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Réflexions sur la culture de communication de l’Union européenne

A l’occasion de l’alerte nucléaire lancée par la Commission européenne après un incident en Slovénie, un choc des pratiques en matière de communication se dessine…

Après la catastrophe de la centrale soviétique de Tchernobyl, l’UE a crée, en 1987, le système d’alerte Ecurie (European Community Urgent Radiological Information Exchange). Chaque Etat membre peut ainsi communiquer aux membres du réseau en cas « d’accident nucléaire majeur ou d’urgence radioactive ».

Selon le porte-parole de la Commission chargé de l’énergie, l’Espagnol Ferran Tarradellas, Ecurie est fréquemment utilisé mais – comme l’indique Le Monde – « il est très rare que Bruxelles juge que l’incident vaille la peine d’être rendu public ».

Souhaitant rompre avec cette culture du silence en revendiquant une nouvelle « culture de communication en matière nucléaire », impulsée par le Commissaire à l’énergie Andris Piebalgs, la Commission européenne a diffusé auprès des médias un message d’alerte nucléaire, mercredi 4 juin, après un incident survenu dans la centrale de Krsko, en Slovénie.

L’esprit de transparence qui anime cette nouvelle pratique de communication n’a pas été sans soulevé des réactions mettant en cause son sens des responsabilités (« aurait-elle sur-réagis ? »). Pour, Ferran Tarradellas, porte-parole de la Commission, « je préfère être accusé d’être trop transparent »…

Le point de vue de Jacques-René Rabier sur la communication européenne

Dans un entretien à EurActiv, Jacques-René Rabier, le fondateur de ce qui est devenu la DG Communication de la Commission européenne, et ancien collaborateur de Jean Monnet précise sa vision de la communication européenne. Extraits…

Vous venez de participer au Congrès de l’Europe de La Haye, organisé par le Mouvement européen. Cet évènement a essayé de recueillir, filtrer et discuter « 60 idées pour l’Europe « , présentées aux Présidents des Institutions européennes. Ce type d’initiative peut-il rendre l’Europe plus démocratique ? Des thèmes vous ont-ils marqué ?

L’initiative est intéressante, moins peut-être parce qu’elle apporte aux décideurs (ou aux chercheurs) que par ce qu’elle incite les répondants à réfléchir, imaginer et…répondre. On retrouve dans ces 60 idées – et plus encore dans le classement qui en a été fait par les participants au Congrès – des thèmes qui sont largement traités par les médias : ce que j’appellerai, sans connotation péjorative, la « rhétorique ambiante ».

Qu’est-ce qui manquait, par exemple : l’avenir imaginé (ou souhaité) pour l’Union européenne à l’horizon 2068, puisqu’il s’agissait, cette année, à La Haye, de rappeler les progrès obtenus depuis 1948.

Vous êtes le fondateur de ce qui est devenu la Direction Générale de la communication de la Commission. Depuis toujours, celle-ci semble hésiter entre information et communication. Quelle approche recommandez-vous ?

Les mots ont une certaine importance…(« Mal nommer un objet, c’est ajouter au malheur de ce monde », disait Albert Camus). Information, au sens habituel, c’est donner forme, ou tout au moins une aptitude à prendre connaissance; communication, c’est établir une relation en vue de transmettre quelque chose à quelqu’un. Je n’en fais pas une querelle de vocabulaire, mais, pour simplifier mon propos, je dirais que la communication c’est le tuyau, et l’information ce que l’on veut (ou tout au moins ce que l’on souhaite) faire passer…

A un cours que je donnais en 1965 à l’Institut d’Etudes Européennes de l’Université libre de Bruxelles, j’avais donné comme titre : « L’information des Européens et l’intégration de l’Europe » ; cela signifie que, dans ma conception, l’information n’est pas neutre ; elle annonce les couleurs et, bien sûr, suscite la discussion, en prenant garde de ne pas dériver vers la propagande et l’endoctrinement. Son contenu : des « news », évidemment, mais aussi des valeurs et des symboles. Toutes les institutions de l’Union européenne devraient contribuer à cette politique d’information du public, et je dirais plutôt des citoyens et citoyennes.

Mais je pense que chaque institution doit agir selon sa propre compétence. Une concertation est évidemment nécessaire ; elle pourrait, par exemple, prendre la forme d’une meilleure utilisation concertée de l’ « Eurobaromètre ». Le Parlement européen devrait, en ce domaine, jouer un rôle beaucoup plus important.

A l’initiative de la Vice Présidente Wallström, la Commission a réagi aux référendums Français et Néerlandais en lançant le Plan D « Dialogue, Débat, Démocratie ». Qu’en pensez-vous? Le nouveau Président du Comité des Régions Luc Van Brande suggère un « quatrième D » : Décentralisation : comment feriez-vous cela ?

« Dialogue, Débat, Démocratie, Décentralisation »: je n’ai rien à ajouter. C’est un beau programme. Encore faut-il du courage pour l’appliquer. La Commission européenne a un rôle capital à assumer, sous le contrôle évidemment du Parlement européen. Elle ne doit pas se défausser de ses responsabilités politiques propres sur les Etats membres, avec lesquels elle doit évidemment coopérer en faisant connaître et en encourageant les meilleures initiatives.

Avez-vous d’autres conseils à donner à Mme Wallström, ou au Directeur Général de la DG Communication, Claus Sörensen ?

Je connais trop les difficultés de la fonction – plus encore dans une Union à 27 que de mon temps – pour me permettre de donner des conseils à mes successeurs. Tout au plus des encouragements…

Dans un an auront lieu les élections au Parlement européen. La tendance à long terme est à la baisse du taux de participation et les études eurobaromètre – dont vous êtes également le fondateur – n’incitent pas à l’optimisme. Comment contrer cette tendance ? Comment porter le débat sur les vrais sujets européens dans les médias et les classes politiques nationales ? Quel rôle peut jouer l’internet dans ce débat ?

La question est vaste. Le Parlement européen a une image relativement bonne, mais sa notoriété et celle de ses activités reste faible. La participation électorale, dans les pays où le vote n’est pas obligatoire, (c’est-à-dire dans la plupart d’entre eux), est peu élevée. La mobilisation des électorats dépend évidemment des partis politiques et des organisations de la société civile.

La principale difficulté, me semble-t-il, c’est que l’on appelle à voter pour un Parlement européen à partir de thèmes principalement – sinon exclusivement – nationaux. Ce qu’il faudrait, c’est ouvrir et nourrir le débat sur les solutions qui pourraient être recherchées et débattues au niveau européen à des problèmes ressentis au niveau national ou régional.

Des débats sur une plateforme Internet entre parlementaires de divers pays et d’une même tendance politique pourraient être utiles. On pourrait aussi, dans les pays où les élections européennes se font au scrutin de liste, suggérer aux partis qui en auraient le courage et sauraient en valoriser l’initiative d’introduire sur leur liste un nombre non négligeable de candidats d’autres nationalités.

Avez-vous des questions à suggérer pour des prochaines éditions de l’Eurobaromètre ? Etant donné la sensibilité de certaines questions et la difficulté pour les institutions d’en publier les résultats, pourquoi ne pas encourager des instituts de sondage privés, associés à des médias, de réaliser leur propres enquêtes comme c’est déjà le cas au plan national ?

Voilà une question toute trouvée pour l’ « Eurobaromètre », à poser aux personnes qui se disent inscrites et disposées à voter pour l’élection du Parlement européen : « Je ne vous demande pas pour quelle liste vous allez probablement voter, mais si, sur cette liste, figuraient, par exemple, plusieurs candidats d’une autre nationalité européenne que la vôtre, seriez-vous très pour, plutôt pour, plutôt contre, très contre, ou est-ce que cela vous serait égal ? « . (Dans une autre partie du questionnaire, on demande aux personnes interrogées de se positionner sur la dimension « droite-gauche », ce qui éclaire l’analyse).

On pourrait même « pimenter » le questionnaire en demandant à ceux qui auront répondu positivement : « Y a-t-il néanmoins des candidats de votre tendance politique, mais d’une autre nationalité européenne que la vôtre, pour qui vous ne voteriez pas certainement ? Si oui, de quelle nationalité s’agit-il ? ».

Les responsables actuels de l’ « Eurobaromètre » n’aiment pas ce genre de questions « pimentées », par exemple celle qui n’a plus été posée depuis 1997 sur la confiance entre les peuples… Manque de courage? Il en a pourtant fallu, en 1950, cinq ans après la fin de la guerre, pour proposer d’unir Français, Allemands, Italiens et « Bénéluxiens » dans la première « Communauté européenne »… Et ce n’était pas une question dans un sondage !

Il me semble que des médias pourraient demander à la Commission européenne la possibilité de poser dans un « Eurobaromètre », à leur charge et sous leur responsabilité éditoriale, des questions « européennes » légèrement « pimentées », mais il me semble que ce serait plutôt au Parlement européen de prendre l’initiative de telles questions, éventuellement en liaison avec des chercheurs universitaires intéressés.

Périodiquement, on entend des appels à créer de « vrais média de masse pan-européens »? Qu’en pensez-vous ?

Médias de masse pan-européens ? Certaines tentatives ont été faites. Aucune n’a encore réussi . Question de langues , évidemment, mais aussi de contenu… « Salut aux chercheurs d’aventure ! « , pour reprendre un propos historique !

Pour lire l’intégralité de l’entretien.

Mieux comprendre les enjeux et les acteurs de la communication de l’Union européenne

Afin de mieux appréhender les enjeux et les acteurs de la communication de l’Union européenne, la distinction entre communication politique européenne et communication publique européenne constitue une clé de lecture…

Les définitions de la communication politique et de la communication publique

La communication politique : l’ensemble des efforts (s’appuyant sur des ressources structurelles, symboliques et pragmatiques) pour mobiliser des soutiens et faire prévaloir une définition de la situation qui est censée contribuer au règlement d’un problème collectif et/ou rendre efficace les préférences de l’acteur. Définition de Jacques Gerstlé

  • Importance de la mise en valeur
  • Communication des partis politiques et du personnel politique sur des sujets non consensuel

La communication publique : le processus qui tend à l’échange et au partage d’informations d’utilité publique, ainsi qu’au maintien du lien social, et dont la responsabilité incombe à des institutions publiques. Définition de Pierre Zémor

  • Importance de la mise en commun
  • Communication d’intérêt général des institutions publiques

La distinction entre communication politique et communication publique appliquée aux institutions européennes

Les acteurs de la communication politique de l’Union européenne

  • le Président de la Commission européenne et les commissaires
  • le Président du Parlement européen et les eurodéputés
  • le chef d’Etat ou de gouvernement présidant le Conseil de l’UE (présidence de 6 mois tournante entre les États membres)

Les enjeux de la communication politique de l’Union européenne

  • Tendance à politiser la communication européenne autour d’enjeux de politiques publiques
  • Risque de confusion au niveau des objectifs

Les acteurs de la communication publique de l’Union européenne

  • la Direction Générale de la Communication de la Commission (études et opinions, médias et réseaux)
  • la Direction générale « Information » du PE (service de bibliothèque, de documentation, et de visites)

Les enjeux de la communication publique de l’Union européenne

  • Tendance à administrer la communication européenne autour de l’enjeu du financement
  • Risque de dispersion au niveau des moyens

De l’importance de se former à la présidence française de l’Union Européenne (PFUE)

Alors que la France va présider l’UE au 2nd semestre 2008, il apparaît important – quelque soit sa position et sa fonction de se former aux questions européennes. Plusieurs organismes proposent des séminaires professionnalisés…

Les objectifs des formations à la PFUE

  • Comprendre les enjeux de politiques publiques
  • Maîtriser les processus décisionnels
  • Identifier les acteurs clés et les réseaux
  • Acquérir les savoir-faire et les bonnes pratiques utiles

Les cibles principales des formations à la PFUE

  • Les responsables politiques afin de renforcer leur implication dans les questions européennes
  • Les journalistes afin d’améliorer leur connaissance du fonctionnement et des modes de décision de l’Union européenne
  • Les décideurs publics afin d’assurer un apprentissage concret des techniques de négociation et des outils d’influence

L’enjeu de la communication européenne

Parmi les formations consacrées à la PFUE, le Centre des Études Européennes de l’École Nationale d’Administration (CEES) organise une séance à Paris le 6 juin prochain sur « les enjeux de la communication en Europe dans le contexte de la Présidence française du Conseil de l’UE » dont le contenu est :

  • Appréhender les circuits d’information et de communication en période de Présidence au sein de l’administration française: Assurer une bonne coordination Capitale / Représentation permanente de la France: les circuits de communication en interne
  • Echange de savoir-faire sur les bonnes pratiques en matière de communication en période de présidence du Conseil de l’UE
  • L’importance et le rôle du porte-parole en période de présidence
  • Bien utiliser les outils d’information sur l’UE

L’Institut de gestion publique et du développement économique (IGPDE) et le Secrétariat Général des Affaires Européennes (SGAE) organisent un cycle pratique de 6 jours : « Ateliers Europe ». Au cours de la session, une séance est consacrée à « la communication sur l’Europe : quels enjeux pour les médias ? ».

Quels indicateurs pour mesurer la réussite de la communication autour de la présidence française de l’UE ?

Alors que les autorités publiques préparent activement la PFUE – dont le positionnement en matière de communication s’articule autour d’une présidence à l’échelle européenne / proche des citoyens – il est important de réfléchir aux indicateurs – et à leur équilibre – mesurant la réussite de la communication autour de la PFUE…

Des indicateurs d’observation

D’abord, il faut mettre en place des indicateurs d’observation pour comptabiliser tous les chiffres de notoriété, de fréquentation, de satisfaction et de popularité.

Des indicateurs de pilotage

Ensuite, il faut mesurer la pertinence des actions de communication selon les priorités préalablement définies dans la stratégie de communication et contrôler l’atteinte des objectifs et des cibles de communication. Il faut également mesurer la capacité à saisir l’imprévu, la réactivité et la qualité des réponses.

Des indicateurs de performance

Enfin, il faut évaluer l’efficacité et la rentabilité des outils et des moyens de communication employés lors de chaque action de communication.

L’ensemble de ces indicateurs doit permettre d’évaluer et de corriger régulièrement la communication de la PFUE.