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Projet DeFacto : le fact-checking à l’européenne pour une meilleure écologie de l’information

Fléau contemporain aux conséquences cataclysmiques, la désinformation décuplée à l’heure des réseaux sociaux fait l’objet d’un vaste programme européen financé par l’UE, visant à mettre au travail ensemble les chercheurs, les journalistes et les éducateurs aux médias, à découvrir grâce à Dominique Cardon lors de Médias en Seine

Enseignements pour un fact checking 2.0

Du côté de l’AFP, les enseignements sur la désinformation sont d’une part qu’elle est une grande voyageuse, qui franchit les barrières linguistiques sans frontière et d’autre part qu’elle est très résiliente, à l’échelle de décennies. Certes, l’amplification sur les réseaux sociaux n’est plus à démontrer, mais la sophistication des moyens pour y répondre a beaucoup progressée : plus de 120 personnes à temps plein travaillent sur la vérification des photos, des vidéos et des données.

Du côté de la recherche, Dominique Cardon, directeur du Medialab à Sciences-Po analyse plusieurs tendances :

Une meilleure compréhension de la réception de la désinformation qui n’oppose pas des gens rationnels à des profils crédules ou encore qui n’observe pas d’enfermements dans des bulles. En revanche, la vitesse de circulation de l’information ainsi que la qualité inégale des sources d’information impactent l’opinion publique.

Une meilleure compréhension du rôle de la visibilité donnée à la désinformation, qui ne vient pas des caves du web que sont les zones contre-informationnelles mais de la responsabilité prise par des grands médias ou des acteurs politiques, ce qui devrait entraîner davantage de réflexion sur la régulation de l’information dans l’espace numérique.

Une meilleure compréhension de la relation entre le système d’information et la démocratie, qui ne se réduit pas à la factualité et à la rationalité mais implique également la participation des publics, ce qui implique de penser à des dispositifs où la capacité d’attention des publics est orientée vers une argumentation raisonnable et rationnelle ouverte aux publics.

Du côté des éducateurs aux médias, rappelons que le CLEMI existe depuis plus de 30 ans, la mobilisation se construit en formant les enseignants à l’éducation aux médias pour irriguer les différentes matières et en produisant des contenus utiles pour les familles. L’action ne doit pas se limiter à lutter contre la désinformation mais également donner une vision globale de l’information et du journalisme au travers de méthode pédagogique active, comme le jeu de rôle Classe Investigation pour donner aux élèves les moyens de se saisir des contraintes liées à la production de l’information journalistique.

DeFacto : un projet paneuropéen de fact-checking entre chercheurs, journalistes et éducateurs aux médias

D’ici 2022, le hub rassemblera des projets dans tous les États-membres de l’UE pour des actions coordonnées pour se battre contre la désinformation dans des proportions et avec des moyens totalement inédits.

Le pluralisme des fact-checkers sera représentatif et l’indépendance absolue des consortiums nationaux assurée vis-à-vis des pouvoirs politiques. La déontologie journalistique et la démarche scientifique présideront aux travaux de recherche, d’enquête, de remise de compte.

Afin d’apprendre à travailler ensemble avec une focale large, plusieurs éléments sont prévus, comme un fact-checking enrichi entre chercheurs et journalistes, des outils de recherche pour l’éducation aux médias, des rencontres publiques pour communiquer avec les publics et des réseaux de fact-checkers.

L’éducation aux médias, partie prenante des actions de l’UE dans le cadre du programme Europe Créative de l’UE, permettra au différents acteurs d’échanger sur leurs pratiques et partager leurs travaux. Une enquête sur les pratiques informationnelles auprès des jeunes sera réalisée afin de mesurer les résultats.

Une grande consultation citoyenne sera réalisée afin de réfléchir à l’impact de la révolution numérique sur la consommation informationnelle et dans le but d’orienter les travaux selon les besoins et les ressentis des publics.

Rendez-vous courant décembre prochain pour l’ouverture de la plateforme DeFacto.

En Europe, qui fait confiance aux médias et qui est prêt à payer l’information ?

Le festival Médias en Seine offre une perspective contemporaine, grâce à des experts du Reuters Institute, sur la relation compliquée autour de l’information entre l’audience et les médias d’information…

Poids de la défiance dans l’information en Europe

Rasmus Kleis Nielsen estime que nous vivons dans la culture du scepticisme, car la confiance est perturbée tant parce qu’elle est fragile mais surtout parce que la confiance peut être dangereuse si elle est placée dans des institutions qui n’en sont pas dignes. La confiance correspond à la réputation obtenue en fonction de l’attachement émotionnel, de la relation de proximité et de la familiarité dans les connaissances.

Principaux indicateurs de la confiance dans les médias d’information en Europe :

Fortes variations en Europe, entre une forte confiance en Europe du Nord, une confiance minoritaire dans les médias en Europe de l’Est et une situation dégradée propre à la France ;

Majoritairement, les citoyens européens accordent une confiance sélective dans quelques médias de « référence », ceux qui n’accordent pas leur confiance s’intéressent peu à la politique et n’ont pas d’intérêt pour l’actualité.

Plusieurs pistes sont dessinées pour regagner la confiance, qu’il s’agisse d’un nouveau contrat en termes de transparence du média, d’une nouvelle forme de présence du média sur les plateformes digitales, voire de nouvelles voies de dialogue.

Faiblesse de l’abonnement à l’information en Europe

Nic Newman observe des disparités importantes entre les pays européens en termes d’abonnement aux médias d’information, entre les pays nordiques les plus exemplaires avec une moyenne de 28% et les grands pays comme l’Allemagne et la France autour de 10%.

Néanmoins, la tendance est plutôt à une évolution progressive, marquée par des événements nationaux, même si quelques éditeurs raflent souvent l’essentiel des abonnements, quoique l’accès à l’information locale soit également appréciée. En général, la moyenne des abonnés est de 50 ans et le nombre d’abonnement est en moyenne d’un seul.

Raisons de ceux qui s’abonnent : les valeurs, l’exclusivité des contenus ; le prix et la praticité de l’info ; la diversité des points de vue

Raisons de ce qui peut convaincra ceux qui ne paient pas : des contenus de meilleure qualité, une expérience sans pub

Tandis que 50% des citoyens estime que rien ne pourrait être fait pour les convaincre de s’abonner à un média d’information, la même proportion se retrouve du côté des journalistes convaincus du modèle économique de l’abonnement pour le financement des médias.

Pour les médias d’information, la diversification des sources de revenus – via en moyenne 4 ou 5 canaux comme la publicité, les micro-dons, les événements en ligne, le e-commerce – représente une nécessité pour assurer leur pérénnité.

Quels sont les défis de la Conférence sur l’avenir de l’Europe ?

Afin d’embarquer les citoyens européens dans la démarche inédite de démocratie participative à l’échelle paneuropéenne avec la Conférence sur l’avenir de l’Europe, les défis de la participation citoyenne à relever sont nombreux. Quels sont-ils à l’écoute de l’événement de la Maison de l’Europe de Paris consacré au sujet en juin dernier ?

Le défi de l’information et de la communication

Premier défi pour le succès de la Conférence sur l’avenir de l’Europe, la mobilisation des citoyens reposera sur une démarche complète.

Pour la première fois dans ces proportions, toutes les institutions européennes travaillent ensemble à une entreprise collective d’information et de communication avec des actions à l’échelle bruxelloise et surtout dans les États-membres, de concert avec les gouvernements nationaux.

La mobilisation des multiplicateurs, des relais, des médias en particulier audiovisuels, des influenceurs, des acteurs de la société civile sera déterminante pour attirer les publics les moins représentés : les jeunes, les femmes, les moins diplômés, les ruraux, etc.

Les défis institutionnels

Pour le Parlement européen, selon Isabelle Coustet, chef du bureau du Parlement européen à Paris, l’institution motrice de la Conférence sur l’avenir de l’Europe sera représentée par un président et des observateurs des groupes politiques dans le conseil exécutif et par 108 eurodéputés sélectionnés pour participer à l’assemblée plénière de la Conférence.

L’enjeu du calendrier est sensible puisque la Conférence étant prévue sur 2 ans, mais les échéances électorales notamment en France pèsent pour accélérer la démarche.

Pour la Commission européenne, selon Sixtine Bouygues, Adjointe au Directeur général à la Direction de la communication, la plateforme digitale, véritable hub où convergent les propositions des citoyens en direct et des conclusions des événements décentralisés est crucial, en proposant une traduction automatique de toutes les contributions dans les 24 langues de l’UE.

L’enjeu de donner le même poids à toute les idées est clé pour la participation. De même, l’enjeu des conclusions, l’engagement formel pris par les autorités, est le plus important. Une première analyse avec une intelligence artificielle fera le tri des propositions et des équipes d’analystes rédigeront 2 rapports intermédiaires et un rapport final. Les participants aux panels et les représentants dans la plénière s’appuieront sur ces éléments pour débattre et adopter les conclusions finales.

Les défis de la société civile

Pour Guillaume Klossa d’Europanova, la nécessité d’associer les citoyens européens à la réflexion européenne doit aussi répondre au besoin de comprendre les transformations en cours pour faire émerger des idées nouvelles. La participation sera d’autant plus importante que l’on consulte directement les citoyens au niveau européen et la consultation sera d’autant plus crédible qu’elle ne reposera pas uniquement sur la volonté des institutions.

Comment faire de la Conférence sur l’avenir de l’Europe un succès ?

Timing : on ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif, il n’y a pas cette soif aujourd’hui avec la pandémie.

Méthodologie : on questionne les gens sans que la prospective ne soit maîtrisée, il faut un énorme travail de pédagogie pour faire connaître les potentialités européennes.

  • Communication : on doit mettre sur la table des moyens budgétaires conséquents pour crédibiliser la démarche et l’implication des gouvernements nationaux.
  • Outils : dans les débats publics, les vraies bonnes idées murissent et arrivent vers la fin quand le sujet est à maturité. Faire passer des attentes de protection actuelles à des besoins de projection prendra du temps.
  • Gouvernance : le leadership politique n’est pas assez incarné et la co-construction avec la société civile n’est pas suffisante, il faut davantage de collaboration et des rencontres entre les médias et les leaders d’opinion.
  • Instrumentalisation : le sentiment d’un risque d’instrumentalisation doit être maîtrisé.
  • Médiatisation : pour que la communication auprès des journalistes marche, il faut pouvoir raconter de belles histoires, ce critère n’a pas été intégré dans la sélection des participants.

Pour Thomas Dorget, de Confrontation Europe, la réflexion sur de nouveaux biens communs européens doit toucher les non convaincus, ce qui pose la question des défis suivants :

  • Collectivités territoriales : améliorer l’implication des territoires comme acteur de la délibération, surtout pour évaluer l’impact des politiques publiques européenne dans la vie quotidienne afin de revitaliser la vie politique.
  • Associations : impliquer le tissu de la société civile comme contributeur aux panels, surtout les associations de consommateurs, sur l’environnement, etc. afin d’élargir la participation.
  • Entreprises et syndicats

La finalité est d’arrimer un processus démocratique participatif pérenne au système européen et la France a un rôle particulier à jouer pour faire bouger la capacité réformatrice afin de changer de manière durable l’Europe. 

Afin de reconnecter les citoyens européens éloignés de l’Europe, celle-ci doit prendre son risque pour trouver de nouvelles façons originales et surprenantes de parler d’Europe.

Pour une charte de la formation et de l’information des citoyens de l’Europe

Lors d’une conférence sur la Conférence sur l’avenir de l’Europe : enjeux, méthodes et impact de la maison de l’Europe de Paris le 23 juin dernier, Alain Lamassoure recommande une idée utile à creuser…

Le moment de la démocratie participative européenne

Pour Alain Lamassoure, même si ce n’est jamais le bon moment opportun pour prendre des décisions décisives et même si le calendrier est compliqué par les campagnes électorales dans les deux plus grands États-membres de l’UE avec l’Allemagne en septembre prochain et la France en avril 2022, l’occasion est à saisir, surtout que l’on sait que l’Europe avance dans les crises et que la pandémie a été un sacré accélérateur.

Alors que des majorités se dessinent dans les Eurobaromètres pour traiter d’abord au niveau européen de nombreux enjeux comme la défense, la sécurité, la recherche, le climat, etc., le problème de l’Europe est de traduire le sentiment européen des citoyens en politiques publiques européennes. L’enjeu de la conférence sur l’avenir de l’Europe est de mener un débat authentiquement européen à l’échelle de l’Union européenne, ce que les élections européenne ne sont pas parvenues à faire jusqu’à présent.

L’échec de la formation et de l’information européennes

Du côté de la formation, sujet de prédilection pour Alain Lamassoure, la construction européenne n’est pas enseignée dans le cadre des cours d’histoire dans la moitié des États-membres à l’heure actuelle. Cet échec est essentiellement du fait des politiques nationales.

Du côté de l’information, la question est particulièrement problématique en France qui se situe en queue de peloton sur la médiatisation de l’actualité de l’Union européenne dans les journaux télévisés des principales chaînes de télévision et de radio nationales.

La réussite d’une charte sur la formation et l’information européennes

La proposition d’Alain Lamassoure serait de rédiger une charte d’engagement sur la formation et l’information des citoyens sur l’Europe afin de mobiliser les institutions européennes, les ministères nationaux, les grands médias d’information, voir les principaux réseaux sociaux.

Cette charte viserait à poser les bases d’une approche commune afin de corriger les insuffisances trop nombreuses de la formation scolaire à l’Europe, en passant par l’information générale sur les décisions de l’Union européenne et la médiatisation plus large des problématiques européennes dans les sociétés.

« Ne demandez pas ce que l’Europe pourrait faire pour vous, mais ce que vous pouvez faire pour l’Europe », c’est avec cette fameuse citation de John Fitzgerald Kennedy que conclut Alain Lamassoure.

Comment l’Europe peut (re)faire la course scientifique et technologique en tête ?

Alors que l’objectif idéal de 3% du PIB pour les dépenses de Recherche & Développement n’a jamais été atteint dans l’UE, l’innovation est l’une des clés de l’avenir de l’Europe, comme le rappelle un colloque au printemps à l’Assemblée nationale « Europe urgence, Europe espoir »

Cédric Villani : « la maîtrise scientifique et technologique par l’Europe est une question de souveraineté »

Le président de l’office parlementaire d’évaluation des choix scientifique et technologique est sans détour : l’UE se forgera une légitimité dans notre conscience collective si elle investit sa recherche dans les thématiques clé de l’avenir.

Son expérience au sein des Conseils scientifiques auprès de la Commission européenne est décevante : le 1er organe sous Barroso aura été stérile en termes d’impact tandis que sous Juncker, ce dernier ne s’y est jamais intéressé.

Son expérience plus récente de parlementaire le conduit à plusieurs observations :

  • En matière d’intelligence artificielle, l’UE ne souffre pas d’un manque de cerveaux, mais de capitaux publics ou privés, en particulier dans le cycle aval de l’innovation et du développement économique.
  • En matière de recherche publique, les modèles aux États-Unis de DARPA et de BARDA très enviée dans l’UE montrent la nécessité de développer une convergence des capitaux pour agir de façon souple et forte.
  • En matière de sujets d’importance capitale, comme la transition énergétique-climatique / agro-écologique et numérique, les progrès passeront par des avancées au niveau européen.

Son expérience de scientifique le conduit à citer Einstein : « il est plus facile de casser un atome qu’un préjugé », or il faut changer de culture :

  • Les structures d’investissement reposent sur un engagement de long terme aux USA avec Amazon ou SpaceX tandis que les pouvoirs publics européens ne le font pas.
  • Les structures de financement reposent sur des prises de participation dans le capital aux USA contrairement aux dettes et emprunts européens.
  • Les structures d’acquisition de startups privilégient le rachat par des géants nationaux et le protectionnisme contre les puissances étrangères aux USA tandis que l’UE souffre de l’absence de géants et de faibles protections.

Il faut apprendre de nos expériences, sur tous les continents, pour garder la maîtrise scientifique et technologique en Europe.

Magali Vaissière : « la priorité aux utilisations du spatial au service des grands défis climat et digital »

Pour la directrice télécommunication et applications intégrées à l’Agence spatiale européenne de 2008 à 2020, les évolutions du secteur spatial sont importantes :

  • La France, pionnière dans le spatial, est le 2e investisseur au monde par habitant derrière les États-Unis.
  • Le développement commercial du spatial est passé par le développement de la télévision satellitaire, pour en faire un marché très concurrentiel des lanceurs et des satellites.
  • SpaceX, soutenu par le gouvernement américain a développé Starlink pour un accès universel par satellite à Internet, avec plus de 1200 satellites, un service en beta aux USA depuis juillet 2020 et un accord de l’Arcep pour un déploiement en France.

Que faut-il faire au niveau européen ?

  • Agir vite pour rester dans le peloton de tête
  • Rompre l’isolement du secteur spatial, se nourrir des progrès du secteur numérique
  • Réduire la dépendance dans les domaines critiques comme les superconducteurs
  • Encourager de nouveaux concepts de rupture
  • Stimuler la compétition entre solutions et partenariats publics/privés
  • Viser des grands projets qui ont un impact sur le marché
  • Prendre des initiatives sur les sujets de régulations, notamment les débris spatiaux
  • Développer davantage la prise de risque par les pouvoirs publics, d’autant que l’Europe manque de grands entrepreneurs