Campagne TV tchèque « Sucrons l’Europe » : décryptage des réactions

Alors qu’un constat commun traverse les sociétés européennes selon lequel il existe une distance entre la construction européenne et les citoyens européens, la réponse tchèque qui aurait dû être partagée par beaucoup, à savoir faire une campagne de communication sur l’Europe auprès du grand public suscite des réactions contrastées.

La campagne TV tchèque : des moyens importants pour communiquer sur l’Europe

A l’issue des six mois de présidence française du Conseil de l’UE, la République Tchèque doit prendre le 1er janvier prochain la présidence tournante de l’Union européenne. Afin d’annoncer cet événement important à la population tchèque, une campagne nationale a été lancée.

Reposant sur le cube de sucre, inventé en 1843 par le Tchèque Jakub Krystof Rad, le spot TV réalisé par la Tchèque Alice Nellismet met en scène de nombreuses « célébrités » nationales qui jouent, chacun à leur manière, avec un morceau de sucre.

Le spot se conclut par une signature ambigüe que l’on pourrait traduire par « nous sucrerons l’Europe ». Cette expression a un double sens : elle peut à la fois dire « adoucir avec du sucre », mais dans son usage le plus courant, elle signifie « écœurer », « infliger une potion amère », « donner du fil à retordre ».

La polémique à l’échelle européenne sur la campagne tchèque sur l’Europe

La campagne tchèque soulève une polémique en raison de la forme utilisée. Certains s’interrogent sur l’opportunité pour la communication gouvernementale d’utiliser les « recettes » du secteur privé.

L’opportunité de recourir au média de masse le plus puissant, via l’usage de spots TV fait l’objet d’une vague réticence lorsqu’il s’agit de communication gouvernementale. Ainsi, il est contesté :

  • un discours trop « marketing » où le sens de la formule qui vise à marquer les esprits et à démarquer le message prend le pas sur le message principal ;
  • un concept trop publicitaire où la créativité et le recours à la notoriété de « people » prend le dessus sur l’importance de l’événement ;
  • un registre de l’humour et de la dérision et une tonalité un peu décontractée qui sont déplacés par rapport au sérieux de l’enjeu.

En somme, certains critiquent que ce genre de communication gouvernementale fasse du bruit au lieu de parler du fond

Justement, sur le fond, d’autres s’inquiètent de la campagne tchèque au nom d’une sorte de règle implicite, fortement ancrée dans les milieux bruxellois, selon laquelle il serait contestable que la communication gouvernementale critique la légitimité de l’Union européenne.

En effet, selon une agence d’information tchèque, le Premier ministre Mirek Topolánek et le ministre chargé des Affaires européennes Alexandr Vondra défendent leur approche originale, résolument provocatrice de la présidence tchèque de l’UE. « Nous souhaitons procéder comme les Irlandais ou les Danois qui tout en s’identifiant avec l’UE gardent leur propre visions des choses » précise le Premier ministre Topolánek.

De plus, comme le note Le Figaro, « le slogan est d’autant plus ambigu que par le passé, le très eurosceptique président Vaclav Klaus s’est inquiété que l’intégration européenne puisse voir l’identité tchèque se dissoudre comme un sucre dans une tasse de café ».

Finalement, la polémique sur la campagne TV tchèque semble avant tout relayée par certains hommes politiques, qui se considérant comme les médiateurs naturels des enjeux collectifs, des questions civiques, se sentent atteint – sur leur propre terrain – dans leur relation avec les citoyens.

Une campagne pour communiquer auprès du grand public tchèque et des autres États européens

Au total, conscient par rapport aux « grands pays » et au calendrier défavorable (élection au Parlement européen) qu’ils ne seront pas en mesure de mettre en place une réforme majeure, les autorités tchèques sont « réalistes » et se fixent comme principal ambition de « sensibiliser l’opinion publique ».

Afin d’y parvenir, le gouvernement tchèque prévoit un budget important pour la présidence de l’UE au cours de l’année prochaine autour d’un milliard de couronnes. Tous les ministères ensemble dépenseront 656 millions en plus.

A travers cette campagne de communication reposant sur certains traits typiques tchèques « originalité, assurance en soi, sens de l’humour et de l’auto-dérision », la liberté de ton, la modernité de la forme et l’importance des moyens consacrés (11 millions de couronnes ont été dépensées pour cette campagne), l’objectif de la présidence tchèque de rapprocher l’Union européenne des citoyens tchèques d’une part et d’éveiller l’intérêt des autres pays membres à la Tchéquie, d’autre part semble largement atteint.

Communication de l’Etat et communication européenne : de l’influence de la gouvernance sur la communication

Dans la postface de l’ouvrage collectif « La communication publique en pratiques », La Documentation française, Jean-Marc Sauvé, le Vice-Président du Conseil d’État dresse le constat que le mode de gouvernance d’une institution influence le type de communication de cette institution…

En France, l’État souverain s’est imposé grâce au modèle du service public qui repose sur une tradition intellectuelle d’indifférence au réel et de culte de l’égalité abstraite des citoyens. Ainsi, pendant longtemps, la culture administrative du secret et la publicité des seuls lois et actes règlementaires caractérisaient la communication de l’État en France.

A l’échelle européenne, le fonctionnement communautaire des institutions, reposant sur la négociation permanente favorise la consultation des groupes d’intérêts et la participation citoyenne. Ainsi, contrairement à la pratique française, la construction européenne s’est réalisée dans la culture de la transparence et le droit à l’information du public.

Jean-Marc Sauvé conclut que dans le mode de gouvernance européen, la communication est un pilier majeur. Renforçant la responsabilité des institutions publiques, le Vice-Président du Conseil d’État estime que la communication est devenue à la fois une exigence démocratique et un impératif de bonne gestion et d’efficacité.

Campagne web « Simple Language » pour « mettre fin au jargon européen hermétique »

Convaincue que l’utilisation d’un langage plus simple améliorerait sensiblement la communication de l’UE, l’Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe, lance une campagne en ligne destinée à rendre les institutions européennes plus accessibles aux citoyens.

Selon Euractiv, « cette campagne vise ceux qui travaillent pour ou avec l’Union européenne, à Bruxelles et ailleurs. L’objectif est d’encourager l’utilisation d’un langage simple et clair dans tous les documents de l’UE, qu’ils soient officiels ou non. »

Un forum simplelanguage.eu forum ouvert sur Internet permet de publier librement des exemples de phrases complexes et de suggérer des formulations plus conviviales.

Renforcer le multilinguisme de l’UE, c’est renforcer le projet européen d’unité dans la diversité

Dans une communication intitulée « Multilinguisme: un atout pour l’Europe et un engagement commun » adoptée aujourd’hui, la Commission européenne prône l’intégration du multilinguisme dans toute une série de politiques et d’actions communautaires afin de renforcer le projet européen d’unité dans la diversité.

Avec vingt-trois langues officielles et plus de soixante autres langues parlées dans certaines régions ou par des groupes spécifiques, la diversité linguistique de l’Union européenne est incontestablement l’un des aspects les plus caractéristiques de l’UE.

Aussi, la Commission européenne invite les États membres et les autres institutions communautaires à s’associer afin d’encourager et d’aider les citoyens à acquérir des compétences linguistiques, afin de :

  • contribuer à l’instauration d’une compréhension mutuelle dans une société multiculturelle ;
  • améliorer l’employabilité des citoyens et la compétitivité des entreprises ;
  • renforcer l’efficacité de l’information et de la communication à l’échelle européenne.

Lancement officiel d’Europarltv, la webTV du Parlement européen

Annoncée depuis quelques mois, le Parlement européen lance officiellement aujourd’hui sa propre chaîne de télévision sur Internet afin de « donner plus de visibilité à une institution encore méconnue du grand public »…

Baptisée Europarltv, la chaîne est visible sur le site éponyme www.europarltv.europa.eu.

Doté d’un budget de 9 millions d’euros par an, le projet vise selon une dépêche AFP « à diffuser en direct des événements parlementaires proprement dits, et à mieux faire découvrir l’activité de l’institution, via des portraits de parlementaires, interviews et débats ».

Les vidéos – traduites dans plus de vingt langues – sont classées dans des rubriques très ouvertes à l’internaute : « Votre Parlement », « Votre point de vue », « Jeune Europe » et « parlement en direct ».

La chaîne ne s’est pas fixée d’objectif d’audience. A l’heure actuelle, selon l’AFP, « le site du Parlement européen est visité par 60 000 personnes par jour, contre 15 000 lors du lancement d’une nouvelle version du site en 2005 ».