Enjeux du projet de création d’un « lieu d’Europe » à Strasbourg

Dans un article dans l’édition 20 Minutes du 21 janvier, le projet de créer un « lieu d’Europe » à Strasbourg est évoqué grâce à la signature prochaine du contrat triennal « Strasbourg, capitale européenne » entre les collectivités territoriales et l’Etat. De quoi s’agit-il ?

Le projet défendu par la Mairie de Strasbourg

D’abord, un lieu d’accueil, proche des institutions européennes, pour informer sur l’Europe :

  • Informer sur les projets et les débats qui animent la construction européenne : l’histoire de la communauté, les cultures des États membres…
  • Informer sur les décisions et les mesures prises par les institutions communautaires notamment dans leur impact sur la vie quotidienne.
  • Informer sur les droits, obligations et les démarches, donc sur les services offerts par l’UE.

Mais également, un lieu pour valoriser la vocation européenne de Strasbourg, qui accueille le Parlement européen, la Cour de Justice des Communautés Européennes et le Conseil de l’Europe ; afin de« fidéliser les touristes dans la ville au-delà de vingt-quatre heures ».

Les propositions du comité de soutien

Créer un lieu de communication pour éduquer sur l’Europe et changer le regard et les attitudes : « une passerelle entre l’homme de la rue et la sphère politico-technocratique » :

  • Un lieu de mémoire (dimension commémorative, historique et symbolique)
  • Un lieu de connaissance (dimension scientifique et universitaire)
  • Un lieu de vie (dimension culturelle)

Créer un parc de loisirs sur le thème de l’Europe pour divertir tout en transmettant des valeurs et des comportements

Ainsi, selon le porte-parole du comité, « en cumulant ces différentes facettes, le « lieu d’Europe » attirerait 3 millions de visiteurs chaque année, offrant de belles retombées financières à la région »et « conférant aussi à la ville une identité de capitale des peuples d’Europe».

Bilan en sondage de la PFUE

Dans « Le palmarès de l’action gouvernementale et de l’opposition / Vague18 », un sondage réalisé par Opinionway pour le quotidien Metro en janvier 2009, les Français ont été interrogés sur la PFUE. Voici un bref panorama des principaux résultats :

Quelle perception de la PFUE ?

Globalement positif pour une majorité de Français :

  • 44 % des personnes interrogées jugent la PFUE plutôt un succès ;
  • 18 % des personnes interrogées pensent que c’est un échec ;
  • 38 % ne se prononcent pas.

Précisément, une présidence de crise pour la majorité des Français : Les évènements marquants de la PFUE – en mémorisation spontanée – sont la gestion de la crise financière (29%) et la gestion de la crise russo-géorgienne (12 %) Les autres dossiers (environnement, immigration, agriculture) semblent avoir moins marqué l’opinion publique.

Quel impact sur la place de la France ?

61 % des personnes interrogées pensent que la PFUE a permis de renforcer la place de la France dans l’Union européenne, 53 % qu’elle a amélioré la place de la France dans le monde.

Fort clivage en fonction des sympathies partisanes et des situations socioprofessionnelles

Cette perception est d’autant plus positive :

  • que les personnes interrogées sont des sympathisants de droite (80%) par rapport aux sympathisants de gauche (25%)
  • que les personnes interrogées sont dans une situation professionnelle de CSP+

Bilan en chiffres de la PFUE

Dans un document publié par le Secrétaire Général aux Affaires Européennes, placé sous l’autorité du Premier ministre, un bilan et des perspectives de la PFUE sont officiellement donnés. Voici un tour d’horizon de la PFUE en quelques chiffres :

Un budget maîtrisé à hauteur de 160 millions d’euros

Avec 190 millions d’euros prévus par le Parlement, le budget réalisé s’élève à environ 160 millions d’euros, soit près de 30 millions d’économies par rapport au budget initial.

550 événements sur l’ensemble du territoire français

Près de 550 événements ont été organisés par la présidence française – au-delà des réunions institutionnelles à Bruxelles et Luxembourg – dans 56 départements français, y compris d’Outre mer.

Une forte mobilisation politique vis-à-vis du Parlement européen

Pendant la PFUE, le Président de la République est intervenu trois fois en session plénière à Strasbourg et a reçu les présidents de groupes politiques à deux reprises à l’Elysée.

De même, les ministres se sont particulièrement mobilisés : 110 déplacements ministériels au Parlement européen au cours du semestre de présidence soit 65 interventions en plénière et près de 40 auditions en commissions.

Enfin, 11 commissions du Parlement européen ont été reçues en France, avec à chaque fois des rencontres de niveau ministériel.

90 000 accréditations sans incident dans le domaine de la sécurité

Notamment grâce à la mobilisation des personnels et à l’utilisation d’un logiciel d’accréditation qui a permis de gérer efficacement près de 90 000 inscriptions, des délégations aux fournisseurs en passant par les médias.

1 million de visiteurs en 6 mois sur le site Internet réactif et multilingue

Près d’un million de visiteurs en six mois, le site internet ue2008.fr a été le principal vecteur d’information de la présidence.

Proposé le plus souvent en six langues (allemand, anglais, italien, français, espagnol et polonais) et conçu avec une webTV originale pour une présidence, il a permis aux journalistes, aux délégués et au grand public d’avoir un accès efficace et rapide et global à l’ensemble de l’actualité de la PFUE.

Une présidence attachée au multilinguisme

Mobilisation importante du service commun d’interprétation – conférences des institutions européennes (le SCIC) qui s’est impliqué sur près d’une centaine de réunions et conférences ministérielles.

Configuration inédite pour le sommet de l’Union pour la Méditerranée le 13 juillet avec 29 langues actives et 29 langues passives.

140 véhicules fournis par des partenaires

140 véhicules mis à disposition par les constructeurs Renault et Peugeot-Citroën ont, pendant ces six mois, permis de couvrir utilement une quarantaine de manifestations.

Comment pérenniser les avancées de la PFUE en matière de communication, auprès des citoyens et des autorités ?

La présidence française du Conseil de l’UE, au cours du 2nd semestre 2008, a été l’occasion en matière de communication européenne de faire évoluer l’opinion des citoyens et les pratiques des autorités…

Les objectifs de la PFUE en matière de communication

Partant du constat dressé dans le rapport Herbillon de « La fracture européenne », suivant laquelle :

  • pour les citoyens : « l’Europe, c’est loin, c’est compliqué, c’est une contrainte voire même une menace » ;
  • pour les autorités, la communication sur l’Europe souffre de l’absence d’une stratégie, de la dispersion des relais d’information et de campagnes d’information d envergure et d’efficacité limités ;

les objectifs de communication de la PFUE étaient :

  • objectifs cognitifs pour les citoyens : Améliorer l’information des Français sur l’Europe afin de s’assurer du retour de l’Europe en France.
  • objectifs conatifs pour les autorités : Changer les pratiques des autorités afin de rassurer les institutions communautaires et les partenaires européens du retour de la France en Europe.

Les avancées de la PFUE en matière de communication

Auprès des citoyens français, l’image de l’Europe s’est corrigée au fil de la gestion des crises et de l’adoption des priorités de la PFUE et « l’Europe protection » s’est peu à peu matérialisée :

  • protection de la paix en Europe avec le cessez-le-feu en Géorgie ;
  • protection de l’économie sociale de marché avec le soutien aux banques face à la crise financière ;
  • protection de la PAC (Politique agricole commune) avec l’accord sur le « bilan de santé de la PAC » ;
  • protection de l’environnement avec l’adoption du paquet « énergie-climat ».

Pour les autorités, selon Le Monde « le contexte international a converti les défauts de Nicolas Sarkozy en qualités ». Ainsi, pour reprendre l’expression d’un diplomate allemand « En temps de crise, l’hyperactivité devient synonyme d’énergie, l’autoritarisme d’obstination et l’imprévisibilité de pragmatisme. »

La question de la pérennisation des avancées de la PFUE en matière de communication

Aujourd’hui, alors que la France laisse à la République tchèque le soin de présider le Conseil de l’UE au 1er semestre 2009, la question de la pérennisation des avancées en matière de communication doit être posée :

  • pour les citoyens, la pérennisation de l’embellie de l’opinion publique sur l’Europe sera mesurée par la participation active, donc massive aux élections européennes ;
  • pour les autorités, la pérennisation de bonnes pratiques sera mesurée par la participation active, donc régulière aux instances communautaires.

Ainsi, le taux de participation électorale des citoyens et la présence ministérielle aux instances communautaires permettront de mesurer l’ampleur des avancées de la PFUE en matière de communication européenne.

Comment la Commission européenne tente d’influencer l’agenda médiatique ?

Sur les questions européennes, les médias se révèlent particulièrement important pour informer les citoyens européens des décisions européennes et analyser les enjeux des actions européennes.

Afin d’influencer les médias à davantage informer les citoyens européens sur les questions européennes, la Commission européenne tenter de :

  • mieux comprendre le fonctionnement des médias,
  • mieux s’organiser pour répondre aux attentes et aux besoins des médias en matière d’information et de service.

Mieux comprendre les médias : quelles sont les fonctions des médias ?

Selon la théorie de la hiérarchie des priorités (ou agenda setting), les médias ont un pouvoir d’influence sur les citoyens, car ils déterminent ce sur quoi les récepteurs réfléchissent. Ainsi, les informations des médias se déterminent selon la perception des priorités par les journalistes.

Il s’agit pour la Commission européenne de justifier que les questions européennes sont prioritaires.

Selon la théorie du sélectionneur (ou gatekeeper), les médias sont obligés de sélectionner les sujets traités selon une logique fonctionnelle centrée sur les médias. Ainsi, les informations des médias se déterminent selon la praticité des données à traiter pour les journalistes.

Il s’agit pour la Commission européenne de livrer des données aisément utilisables pour les journalistes.

Selon la théorie de la valeur des nouvelles, les caractéristiques – simplicité, identification-proximité, sensationnalisme – d’une nouvelle déterminent sa valeur journalistique, et son intérêt d’être publié.

Il s’agit pour la Commission européenne de préparer des éléments simples, proches et originaux reprenant ces différentes caractéristiques.

Mieux servir les médias : quelles sont les informations et services de la DG COMM au service des journalistes ?

Afin de fournir aux médias des informations tirant les leçons des différentes théories des médias, la Direction Générale Communication de la Commission européenne a mis en place :

  • une nouvelle organisation adaptée aux médias avec la création d’un service du porte-parole organisant quotidiennement des conférences de presse ;
  • une nouvelle offre de produits audiovisuels avec EuropebySatellite, un service d’images brutes et montées et un studio TV permettant de fournir des interviews vidéo et des reportages montés ;
  • une nouvelle offre de formations auprès des journalistes afin de leur permettre de mieux comprendre les institutions communautaires ;
  • un projet de réseaux d’information pilotes établissant un cadre (plateforme en ligne et cycle de conférences) offrant aux décideurs (parlementaires…) et aux multiplicateurs d’opinions (journalistes…) la possibilité d’échanger et de débattre sur les questions européennes.
  • un projet de service de presse capable de fournir des informations de proximité susceptible d’intéresser les 25 000 journalistes dans l’UE qui ne sont pas proche de l’UE comme les 1 100 journalistes accrédités à Bruxelles…

Ainsi, par une meilleure compréhension des médias, par une meilleure organisation via un service du porte-parole et par de meilleurs outils au service des journalistes, la Commission européenne ne manque pas d’argument pour influencer l’agenda médiatique.