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Comment pérenniser les avancées de la PFUE en matière de communication, auprès des citoyens et des autorités ?

La présidence française du Conseil de l’UE, au cours du 2nd semestre 2008, a été l’occasion en matière de communication européenne de faire évoluer l’opinion des citoyens et les pratiques des autorités…

Les objectifs de la PFUE en matière de communication

Partant du constat dressé dans le rapport Herbillon de « La fracture européenne », suivant laquelle :

  • pour les citoyens : « l’Europe, c’est loin, c’est compliqué, c’est une contrainte voire même une menace » ;
  • pour les autorités, la communication sur l’Europe souffre de l’absence d’une stratégie, de la dispersion des relais d’information et de campagnes d’information d envergure et d’efficacité limités ;

les objectifs de communication de la PFUE étaient :

  • objectifs cognitifs pour les citoyens : Améliorer l’information des Français sur l’Europe afin de s’assurer du retour de l’Europe en France.
  • objectifs conatifs pour les autorités : Changer les pratiques des autorités afin de rassurer les institutions communautaires et les partenaires européens du retour de la France en Europe.

Les avancées de la PFUE en matière de communication

Auprès des citoyens français, l’image de l’Europe s’est corrigée au fil de la gestion des crises et de l’adoption des priorités de la PFUE et « l’Europe protection » s’est peu à peu matérialisée :

  • protection de la paix en Europe avec le cessez-le-feu en Géorgie ;
  • protection de l’économie sociale de marché avec le soutien aux banques face à la crise financière ;
  • protection de la PAC (Politique agricole commune) avec l’accord sur le « bilan de santé de la PAC » ;
  • protection de l’environnement avec l’adoption du paquet « énergie-climat ».

Pour les autorités, selon Le Monde « le contexte international a converti les défauts de Nicolas Sarkozy en qualités ». Ainsi, pour reprendre l’expression d’un diplomate allemand « En temps de crise, l’hyperactivité devient synonyme d’énergie, l’autoritarisme d’obstination et l’imprévisibilité de pragmatisme. »

La question de la pérennisation des avancées de la PFUE en matière de communication

Aujourd’hui, alors que la France laisse à la République tchèque le soin de présider le Conseil de l’UE au 1er semestre 2009, la question de la pérennisation des avancées en matière de communication doit être posée :

  • pour les citoyens, la pérennisation de l’embellie de l’opinion publique sur l’Europe sera mesurée par la participation active, donc massive aux élections européennes ;
  • pour les autorités, la pérennisation de bonnes pratiques sera mesurée par la participation active, donc régulière aux instances communautaires.

Ainsi, le taux de participation électorale des citoyens et la présence ministérielle aux instances communautaires permettront de mesurer l’ampleur des avancées de la PFUE en matière de communication européenne.

Premier regard sur la Présidence tchèque de l’UE sous l’angle de la communication

Depuis le 1er janvier, la République tchèque occupe pour six mois la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne. La devise de la présidence est « Une Europe sans barrières » et les priorités sont rassemblées sous les « 3 E » : l’économie, l’énergie et les relations extérieures. Quel regard en tant que « communicant » peut-on porter sur cette présidence tchèque de l’UE ?

La question de la cohérence : Les autorités tchèques ont adopté des registres de communication souvent conditionnés par leurs propres convictions… ce qui n’est pas sans soulever des réactions en Europe…

Alexandre Vondra, le vice-Premier ministre tchèque en charge des Affaires européennes et sans doute le plus europhile a fait preuve d’humour et de légèreté lors d’une conférence de presse rapporté par Euractiv : «Notre présidence est un peu comme un match de football dont personne n’attend rien. Il n’y a pas tellement d’attentes, et c’est peut-être un point de départ confortable.»

Mirek Topolanek, le Premier ministre tchèque, doit composer avec une majorité parlementaire aux sentiments plus ou moins eurosceptiques. La campagne TV « nous sucrerons l’Europe » qui a été réalisée dans le pays pour annoncer la présidence illustre cette ambigüité. La signature a un double sens : elle peut à la fois dire (adoucir avec du sucre), mais dans son usage le plus courant, elle signifie « écœurer », « infliger une potion amère », « donner du fil à retordre ».

Vaclav Klaus, le président de la République tchèque est ouvertement europhobe, il a affirmé récemment que « l’Union européenne a des similitudes avec l’URSS. ». Pour cette raison, le pays n’a pas encore ratifié le traité de Lisbonne sur les futures institutions.

Entre ces différents responsables politiques, la voix de la République tchèque, porte-parole de l’Union sera-t-elle cohérente pendant les 6 mois de la présidence ?

La question des ambitions : Les autorités tchèques ont proposés un projet d’envergure, débloqués un budget conséquent et multipliés des moyens contemporains de communication.

Les autorités tchèques proposent un ambitieux partenariat oriental avec 6 pays – Arménie, Azerbaïdjan, Belarus, Géorgie, Moldavie, Ukraine – pour tenter d’équilibrer le projet d’Union pour la Méditerranée. « En 2008, nous avons eu une sorte de printemps de la Méditerranée, indique Alexandr Vondra. Le prochain printemps pourrait être organisé à l’Est. ».

Selon touteleurope, par rapport au budget de la Présidence française qui était de 190 millions d’euros et à celui de la Présidence slovène au 1er semestre 2007, qui était de 62 millions d’euros, la Présidence tchèque dispose d’un budget important, à hauteur de 124,5 millions d’euros.

Le site Internet de la présidence tchèque : eu2009.cz est largement inspiré des présidences antérieures dans son arborescence, son accessibilité, ses contenus audio ou vidéo. Quelques nouveautés comme le « chat » européen qui donne la possibilité aux citoyens européens de poser des questions à des personnalités politiques ou sur un autre plan des E-cards, des dessins de jeunes (8-14 ans) ayant remporté le « Concours de la meilleure carte postale de la présidence tchèque ». Une bonne idée pour envoyer vos cartes de vœux.

Pour une véritable stratégie de communication européenne pour sensibiliser, informer et mobiliser les citoyens européens aux élections européennes de juin 2009

Afin de mettre en œuvre la politique de communication européenne en partenariat, officialisée par la déclaration politique entre les institutions communautaires et les États membres, mardi 22 octobre au Parlement européen, la priorité de communication européenne choisie par les institutions communautaires pour 2009, relative aux élections au Parlement européen constitue une belle opportunité pour définir une véritable stratégie de communication européenne pour sensibiliser, informer et mobiliser les citoyens européens aux élections européennes de juin 2009.

Aujourd’hui, plusieurs initiatives ont été prises par les institutions communautaires dans le cadre de cette priorité de communication relative aux élections européennes de juin 2009.

Le Parlement européen va mener une campagne de communication transnationale (signature : « A vous de choisir » et budget de 15,4 millions d’euros, actions de street marketing et réalisation d’un site Internet dédié et production de vidéos sur la chaîne en ligne du Parlement européen : EuroparlTV).

La Commission européenne envisage également d’organiser en urgence un dispositif de communication ciblant principalement les jeunes citoyens européens (budget de 2,7 millions d’euros, réalisation d’un site Internet dédié et production de spots TV pour la chaîne de la Commission européenne sur Youtube : EU Tube).

Demain, il conviendrait de coordonner ces initiatives afin que la stratégie de communication du Parlement européen, de la Commission européenne et des Etats membres repose sur les mêmes partis-pris :

Trois constats :

  • Les élections européennes sont l’un des plus grands événements démocratiques dans le monde.
  • Depuis trente ans la participation n’a cessé de chuter.
  • Le dernier sondage disponible, l’Eurobaromètre 299 montre un taux d’absentéisme élevé parmi les jeunes, les femmes et les travailleurs peu qualifiés.

Trois objectifs :

  • Objectifs cognitifs : Informer les citoyens européens qu’ils peuvent influencer l’Europe par leur vote.
  • Objectifs affectifs : Développer un message sur les valeurs du Parlement européen et sur la dimension démocratique de ces valeurs.
  • Objectifs conatifs : Inciter les citoyens à changer leur comportement en s’inscrivant sur les listes électorales puis en allant voter.

Trois écueils :

  • Un discours institutionnel centré sur le Parlement européen
  • Un discours moralisateur parlant du devoir « moral » d’aller voter
  • Un discours généraliste n’impliquant pas le citoyen sur les « droits civiques »

Trois messages pédagogiques :

  • Insister sur les bénéfices personnels que l’on peut tirer en se rendant aux urnes.
  • Montrer que les citoyens peuvent réellement influencer le cours des choses en votant.
  • Présenter les domaines de compétences du Parlement européen, c’est-à-dire les matières dans lesquelles il co-décide avec le Conseil.

Pour la France, la période qui s’ouvre est cruciale. Six mois séparent en effet la fin de la Présidence française de l’UE des élections européennes. Afin de maintenir l’attention sur l’Europe, le Secrétariat d’Etat aux Affaires européennes pourrait s’inspirer de la campagne d’incitation au vote, réalisée en France, lors des élections européennes de 2004 pour communiquer.

Compte-rendu du colloque : « Réveiller le citoyen européen : un défi de communication publique ? » – Stratégies 2/2

Les étudiants du master de Communication Publique de Sciences-Po Lille ont organisé vendredi 12 décembre 2008 un colloque : « Réveiller le citoyen européen : un défi de communication publique ? ». Voici la deuxième partie du compte-rendu sur les stratégies de communication européenne…

Claus Sorensen – Directeur général DG COMM, Commission européenne

Pour mettre en œuvre une communication européenne, il faut avant tout mettre en place une politique européenne (une vision et du concret).

Défis de la compréhension mutuelle et de la participation à la discussion pour faire émerger et faire accepter la vue majoritaire légitime

1/ Constats

Diversité linguistique des 27 États membres

Télescopage des « communicateurs » (cf. le double discours des responsables politiques à Bruxelles et dans leur capitale)

Surcharge de l’information nationale et locale

2/ Objectifs

Définir un planning stratégique des prises de parole

Choisir les sujets européens en fonction de leur intérêt pour l’UE et pour les citoyens européens

Lister des priorités de communication communes aux institutions européennes

  • Croissance, emploi et solidarité
  • Énergie et climat
  • L’Europe des citoyens
  • 20 ans de changements démocratiques (chute du mur de Berlin)
  • L’Europe dans le monde

=> 60% des ressources consacrés

Politiser les enjeux en s’appuyant sur les valeurs européennes (éducation pour les enfants, plurilinguisme pour les ados, culture pour tous, dont les adultes)

3/ Moyens

Les relations presse : 1 100 journalistes accrédités à Bruxelles… 25 000 journalistes dans l’UE

La TV : Euronews… 6 500 chaînes TV dans l’UE Projet : AO 2008, 3 consortiums de chaînes TV en compétition pour diffuser en partenariat à un public entre 80 & 120 millions d’Européennes (budget 10 millions d’€)

La radio : EuRaNet : un réseau de radios européennes + un site plurilingue L’Internet EUTube : 140 clips en ligne aujourd’hui

Les réseaux Europe Direct

Les déplacements locaux de Commissaires européens

Vincenzo LeVoci, directeur de la communication du Conseil de l’UE et coordinateur du Club de Venise réunissant les directeurs des services d’information des gouvernements de l’UE

La communication européenne repose sur :

1/ la coopération interinstitutionnelle (formelle) à l’échelle des institutions communautaires et nationales

  • progrès, notamment avec la déclaration politique entre le CUE, le PE et la CE sur une politique de communication en partenariat
  • enjeu, notamment dans l’organisation administrative

2/ le débat informel entre responsables de la communication des institutions communautaires et nationales

  • progrès, notamment dans la capacité à identifier les vecteurs (messages)/porte-parole (acteurs) des valeurs de l’UE et dans la capacité à partager les bonnes pratiques (outils)
  • enjeu, notamment dans la proposition de faire de la communication une véritable politique communautaire

Laurent Thieule, directeur de la communication du Comité des régions

Convictions sur la communication européenne :

L’UE souffre d’une mauvaise image de marque en Europe. Il faut donc communiquer sur les valeurs du projet européen.

L’UE n’a aucun intérêt à communiquer sur les différentes institutions européennes.

L’opinion publique européenne n’existe pas vraiment, seuls les peuples européens comptent.

Il faut à la fois communiquer sur les enjeux globaux (la place de l’UE dans le monde), sur les débats européens (les politiques communautaires) et sur les actions concrètes (l’UE dans la vie quotidienne des citoyens).

Puisque l’on ne peut limiter les « porte-parole » de l’Europe, il faut multiplier les communicants européens. Les élus locaux sont ces relais idéaux de proximité, à condition de leur fournir des outils pour comprendre l’UE et de leur fournir des messages pour se valoriser en parlant de l’UE.

Jean-Yves Nicolas, administrateur du Centre d’information sur l’Europe, éditeur de Touteleurope.fr

Des constats liés à Internet

  • Phénomène de convergence des médias : Internet occupe une place de plus en plus importante, notamment auprès des jeunes, c’est le 1er média d’information
  • Phénomène de participation citoyenne sur Internet : les commentaires, les votes…
  • Phénomène de collaboration éditoriale sur Internet : les wikis, les communautés

Une stratégie web pour Touteleurope

  • Importance de la pédagogie sur l’Europe : des articles simples, des comparatifs décalés…
  • Le 1er élément consulté reste la carte de l’Europe.
  • Importance de l’incarnation de l’Europe : des témoignages vidéos de personnalités, des reportages à l’étranger…
  • Importance du sentiment d’appartenance : des consultations thématiques, des débats contradictoires

Des projets pour l’avenir : devenir un fournisseur de contenu sur l’Europe :

construire des partenariats avec les grands portails web (yahoo, orange…) pour diffuser du contenu en échange de visibilité sur touteleurope.fr fournir des infos brutes aux journaux de la presse gratuite

Béatrice Ouin, rapporteur de l’Avis du Conseil économique et social européen : « Comment concilier la dimension nationale et européenne dans la communication sur l’Europe »

Saisine du CESE par le cabinet de JP Jouyet à l’occasion de la PFUE.

La politique de communication doit reposer sur :

  • des partenariats entre les institutions européennes
  • un socle commun de connaissances sur l’Europe (kits à destination des élèves)
  • une base commune dans les médias européens (sources et supports fournis par les institutions communautaires)
  • des formations aux journalistes, aux élus locaux, aux enseignants et à la société civile organisée
  • une présence d’Européens qualifiés pour travailler à Bruxelles et d’Européens formés pour communiquer à proximité des Européens

Compte-rendu du colloque : « Réveiller le citoyen européen : un défi de communication publique ? » – Diagnostics 1/2

Les étudiants du master de Communication Publique de Sciences-Po Lille ont organisé vendredi 12 décembre 2008 un colloque : « Réveiller le citoyen européen : un défi de communication publique ? ». Voici la première partie du compte-rendu sur les diagnostics de la communication européenne…

Que nous apprennent les Eurobaromètres sur les citoyens européens ? – Renaud Soufflot de Magny, analyste politique à la Représentation permanente de la Commission européenne à Paris

  • sentiment de vulnérabilité fort : inquiétude structurelle face à la mondialisation et conjoncturelle face à la crise économique
  • sentiment de défiance relatif de l’UE par rapport aux partis politiques décrédibilisés et aux gouvernements délégitimés
  • sentiment d’indifférence pour l’UE, jugée majoritairement ni bonne ni mauvaise
  • sentiment d’adhésion fortement clivé socio-démographiquement

=> L’Europe devient de plus en plus « une affaire d’élites » (cf. Pierre Mathiot, directeur de l’IEP de Lille)

Réflexions sur la communication européenne – Eric Dacheux, enseignant-chercheur

La politique de communication européenne repose sur une « visée d’inter-culturalité », entre le modèle mono-culturel d’intégration national à la française et le modèle multi-culturel de communauté à l’américaine.

La politique de communication européenne nécessite de reconnaître la diversité et de relever le défi de la traduction.

1/ des difficultés structurelles

  • aucun média de masse à l’échelle européenne
  • budget communautaire de 100 millions d’euros
  • une politique publique communautaire depuis 2004 seulement, avec une stratégie depuis 2006

2/ des erreurs stratégiques

  • il faudrait communiquer pour limiter le « déficit d’image » de l’UE
  • il faudrait communiquer pour que le sentiment européen soit reflété par les médias
  • il ne faut pas que l’approche par la gouvernance (approche technique de la communication) prenne le pas sur l’approche par le gouvernement (approche politique de la communication), car sinon c’est au détriment de la démocratie
  • il ne faut pas prendre le symptôme (le déficit de communication) pour la pathologie (le déficit de politique : quel territoire, quel projet ?)
  • il faudrait communiquer sur le « sens de l’histoire » de la construction européenne

3/ des solutions

  • il faut communiquer sur l’utopie du projet, afin de repolitiser la construction européenne
  • il ne faut communiquer pour rapprocher l’UE des citoyens mais pour installer le dialogue entre les citoyens et l’UE

Jean-Louis Boulanges, ancien député européen

Retour sur les principaux problèmes de l’UE :

Ce n’est pas une question de communication, c’est un problème de sens. La carte électorale de l’échec du référendum en 2005 recoupe largement la carte des jureurs et des réfractaires lors du projet de constitution civile du clergé lors de la révolution française.

=> Rejet par les périphéries d’un pacte politique imposé par le centre du territoire : la question de l’intégration des minorités…

Ce n’est pas un déficit démocratique, c’est un trop-plein de normes. L’Europe souffre d’un défaut d’identification à un projet incarné par des personnalités européennes.

Le système institutionnel communautaire est très développé alors que les politiques communautaires sont très peu développées.

Le fonctionnement politique français, c’est l’opposition droite/gauche alors que le fonctionnement communautaire, c’est le compromis entre les modérés.

1/ L’Europe est-elle fait pour empêcher ou pour faire ? G. Burdeau : la démocratie gouvernée (idée libérale d’un État démocratique pour empêcher de porter atteinte aux droits des citoyens) VS la démocratie gouvernante (idéologie d’un État qui transforme la société).

2/ L’Europe est-elle fait pour faire circuler ou pour unir ? Logique de la mobilité (qu’est-ce que j’ai avec l’Europe : fausse question) VS logique de l’identité (qu’est-ce que je suis avec l’Europe : bonne question)

=> J. Rifkin : The European Dream L’Europe est une vision de l’humanité reposant sur le règne du droit, sur le multilinguisme. Face aux enjeux mondiaux (choc démographique, climatique, éco/so)… L’Europe a un temps d’avance !