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"Europe XXL" : les atouts de Lille pour communiquer sur l’Europe via la culture

Depuis l’énorme succès populaire de « Lille, capitale européenne de la Culture 2004 », la métropole nordiste, classée dans les « dix métropoles d’avenir en Europe » par le Financial Times, poursuit une stratégie de communication sur l’Europe, via la culture.

Ainsi, Lille fête l’Europe du 14 mars au 12 juillet avec une biennale vouée aux arts contemporains de plus de 500 manifestations culturelles prévues dans 56 communes : installations de rue, expositions, concerts, spectacles de danse, pièces de théâtre, films, débats et week-ends thématiques…

Atout n°1 : l’impulsion politique locale pour communiquer sur l’Europe via la culture

D’abord, cette initiative bénéficie d’une impulsion politique forte. La maire de Lille Martine Aubry est convaincue selon La Croix de l’importance de communiquer sur « l’Europe festive et citoyenne ». Ce soutien politique est d’ailleurs partagé par toute la classe politique locale. Selon Le Monde, la communauté urbaine de Lille, majoritairement de droite, a voté à l’unanimité une double subvention de 900 000 euros sur deux ans à ces événements, « partis pour s’installer durablement dans le paysage métropolitain ».

Atout n°2 : l’animation des réseaux associatifs locaux pour réaliser la communication sur l’Europe via la culture

Ensuite, selon 20 Minutes, « la mairie de Lille a élaboré une véritable stratégie digne des plus grandes agences de marketing viral » reposant sur l’importance de l’animation des réseaux. Les associations culturelles, consultées en amont, prennent part aux quatre mois de fêtes sur l’Europe, quartier par quartier et recrutent des ambassadeurs. « C’est toujours plus intéressant d’apprendre l’existence d’une soirée par son voisin que par un pauvre flyer déposé dans la boîte aux lettres. »

Atout n°3 : la mobilisation des mécènes pour financer la communication sur l’Europe via la culture

Enfin, la mobilisation des mécènes permet de financer 60 % du budget de l’opérateur artistique (6,7 millions d’euros) – Lille 3000 – chargé de la manifestation « Europe XXL ». « Grâce au mécénat, Lille 3000 représente seulement 4 % du budget culture de Lille » soit 1,5 million d’euros aux festivités de Lille 3000-Europe XXL sur 38 millions d’euros au total pour la culture, calcule Laurent Dréano, directeur de la culture à la mairie de Lille.

Quelle stratégie de communication pour la Commission européenne en 2009 ?

A partir du Rapport général sur l’activité de l’Union européenne en 2008 articulé autour des 4 objectifs stratégiques définis en début de mandat: prospérité, solidarité, sécurité et rôle de l’Union en tant que partenaire mondial, que la Commission européenne a publié le 4 mars, une stratégie de communication se dessine…

L’affirmation de la « politique de communication » par la Commission européenne

« Consciente de la nécessité d’intégrer davantage le citoyen à la vie politique européenne et d’améliorer la manière dont elle présente ses activités à l’extérieur, la Commission européenne a adopté une approche en matière de communication consistant à mieux écouter, mieux expliquer et agir localement » et déclinant les missions suivantes :

  • Cofinancer des consultations de citoyens sur l’avenir de l’Europe, gérées par des organisations de la société civile ;
  • Renforcer la capacité des représentations de la Commission et des relais d’information locaux pour leur permettre d’organiser des débats sur des questions communautaires ;
  • Accroître les synergies entre les différents programmes de la Commission destinés à promouvoir la citoyenneté active ;
  • Renforcer la coopération interinstitutionnelle au sein des États membres et au niveau communautaire dans un effort conjoint d’entrée en contact avec les citoyens.

L’interprétation de la « stratégie de communication européenne » pour la Commission européenne

Les différentes actions entreprises par la Commission européenne en matière de communication laisse découvrir une approche très partenariale avec les différentes parties prenantes :

Partenariat sur les priorités avec les autres institutions européennes

En application de la déclaration commune aux institutions communautaires sur la communication européenne, des priorités de communication toujours plus concentrées sont définit : 17 priorités en 2007, 8 priorités en 2008 et 4 priorités en 2009 :

  • les élections au Parlement européen ;
  • l’énergie et le changement climatique ;
  • la commémoration du 20e anniversaire de la chute du mur de Berlin ;
  • le soutien à la croissance, l’emploi et la solidarité.

Partenariat de contenus avec des médias européens

En application de contrats de services quinquennaux de type «mission de service public» conclus avec des réseaux d’opérateurs audiovisuels (radio, télévision et internet), des programmes relatifs aux affaires européennes sont produits en toute indépendance éditoriale et diffusés dans les diverses langues de l’UE.

Partenariat de gestion avec les États membres et les relais

En application du principe de subsidiarité, l’information sur l’Europe sera replacée au maximum dans un contexte local :

  • des partenariats de gestion conclus avec les États membres ;
  • des espaces publics européens créés par les représentations de la Commission européenne ;
  • des activités de diplomatie publique concentrées par les délégations communautaires dans les États tiers sur l’Année européenne de l’innovation et de la créativité ainsi que sur les questions d’énergie et de changement climatique.

Ainsi, une « stratégie de communication européenne » de nature partenariale prend forme pour la Commission européenne.

Europe des élites VS citoyens européens avertis : décryptage des illusions autour de la communication européenne

Lorsqu’il s’agit de débattre de communication européenne, les acteurs de la scène publique européenne semblent animés par des visions opposées :

  • pour les uns, la communication européenne ne reposerait, dans le fond, que sur un complot des élites ;
  • pour les autres, la communication européenne reposerait sur des initiatives de citoyens éclairés.

Vision technocratique-centripète de la communication européenne : la figure de l’élite

Dans la vision technocratique-centripète, la communication européenne serait forcément un projet :

  • orienté vers davantage d’intégration européenne ;
  • porté par des spécialistes de la construction européenne ;
  • destiné à mobiliser une minorité, concentrée à Bruxelles.

Cette vision repose sur le constat que les acteurs de l’Europe ne sont effectivement qu’une population réduite, multilingue, experte et modernisatrice :

  • les fonctionnaires communautaires ;
  • les eurodéputés et les membres des organes consultatifs européens ;
  • les acteurs des lobbies et des think tank européens.

Cette vision renforce le procès en élitisme fait à la construction européenne, notamment étudié par Olivier Costa et Paul Magnette en 2007 dans « Une Europe des élites ? Réflexions sur la fracture démocratique de l’Union européenne ».

Avec cette vision, la communication européenne est essentiellement du hors média (relations publiques, événementiel) : des élites parlent aux élites

Vision consumériste-centrifuge de la communication européenne : la figure du citoyen averti

Dans la vision consumériste-centrifuge, la communication européenne serait un projet :

  • orienté vers davantage de participation démocratique ;
  • porté par des relais de la société civile européenne ;
  • destiné à mobiliser, localement, les citoyens européens.

Cette vision repose sur le postulat que le «citoyen averti» serait à la démocratie ce que le «consommateur averti» est à la consommation quotidienne, c’est-à-dire que :

  • le citoyen est toujours plus important que l’élu ou l’expert ;
  • le citoyen doit se prononcer en totale connaissance de cause, il doit donc savoir déchiffrer les fausses promesses, poser les bonnes questions.

Cette vision renforce le procès en complot d’une construction européenne qui porterait atteinte à la considération des citoyens.

Avec cette vision la communication européenne est essentiellement de l’Internet : des citoyens parlent aux citoyens

Au final, force est de constater que ces visions partagent l’illusion d’une communication européenne forcément réduite à être un projet minoritaire.

Communication en partenariat : les initiatives des organes consultatifs de l’UE

Alors que les institutions communautaires (la Commission européenne, le Parlement européen et le Conseil de l’UE) ont ratifié le 22 octobre 2008 une déclaration politique pour une politique de communication européenne en partenariat, les organes consultatifs (le Comité économique et social européen, le Comité des Régions) prennent des initiatives pour communiquer en partenariat, notamment dans le cadre de la priorité de communiquer sur les élections européennes…

Initiative du Comité des Régions pour communiquer en partenariat : une lettre ouverte à tous les élus locaux

Luc Van den Brande, de nationalité belge, président du Comité des régions depuis février 2008 a annoncé qu’il souhaite inviter le président du Parlement européenne, Hans-Gert Pöttering, a adressé une lettre ouverte conjointe à tous les élus locaux en Europe afin de leur demander de communiquer sur les élections européennes.

Organe composé de représentants des autorités régionales et locales d’Europe, le COR doit être consulté avant toute décision de l’UE portant sur les questions intéressant les pouvoirs locaux.

Initiative du Conseil économique et sociale européen pour communiquer en partenariat : un colloque pour les communicants européens

Mario Sepi, de nationalité italienne, président du Comité économique et social européen depuis octobre 2008, a organisé à Bruxelles, le 27 janvier 2009 un colloque sur le thème « Communiquer sur l’Europe en partenariat – Au-delà des frontières et des cultures ».

Souhaitant devenir une plate-forme de dialogue avec la société civile dans le domaine de la communication sur l’Europe, le CESE a invité « les attachés de presse et porte-parole des Conseils économiques et sociaux des États membres, ceux des organisations dont les conseillers sont issus, ainsi que les porte-parole et les responsables de la communication d’autres institutions européennes ».

Organe représentant « la société civile organisée » à l’échelle européenne, le CESE doit être consulté préalablement à toute décision en matière de politique économique et sociale.

Tendance : vers une communication européenne collaborative

Face au constat d’une ligne de fracture profonde de finalités, de cultures et de pratiques, entre la sphère journalistique de l’information et le monde de la communication, la politique de communication européenne encourage une collaboration plus étroite avec les médias…

I. Les médias peuvent-ils vraiment informer sur l’Europe ?

Cette question posée par Yves Bertoncini, lors d’un cours à Sciences Po Paris le 15 janvier dernier, reprend le constat du rapport Herbillon : les médias ne parlent pas ou peu d’Europe et tente d’expliquer cette défaillance.

Des difficultés structurelles pour s’intéresser à l’Europe

Les médias nationaux ont des difficultés structurelles limitant leur intérêt à parler de l’Union européenne :

  • l’information sur le fonctionnement de l’UE est pour le moins complexe ;
  • la formation des journalistes sur l’UE révèle une carence en matière de repères ;
  • la question des attentes profondes des citoyens en matière d’Europe : ya t-il un manque de demande ?

Un traitement médiatique ponctuel de l’Europe

Le traitement des enjeux européens et de l’actualité communautaire fait cependant l’objet d’une prise en charge ponctuelle de la part des médias nationaux notamment :

  • lors des Conseils européens, ces sommets diplomatiques des chefs d’Etat ou de gouvernement ;
  • lors des « crises », particulièrement « médiatisées » par exemple lors de la Présidence française de l’UE ;
  • lors des votes sur « l’Europe » : scrutin pour les eurodéputés ou référendum de ratification de traités.

II. La communication européenne peut-elle vraiment collaborer avec les médias ?

Les institutions de l’UE déploient des efforts importants pour mieux comprendre les acteurs du secteur des médias et mieux les aider dans leur mission d’informer, différente selon les besoins des États membres et segments de population.

Une information transparence sans cesse accrue

Afin de fournir aux médias des informations et données d’actualité de grande qualité en utilisant les nouvelles technologies de façon pro-active, les institutions communautaires ont notamment mis en place :

  • une nouvelle organisation adaptée aux médias avec la création d’un service du porte-parole organisant quotidiennement des conférences de presse ;
  • une nouvelle offre de produits audiovisuels avec EuropebySatellite, un service d’images brutes et montées, une médiathèque et un studio TV permettant de fournir des interviews vidéo et des reportages montés ;
  • un projet de service de presse capable de fournir des informations de proximité susceptible d’intéresser les 25 000 journalistes dans l’UE qui ne sont pas proche de l’UE comme les 1 100 journalistes accrédités à Bruxelles.

Un soutien à la formation et aux activités des journalistes

Afin d’accompagner les médias dans leur mission d’informer sur l’Europe, les institutions communautaires financent notamment :

  • des formations auprès des journalistes afin de leur permettre de mieux comprendre les institutions communautaires ;
  • Presseurop, un site d’information européen d’informations multilingues ;
  • Euranet, un réseau de diffusion radiophonique de programmes sur l’actualité européenne ;
  • appel d’offre en cours pour un réseau de diffusion télévisuel de programmes sur l’actualité européenne. A ce propos, l’avis du Conseil économique et social européen adopté le 10 juillet dernier, dont le rapporteur était Béatrice Ouin, propose que l’Europe fasse partie des obligations de service public des médias audiovisuels.

Considérant d’une part, la nature des médias, très fragmentée par États membres, complexe selon les populations et en constante évolution et d’autre part, en tenant compte des ressources financières et humaines limitées, les institutions communautaires tendent vers l’objectif d’améliorer la couverture de l’actualité de l’Union européenne par une meilleure collaboration avec les médias.