Coïncidence paradoxale : Erasmus à la TV en France et en faillite dans l’UE

Alors que le programme « Erasmus » pour la mobilité des étudiant(e)s s’apprête à fêter son 25e anniversaire le 8 octobre prochain, une campagne de communication en France propulse la génération Erasmus sur les écrans de télévision tandis que les budgets à l’échelle européenne sont en situation de faillite…

Campagne de communication TV sur la « génération Erasmus » en France

Suivant le plan de communication « génération Erasmus » pour la France, que nous avions présenté en février dernier, une campagne de communication se déploie du 26 septembre au 24 octobre à la télévision (M6, NT1, iTélé, BFM TV, Tv5 Monde, LCI) à travers 4 portraits de jeunes partis étudier et se former en Europe.

Un site Internet ainsi qu’un relais sur les sites d’hébergement de vidéos (You Tube et Daily Motion) complète le dispositif mis en œuvre par l’Agence Europe-Education-Formation France.

Panique bruxelloise sur la faillite budgétaire du programme Erasmus

Au même moment, « Erasmus est en faillite » titre Presseurop : les coupes budgétaires souhaitées par les Etats-membres menacent le budget du programme Erasmus qui représente « bon an mal an, entre 400 et 450 millions d’euros » et près de 220 000 mobilités étudiantes.

 

C’est Alain Lamassoure, le président de la Commission des budgets du Parlement européen qui tire la sonnette d’alarme et sort ainsi « une arme de communication massive » selon MyEurop pour négocier ainsi une rallonge budgétaire pour la fin de l’année.

Alors que l’attachement des Européens à ce programme emblématique n’est plus à prouver (cf. la tribune de Cédric Klapisch : « 25 ans déjà… ») et que l’attention des Français est particulièrement attirée, il ne reste plus qu’à souhaiter qu’un compromis soit rapidement trouvé pour boucler la fin de l’année.

Quels sont les points clés du chat avec Gregory Paulger, Directeur Général de la communication à la Commission européenne ?

Après le Google Hangout (chat vidéo) de José Manuel Barroso autour de son discours sur l’Etat de l’Union, Gregory Paulger, le Directeur Général de la Communication à la Commission européenne s’est également livré à l’exercice du dialogue en direct lors d’un chat organisé hier par Touteleurope. Quels sont les points clés du chat au-delà du fait que « la Commission présentera l’ébauche d’un futur traité sur la fédération d’Etats-nations, avant les élections européennes de 2014 » ?

Sa vision de la communication européenne : « redonner du sens au projet européen »

Interrogé sur sa récente déclaration que la communication de la Commission européenne doit mettre moins l’accent sur le « quoi » et le « comment » et davantage sur le « pourquoi », Gregory Paulger estime qu’ « il faut retrouver le sens du projet européen pour les citoyens. Il faut d’abord expliquer en quoi certains problèmes se posent à l’échelle européenne et seront mieux résolus au niveau européen ».

Sa rencontre avec Jean-Michel Demetz à lire sur L’Express autour de la crise et du traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance au sein de l’Union économique et monétaire illustre qu’il « n’est pas un adepte de la langue de bois ».

Sa conviction sur l’initiative citoyenne européenne : « un véritable outil de démocratie participative »

Gregory Paulger s’est montré lyrique sur l’initiative citoyenne européenne (ICE) : « La Commission apporte son soutien aux porteurs de projet en les aidant à surmonter les obstacles techniques (et) met à disposition une plateforme pratique aidant à recueillir les signatures, avec toutes les garanties de sécurité, de respect de la vie privée… Par nature, l’ICE a une dimension européenne, pour que les citoyens s’approprient les enjeux européens. L’ICE est un véritable outil de démocratie participative ! C’est une première dans l’histoire de l’Europe… ».

Sa conception de l’Année européenne des citoyens en 2013 : les citoyens doivent s’approprier les enjeux européens

Alors que 2013 sera l’année européenne des citoyens, Gregory Paulger réaffirme que « l’objectif est de sensibiliser les citoyens aux droits dont ils bénéficient en tant que citoyens européens et des bénéfices concrets qu’ils peuvent tirer de ces droits (liberté de circulation, reconnaissance des qualifications professionnelles qui leur ouvrent un marché du travail plus large, droit de vote aux élections européennes et municipales, etc). ».

Sa conception des élections européennes en 2014 : les partis politiques doivent se saisir du scrutin européen

Sur l’enjeu des élections européennes en 2014, Gregory Paulger estime que « les élus locaux sont les plus proches du citoyen et sont des relais essentiels ». Le rôle des partis politiques est également important à ses yeux : « la Commission a proposé un statut pour les partis politiques européens. Nous souhaitons que les partis européens présentent chacun un candidat à la présidence de la Commission en 2014, ce qui renforcera sa légitimité démocratique ».

Au total, le chat avec Gregory Paulger représente une occasion – trop rare – pour le Directeur de la communication de la Commission européenne de dialoguer.

5 ans pour les partenariats, pierre angulaire de la communication européenne

Annoncée le 3 octobre 2007, lors d’une conférence de presse de Margot Wallström à Bruxelles, (l’un des premiers billets de ce blog), la stratégie de partenariat fête donc aujourd’hui ses 5 ans. Une occasion pour mieux comprendre l’évolution la plus importante dans la communication européenne…

De la coopération volontaire aux partenariats contractualisés

Longtemps considérée comme secondaire, la communication est abordée pour la première fois par les chefs d’État et de gouvernement lors du Conseil européen d’Helsinki des 10 et 11 décembre 1999, qui demandent aux institutions européennes d’« unir les efforts pour diffuser des informations générales coordonnées sur l’Union ».

L’idée pour améliorer la communication de l’UE est de développer une hypothétique synergie volontaire, sans véritable stratégie globale. Un « cadre de coopération pour les activités concernant la politique d’information et de communication de l’UE » est ainsi signé le 27 juin 2001.

Le 3 octobre 2007, Margot Wallström envisage une approche différente avec la stratégie de « Communiquer sur l’Europe en partenariat » :

  • nouvelle attitude de la Commission qui reconnaît avoir besoin du soutien des autres institutions et des États membres pour communiquer de façon cohérente et intégrée sur l’action européenne ;
  • nouvelle fondation de la communication qui s’appuiera sur une déclaration politique (signée par les institutions européennes près d’un an plus tard) et sur un accord interinstitutionnel sur la communication afin de donner des priorités de l’UE en matière de communication ;
  • nouveaux mécanismes avec la mise en place de partenariats de communication, basés sur des plans de communication communs, avec les États membres qui le souhaitent.

18 partenariats de gestion et 5 partenariats stratégiques.

Au-delà de la « communication interinstitutionnelle » de l’UE, les partenariats entre les institutions européennes et les États-membres se sont largement développés en 5 ans :

  • 5 partenariats stratégiques – sur la base d’une exécution du budget parallèle entre la Commission et l’Etat-membre ;
  • 18 partenariats de gestion, dont la France – sur la base d’une exécution du budget en commun entre la Commission et l’Etat-membre.

« La valeur ajoutée de ces partenariats tient à la mobilisation de ressources de communication renforcées et à la légitimité politique accrue des différentes activités de communication, ainsi qu’à l’amélioration de la coordination et des échanges d’information entre les partenaires. »

Rapport « Communiquer sur l’Europe pour les citoyens et les médias » présenté par la Commission au Parlement européen.

En 2011, les partenariats ont couvert une centaine d’opérations de communication. Début 2013, la Commission prévoit de définir les prochaines étapes à franchir pour améliorer ces accords de partenariat.

Pistes pour approfondir les partenariats de communication européenne

Nonobstant les propositions de la Commission européenne en 2013, voici quelques pistes  pour approfondir la stratégie de communication européenne en partenariat :

  1. Compléter la coopération entre institutions européennes autour de priorités de communication par des budgets communs afin de mener des campagnes de communication conjointes vraiment efficaces et effectives ;
  2. Amplifier les partenariats de communication entre les institutions européennes et les États-membres avec les collectivités territoriales au-delà des seuls gouvernements ;
  3. Développer des partenariats de communication multiacteurs et multiniveaux, c’est-à-dire incluant les réseaux et associations de la société civile.

Les partenariats de communication fêtent aujourd’hui leurs 5 ans, il reste encore beaucoup à faire.

Et si pour toucher le grand public la communication européenne devait être « européennement incorrecte » ?

Une « fracture européenne » se serait installée entre l’UE et les Européens. Et si en fait l’idée « européennement incorrecte » serait plutôt que cette fracture se situerait entre les milieux européens intégrés et une large partie de la population…

La fracture européenne revisitée

Popularisée par le rapport Herbillon, rédigé au lendemain de l’échec du référendum sur un projet de Constitution pour l’Europe, l’expression de « fracture européenne » qualifie la relation compliquée existant entre les Français et l’Europe résumée par « Je t’aime, moi non plus… ». La fracture européenne est un phénomène électoral entre ceux qui souscrivent au projet européen et ceux qui s’y opposent ou proposent une vision alternative.

Et si en fait la fracture européenne ne se situait pas entre l’UE et les peuples mais bien davantage entre d’une part, les milieux européens évoluant dans un espace public européen envisagé comme rationnel entre gens connectés à l’UE et d’autre part, le débat public national sur l’Europe tel qu’il a lieu dans les médias nationaux, dans les foyers et sur Internet. La fracture européenne serait alors une différence de perception et d’appréhension de la chose européenne.

Quelles conséquences pour la communication européenne ?

Tandis que la fracture européenne, définie par le rapport Herbillon, s’analyse comme un enjeu d’opinion, la fracture européenne revisitée s’analyse comme un véritable problème de communication.

Indépendamment des convictions politiques pro- ou anti-européennes, la fracture européenne revisitée conduit à envisager une communication « européennement incorrecte » au sens où pour vraiment percer dans le débat public national, le sujet européen doit s’adapter – au risque d’apparaître « incorrect » aux yeux des milieux européens, c’est-à-dire à la fois lacunaire et hérétique.

La communication européenne devrait alors s’attacher à se débarrasser de tout ce qui empêcherait la pleine participation du grand public en raison d’un déficit de connaissance, d’un défaut de compréhension ou d’un obstacle en termes d’image.

Ainsi, cette nouvelle lecture de la fracture européenne débouche sur une nouvelle pédagogie sur l’Europe.

Communication européenne au carré : l’UE communique sur sa propre communication

La Commission européenne ne se contente plus seulement de communiquer pour chercher à faire connaître ses politiques auprès du grand public. Dorénavant, l’institution promeut également ses propres actions de communication en recherchant la reconnaissance ou la participation des communicants. Ou quand l’UE communique – non sans gloire ou cynisme – sur sa propre communication…

Gloire : prix Effie pour la campagne antitabac de l’UE sur les « Ex-fumeurs » ou quand l’UE recherche la reconnaissance des communicants

Pour la première fois, une campagne de communication de la DG Santé et consommateurs a reçu la médaille d’or du prix Effie (dans la catégorie santé) qui représente « la plus haute distinction de l’efficacité prouvée en matière de communication ».

Une prouesse d’autant plus remarquable qu’il s’agit, selon le communiqué de « la première initiative anti-tabac à être distinguée par un Euro Effie » alors les communications sur le sevrage tabagique sont plutôt réputées concurrentielles en matière d’innovation et de créativité.

Rappelons toutefois que la communication anti-tabac de la Commission européenne a déjà été récompensée avec 2 Grand Prix Empreintes pour « les meilleures innovations publicitaires dans le domaine de la santé publique ».

Il n’en demeure pas moins que la Commission européenne recherche et se félicite de gagner la reconnaissance de la profession des communicants.

Cynisme : campagne « 50 ans de PAC » autour des bonnes pratiques de communication ou quand l’UE recherche la participation des communicants

Pour marquer le 50e anniversaire de la PAC, la DG Agriculture et développement durable lance « une initiative pour mettre en valeur les bonnes pratiques de communication ». Une bien curieuse façon de célébrer cette occasion.

Sous prétexte de « créer un projet commun impliquant les principaux acteurs ruraux et les citoyens européens pour réfléchir et débattre de l’importance de l’agriculture dans notre vie », la campagne « 50 ans de PAC – un partenariat entre l’Europe et les agriculteurs » est en fait un vaste concours où pour faire partie du réseau « 50 ans », il faut présenter une idée de communication qui puisse éveiller l’intérêt du public.

Le « deal » entre les organisateurs de la campagne et les participants au concours est d’ailleurs explicite : « que diriez-vous de bénéficier d’un peu de publicité supplémentaire à l’échelle de l’UE en rejoignant notre réseau européen ? ».

Autrement dit, l’initiative se présente comme un appel à propositions déguisé où « agences de communication, médias généralistes ou spécialisés… » sont invités à présenter leurs idées, non pour pouvoir les réaliser mais pour travailler leur propre notoriété auprès de l’UE.

Il demeurera toujours moins couteux de lancer un concours sur les bonnes pratiques de communication avec une remise de quelques prix plutôt que de mettre en œuvre la meilleure idée de communication issue d’un concours.

Au total, la Commission européenne semble bien avancée dans sa « mue communicationnelle » au point de récupérer quelques travers de la profession des communicants comme la recherche de leur reconnaissance ou de leur participation.