Quelles sont les idées des jeunes pour l’avenir de l’Europe ?

La consultation « New Narrative for Europe » destinée à ouvrir le débat sur l’avenir de l’Europe auprès des jeunes et recueillir leurs idées et priorités pour l’Union européenne est riche d’enseignements. Que retenir ?

Une communication d’engagement : une multitude d’activités par le biais de dispositifs créatifs

Entre juin 2016 et en avril 2017, la campagne de communication a permis de recueillir 562 contributions de jeunes, avec un très petit nombre d’entrées en double, via des mécaniques complémentaires :

  • une plateforme en ligne avec un questionnaire pour répondre à des questions clés ;
  • trois concours sur les médias sociaux pour partager des idées à travers notamment un concours photos #MyEuropeMyFuture et un concours vidéo #EUvision ;
  • plusieurs événements d’engagement, tant pour la prise de conscience que pour la formulation politique ;
  • des ambassadeurs pour attirer l’attention des jeunes les moins engagés.

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Le principal enseignement de cette campagne repose sur l’idée que la multiplicité des activités – quoique utile compte tenu de la diversité des jeunes – a inégalement contribué au succès de la démarche tandis que la créativité – plus c’est simple, plus c’est efficace – a favorablement favorisé l’engagement.

Un livrable de 12 recommandations d’actions pour l’Europe

En janvier 2018, 100 jeunes venus de toute l’Europe se sont réunis pour conclure les discussions et formaliser 12 recommandations concrètes d’actions pour l’Europe :

  1. Faciliter l’accès à l’information pour les jeunes qui veulent se déplacer et travailler à l’étranger en vue d’encourager l’emploi des jeunes.
  2. Augmenter les opportunités pour les jeunes au-delà des formats actuels (Erasmus + ou le Corps européen de solidarité) et apporter plus de soutien linguistique disponible.
  3. Améliorer l’image des jeunes sur le lieu de travail pour souligner les contributions qu’ils peuvent apporter aux entreprises.
  4. Organiser des événements ou des roadshows pour amener l’UE dans les zones rurales et reculées.
  5. Diffuser des informations sur l’UE par le biais de canaux médiatiques innovants dans plusieurs langues, tels que des films / séries et des jeux de simulation.
  6. Promouvoir l’UE et ses valeurs à l’intérieur et à l’extérieur par le volontariat.
  7. Promouvoir la pensée critique et les compétences de recherche pour lutter contre les fausses nouvelles et l’extrémisme à travers l’éducation citoyenne.
  8. Soutenir le développement d’expériences d’apprentissage créatives, expérientielles et immersives et d’événements culturels et artistiques à travers lesquels les jeunes peuvent s’engager dans les questions politiques qui les affectent et développer des solutions.
  9. Trouver un champion et un modèle pour les jeunes qui font la promotion des droits des jeunes, mais aussi comprendre comment les jeunes se mobilisent et s’engagent.
  10. Soutenir le recyclage et les actions environnementales positives plus largement.
  11. Rendre les informations sur les options de transport durable à travers les frontières plus facilement accessible.
  12. Développer des moyens créatifs et engageants pour soutenir l’environnement et les changements de comportement, à travers par exemple une application ou une production de théâtre / film.

Le second enseignement de cette étape clé consiste à parvenir à proposer une synthèse suffisamment concrète afin qu’elle puisse être exploitable par les pouvoirs publics européens.

Un sondage Eurobaromètre pour tester et confirmer les idées des jeunes Européens

Les idées présentées ont été testées dans un sondage Eurobaromètre en septembre 2017 auprès de 11 000 citoyens âgés de 15 à 30 ans afin de vérifier leur large écho.

eurobarometre_flash_jeunes_avenir_europeSous l’angle des politiques prioritaires que l’UE devrait entreprendre à l’avenir, la plupart des grandes thématiques se recoupent avec les recommandations des jeunes :

  • Plus de la moitié des jeunes Européens considèrent que l’UE devrait placer l’éducation et les compétences au rang de ses priorités absolues ;
  • Au moins la moitié considère la protection de l’environnement et la lutte contre le changement climatique comme des sujets prioritaires ;
  • L’emploi (42%), la gestion des flux migratoires et l’intégration des réfugiés (40%) représente également des priorités pour l’UE selon les jeunes.

Quant aux actions prioritaires que l’UE devrait mettre en œuvre, les idées clés se retrouvent largement :

  • Promouvoir l’esprit critique et la capacité de rechercher l’information pour lutter contre le phénomène des fausses informations (les « fakes news ») et l’extrémisme (49 %) ;
  • Faciliter l’accès aux informations sur l’installation et le travail à l’étranger (49 %) ;
  • Promouvoir les changements de comportement au moyen d’initiatives respectueuses de l’environnement, telles que le transport durable ou les systèmes de recyclage en Europe (40 %).

Le dernier enseignement est fondamental : s’assurer de la représentativité paneuropéenne des recommandations recueillies auprès de jeunes en Europe permet de donner plus de légitimité à l’ensemble de la démarche.

Au total, la consultation des jeunes Européens se révèle fort intéressante au regard des futures consultations citoyennes européennes : seules la créativité et la diversité des actions de communication permettent de générer de l’engagement et seules des recommandations à la fois concrètes et représentatives peuvent parvenir à vraiment contribuer à la transformation du futur de l’Europe. 

Consultations citoyennes européennes : quelle communication pour libérer la parole sur l’Europe ?

Inspirée de l’idée chère à Jurgen Habermas d’espace public européen, les consultations citoyennes européennes participent d’une délibération reposant sur la mise en commun des paroles citoyennes dans un débat contradictoire. Belle idée, effectivement. Mais, concrètement, comment parvenir à libérer la parole sur l’Europe largement mise sous le boisseau depuis l’échec du projet de Constitution pour l’Europe ?

Incarnation : une représentation incarnée des enjeux de l’Europe via des ambassadeurs européens

Première étape pour libérer la parole des Européens, il faut pouvoir porter les arguments et les visions de l’Europe, faire la pédagogie des projets. En somme, il faut créer un désir d’avenir qui soit porté dans la société et les médias.

Cette évidence doit être l’occasion de sortir des sentiers battus et des figures éculées de l’Europe et se traduire donc par de nouvelles personnalités représentatives de l’Union européenne qui agiraient en tant qu’ambassadeurs européens, de figures médiatiques, susceptibles d’intervenir dans les médias traditionnels/audiovisuels pour présenter les consultations démocratiques et encourager les gens à y participer.

Pour le rapport de l’Assemblée nationale « Conventions démocratiques de refondation de l’Europe : comment libérer la parole ? », « proposer « à des personnalités culturelles et sportives célèbres de devenir des ambassadeurs de l’Union » » permettrait « d’assurer un fort retentissement aux conventions tout en encourageant les citoyens à y participer, sans en faire un événement gouvernemental et de symboliser la prise en main par la société civile de ces événements ».

Labellisation : une discussion organisée via des événements labélisés

Deuxième étape pour libérer la parole de la majorité silencieuse, en particulier des indécis, des modérés et de tous les publics occasionnels de la cause européenne, il s’agit d’assurer une présence sur le terrain aussi large que possible pour faire en sorte que se rencontrent les sachants et les non-sachants.

Cette nécessité vise à recréer des liens entre les individus, assurer une meilleure écoute et prise en compte des réalités individuelles au-delà des arguments fédéralistes ou souverainistes et créer in fine une participation sans filtre, sans biais et sans tabou.

Au-delà de la représentativité des opinions qui participe immanquablement à renforcer la légitimité de la démarche dans son ensemble, une large consultation du public, en particulier celui qui se désintéresse de l’Union européenne, doit viser in fine la reconquête des abstentionnistes des élections européennes, tant par indifférence que par méconnaissance.

Là encore, le rapport parlementaire imagine une double démarche consistant à appuyer les événements correspondant à la méthodologie spécifique à la consultations démocratiques européennes par des divers événements populaires labellisés « à l’instar de concerts, d’événements sportifs, de rencontres entre étudiants ou encore de salons littéraires », de nuits blanches, de festivals, voire de commémorations d’événements historiques (…) afin de mobiliser le grand public et de démontrer in vivo la dimension européenne

Démultiplication : une réappropriation massive via une plateforme numérique et les réseaux sociaux

Troisième étape, le relais et l’amplification en ligne doit permettre d’assurer une démultiplication, une pollinisation positive – un good buzz – en mettant les technologies numériques, et en particulier les réseaux sociaux, au service de la diffusion et de la réappropriation massive du très grand public.

Les relais numériques peuvent permettre à moindre coût de consulter une masse critique de citoyens européens pour faire émerger une opinion représentative à condition de lutter contre plusieurs limites : éviter les effets liés au design de la plateforme, les biais d’interface et d’interaction, lutter contre la fracture numérique et surmonter l’appréhension devant la complexité des politiques européennes.

Au total, les défis pour libérer la parole et canaliser ses formes d’expression sont nombreux. Les fondamentaux d’une communication reposent sur une réelle incarnation, des événements populaires et une réapparition massive de la part des citoyens.

La parodie, nouvelle forme de communication sur l’Europe ?

Avec l’été, regardons du côté d’une nouvelle forme d’expression apparue essentiellement sur Twitter, à la fois sans doute un peu dérisoire mais aussi significative, par sa fraîcheur et son humour d’une sorte de consécration pour happy few de l’intérêt pour l’Europe…

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Le précurseur satirique : Berlaymonster

Les ingrédients du succès ont été concoctés dès 2009 par @Berlaymonster, via un blog et un compte Twitter, très très bien informés, sans doute même au cœur de la salle de presse de l’UE, toujours juste et cruel ou plutôt cruel mais juste, avec des visuels percutants surfant sur les cultures du web.

L’inspiration de cette nouvelle forme de communication réduite à un public de connaisseurs, seuls capable d’apprécié un humour mêlé aux affaires bruxelloises, est d’ailleurs venue en partie de l’expérience d’une présence entièrement fictive mais reprenant tous les codes officiels, notamment les EUtweetchats, via un faux Commissaire : @KunardoczEU, une fausse porte-parole : @MarinaSpokesEU et un faux social media manager : @KindsterFre pilotés par Berlaymonster.

Avec une production moindre, en volume, intérêt et qualité, @Parliamonster, qui se concentre davantage sur les jeux politiques au Parlement européen, se présente comme une « imitation, la flatterie la plus sincère » de Berlaymonster.

Le détournement des politiques

Seule une minorité, sans doute secrètement enviée, fait l’objet d’un traitement parodique au sein de la classe politique européenne. Ces comptes parodiques ont d’ailleurs largement tendance à échanger dans leur propre bulle entre eux.

A tout seigneur, tout honneur. C’est Jean-Claude Juncker qui jouit du compte parodique – @Juncker_JC – le plus suivi avec près de 6 500 abonnés, quoique le Brexit ait sonné la fin, temporaire souhaitons-le, de son activité.

Le Vice-Président de la Commission est également très détourné avec plusieurs comptes parodiques à son actif : d’abord @FransUnderwood « Vice President of the United States of Europe » (750 abonnés), compte parodique de campagne en 2014, ensuite @Timmerfrans_EU (1 100 abonnés) aujourd’hui inactif et enfin @TimmerfransEU (400 abonnés) qui révèlent plusieurs de ses traits de caractères.

Quelques figures de la Commission ont également le rare privilège de faire l’objet d’un compte parodique :

  • Günther Oettinger, devient @GOettinger : « Kommissar for se Internet and a Digital-Irrläuferle »
  • Margrethe Vestager, devient @Vestager_EU : « The new Queen of Europe, a.k.a. #AuntieTrust »
  • Miguel Arias Cañete, est détourné en @MAC_europe : « EU Fuel & Pollution Commissioner. At 66, beginning new career that asks how do we clean-up all this mess we’ve made? »
  • Maroš Šefčovič, devient @SefcovicEU : « the #EnergyUnion guy »

La parodie des hauts fonctionnaires

Les hauts fonctionnaires bruxellois ne sont pas oubliés, avec des comptes parodiques qui s’en prennent à leurs travers :

  • Le chef de cabinet de Juncker devient « @mseltzermayr – Chef de Drinks Cabinet for @juncker_jc »
  • Le Secrétaire général de la Commission européenne devient « @ItalianerEU – Running the @EU_Commission since 1 September 2015. Secretary General. Filling @Cathy__Day’s big shoes”
  • Le porte-parole en chef est détourné en « @Margaritisville – I speak, you listen. Got it? Chief flack for @EU_Commission & @JunckerEU »
  • Les Gracques, Collectif de haut-fonctionnaires français, devient @lesgrecques, Collectif de bas-fonctionnaires européens

Au total, ces prises de parole décalées, inattendues ou improbables montrent une forme d’attachement qui s’adresse à une très faible minorité.

Quand l’Europe fait le buzz, ça donne quoi ?

Avec la période estivale, autorisons-nous de laisser sur le bas-côté les sites institutionnels de l’UE pour prendre les sentiers battus des pure players qui font le buzz en ligne. Qu’est-ce qui ressort, tant en termes de sujets que de recettes ?

Les clichés sur les Européens

Sans doute la catégorie la plus représentée, les listicles sur les clichés sur l’Europe et les Européens sont nombreux, comme cet exemple du pire où chaque nation européenne est revisitée par les autres Européens.

Brut : la micro-vidéo sur la colère de Juncker au Parlement européen

Brut sort en quelques heures la vidéo « Le Parlement européen est ridicule » sur la « grosse embrouille à propos de l’absentéisme des députés entre Jean-Claude Juncker, le président de la Commission et Antonio Tajani, le président du Parlement européen. ». Gros résultats (à l’échelle des affaires européennes) avec plus de 2 500 réactions, 2 100 partages et plus de 300 commentaires dans la journée.

Topito : un tour des avantages émanant de l’Europe

L’avertissement de l’article « Top 10 des trucs cools du quotidien que l’on doit à l’Union européenne, vive l’Europe » est sans détour. Il s’agit de « montrer que certains acquis de notre quotidien émanent directement des législations européennes sans qu’on le sache ; or, ces trucs sont vraiment avantageux. » :

  • Les avantages liés à la mobilité : fin du roaming, remboursement partiel du billet en cas de retard de trains dès 30 minutes, remboursement pour les problèmes aériens
  • Les avantages culturels : financement du cinéma et gratuité des musées nationaux pour les moins de 26 ans
  • Les avantages étudiants : Erasmus et harmonisation LMD des diplômes
  • Les avantages consuméristes : protection des données personnelles, traçabilité des OGM, garantie automatique de deux ans pour tous les biens électroménagers

Conclusion sentencieuse de Topito : « L’Europe, ça dépote ! » : « C’est aussi peut-être à cause de leurs slogans nuls et de leur communication triste qu’ils sont aussi détestés les Européens ».

Buzzfeed : un tour d’Europe culturel et sociétal autour de 28 cartes

Autant de cartes que d’Etats-membres, un choix subliminal chez Buzzfeed qui se révèle particulièrement instructif sur ce qui constitue l’identité européenne et les centres d’intérêt culturel et sociétaux :

  • Du classique, avec des cartes sur les langues les plus parlées après la langue maternelle ou encore la consommation de bière ;
  • De l’attendu, avec des cartes sur la richesse et le chômage, en particulier des jeunes mais aussi sur les vacances scolaires, le nombre de jours de congés mais aussi l’ensoleillement ;
  • Du « geek », avec le nombre de vidéos proposées par Netflix, ou le nombre de bandes de métal ;
  • Du sociétal avec le recyclage, les lois anti-gays, le mariage pour tous…

Au total, ces formats originaux sont riches d’enseignements sur ce qui fonctionne pour toucher un très large public.

Médias et réseaux sociaux les plus influents à Bruxelles

L’enquête 2017 « EU Media Survey » de ComRes/Burson-Marsteller a paru et les résultats, portant sur la lecture des médias et l’usage des réseaux sociaux auprès des élus européens, des fonctionnaires européens des « opinion formers » bruxellois sont éclairants…

Un paysage médiatique européen bousculé par Politico Europe

Dernier arrivé mais premier au classement des médias les plus consultés, dans les 3 catégories de publics, Politico Europe réalise une belle prouesse en coiffant au poteau à la fois les grands médias anglo-saxons (BBC, FT, The Economist, NYT) et les médias européens (Euractiv, Euronews, EU Observer).

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Un écosystème des réseaux sociaux dominé par Facebook

La fréquentation de Facebook domine les usages quotidiens, et progresse même, contrairement à Twitter et Youtube. Facebook est aujourd’hui utilisé par un eurodéputé européens sur trois contre seulement un eurocrate sur trois.

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Une influence média préemptée par Politico Europe et Twitter

Dans le « match » entre médias traditionnels et médias sociaux (qui peut largement se débattre), Politico Europe est là encore en tête du classement, mais à égalité avec Twitter pour la partie de ceux qui les considèrent « very influential ».

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A ce petit jeu, la presse anglo-saxonne culmine en termes d’influence tandis que Facebook disparaît en queue de peloton.

Dans le détail auprès des trois publics ciblés, ce qui frappe, c’est davantage l’influence très différente qu’octroie chaque public aux médias sociaux : pour les élus, les réseaux sociaux sont au top, mais pour les fonctionnaires, c’est l’inverse.

medias_europe_2017_influenceAu total, le paysage médiatique bruxellois est très largement impacté par l’arrivée récente de Politico Europe et par des usages de plus en plus différenciés des médias sociaux selon les audiences.