40 % des sièges.

Dans le cadre de la coalition actuelle des trois groupes centristes réunis, les résultats anticipés déboucheraient sur une majorité étroite d’environ 56 % de tous les sièges – sans qu’il n’y ait une majorité de sièges ni à gauche ni à droite du spectre de ces partis. Cependant, en raison du renforcement des conservateurs et des députés européens non affiliés de droite, le spectre politique du Parlement européen serait susceptible de se déplacer davantage vers la droite.

Ce changement de pouvoir aura également un impact sur le positionnement du Parlement européen dans des domaines politiques clés comme les réglementations industrielle ou environnementale ou sociale, le prochain parlement plaidera à l’avenir pour une approche plus orientée vers les recommandations pro-marché des acteurs économiques.

Les majorités au Parlement européen seront encore moins claires après les élections de 2024, posant des défis majeurs aux parties prenantes qui souhaitent faire valoir leur position dans le processus législatif européen.

Un renouvellement inédit des eurodéputés et du personnel politique européen ?

Dans une autre étude de Matrix.eu, les projections tableraient sur un minimum de 55% de nouveaux arrivants au prochain Parlement européen, un niveau de renouvellement très élevé.

En effet, un tiers des députés européens devraient perdre leur siège en raison de changements électoraux (par exemple, leurs partis perdront des sièges lors des prochaines élections). De plus, d’autres députés seront changés en raison du roulement dans les rangs des partis établis. Enfin, le nombre réel pourrait même être plus élevé en raison d’un autre phénomène : la dynamique, qui fait qu’aux élections européennes, les partis fraîchement créés gagnent du terrain dans les sondages à mesure que nous nous rapprochons des élections, envoyant de facto de nouveaux élus siégés au Parlement européen.

Cette proportion élevée du renouvellement des députés européens a des implications importantes (à la fois des risques et des opportunités) pour les parties prenantes, car la plupart des nouveaux arrivants ne seront familiarisés ni avec l’agenda ni avec les procédures des institutions de l’UE pour naviguer dans les subtilités de l’élaboration des politiques bruxelloises.

Affaire à suivre !

Après l’espace public européen, le commun de l’Union

Passé la vision idéaliste habermassienne d’un espace public européen reposant sur l’agir communicationnel et débouchant sur un patriotisme constitutionnel ayant mené à une impasse en Europe faute d’avoir résolu la question de la souveraineté, Jean-Marc Ferry dans « La Raison et la Foi » vise à donner un nouveau contenu politique au projet européen…

Une culture publique commune

Pour le philosophe néo-kantien Jean-Marc Ferry, « ce qui a vocation à être communalisé à l’échelle européenne, ce sont les cultures publiques nationales » au sein d’une culture publique commune à l’Union, qui ne soit ni la seule diversité de juxtaposition, ni la simple proximité des contacts.

Une intégration des communs

Au niveau transgouvernemental, en complément des échanges au sein du Conseil de l’UE qui réunit les ministres, le défi serait de renforcer les échanges à l’échelle des administrations nationales afin de mieux gérer les biens communs publics européens.

Au niveau transparlementaire, avec le Parlement européen, la recommandation serait de renforcer les interconnexions entre les parlements nationaux de l’espace européen, dans les deux sens. La culture parlementaire commune à chaque espace public national sortirait renforcer du partage et du dialogue entre tous les élus parlementaires nationaux et européens.

Au niveau transjuridictionnel, la mise en commun des acquis juridictionnels et des doctrines de droits, en particulier entre les juridictions de dernier recours, permettrait de mieux arbitrer les conflits de normes juridiques suivant le principe de subsidiarité.

Au niveau transmédiatique, l’ouverture des programmations audiovisuelles, en particulier les news nationales, serait la priorité pour fédérer les opinions publiques européennes autour des enjeux communs ; au-delà du respect du pluralisme des intérêts privés, la régulation publique viserait à assurer la qualité et la diversité des genres télévisuels européens.

Au niveau transsociétal, les dialogues social, civil, culturel, artistique devraient être renforcés pour apprendre à partager et apprendre des uns et des autres « en vue d’une intégration enrichissante en même temps que la formation d’un espace de partage de responsabilités » entre membres d’une même société.

Au total, la prise en compte des communs, nouveau paradigme pour le projet de construction européenne, renforcerait la fierté d’appartenance à cette « union sans cesse plus étroite ».

Médias sociaux : recommandations pour une déclaration des droits numériques, un code de conduite des développeurs et des principes de gouvernance de l’information numérique

Les acteurs technologiques, la société civile, le milieu universitaire et le public devraient élaborer une déclaration des droits numériques des utilisateurs, un code de conduite des développeurs et des principes de gouvernance de l’information numérique afin de promouvoir leur adoption et leur adhésion, selon l’étude. “Social Media: The Canary in the Coal Mine – A Digital Bill of Rights, Developers’ Code of Conduct, and Information Governance Principles for a Healthier Digital World”…

Pour un cadre de gouvernance efficace des médias sociaux

Le monde numérique rend nos autorités de gouvernance actuelles inadéquates, confrontées aux nouveaux défis technologiques. Les décideurs politiques et les régulateurs manquent actuellement de ressources pour protéger efficacement un avenir numérique positif. Les droits numériques nécessitent des protections que nos structures actuelles n’offrent pas entièrement.

La régulation des nouvelles technologies doit reposer sur des recherches fiables, un écosystème d’innovation privée renforçant l’intérêt public ainsi qu’une gouvernance qui responsabilise de manière équitable et cohérente.

1) Établir de futurs programmes de recherche et de subventions pour les universitaires

La base consiste d’abord à clarifier quand et comment les plateformes peuvent partager des données avec des chercheurs du milieu universitaire tout en protégeant les droits à la vie privée des utilisateurs.

La recherche devrait se concentrer sur :

  • L’établissement de définitions et de bases de référence pour les dommages numériques et les préjudices (y compris psychologiques) ;
  • Des mécanismes de signalement efficaces pour les problèmes de sécurité des utilisateurs ;
  • Des ensembles de données ouvertes à la recherche ;
  • Des expérimentations de technologie qui soutiennent les principes de démocratie et de transparence.

2) Distribuer des subventions pour encourager l’innovation

En outre, des programmes de financement spécifique devraient être exploré pour inciter les entreprises ou les investisseurs en phase de démarrage promouvant des principes de gouvernance démocratique auprès notamment des fonds de capital-risque émergents

3) Établir des exigences de reporting et de responsabilisation

Des rapports obligatoires par les plateformes pourraient s’inspirer structurellement des modèles mis en œuvre par les investisseurs autour des principes environnementaux, sociaux et de gouvernance pour tous les médias sociaux, entreprises de médias et plateformes.

Des exigences spécifiques pourraient être intégrées :

  • Des normes sociales démocratiques ;
  • L’audit algorithmique, la transparence des algorithmes et la prise de décision automatisée ;
  • Le partage de données avec les chercheurs ;
  • Les pratiques commerciales monétisant les données des utilisateurs ;
  • Les moyens de mesurer la crédibilité/l’exactitude du contenu original
  • L’évaluation des risques sanitaires et systémiques actuels ;
  • Les normes de portabilité ou d’interopérabilité ;
  • L’incidence des publications parrainées ou amplifiées par des gouvernements étrangers ;
  • L’accessibilité et l’inclusion.

Pour des plateformes responsables des médias sociaux

Les technologies confèrent aux plateformes un rôle démesuré dans les interactions, sans être encore bien adaptées. La société attend plus des entreprises, ainsi que de leurs investisseurs, avec leur prise de pouvoir croissante. L’histoire a montré l’importance d’assurer un plus grand rôle aux consommateurs et à leur protection. Alors que des portions importantes de la place publique passent aux mains du privé, les plateformes doivent s’adapter à leurs nouvelles responsabilités publiques.

Les plateformes doivent gagner la confiance des consommateurs en appliquant judicieusement et équitablement leurs politiques, en alignant leurs incitations sur les intérêts des utilisateurs et en présentant des informations fiables, sans être les arbitres ultimes de la vérité ; au contraire, la transparence et la capacité des utilisateurs à déchiffrer la crédibilité sont deux facteurs clés pour gagner la confiance du public.

Les plateformes responsables établiront également des normes éthiques élevées en interne, à la fois pour leurs employés et pour leurs décisions commerciales plus larges. Alors que les plateformes bénéficient d’un pouvoir sociétal et d’un espace considérable pour innover sans réglementation, elles doivent également s’engager à respecter des normes éthiques pour limiter les abus de ce pouvoir et de cette discrétion. Une partie de cet engagement englobe la nécessité pour les plateformes d’éduquer le public sur le fonctionnement de leurs algorithmes afin que le public puisse vraiment surveiller ses intérêts dans le monde numérique. Enfin, les plateformes doivent respecter les droits numériques de tous leurs utilisateurs – un élément essentiel pour leur relation positive avec la société américaine.

La Charte des droits numériques et le Code de conduite des développeurs fournissent des modèles de normes et de standards qui pourraient être adoptés par les producteurs de la société numérique et utilisés pour éclairer leurs politiques afin de produire une stratégie mieux coordonnée pour l’ensemble de la société pour un univers numérique sain.

1) Une stratégie numérique pour toute la société adoptée pour renforcer la fiabilité des plateformes

Pour être crédible et donc efficace, une stratégie sociétale pour une société numérique saine devra être élaborée selon un processus qui évite de donner un avantage économique à une entreprise. Il doit créer un espace pour les nouveaux entrants et éviter un monopole du pouvoir pour une seule grande plateforme.

L’élaboration de ces normes et standards règlementés nécessitera l’ouverture de canaux formels pour la contribution du public, l’engagement dans le dialogue et la garantie que les points de vue des minorités seront entendus. Ces efforts pourraient compléter le code de bonnes pratiques de l’UE sur la désinformation, qui a réuni les plateformes en ligne et l’industrie de la publicité pour s’autoréguler. Un effort de toute la société nécessite un engagement d’une multitude de façons à différents niveaux de spécificité pour générer l’adhésion et opérationnaliser les nouvelles normes et standards sur le terrain.

L’industrie technologique devrait être encouragée à établir ses propres normes qui promeuvent l’essence des principes éthiques de gouvernance de l’information, car l’autorégulation est dans le meilleur intérêt des publics et sur une base commune à l’industrie pour codifier un comportement approprié.

2) Adopter la diversité

L’éthique va au-delà de l’appel ordinaire pour assurer l’inclusivité, l’accessibilité, la diversité de pensée et l’équité. Les plateformes en ligne doivent adopter la diversité en intégrant les points de vue de diverses communautés dans le processus de conception dès le premier jour, les services et les produits prendront plus efficacement en compte les différentes perspectives sur la manière dont ils sont utilisés afin d’en limiter les dommages.

3) Garantir le respect des droits numériques

Pour intégrer ces concepts sur le terrain et partager les meilleures pratiques, la formation des employés sur les plateformes est indispensable en matière de conception, d’exploitation, d’administration et de gouvernance éthiques. Cette formation doit inclure un engagement signé des employés à suivre un code de conduite des développeurs et des entreprises à adhérer aux principes de gouvernance de l’information, en plus de respecter les droits numériques des utilisateurs.

Pour un public autonomisé et formé aux médias sociaux

Une nouvelle ère numérique offre d’immenses possibilités aux individus, mais seulement si nous sommes correctement préparés à gérer cette complexité. Dans le modèle actuel, l’attention des individus est traitée comme un produit à vendre, avec l’éducation des plateformes sur le fonctionnement de leurs algorithmes, le public doit se préparer à évaluer les implications des nouvelles dynamiques de pouvoir dans le paysage numérique, afin de ne pas être laissé vulnérable à une exploitation future par des intérêts étroits.

Les individus doivent activement s’attaquer à la complexité et aux implications de leur existence en ligne. Cela n’est possible qu’avec une certaine éducation sur les technologies elles-mêmes, la manière dont elles influencent le choix individuel et les motivations des plateformes et des producteurs de contenu. Pour sauvegarder les droits et les intérêts des consommateurs, les individus doivent se mobiliser et plaider auprès des décideurs.

Bien qu’il existe des biens sociaux qui sortent de ces modèles, comme des produits gratuits, les utilisateurs ont besoin de la liberté de choisir leurs relations, plutôt que d’être forcés à accepter des réalités monopolistiques afin qu’ils soient habilités à penser de manière critique, à défendre leurs intérêts dans le monde numérique et à participer aux processus démocratiques.

La démocratie exige qu’un public engagé réfléchisse de manière critique aux règles et aux normes nécessaires à une société saine, et cela vaut autant pour la société numérique que pour le monde réel. Toutes les parties prenantes doivent avoir la possibilité de participer à la spécification de ces règles et normes, y compris le développement et l’utilisation d’outils pour les réaliser.

1) Développer des outils civiques d’éducation pour assurer une meilleure compréhension sociétale des risques et opportunités présentés par la participation en ligne

Les parties prenantes doivent développer, promouvoir et diffuser des outils qui soutiennent l’éducation civique qui favorise une société numérique saine. La finalité vise à offrir une compréhension politiquement neutre et à promouvoir la pensée critique tout en fournissant une compréhension de base de la technologie :

  • La littératie numérique ;
  • La conscience de la confidentialité et de la sécurité ;
  • L’éthique technologique ;
  • La préparation numérique ;
  • L’atténuation des risques numériques ;
  • La gestion de la santé mentale.

La pensée critique, à savoir la remise en question constante du contenu, des algorithmes et des autres structures systémiques de la société numérique, est donc un élément important de l’autonomisation du public aux côtés de la compréhension générale de la technologie et de ses conséquences. Cette réflexion critique sur le monde numérique devrait faire partie d’une éducation civique généralisée.

D’autres formes de discussion publique pourraient porter sur la manière d’identifier la més/désinformation en ligne, les dommages causés par les environnements de médias sociaux toxiques et incivils et les mesures de sécurité pour protéger les enfants.

2) Mobiliser des outils démocratiques pour protéger les utilisateurs et la société des dommages potentiels

Un public responsabilisé a besoin d’une voix démocratique dans la société numérique, ce qui peut être accompli par des moyens remarquablement similaires à ceux du monde physique. Les campagnes peuvent tirer parti du pouvoir de mobilisation pour faire pression sur les plateformes et le gouvernement sur des questions telles que l’augmentation des capacités de propriété des utilisateurs sur les plateformes, l’adoption d’une déclaration des droits numériques, l’amélioration de la transparence des données, l’accessibilité et l’inclusion, et d’autres questions clés.

3) Donner aux utilisateurs une agence sur leurs expériences en ligne

Le dernier élément de l’autonomisation des utilisateurs est qu’ils doivent avoir l’opportunité et la capacité de participer à la définition des contours de leurs expériences personnelles en ligne. Idéalement, ils doivent contrôler leurs propres données, faire des choix sans être gênés par la manipulation ou le subterfuge de la plate-forme, avoir la liberté de se déplacer de manière transparente entre les plateformes et accéder à des outils qui leur donnent plus de contrôle sur différents aspects de leurs expressions en ligne.

La capacité de « voter avec ses pieds » en quittant des plateformes qui ne répondent pas aux besoins ou aux attentes des utilisateurs est un élément essentiel, même si la portabilité des informations non transférables empêche les utilisateurs d’exercer cette faculté.

Une première étape intéressante dans cette direction serait une adoption des normes d’interopérabilité, dans laquelle plateformes s’engageraient sur les priorités des utilisateurs lors de l’élaboration de normes d’interopérabilité et de meilleures pratiques pour offrir aux utilisateurs plus de contrôle sur leurs profils, leurs données, la création de contenu et leurs informations personnelles.

Bien que les solutions réelles puissent varier selon la plateforme, la création de mécanismes permettant aux utilisateurs de participer à l’élaboration de leurs propres expériences dans la société numérique est fondamentale pour l’essor des principes démocratiques en ligne.

Empire des Habsbourg et Union européenne : des parallèles d’hier et d’aujourd’hui

Invitée sur RCF en Belgique, Caroline de Gruyter, auteure de « Monde d’hier et monde de demain » propose une perspective nouvelle d’une vision européenne de l’Empire des Habsbourg et d’une vision habsbourgeoise de l’Union européenne. En ces temps incertains de basculement et de bouleversement, le regard rétrospectif sur cet ensemble multinational offre des perspectives, voire de l’espoir.

Comment meurent les « empires » ?

Avec toutes les crises, est-ce que l’Union européenne va disparaître ? Est-ce que la fin de l’empire des Habsbourg peut servir ? Ce sont les questions au départ de la réflexion. L’empire des Habsbourg n’est pas mort en raison de la pression des nationalistes, alors que l’on croit que l’Europe va sombrer à cause des populistes europhobes. L’empire des Habsbourg s’est écroulé de l’intérieur car sa valeur ajoutée n’était plus pertinente pour faire face aux nouveaux défis après la première guerre mondiale.

Quel souvenir laissent les « empires » ?

Rétrospectivement, le souvenir de l’administration impériales, qui multipliaient les contrôles aux frontières, sur le commerce et en matière sanitaire, a laissé une empreinte positive sur les populations. Message à destination de Bruxelles.

L’empire des Habsbourg était perçu comme « bénévolant », de bonne volonté au service des citoyens, tout en étant très largement critiqués tout au long de son existence. C’est quand l’empire a disparu qu’on a pris conscience de sa perte. Le sentiment de non-Europe sera la clé pour l’UE.

Aussi, l’empire des Habsbourg a été le moins autoritaire des empires du XIXe siècle, et n’a jamais été totalitaire, c’était un précurseur pour des idées modernes, avec de nouveaux services publics : écoles, académies, fondations, hôpitaux… Bâtir à l’échelle des prochaines générations, des infrastructures qui endureront et dureront.

Comment se battent les « empires » ?

Sur le plan international, l’empire des Habsbourg a toujours eu des difficultés à mener des guerres offensives, il était capable seulement de mener des guerres défensives. La diplomatie habsbourgeoise navigue à vue, négocie, avance à tâtons, en reculant, et surtout en ménageant toutes les parties.

L’objectif de maintenir l’unité, en dépit des différences et des intérêts divergents est au cœur des compromis de l’empire, qui rend beaucoup plus difficile les conquêtes mais facilite lorsqu’il s’agit de se défendre ensemble, face à un ennemi commun, qui nous unit, comme la lutte contre le covid ou Poutine. Des zones tampon sont aussi nécessaires pour éviter de diviser les nations. Enfin, l’empire est passé maître dans l’art de la temporisation pour reculer au maximum toute décision difficile.

Quelle place pour la MittleEuropa ?

L’Europe Centrale, au cœur de l’empire des Habsbourg, brisée par la première guerre mondiale et enfermée derrière le rideau de fer, revient et reprendre sa place au cœur de la nouvelle Europe. L’Europe Centrale est indispensable dans l’équilibre de l’Europe, que ce soit hier, aujourd’hui ou demain.

Dans l’UE, tous les nouveaux États-membres arrivent enfin maintenant dans le centre de la politique européenne. A cause notamment de l’agression russe, c’est le moment de l’émancipation et de leur unité, ce qui change la configuration de l’Europ, qui retrouve son point d’équilibre.

La Pologne, par exemple, était marginalisée, elle se retrouve au centre, comme la visite de Biden l’a montré, y compris sur des sujets difficiles à faire avancer comme les dossiers des migrations (position en faveur de la protection des frontières) mais aussi de l’état de droit, pas encore réglé.

Quel rôle pour la RealPolitik ?

L’Union européenne doit apprendre à être plus géopolitique, c’est le seul changement possible. Son modèle qui consistait à dépolitiser les conflits, à casser les problèmes en mille morceaux et à tenter de les recoller différemment ne fonctionne plus.

L’Europe doit réapprendre à penser politique et doit grandir moralement, ça veut dire être capable de prendre des décisions géopolitiques, comme l’accord sur les migrants avec la Turquie, qui n’est pas brillant, mais qui est une solution.

Comme l’empire des Habsbourg a appris face à d’autres empires européens allemand et russe plus sournois, l’art de ne pas être seul, encerclé, avec des adversaires coalisés peut servir aussi de leçon dans la gestion du conflit avec la Russie en Ukraine.

Comment ? Les « empires » protègent

La protection des minorités aura été au cœur de la mission historique de l’empire des Habsbourg, ce rôle, c’est un peu celui de l’Union européenne qui vise à protéger les consommateurs sur le marché européen.

Les Européens ne comprennent pas que le fonctionnement même médiocre, avec tous les compromis, est le seul, qui permettent que tout un chacun soit protéger, en tenant compte des réalités. C’est devenu tellement normal, banal, que les gens oublient et ne se rendent pas compte.

Quel narratif pour les « empires » ?

En Europe, il fait toujours avoir un narratif. La fin de la guerre, qui a longtemps servi pour l’UE, mais n’était plus à l’ordre du jour pour les nouvelles générations, reprend du service. Maintenant, on voit bien que cette promesse demeure très forte.

Les gens commencent à comprendre qu’on a construit quelque chose sans s’en rendre vraiment compte : c’est l’état de droit et l’esprit de dialogue qui président. Notre vivre ensemble repose, sans jamais faire rien parfaitement, ce qui est frustrant, sur le fait que l’on écoute tout le monde et que l’on agit collectivement. C’est un bien unique, qui unit, c’est même le seul moyen de nous rassembler tous ensemble. Cet art très spécial, c’est la garantie de notre paix.

Et la culture dans tout ça ?

L’Union européenne a toujours défendu le respect du patrimoine et la défense de la diversité. Laisser exister nos différences les unes à côté des autres, c’est la méthode pour laisser vivre les uns et les autres. On ne peut pas avoir une Europe qui gagne, avec des forts face à une Europe des petits qui perdent.

Dans notre monde où la grandeur et la belligérance sont redevenues des options crédibles, c’est très bien de disposer de notre modèle : très strict sur nos principes, sur tout le reste, on peut discuter. C’est illisible et compliqué, mais c’est pour ça que ça marche. Les gens attendent toujours trop , on ne peut pas prendre de grandes décisions à 27.

Et la politique dans les « empires » ?

Les chefs d’État et de gouvernement doivent mieux expliquer leurs choix. Ainsi du plan de relance post-covid, reposant sur un financement partagé pour s’en sortir ensemble, qui a été compris et soutenu.

Le courage d’expliquer les décisions, de prendre ses responsabilités, avec davantage de votes au sein des parlements nationaux et d’approuver les compromis est la seule solution pour mettre un terme au « Brussels blame game »

On ne doit plus dire que c’est Bruxelles qui prend toutes les décisions, plus que jamais, ce sont les États qui ont le pouvoir au sein d’Europe de plus en plus intergouvernementale. Les États-membres contrôlent toutes les décisions, mais ils ne le disent pas et même cachent leur rôle, c’est l’un des plus grands problèmes de l’Europe.

Quelle nouveauté pour l’Union européenne ?

Les leaders européens sont davantage visibles car les affaires européennes sont de plus en plus importantes. Les sujets sensibles, comme la santé, la sécurité ou le climat sont davantage européens. La mise à l’agenda de ces nouveaux sujets s’est imposée, non pas par choix, mais par le poids des événements. Tout est ré-évaluer en fonction des nouveaux défis, la politique européenne devient de plus en plus intéressante, parce qu’on y discute de sujets importants pour la vie.