De l’importance des signatures des campagnes de communication européenne

Pour toute communication européenne, qu’il s’agisse de communication de l’UE (campagnes de la Commission ou du Parlement européen) ou de communication sur l’UE (campagnes de l’État membre exerçant la Présidence du Conseil de l’UE), la décision sur la « signature » de la campagne se révèle stratégique…

Pourquoi la signature d’une communication européenne est stratégique ?

En raison des enjeux de traduction : avec 23 langues officielles, plus de 506 combinaisons linguistiques sont possibles, puisque chaque langue peut être traduite dans 22 autres langues.

En raison des enjeux de compréhension : avec des traditions culturelles différentes dans chaque État membre, les mots ou expressions ont parfois un sens historique.

En raison des enjeux d’interprétation : avec des controverses politiques différentes sur chaque échiquier politique national, les mots ou expressions ont parfois une signification partisane.

La campagne des élections européennes : illustrations de signatures de communication de l’UE « décalées »

« It’s your choice ! », la signature de la campagne d’incitation au vote, réalisée par Parlement européen soulève un débat contradictoire sur la question du « choix » :

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« Can EU hear me ? », la signature de la campagne d’incitation au vote des jeunes, réalisée par la Commission européenne en partenariat avec MTV révèle également le décalage entre l’enthousiasme participatif et la réponse somme toute logique : « Ohé l’Europe, tu m’entends ? J’ai voté « non » ! ».

La présidence tchèque de l’UE : illustrations de signatures de communication sur l’UE ambiguës

« Nous sucrerons l’Europe », la signature de la campagne de communication nationale sur la présidence de l’UE – qui a un double sens : elle peut à la fois dire adoucir, mais dans son usage le plus courant, elle signifie écœurer – révèle l’ambigüité de la position tchèque dans l’UE entre un gouvernement pro-européen et un président très eurosceptique, qui « s’est inquiété que l’intégration européenne puisse voir l’identité tchèque se dissoudre comme un sucre dans une tasse de café », selon Le Figaro.

« Une Europe sans barrières », la signature de la Présidence du Conseil de l’UE se révèle également un bon indicateur de l’ambigüité selon que l’on suive la couleur politique du gouvernement tchèque et l’option libérale-fédéraliste est évidente ou que l’on s’inscrive dans la référence aux valeurs européennes d’une « Union sans cesse plus étroite » et l’option communautaire s’éclaircit.

Ainsi, l’importance des signatures des campagnes de communication s’illustre dans leurs distinctions de ce qui relève pour chacune de ces campagnes des présidences de l’UE, des priorités de fond, des questions de coordination ou de « timing » politique.

Union européenne et Internet : pour la création de « EU community managers » pour une communication européenne « de la demande » ?

Alors que le métier traditionnel de communicant reposait sur la maîtrise d’une offre de contenus et l’utilisation de canaux de diffusion de l’information, la communication européenne sur Internet nécessiterait la création de « EU community managers » chargés de répondre aux inévitables demandes des internautes-citoyens ?

Rapprocher les citoyens de l’UE + Web 2.0 = communication européenne « de la demande » sur Internet

La tendance irrésistible (?) d’une communication européenne « de la demande » s’explique par :

  • d’une part, la stratégie de communication de l’UE qui vise à rapprocher les citoyens de l’Union avec des actions en phase avec les préoccupations des citoyens – Communiquer sur l’Europe par l’Internet, décembre 2007 ;
  • d’autre part, les interfaces du web 2.0 qui permettent aux internautes d’interagir à la fois avec le contenu des pages mais aussi entre eux – Web 2.0 – Les internautes au pouvoir, février 2007.

Ainsi, « Internet a le pouvoir de rapprocher les gens par la participation et l’interactivité » selon la DG Communication de la Commission européenne.

La mission de la communication européenne consiste alors à :

  • favoriser une participation occasionnelle de l’internaute ;
  • nouer une relation régulière avec les blogeurs-commentateurs ;
  • réaliser, in fine, une animation de communautés.

Les défis des « EU community managers » chargés d’une communication européenne « de la demande »

Métier aujourd’hui inexistant, les « EU community managers » serait des médiateurs, des créateurs de liens entre l’UE et les internautes, plus particulièrement responsable :

  • du monitoring et du feed-back : veille sur le web, état des lieux de l’e-réputation de l’UE + rétroaction ;
  • de la mise en place de contenus : gestion des User Generated Content (UGC) et Social Media Optimisation (SMO) ;
  • de la création et l’animation de communautés : fédérer et fidéliser les internautes autour de la marque UE en créant une communauté conviviale ;
  • de la visibilité de l’UE auprès des réseaux sociaux ;
  • du webmarketing : référencement du site, netlinking, partenariats entre sites web, affiliation…

Ces « EU community manager » auraient pour défis :

  • intégrer intelligemment les témoignages participatifs dans la stratégie de communication de l’UE :
  • mieux communiquer avec sa communauté pour que celle-ci puisse elle-même mieux communiquer ;
  • garder un contrôle relatif sur l’agenda des débats et la diversité des angles.

Référencement des sites de campagne et respect du code électoral : quels enjeux et conseils pour les communicants politiques ?

Le Conseil d’Etat a annulé, le 13 février 2009, l’élection du Maire de Fuveau parce que la liste du candidat vainqueur avait acheté des liens sponsorisés sur Google alors que le code électoral prohibe toute activité publicitaire pendant la campagne.

Quels sont les enjeux de cette décision sur le référencement des sites de campagne, sachant que le référencement est l’une des principales sources de trafic sur un site aujourd’hui ?

La nouvelle jurisprudence du Conseil d’Etat : le référencement commercial d’un site à finalité électorale est interdit par le code électoral

Le raisonnement du Conseil d’Etat est tout à fait évident :

D’une part, le code électoral interdit aux candidats toute publicité commerciale pendant la campagne.

« Considérant qu’aux termes du premier alinéa de l’article L. 52-1 du code électoral : « Pendant les trois mois précédant le premier jour du mois d’une élection et jusqu’à la date du tour de scrutin où celle-ci est acquise, l’utilisation à des fins de propagande électorale de tout procédé de publicité commerciale par la voie de la presse ou par tout moyen de communication audiovisuelle est interdite. »

D’autre part, le référencement par liens sponsorisés du site de campagne revêt le caractère d’un procédé de publicité commerciale.

« Considérant que le référencement commercial d’un site à finalité électorale sur un moteur de recherche sur internet revêt le caractère d’un procédé de publicité commerciale, interdit par l’article L. 52-1 du code électoral. »

Ainsi, le référencement commercial d’un site à finalité électorale est interdit par le code électoral.

En d’autres termes, les résultats d’une élection peuvent être annulées si le candidat vainqueur est reconnu coupable d’avoir acheté des mots clés sur un moteur de recherche afin d’afficher un lien commercial sur la première page de résultats du moteur de recherche.

Les conséquences de la nouvelle jurisprudence du Conseil d’Etat sur les pratiques de référencement

La nouvelle jurisprudence du Conseil d’Etat ne sera pas sans conséquence sur les pratiques de référencement des sites de campagne des listes candidates.

Le Search Engine Optimization serait permis par le code électoral

On peut considérer que le Search Engine Optimization, l’ensemble des actions consistant à optimiser le site de campagne afin d’améliorer son référencement naturel, est permis par le code électoral.

Seraient ainsi permis :

  • l’optimisation du code HTML autour des mots clés pertinents dans les pages ;
  • l’indexation manuelle du site sur les outils de recherche les plus consultés par les internautes.

Le Search Engine Marketing serait interdit par le code électoral

On peut considérer que le Search Engine Marketing, l’ensemble des actions consistant à positionner le site de campagne inévitablement en tête des résultats des moteurs de recherche, est interdit par le code électoral.

Seraient ainsi interdits :

  • le lien sponsorisé, c’est-à-dire l’achat de mots clés sur les moteurs de recherche ;
  • le netlinking, c’est-à-dire l’indexation payante sur des annuaires, des magazines online et des portails, bénéficiant de forte notoriété.

Quid du Link building ?

Doit-on considérer que le Link building, la politique d’échange de liens entre webmasters serait permis ou interdit ?

Au vue des atouts de l’échange de liens qui sont nombreux, le link building semblerait plutôt permis :

  • D’abord, il ne s’agit pas – stricto sensu – de pratiques commerciales, donc considérés comme illégales par le code électoral puisque l’échange de liens est réalisé pour des raisons éditoriales/idéologiques et non commerciales.
  • Ensuite, cela permet une amélioration du positionnement dans les moteurs et une augmentation de la popularité et de la fréquentation de visiteurs directement de site à site sans recourir à des pratiques commerciales.
  • Enfin, sur le plan électoral, cette pratique permet de créer un réseau de sites « amis ».

Au final, la décision du Conseil d’Etat semble lourde de conséquence sur les stratégies de référencement des webmasters de sites de campagne. Les élections européennes seront le prochain scrutin pour étudier les pratiques…

De la contradiction en France entre faible couverture de l’Europe dans les médias et forte attente d’information sur l’Europe

Qui doit-on croire entre les rédactions qui affirment que le public n’est pas intéressé par l’Europe ou les Français interrogés dans les enquêtes d’opinion qui réclament plus d’Europe dans les médias ? Des éléments d’analyse par Eddy Fougier, dans : « Les Français et la télévision face à l’Europe : le grand malentendu? »

La soif d’information des Français sur l’Europe

Dans l’Eurobaromètre 178 « Quelle Europe ? La construction européenne vue par les Français « , réalisé en janvier 2006 par la Commission européenne, « 80% des Français souhaitent une plus ample couverture de l’Union européenne par les médias. »

Dans l’Eurobaromètre 189a « La communication de l’Union européenne et les citoyens », réalisé en septembre 2006 : « 85% des Français interrogés considèrent qu’il est important d’être informé sur la politique et les affaires européennes, contre 14% qui pensent le contraire. Ce résultat est l’un des plus élevés de l’Union et supérieur à la moyenne européenne (81%). »

La  » mal-information  » des Français sur l’Europe : une information insuffisante et peu compréhensible

Les Français ne s’estiment pas pour bien informés sur les enjeux européens :

  • En 2006, ils étaient les plus nombreux à estimer que la quantité d’informations fournies par les médias de leur pays sur l’Union était insuffisante : 72% contre 62% en moyenne.
  • En 2006, ils étaient les moins nombreux à considérer que les informations qu’ils obtiennent sur l’Europe sont compréhensibles : 43,1%, contre 51,1% en moyenne.

Le rôle central de l’information télévisée sur l’Europe

La télévision est pour les Français la première source d’information médiatique sur l’UE :

  • D’une part, la télévision représente la première source d’information des Français.
  • D’autre part, les Français utilisent d’abord la télévision pour être informés en matière politique.

Selon l’Eurobaromètre Standard 67, publié en 2007, lorsque les Français interrogés veulent obtenir des informations sur l’Union européenne, ses politiques et ses institutions, ils privilégient comme première source la télévision (55%).

Le faible intérêt des journaux télévisés français pour l’Europe

Le désintérêt manifeste de la télévision française pour l’Europe est particulièrement visible dans les journaux télévisés, qui représentent pourtant pour une majorité écrasante de citoyens :

  • « le » rendez-vous télévisuel par excellence, immanquable ;
  • « la » source principale d’information sur l’actualité nationale et internationale « .

Ainsi, voir l’étude de l’Institut national de l’audiovisuel (Ina) « L’Europe loin des projecteurs », juin 2008 qui montre un très faible intérêt de la télévision française pour les questions européennes.

Alors, comment comprendre la schizophrénie de l’information européenne en France ?

Du côté des médias, on peut supposer que « les journalistes ont parfois tendance à prêter leurs propres catégories de perception à ceux qui les écoutent, les regardent ou les lisent » et comme ils ne semblent pas manifester eux-mêmes un grand intérêt pour l’actualité européenne…

Du côté des Français, on peut supposer qu’ils sont d’autant plus tentés de reprocher aux médias de ne pas suffisamment parler d’Europe, qu’ils tendent à ne pas leur accorder leur confiance.

Alors comment sortir de ce dilemme ?

Selon Eddy Fougier , « cela passe, entre autres, très certainement par une amélioration de la connaissance des Français, mais aussi des journalistes, sur l’Europe et par une autre façon d’aborder les questions européennes, qui soit davantage en lien avec les préoccupations de l’opinion, donc moins institutionnelle, et en rupture avec le réflexe traditionnel consistant à  » nationaliser les réussites et européaniser les échecs  » de l’Union ».

Pourquoi l’Europe est largement absente des « conversations des Français » ?

Tous les mois, l’institut de sondages Ifop enquête pour Paris Match sur les conversations des Français. Au vu des données, analysées par Eddy Fougier : « Les Français et la télévision face à l’Europe : le grand malentendu? » les Français ne semblent pas véritablement se passionner pour les questions européennes dans leurs conversations quotidiennes…

LES CONVERSATIONS SUR L’EUROPE

L’Europe : seulement 2,5%% des conversations des Français

De novembre 2003, jusqu’à décembre 2008, 397 sujets ont fait l’objet d’une conversation d’au moins 50 % des personnes interrogées. Sur ces 397 sujets, on peut en dénombrer seulement 10 qui soient en lien avec l’Union européenne.

Des conversations sur l’Europe dominées par la Turquie et la Constitution européenne

Les deux sujets de conversation européens sont les enjeux autour de l’élargissement, notamment à la Turquie (4 sujets), et le processus d’élaboration et d’adoption de la Constitution européenne (8 sujets), dont 6 sujets pour la seule année 2005, année du référendum.

Des conversations sur l’Europe marquées par les enjeux politiques et socio-économiques

Les autres thèmes ont trait à des enjeux politiques – tensions avec le Royaume-Uni en 2005, proposition de traité simplifié par Nicolas Sarkozy, présidence français de 2008 ou à l’économie et à ses conséquences sociales – TVA de 5,5% dans le bâtiment, ouverture du marché de l’électricité à la concurrence, euro fort face au dollar, directive sur les services, délocalisations.

LES RAISONS DE LA QUASI ABSENCE DE L’EUROPE DANS LES CONVERSATIONS

Un faible intérêt pour les sujets liés aux questions institutionnelles

Que ce soit à l’échelle nationale, européenne ou internationale, les sujets de conversation liés aux questions institutionnelles semblent très peu intéresser les Français :

  • A l’échelle française, on peut observer, en effet, un nombre relativement faible de sujets de conversations liés à la politique française (activités des partis et des responsables politiques) ;
  • A l’échelle internationale, les sujets de conversation liés à l’étranger de nature politiques ou institutionnels ainsi que les questions économiques internationales sont également rares.

Un réel intérêt pour les faits divers et les menaces ou événements spectaculaires

En réalité, les sujets de conversation sur l’étranger qui dominent ont trait aux faits divers, ce qui correspond au mode de traitement de l’actualité internationale par les médias : psychologisation, personnalisation et description d’« histoires humaines » pour susciter l’identification des téléspectateurs.

Or, la spécificité de l’actualité européenne est justement qu’elle peut être difficilement transformée en  » fait-divers  » ou en information  » spectaculaire « . Donc, selon Eddy Fougier : « l’information européenne forcément complexe, pauvre en mise en scène et longue à expliquer, est une victime collatérale de cette fait-diversification de la couverture rédactionnelle ».