Débat autour de la création d’un blog collectif européen ?

L’idée lancée par Samuel Faure de « Fonder un blog collectif européen, pour politiser le débat » anime vivement « l’euro-blogo-sphère ». Quelles en sont les principales réactions et réflexions ?

Les arguments pour une nouvelle plateforme multi-contributeur sur les affaires européennes

Les objectifs du blog collectif européen, selon Samuel Faure – au-delà de la fameuse devise des mousquetaires « Un pour tous, tous pour un. » – seraient :

  • Durer : « par une saine émulation, un blog collectif permettrait à davantage de personnes d’écrire sur les affaires européennes. » ;
  • Politiser : « rassembler des personnes d’horizons différents avec des opinions variées sur un support qui serait le blog collectif européen ».

En somme, comme le résume Jean-Sébastien Lefebvre qui oppose une fin de non recevoir au projet : « être beaucoup moins consensuel que tout ce qui se fait aujourd’hui, tout en vulgarisant l’UE pour que le citoyen lambda puisse comprendre quelque chose à l’intégration européenne ».

Les arguments contre une enième marque dans la blogosphère européenne

Quoique l’ambition du projet ne puisse que titiller l’intérêt de blogueurs davantage frappés par le manque de temps que par une sourde souffrance liée à un déficit d’« émulation », le blog collectif européen n’est pas sans soulever des interrogations.

D’une part, comme le rappelle Greg Henning, « le blog porte une part de l’identité du blogueur (…) Un blog unique ferait perdre cela – ou alors chaque rédacteur à droit à un thème différent et cela revient à juxtaposer des blogs différents ». Tout l’intérêt d’un blog reposant sur la personnalité de son auteur, rassembler des contributeurs reviendrait alors à en diluer l’impact.

D’autre part, il existe déjà Bloggingportal, la plateforme agrégeant les billets de 614 blogs européens, d’emblée multilingue et récemment complétée par un blog qui propose une lecture hebdomadaire de l’actualité de la blogosphère européenne.

Que faire de plus ou de mieux ?

Formuler la « promesse » répondant aux attentes supposées ou connues des publics : Bien plus que de politiser à travers le prisme éculé du militantisme sur les affaires européennes, les blogs européens peuvent décrypter l’actualité de l’UE à partir d’une approche sectorielle correspondant à la sphère professionnelle ou aux centres d’intérêts du blogueur.

Impératif de la survie des blogs, la qualité des contenus bien plus que l’interactivité d’échanges forcément limités repose à la fois sur la pertinence des connaissances et des analyses et sur la volonté de faire découvrir, et chroniquer la vie de l’UE. Somme toute, offrir une lecture citoyenne pédagogique de l’actualité de l’UE et proposer un décryptage ludique du mécanisme de décision de l’UE.

Reste ensuite à déterminer l’audience recherchée ou obtenue :

  • si l’audience recherchée se réduit aux publics de l’euro-blogo-sphère, alors l’innovation pour reprendre les propos de Jean-Sébastien Lefebvre « c’est d’interagir entre nous et de débattre via nos blogs. En abordant des sujets dans le vent, de fond ou autre, mais de façon frontale ». Et l’idée même de lancer un blog collectif illustre que « The proof of the pudding is in the eating. » puisque le débat se propage dans les blogs. La question du style vient alors en second rang.
  • si l’audience obtenue se veut beaucoup plus large, alors l’innovation consisterait davantage à s’adosser à un site à forte audience en vue d’animer une présence sur l’Europe. Un partenariat avec un média pure player du web tel que Slate permettrait de « rendre les questions européennes plus vivantes et réellement intéressantes pour un plus grand nombre ». La question des angles et de l’écriture devient incontournable.

Au final, les euro-blogeurs ont-ils vraiment besoin d’une nouvelle plateforme ou bien plutôt d’un réseau d’interconnexions online et de contacts IRL pour mieux s’organiser ?

Communiquer sur l’Europe concrète : la preuve par trois

Conscient que « Quand les gens voient les bénéfices réels de l’Union européenne, ils la soutiennent. Quand ils n’en voient pas les bénéfices, ils n’ont pas de raison de la soutenir », Viviane Reding, la Commissaire européenne responsable de la communication, affirmait vouloir communiquer sur une « Europe à l’échelle humaine du citoyen ». La « priorité à la vie quotidienne des citoyens européens pour la communication de l’UE » prend forme avec plusieurs campagnes qui viennent récemment d’être lancées…

Téléphonie mobile : une page Facebook « Sea, Sun and SMS : cheaper roaming in Europe »

Afin de diffuser l’information d’une nouvelle législation adoptée par l’Union européenne, qui permet aux utilisateurs de téléphones portables de plus facilement éviter les factures excessives lorsqu’ils surfent sur le web et effectuent des téléchargements depuis l’étranger, une page Facebook (en anglais seulement) permet de devenir fan de l’itinérance moins cher en Europe… bien loin du traditionnel communiqué de presse.

Successions : un portail multilingue sur les droits de succession dans les 27 pays européens

Traduit en 23 langues et cofinancé par la Commission européenne, le site : successions-europe.eu décrit le droit applicable aux successions dans chacun des États membres en répondant aux interrogations concrètes suivantes :

  • A qui dois-je m’adresser ?
  • Quel est le droit applicable ? Puis-je choisir le droit applicable à ma succession ?
  • Qui hérite et de combien en cas d’absence de testament ?
  • Comment un testament est-il établi et puis-je le faire enregistrer ?
  • Quand et comment devient-on héritier ?
  • Combien d’impôts dois-je payer lors de la succession ?

Transport : une campagne de sensibilisation « Vos droits de passagers en mains »

Siim Kallas, Vice-président de la Commission chargé des transports lance une campagne de sensibilisation aux droits des passagers :

  • des affiches dans toutes les langues de l’Union : Vol retardé ou annulé ? Bagages endommagés ? Embarquement refusé ? – Les compagnies aériennes ont l’obligation légale de vous informer sur vos droits et vos recours
  • un site en anglais sur les règles de remboursement (pour l’avion ou le train), notamment en cas d’annulation, de retard important, de refus d’embarquement ou de perte-détérioration-retard des bagages sans oublier les droits des passagers aériens handicapés ou à mobilité réduite

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Ainsi, au travers de ces trois actions de communication autour de la mobilité en Europe , sont davantage valorisés les bénéfices concrets que l’Europe apporte aux gens tout en sortant des déclarations emphatiques ou soporifiques.

Etude Ligaris-Ipsos : « Publics jeunes en Europe et communication d’intérêt général »

Afin de « mieux les comprendre pour mieux leur parler », l’agence de communication Ligaris et l’institut de sondage Ipsos ont réalisé une vaste étude des publics jeunes en Europe face aux communications d’intérêt général, qu’elles soient menées par de grandes marques qui rivalisent de connivence et de moyens publicitaires ou par des institutions publiques pour changer les comportements…

Quels insights dominants pour qualifier les publics jeunes ?

Goût de la transgression : recherche d’émotions fortes et besoin de se confronter à des limites pour devenir adulte

Aspiration à l’indépendance : désir d’être adulte, responsable et recherche d’autonomie

Besoin d’affirmation identitaire : importance de l’apparence, de l’image et recherche de la distinction

Impératif de socialisation : importance du groupe et du regard des pairs

Critiques envers la société de consommation et les grosses ficelles des publicitaires

Intérêt pour la solidarité, l’entraide et la communauté : les copains et la famille d’abord

Toujours connectés

Quels registres stratégiques pour toucher les publics jeunes ?

1. L’émotion

Stratégie : mises en scène « chocs », dramatiques, anxiogènes voire outrancières de certaines réalités pour déranger la cible dans ses certitudes ou ses habitudes et finalement la pousser à la réflexion

Thèmes : tabac, alcool, sécurité routière mais aussi grossesses précoces, anorexie/boulimie

Forces : capacité à bousculer les conventions

Faiblesses : risque d’effet de distanciation et registre trop moralisateur

2. L’autonomisation, la responsabilisation, la pédagogie

Stratégie : amener les publics jeunes à prendre/reprendre le contrôle de leur existence, notamment par un discours pédagogique, pour provoquer une prise de conscience et à terme un changement de comportement

Forces : une approche « adulte » responsabilisante et une mise à disposition d’informations concrètes pour aider dans la vie personnelle

Faiblesses : registre « rationnel » insuffisant et approche très individualisante

3. L’estime de soi, le jugement des pairs

Stratégie : jouer sur le jugement des pairs redouté ou sur les codes d’appartenance censé être partagés par un groupe pour favoriser des comportements mimétiques ou antagoniques plus conforme à l’intérêt général

Forces : exploiter le sentiment d’appartenance sociale, intègre une dimension sociale dans le discours et inclure des témoignages « terrain »

Faiblesses : limités aux catégories se sentant concernées par le regard d’autrui et à certaines situations ou causes

4. La recherche de connivence, l’humour

Stratégie : se rapprocher le plus possible du point de vue de la cible, de ses codes quotidiens, de ses habitudes, de ses références culturelles (le jeu, le décalage, l’absurde, voire une certaine transgression des normes établies) et chercher à distraire pour mieux faire passer un message parfois grave.

Forces : une prise en compte de la « contre-culture » jeune qui instaure un climat complice et une stratégie qui s’adresse à la finesse de perception et d’analyse

Faiblesses : le danger de la fausse connivence et l’efficacité qui dépend beaucoup de la création au point que la forme prenne le pas sur le fond

Quels principes dans la façon de communiquer sur l’intérêt général auprès des publics jeunes ?

Principe n°1 : Fonder les communications sur ce qui préoccupe vraiment les Publics jeunes

Principe n°2 : Utiliser les émotions… avec précaution

Principe n°3 : Rechercher connivence et proximité… avec sincérité

Principe n°4 : Adopter une communication pertinente, c’est-à-dire modérée et considérant la cible

Principe n°5 : Développer la dimension participative (le ludique sérieux, la culture du partage de vidéos, la logique de gratification, l’auto-évaluation…)

État des lieux de la communication du Parlement européen sur Facebook

Précurseur au sein des institutions européennes, le Parlement européen assure une présence sur Facebook avec un véritable « laboratoire d’expérimentation et de créativité, qui teste le potentiel (et repousse les limites) de la communication institutionnelle », selon l’équipe de la communication web du PE…

Les faits sur la communication du Parlement européen sur Facebook

Avec près de 75 000 fans, chaque posts vus au moins 100 000 fois, et plus de 1 000 interactions par semaine, la page du Parlement européen sur Facebook est « l’une des expériences les plus réussies de communication sur les affaires européennes », selon Writing for(y)EU ici et :

  • la page du Parlement européen rassemble la plus grande communauté en ligne qui s’intéresse à la politique de l’UE, la seconde étant une page non officielle sur l’UE avec environ 43 000 fans ;
  • dans le classement mondial des institutions politiques sur Facebook, le Parlement européen semble être le deuxième derrière la Maison Blanche ;
  • le Parlement européen est le leader mondial dans l’utilisation de Facebook par une institution parlementaire.

Quoiqu’il ne s’agisse pas de se congratuler au regard des 500 millions de citoyens de l’UE, des 400 millions d’utilisateurs de Facebook dans le monde et des 9,3 millions de fans d’Obama sur Facebook, le succès est néanmoins incontestable.

Les challenges de la communication du Parlement européen sur Facebook

Comment faire de la communication du PE sur Facebook, une information fédératrice, qui conjugue affinité et utilité, interactivité et proximité, sérieux et humour ?

La communication institutionnelle est trop sérieuse, voire ennuyeuse. Lorsqu’elle fait parler d’elle, c’est pour se plaindre de son sort ou se féliciter de ses succès.

À l’inverse des médias, qui par leurs chroniques ou émissions de critiques parviennent à se moquer d’eux-mêmes et à faire de leurs actualités le sujet de conversation quotidien de ses lecteurs/auditeurs/téléspectateurs, la communication peine à nouer une relation de proximité et de connivence si essentielle pour fidéliser.

La communication interactive peut trouver ces registres affinitaires et utilitaires qui permettent d’engager la conversation à condition d’inventer un nouveau mode de production et d’organisation des contenus qui allie la souplesse de contenus autonomes créatifs (la page Facebook rassemble les vidéos publiées sur Youtube, les photos déposées sur Flickr, le fil Twitter, des chats, des sondages…) et la puissance d’informations crédibles et reconnues.

Ainsi, la communication du Parlement européen sur Facebook pilotée par Writing for (y)EU est une aventure pleine de promesses.

Regard critique sur le discours de Viviane Reding au 4e Sommet européen de la communication

Lors du 4e sommet européen de la communication à Bruxelles, les 1er et 2 juillet, la Commissaire responsable de la communication, Viviane Reding délivre son discours inaugural sur la communication de l’Europe. Tentative de compte-rendu grâce au live twitt proposé par Aurélie Valtat…

Finalité de la communication de l’UE : être un outil largement institutionnel

La mission de la communication de la Commission européenne selon Viviane Reding se comprend par les oppositions qu’elle dresse :

  • Développer une stratégie de communication, ce n’est pas une question de démocratie, mais de leadership ;
  • La communication de la Commission européenne, ce n’est pas de la publicité, mais de la politique ;
  • Nous ne sommes pas en train de vendre du savon, mais nous construisons un continent où les gens se sentent chez eux ;
  • La communication est aussi bonne que la politique que vous communiquez.

Le positionnement de la communication se déduit aisément de cette mission institutionnelle :

  • La communication doit être intégrée dans le process de décision politique, dès le départ ;
  • Les actions de communication doivent être pilotées de manière centralisée ;
  • L’Europe a besoin d’un visage : Barroso et les Commissaires.

Autrement dit, la communication de l’UE peut être définie comme un outil au service du projet européen, porté au centre par les Commissaires et leur Président et à caractère institutionnel, c’est-à-dire s’attachant à valoriser les valeurs et les réalisations de ce projet.

Modalité de la communication de l’UE : être un message fortement émotionnel

Le travail de la communication de la Commission européenne selon Viviane Reding consiste à :

  • construire des relations presse pour adapter les messages aux différents paysages médiatiques nationaux dans l’Europe à Vingt-Sept et assurer une présence plus importante des Commissaires dans les chaînes de TV nationales ;
  • bâtir une marque forte et cohérente pour créer des relations émotionnelles fortes en éliminant les logos non essentiels, le drapeau européen devant suffire à l’identité visuelle de l’UE.

Le questionnement de la communication porte sur l’utilisation des médias sociaux:

  • certes, Viviane Reding affirme que l’engagement des citoyens est clé, qu’il faut faire passer le message au-delà de la presse et de la sphère bruxelloise ;
  • mais, les médias sociaux ne sont quasiment pas mentionnés et ne sont pas appropriées parce qu’ils répandent des potins.

Au total, le regard de Viviane Reding sur la communication de l’Europe semble davantage préoccupé par les médias traditionnels et les pratiques politiques plutôt que porté par les opportunités des médias sociaux et les pratiques citoyennes.