Présence des Commissaires européens sur Facebook : une plateforme de dialogue avec les citoyens européens ?

Tandis que plus de la moitié des membres de la Commission européenne est actuellement active sur Twitter, leur présence est également importante (40%) sur Facebook, le premier réseau social au monde.

Près de 40% des Commissaires européens – 11 sur 27 – sont présents sur Facebook

Avec 40 000 fans au total (données recueillies le 16 février 2012), les Commissaires européens sont plus de deux fois moins bien implantés sur Facebook par rapport aux plus de 85 000 Followers sur Twitter (données recueillies le 12 février 2012).

9 Commissaires européens présents sur Facebook le sont également sur Twitter, ce qui représente une écrasante majorité des 11 responsables politiques européens inscrits sur Facebook. Néanmoins, pour la plupart, leur présence sur Facebook préexiste celle sur Twitter – seuls quelques Commissaires étaient actifs sur la plateforme de micro-blogging il y a seulement 2 ans. Par ailleurs, le doublonnement de fans entre Commissaires est beaucoup plus réduit que le doublonnement de Followers sur Twitter.

Une présence multilingue et orientée vers le dialogue avec les citoyens européens

Titulaire d’un portefeuille doté en capital sympathie, Kristalina Georgieva, la Commissaire bulgare à la Coopération internationale, l’aide humanitaire et la réponse aux crises est la plus active sur Facebook avec une fan page rassemblant 15 507 fans, soit 38% du total des fans des membres de la Commission. Les publications très régulières (parfois plusieurs par jour), en bulgare ou en anglais et très variées (une large place est donnée aux photos) soulèvent des interactions relativement importantes dès que des photos issues des missions humanitaires ou de gestion de crises sont publiées.

Personnalités politiques, inscrites dans le « paysage national », Michel Barnier pour la France (député français de 1978 à 1993) et Maria Damanáki (députée grecque de 1977 à 1993) disposent d’une communauté de fans relativement importante. Les publications sont exclusivement dans leur langue nationale. Maria Damanáki est la seule à posséder un profil « plein » avec 5 000 fans et une page de 2 195 fans, les 2 étant mi à jour en parallèle.

Commissaires parmi les plus jeunes : Dacian Cioloş (42 ans), Cecilia Malmström (43 ans), Maroš Šefčovič (45 ans), Algirdas Šemeta (49 ans) et Connie Hedegaard (52 ans) et Janez Potočnik (54 ans) sont actifs avec des publications le plus souvent dans leur langue nationale et parfois en anglais.

Enfin, Neelie Kroes, la Vice-Présidente de la Commissaire responsable de l’agenda numérique est immanquablement présente avec près de 4 500 fans.

Ainsi la présence des Commissaires européens sur Facebook – par le choix plus systématique de leur langue nationale et des publications plus portées sur leur activité quotidienne – se classe dans la catégorie des outils de communication personnelle destinée aux citoyens.

Qu’est-ce qui s’annonce intéressant dans le séminaire « The Next Web and its Impact on Government Communication » ?

Dans le cadre des séminaires organisés de temps en temps par le Club de Venise, ce groupe de coopération interinstitutionnelle informelle en matière de communication européenne, « The Next Web and its Impact on Government Communication » aborde, le jeudi 16 février prochain au Conseil de l’UE, la communication gouvernementale et comment elle est affectée par le paysage numérique, en utilisant des exemples concrets et des études de cas. Qu’est-ce qui s’annonce intéressant ?

Sessions du matin : tendances numériques et impacts sur la communication publique

Au cours de la matinée, le discours d’ouverture de Reijo Kemppinen, le directeur général presse, communication et transparence au Secrétariat du Conseil sera à écouter avec attention tant en raison de son parcours personnel (ancien journaliste, ancien porte-parole de Romano Prodi, président de la Commission européenne) que de ses dernières interventions (discours de clôture à EuropCom et interview à Euractiv).

Par ailleurs, les débats modérés par le journaliste Damien Van Achter : « Développeur éditorial chez OWNI » devraient être instructifs pour ce qui concerne la communication européenne, avec notamment :

  • Zvonimir Frka-Petešić, le directeur de la campagne de communication de l’UE sur le référendum européen en Croatie ;
  • Karolina Wozniak, la coordinatrice media sociaux au Parlement européen qui prévoit une présentation sur les usages des médias sociaux lors des futures élections européennes en 2014.

Sessions de l’après-midi : comportements et attentes des e-citoyens et services publics en ligne

Les tables rondes prévues dans le programme l’après-midi se concentreront sur les services publics numériques :

  • gouvernement et réseaux sociaux : comment le web social favorise une culture interne de la collaboration et le partage d’information ;
  • service public de l’avenir : comment mieux interagir et servir les citoyens ? applications mobiles et tactiles, open-data, géolocalisation…

« The Next Web and its Impact on Government Communication » s’annonce comme un événement –piloté par Aurélie Valtat, responsable de la communication web au Conseil de l’UE – à ne pas manquer.

Porte-parole de la Commission européenne : plus de la moitié sur Twitter

Tandis que l’attention médiatique (cf. dépêche AFP : « Avec Twitter les commissaires européens goûtent au plaisir du parler vrai ») est portée sur la présence dorénavant majoritaire des Commissaires sur le réseau de micro-blogging avec l’inscription du 14e Commissaire européen Androulla Vassiliou @VassiliouEU, l’activité charnière des porte-parole de la Commission européenne, eux-mêmes très présents sur Twitter, ne doit pas être négligée dans la communication européenne…

Le service du porte-parole, une activité charnière dans la communication de la Commission européenne

Au sein de la Direction générale de la communication, le service du porte-parole représente environ 10% des effectifs de la DG COMM avec une centaine de fonctionnaires, dont 40 porte-parole, selon la liste établie au 1er février 2012. Ce service occupe une place importante, à plus d’un titre :

  • place stratégique dans la communication de la Commission européenne, puisqu’il s’agit des quasi seuls personnels habilités à s’exprimer au nom de l’institution ;
  • place transversale au sein de l’organigramme à l’interface avec les autres directions générales, puisqu’il s’agit des quasi seuls personnels informés de toutes les initiatives de l’institution ;
  • position cardinale auprès des relais d’opinion, tant auprès des médias traditionnels que dans les médias sociaux, puisqu’il s’agit des quasi seuls personnels centralisant les échanges avec les journalistes et les inscrits sur Twitter.

Les porte-parole sur Twitter, une présence balbutiante dans la communication de la Commission européenne

Avec au total, 22 comptes Twitter chez les porte-parole pour 4 665 Tweets et 15 686 Followers à ce jour, la présence des porte-parole sur Twitter est encore balbutiante :

  • le porte-parole le plus suivi : « ECspokesKoen » est très logiquement le chef du service du porte-parole de la Commission européenne ;
  • le porte-parole le plus actif : « ECspokesRyan » est assez logiquement le porte-parole de la Commissaire Neelie Kroes, responsable de l’agenda numérique et disposant d’un compte Twitter de plus de 35 000 Followers.

Comment améliorer la présence des porte-parole sur Twitter ?

Afin de pleinement déployer la présence de la Commission européenne sur Twitter, les porte-parole auraient intérêt à mieux se faire connaître des acteurs présents en ligne (institutionnels, journalistes, bloggeurs…) via la pratique du Following.

Par ailleurs, les porte-parole de la Commission européenne devraient également mieux se coordonner avec les équipes médias sociaux des Commissaires et des directions générale afin que les infos circulent davantage entre les comptes @EUCommissaireX/Y ; @DGtruc/bidule et @ECspokemachin/chose.

Enfin, les porte-parole de la Commission européenne auraient tout intérêt à développer des listes de comptes classées par thèmes, à inclure dans leur veille en ligne des sujets de conversation relatifs à leur politique publique européenne.

L’arrivée des porte-parole de la Commission européenne – concomitante à la présence des Commissaires –se généralise, il convient maintenant de mieux l’organiser.

Comment le web social peut transformer l’UE ?

La matinée organisée par le groupe des Belles Feuilles et portant sur « institutions de l’UE & web social » invite à une réflexion plus large sur l’impact potentiel du web social sur l’UE…

Le potentiel du web social peut se résumer selon Jean-Marc Le Gall, professeur associé au Celsa, dans Le Monde du 12 décembre dernier : « Les réseaux sociaux, un vrai-faux passeport pour l’entreprise moderne », en deux transformations :

  • avènement d’une société de la connaissance : circulation et partage des savoirs et des données ;
  • mutation des institutions en réseaux : interaction entre les métiers et avec les publics.

Bon gré, mal gré, ces deux transformations – circulation des informations et interaction des individus – sont d’ores et déjà à l’œuvre dans les institutions européennes.

Le web social dans l’UE – toujours en reprenant l’analyse de Jean-Marc Le Gall pour les entreprises – est en train de « prendre le contre-pied des logiques actuelles (cloisonnement, hiérarchie de contrôle, informations descendantes, expertises séparées) ».

L’UE va devoir résoudre les contradictions inévitables entre d’une part, processus et décisions centralisés et, d’autre part, production de ces réseaux et circulation de ces informations.

Ce que le web social peut changer de l’UE : une révolution culturelle et fonctionnelle pour transformer les institutions européennes en réseaux

La force du web social va tôt ou tard créer une révolution culturelle et fonctionnelle dans les institutions européennes. De nouvelles dynamiques vont se mettre en place, selon Jean-Marc le Gall :

  • une organisation plus plate et ouverte où les niveaux hiérarchiques supérieurs ne contrôleront plus seuls la circulation de l’information,
  • un management transformé, qui intègre et encourage par facilité autant que par nécessité dans le travail la création des réseaux et accepte de ne pas tout contrôler.

Pour transformer l’UE, la révolution du web social doit combiner la transformation en profondeur de l’organisation pyramidale et des relations internes, notamment de la culture managériale.

Aujourd’hui ces transformations semblent fantasmatiques, mais demain la redistribution des pouvoirs et les pratiques coopératives seront logiques.

Ce que le web social ne peut pas changer de l’UE : une révolution politique et citoyenne pour impulser et partager des projets collectifs

En revanche, le web social ne peut malheureusement rien contre l’absence d’impulsion politique de nouveaux projets européens et à fortiori de partage de tels projets collectifs entre les citoyens européens.

Face à l’apathie des responsables européens, et par voie de conséquence au désintérêt des citoyens, le web social ne peut pas se substituer miraculeusement.

Tout comme le printemps arabe n’est pas venu des médias sociaux, même si ceux-ci ont facilité le mouvement de la société, le « printemps de l’UE » ne viendra pas du web social mais des volontés des dirigeants et des peuples européens à changer l’UE.

Ainsi, le potentiel du web social dans la transformation de l’UE est à la fois immense, notamment par ses conséquences fonctionnelles, et dérisoire, s’il n’y a pas de volonté politique pour changer.

Élection de Martin Schulz à la présidence du Parlement européen : une communication web « déconnectée »

Hier matin, Martin Schulz a été élu Président du Parlement européen. Député européen depuis 1994 et président du Groupe de l’Alliance Progressiste des Socialistes & Démocrates depuis 2004, son élection était « acquise par avance en vertu d’un pacte » passé en 2009 entre les 2 principaux partis politiques européens. En quoi, cette élection de Martin Schulz à la présidence du Parlement européen a été l’occasion d’une communication dans le web « déconnectée » ?

La déferlante des médias sociaux à Bruxelles selon France 2

La journée commence par un reportage de @beaudonnet (François Beaudonnet, correspondant permanent de France 2 à Bruxelles) dans les matins sur « L’Europe de Bruxelles gazouille ! ». En quelques minutes, la massification des usages des médias sociaux dans les institutions européennes – et de Twitter en particulier – est exposée.

La communication web de Martin Schulz, président du Parlement européen

Véritable illustration du reportage de France 2, le président du Parlement européen s’est montré particulièrement actif dans les médias sociaux :

  • lancement d’une compte Twitter @martinschulz avec plus de 1 800 Followers acquis dans la journée ;
  • animation communautaire intensive (5 publications) de la page Facebook comptant près de 11 000 likes et 397 interactions ;
  • ouverture d’un mini site vitrine dédié à Martin Schulz sur le portail Internet du Parlement européen avec pas moins de 7 portraits dès la page d’accueil.

Pourquoi parler d’une communication web « déconnectée » alors que le public semble plus que jamais massivement présent ?

Parce que l’utilisation de la communication dans les médias sociaux fait l’objet d’une véritable déconnexion entre la communication de l’avatar virtuel du Président du Parlement européen et la communication IRL (dans la vraie vie) de l’eurodéputé allemand.

Parce que les médias sociaux, conçus et naturellement portés par des interactions et des discussions authentiques entre des individus de chair et d’os sont transformés en une communication sans âme et faussement personnalisée.

Parce que la communication du Président du Parlement européen réalisée par ses communicants – comme le confirme le 4e tweet de @martinschulz – conduit à une dissonance, un langage paradoxal qui oppose d’une part, une attitude et un langage correspondant aux usages du web social et d’autre part, une action verrouillée par des professionnels et faussement spontanée.

Sans polémiquer sur l’importance des moyens mis en œuvre – qu’un autre journaliste Hughes Heaudoin, correspondant européen de LCI, souligne dans un Tweet : « L’austérité n’est pas passée par le cabinet du nouveau président socialiste du Parlement européen : 36 personnes. » – il est à craindre que l’absence d’authenticité et de véritable connexion entre les responsables politiques européens et leur public ne fassent que renforcer le fossé civique entre l’UE et ses citoyens.