Archives annuelles : 2013

Quels sont les intérêts pour la communication européenne des présidences tournantes du Conseil de l’UE ?

Quoique régulièrement décriées – car elles seraient devenues superflues avec la présidence stable du Conseil européen – les présidences tournantes, chaque semestre, du Conseil de l’UE sont des opportunités pour la communication européenne. Et la présidence lituanienne qui vient de commencer l’illustre de manière emblématique…

Intérêt n°1 : « l’agenda institutionnel européen » ou comment faire connaître les priorités politiques européennes d’un pays à l’ensemble de la communauté

Avec la Lituanie – 1er pays balte à exercer une présidence semestrielle européenne – l’effet « découverte » est garanti, comme le confirme le ministre lituanien des affaires étrangères, Linas Linkevičius, cité par Euractiv.com : « La Lituanie est une brise fraîche, une voix innovante et essentielle à la famille de l’UE ».

Plusieurs éléments incontournables d’une présidence à l’autre permettent au pays qui exerce la présidence du Conseil de l’UE de se faire connaître mais surtout de faire connaître ses priorités politiques pendant les 6 mois :

D’abord, le programme de travail (très institutionnel et factuel) qui précise les priorités et les textes législatifs soumis à l’agenda. En l’occurrence, l’approche en trois tiroirs – par les termes choisis – est révélatrice : « l’Europe crédible », « l’Europe qui croît » et « l’Europe ouverte ».

Ensuite, le guide de la présidence du Conseil de l’UE qui rassemble des points de vue (plus programmatique et intentionnel). En l’occurrence, un sondage mené conjointement à Bruxelles et Vilnius détermine le niveau perçu de l’influence de la Lituanie sur les affaires de l’UE.

Enfin, la communication en ligne (le site de la présidence), dans les médias sociaux (le compte Twitter : @EU2013LT) et mobile (l’application smartphone). Toute la communication numérique est devenue aujourd’hui incontournable pour assurer l’appariement de la présidence avec les institutions européennes et les parties prenantes.

Intérêt n°2 : « l’attention médiatique et le programme culturel » ou comment faire connaître le peuple et la culture du pays à l’ensemble de l’UE pendant un semestre

Au-delà de l’agenda institutionnel et politique, un programme culturel – d’un niveau d’engagement très différent d’une présidence à l’autre – complète la communication de la présidence tournante du Conseil de l’UE pour toucher les citoyens. Là encore, exemplaire, la Lituanie fait le choix d’un « programme culturel abondant » (…) avec plus cent cinquante événements – concerts, expositions, pièces et films –en Lituanie et dans le monde.

PrintPlus largement, la présidence semestrielle du Conseil de l’UE, c’est également une opportunité médiatique au sens ou l’attention des médias se porte pendant un semestre plus particulièrement sur l’Etat-membre au centre de l’échiquier européen. L’exemple de la Lituanie confirme ces reportages de la presse sur place – ainsi des articles écrits sur Euractiv.fr par un envoyé spécial : « Lituanie : le vertige de la présidence européenne, le pays où l’austérité est populaire, le combat contre l’insularité énergétique ».

De manière plus accessoire – quoique la pression sur les budgets pèse en sa faveur – « la présidence, est aussi une excellente occasion pour les entreprises de présenter leurs produits et services », comme l’écrit sans fausse pudeur le site de la présidence lituanienne du Conseil de l’UE.

Au total, les intérêts en termes de communication d’une présidence semestrielle du Conseil de l’UE sont nombreux en termes d’influence sur l’agenda institutionnel européen, sur l’attention médiatique et potentiellement auprès de chaque citoyen – la preuve avec la communication exemplaire de la présidence lituanienne du Conseil de l’UE.

Service minimum pour la communication européenne à l’occasion de l’adhésion de la Croatie à l’UE

La Croatie devient le 28e État membre de l’Union européenne aujourd’hui 1er juillet 2013. A défaut d’une campagne de communication de l’UE partout en Europe, quelques actions de communication précisent néanmoins comment la communication de l’UE s’organise en « service minimum » pour accueillir sans fanfare la Croatie…

Une fantomatique campagne de communication de l’UE pour l’adhésion de la Croatie

Alors que les célébrations officielles de l’adhésion de la Croatie à l’UE se sont déroulées sans la présence d’Angela Merkel et de François Hollande, il n’y a pas beaucoup d’informations sur ce que prévoient les institutions européennes en termes de communication –une activité sans doute peu prioritaire, quoiqu’elle constitue une occasion trop rare en ce moment de communication positive sur la construction européenne.

Seule la réunion, le 4 juin dernier, du groupe de travail sur l’information – réunissant les responsables communication des institutions européennes – annonce à l’agenda « des activités de communication pour l’accession de la Croatie » menées à la fois par la DG Elargissement et la DG Communication de la Commission européenne.

Un site vitrine « La Croatie dans l’UE : grandir ensemble »

Du côté de la DG Elargissement, un site internet vitrine « croatia-in-the-eu.eu » est en place dans les 24 langues de l’UE pour présenter les porte-paroles croates de la campagne, les événements (aucun événement spécifiquement dédié) et le désormais traditionnel concours photos… « et bien d’autres choses encore ».

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Le traité d’adhésion de la Croatie à l’UE a été signé en décembre 2011 mais il semble que la communication de la DG Elargissement ou bien use d’un art consommé du teasing ou alors peine à proposer des démarches vraiment innovantes.

Une vidéo très institutionnelle des Commissaires accueillant la Croatie

Sur Youtube, une vidéo assez terne rassemblant un message de bienvenue de l’ensemble des Commissaires semble davantage servir à faire connaître les membres de la Commission européenne qu’à faire découvrir la Croatie à l’ensemble des Européens.

Cette vidéo à susciter une réaction plus conviviale de la part des membres du gouvernement croate pour remercier l’UE. Une démarche de communication par vidéo interposée intéressante – quoique les peuples soient totalement absents de cet échange.

Une nouvelle Représentation de la Commission en Croatie

Pour la DG Communication, la délégation de l’UE est remplacée par une Représentation dont les fonctions essentielles sont notamment de « communiquer avec les médias et fournir des services d’information et de communication aux citoyens et aux parties prenantes dans les États membres ».

Par ailleurs, le centre de contact « Europe Direct » destiné à répondre aux questions des citoyens est également opérationnel en langue croate.

Au total, la communication de l’UE – en service minimum – à l’occasion de l’adhésion de la Croatie se distingue par son peu d’enthousiasme et son fort classicisme.

Euromyths : comment la presse britannique influence les relations médias de l’UE ?

Au-delà du petit jeu de massacre par déclarations interposées entre les autorités publiques françaises et Barroso, le président de la Commission ; les relations avec les médias de la Commission européenne semblent bien davantage influencées par le traitement de l’UE par la presse anglo-saxonne friande des « Euromyths »…

Les « Euromyths » dans la presse britannique et les « réfutations » de l’UE

Selon la page Wikipedia des « Euromyths » (en anglais), il s’agit d’histoires concernant les politiques de l’UE qui, selon elle, sont « généralement considérées comme désobligeantes ou exagérées ».

Tandis que la Commission européenne soutient que ces histoires inventées par les médias sont fausses, les eurosceptiques affirment, notamment grâce au soutien d’une partie de la presse britannique que de telles histoires sont vraies.

Les « Euromyths » sont tellement courants et populaires que l’UE a mis en place une politique de réfutation publique des couvertures négatives qu’elle considère comme injustes ou déformées.

Trois exemples illustrent l’activisme de la Commission européenne, surtout au Royaume-Uni pour contrecarrer les « Euromyths » :

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Le nouveau blog « Setting the facts straight » piloté par le service des porte-parole de la Commission

A moins d’un an des élections européennes, les « Euromyths » redoublant dans la presse, le service des porte-parole de la Commission européenne passe à la vitesse supérieure avec un nouveau blog « Setting the facts straight » où chaque porte-parole démonte méthodiquement les exagérations ou approximations débusquées.

setting_up_the_factsL’engagement en première ligne des porte-parole – les agents publics européens autorisés à s’exprimer publiquement – tranche avec l’approche plus anonyme et administrative des initiatives antérieures.

La place laissée aux commentaires constitue une autre innovation de taille qui positionne non plus seulement l’UE sur la défensive mais prouve qu’elle s’ouvre à la discussion – même si parfois elle risque d’être difficile.

L’intégration des comptes Twitter des porte-parole montre enfin que la Commission européenne prend conscience de l’importance de ce média social dans la propagation rapide des idées vraies comme fausses.

Au total, la pression de la presse britannique à travers les « Euromyths » pèse sur les pratiques de relations médias de la Commission européenne, qui s’adaptent et se modernisent, tout en restant dans une logique essentiellement défensive.

Quels sont les « effets » de la communication européenne ?

Nonobstant l’efficacité réelle de la communication de l’UE difficile à mesurer auprès du grand public européen, toute communication européenne produit des « effets » – qu’ils soient massifs ou limités. La question est d’importance : les « effets secondaires », comme l’on en parle pour un médicament, sont-ils moindre que les effets actifs ?

Effets attendus : sur-estimation des capacités de visibilité de la communication européenne

Bien souvent, les effets attendus par toute action de communication européenne soulèvent de trop grand espoir quant à leur possibilité de toucher et de transformer des publics largement indifférents et déjà largement abreuvés de messages à longueur de journée.

Tant les mécanismes d’amplification médiatique à travers la presse écrite et audio-visuelle que les logiques d’implication sociale des internautes semblent surestimés dans la plupart des actions de communication européenne.

De manière symptomatique, la tendance qui ne cesse de se renforcer de tout mettre en ligne – avec des mini-sites en pagaille – n’est absolument pas la garantie de se rendre visible auprès du plus grand nombre.

Effets induits : sous-estimation des difficultés de réception de la communication européenne

En revanche, les conditions de réception de la communication européenne au sein des publics sont le plus souvent sous estimées – hormis lorsque des pré-tests auprès de panels représentatifs sont réalisés.

Les difficultés de compréhension d’un message européen au sein d’une partie importante de la population (faute d’apprentissage préalable et d’appréhension régulière des enjeux européens) ainsi que les difficultés d’assimilation, c’est-à-dire d’intégration de ces nouvelles connaissances dans un référentiel essentiellement national, sont des angles morts de la communication européenne.

A cet égard, la « langue européenne » trop souvent proposée au grand public, au-delà d’un multilinguisme anglais trop systématique, est d’une technicité qui décourage même les meilleures volontés.

Effets secondaires : vers un renforcement des opinions pré-conçues ?

La double pression des effets attendus de visibilité sur-estimés et des effets induits de réception sous-estimés conduit généralement à neutraliser les réactions des publics.

Plutôt que de faire évoluer les opinions des publics, la communication européenne court le risque de mobiliser des raccourcis qui ne consistent qu’à renforcer les convictions. Ainsi, chacun, selon ses préjugés viendra trouver les justifications à ses propres opinions.

Au total, la question des « effets » de la communication européenne réinterroge des usages trop établis tant chez les professionnels de l’UE (effets attendus et induits) qu’au sein des publics (effets secondaires).

Succès incidentiel d’une initiative citoyenne européenne : vers un lobbying citoyen ?

Alors que l’initiative citoyenne européenne célébrait récemment sa 1e année dans une relative indifférence, la décision ce week-end de la Commission européenne de retirer l’eau de sa future directive sur les concessions donne un nouvel éclairage sur cette innovation participative européenne…

1e initiative citoyenne européenne toujours en cours à influer une décision de la Commission européenne

Seule initiative citoyenne européenne à parvenir à rassembler plus d’un million de signatures de citoyens en moins d’un an (1 472 811 à ce jour), « l’eau, un droit humain » (right2water.eu) est pourtant une démarche formellement menacée pour ne pas avoir collectée les quotas minimum dans certains pays de l’UE.

right2water

Bousculant les procédures (la validation formelle de l’initiative citoyenne européenne et la formalisation d’une réponse par la Commission européenne), le Commissaire Michel Barnier s’offre un joli coup de comm’ en annoncant ce week-end qu’il retire le « domaine de l’eau du cadre de la directive sur les concessions » actuellement en préparation par ses services.

Les initiatives citoyennes européennes : des outils de lobbying citoyen ?

Cette réaction prématurée de la Commission, afin de montrer que l’institution est à l’écoute des citoyens, renouvelle les cadres d’interprétation sur ce que l’initiative citoyenne européenne peut apporter à la démocratie européenne.

Dans l’indétermination de l’initiative citoyenne européenne entre un nouveau pouvoir d’interpellation entre les mains des citoyens ou un autre pouvoir détenu par la Commission européenne pour instrumentaliser sa relation avec les citoyens, la récente décision de la Commission européenne ne renverse pas la table :

  • D’une part, la Commission européenne confirme qu’elle maîtrise intégralement la procédure jusqu’à ce coup de théâtre qui démontre à contrario que l’initiative citoyenne européenne est sans doute trop lente et trop lourde pour être dans le bon tempo des décisions ;
  • D’autre part, la mobilisation massive des citoyens autour d’une idée basique (l’eau est un bien public et un droit humain) indique qu’une pression puissante de la société ne peut pas rester sans réponse, même si les formes de l’initiative ne sont pas forcément les meilleures voies d’expression.

Au total, le 1e succès d’une initiative citoyenne européenne lié à une réaction conforme à la Commission européenne – en dépit d’une procédure qui justifie plus que jamais une réforme – confirme que le lobbying citoyen est en marche.