Communication européenne : d’une police de l’information à une politique de l’information ?

Sommes-nous en train de passer d’un cercle vicieux de non-communication européenne à un cercle vertueux avec une communication européenne plus transparente ?

Quel cadre d’analyse de la communication de l’UE ?

Informé les citoyens, pour les institutions européennes n’est pas seulement un exercice technique mais une activité politique comprenant 3 éléments :

  • l’accès à l’information et aux documents européens pour les publics ;
  • les efforts de « relations publiques », souvent outsourcés à des prestataires ;
  • la communication didactique ou politique des officiels européens.

Michaël Brüggemann propose un modèle permettant d’analyser séparément 7 stratégies différentes, à partir de 2 dimensions :

  1. Est-ce que la relation de communication et de pouvoir entre l’institution et le peuple est symétrique ou asymétrique ?
  2. Est-ce que la politique de communication ouvre l’accès passivement à l’information ou vise-t-elle pro-activement à atteindre certains publics dans le but de délivrer un message politique ?

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Concernant la dimension symétrique ou asymétrique, il est possible de distinguer entre des formes de communication liées à une gouvernance autoritaire (asymétrique) avec la politique d’arcane menée derrière des portes closes ou la propagande tandis qu’une gouvernance démocratique (symétrique) se traduit par une communication délibérative ou transparente.

S’agissant de la 2nde dimension correspondant à l’intervention des institutions européennes, la transparence se limite à l’« agenda setting » pour capter l’attention des médias (ou mieux j’ajouterai l’« agenda framing » pour suggérer des angles) tandis que le dialogue est corrompu par du marketing pour faire appel aux émotions ou de la justification pour tenter de convaincre.

Vers un changement de paradigme de la communication de l’UE ?

Tout commence par une politique d’arcane, menée notamment par les Pères fondateurs de l’Europe comme Jean Monnet qui privilégient une approche technocratique de l’intégration européenne où les médias, les politiques et le public sont enfermés dans un cercle vicieux de non communication sur l’Europe. Cette stratégie est aujourd’hui abandonnée.

Face à la baisse de la participation aux élections européennes, c’est le Parlement européen le premier qui se lance dans le marketing politique, préférant la force des symboles à l’argumentation pour séduire plutôt que convaincre des électeurs qui n’ont pas beaucoup de pouvoir à l’échelle de l’UE. Cette stratégie montre clairement ses limites.

Avec le scandale lié aux fortes pressions contre-productives sur les journalistes lors de la démission de la Commission Santer, la stratégie d’agenda setting s’est révélée très risquée.

A très grands traits, le mandat de Margot Wallström peut être rangé dans la case des actions de communication pro-active placée dans une dynamique démocratique, qui faute de pouvoir vraiment élargir un dialogue symétrique avec les citoyens au-delà des expériences expérimentales, s’est transformé en opération de justification argumentative de la construction européenne.

Que reste-il aujourd’hui comme stratégie de communication praticable sinon l’agenda framing qui consiste à essayer d’activer des cadres d’interprétation de la réalité européenne actuelle auprès des publics, notamment les multiplicateurs d’opinion à travers une meilleure contextualisation et une imputation des responsabilités européennes ?

Totem et tabou de la communication européenne

Depuis longtemps, nous n’avions pas vécu, notamment dans les médias, une semaine aussi « européenne » entre les 50 ans du traité de l’Elysée sur l’amitié franco-allemande et le discours sur l’Europe du Premier ministre britannique. Pourtant les interdits et les non dits plonge la communication sur l’Europe dans un abîme freudien…

L’amitié du couple franco-allemande : le totem de la communication européenne

Les études plaident pour une relative indifférence des peuples allemand et français – que l’on songe au fait que moins de 5% parlent la langue de l’autre pays ou au « caractère « dépassionné » de la relation franco-allemande » vu comme l’un des résultats essentiels d’un sondage IFOP sur l’image de l’Allemagne en France.

Il en est de même pour les responsables politiques à en juger par le Wunderbarometer, une étude qui indique, selon son concepteur Matthieu Lerondeau qu’« il n’existe pas de sphère politique franco-allemande sur Twitter. Pas entre les ministres et les ministères […] aucun ne se suivent de part et d’autre du Rhin ».

Il ne faut pas en conclure que l’Allemagne et la France ne partagent pas une profonde unité. Mais plutôt, que nous vivons avec « l’esprit perdu du traité de l’Elysée ». Les discours officiels cultivent une « amitié » à distance de la réalité. Autrement dit, un interdit surplombe les prises de parole et cet interdit, c’est le « totem » de l’amitié franco-allemande. Un « mythe », selon Vincent Giret de Libération visant à « passer de la haine héréditaire à l’amitié héréditaire ».

Le référendum sur l’adhésion du Royaume-Uni à l’UE : le tabou de la communication européenne

Autre événement dans l’actualité européenne, le discours du Premier ministre britannique sur l’Europe pose là-encore un surplomb freudien. Il ne s’agit plus ici d’un nouvel interdit – bien au contraire puisque l’hypothèse d’un référendum sur l’adhésion est levée, quoique que l’organisation en soit repoussée aux calendes grecques.

Ce sont plus les nombreux non-dits du discours qui font que ce qui devait être un discours-clé laisse de nombreuses questions sans réponse, notamment sur ce que David Cameron souhaiterait renégocier avec ses partenaires européens.

Au total, le sujet dans les discours officiels de l’UE – avec tous ces non-dits chez le responsable britannique et toutes les arrières pensées de la classe politique au Royaume-Uni et chez les autres États-membres – devient en somme un véritable « tabou », puisque l’aborder, c’est se dévoiler.

Alors que l’écume médiatique laisse à penser que le sujet « Europe » progresse puisque l’amitié franco-allemande est célébrée et le peuple britannique consulté, de nouveaux totem et tabou assaillent la communication des institutions sur l’Europe.

Y a-t-il un problème dans la communication de l’UE via des vidéos virales ?

Alors qu’un eurodéputé flamand fait actuellement polémique à cause d’une vidéo en ligne avec un « euro-striptease », la question de savoir s’il y a un problème dans la communication audiovisuelle en ligne de l’UE est relancée. Les polémiques se multiplient et prennent suffisamment d’ampleur pour faire le tour de la question et faire la part des choses entre jugement de valeur et histoire de goût ou de mauvais goût…

Résumé : le contenu de certaines vidéos publiées par les institutions européennes franchit ouvertement certaines bornes. Ce n’est pas tant les vidéos décalées qui cherchent à communiquer avec de l’humour ou avec du sexe qui doivent être mises en cause. En revanche, les vidéos qui s’appuient sur des préjugés sexistes ou racistes sont beaucoup plus problématiques, car contraire à l’esprit et aux valeurs de l’UE, comme c’est le cas avec la vidéo du MEP flamand Ivo Belet.

L’humour, une recette efficace pour attirer l’attention des électeurs européens

Par exemple, en matière d’humour réussi, la vidéo « Get active: get out of your chair » illustre qu’il est possible de toucher un vaste public (143 000 vues) avec le sourire. De même, les vidéos réalisées lors de la campagne du Parlement européen pour inciter à participer au vote lors des élections européennes de 2009 ont été un succès :

La volonté de toucher un public éloigné et indifférent à l’UE pousse inévitablement à faire preuve de créativité, comme le montre cette vidéo « Sneezing Panda » (91K views) qui vise clairement à jouer sur l’affection portée à ces animaux pour communiquer sur les antibiotiques.

Aujourd’hui, la Commission européenne dispose d’un « track record » suffisamment important pour dire qu’il ne s’agit pas simplement d’accidents de parcours mais d’une tentative délibérée de créer de l’attention et du buzz en jouant avec le feu.

Le sexe, une recette éculée pour tenter de toucher un large public « européen »

La 1e vidéo à faire scandale a été publiée en juin 2007 lors du lancement de la chaîne Youtube de l’UE « EUTube » : « Film lovers will love this! ». Il s’agit d’une vidéo qui sous prétexte de faire la promotion du programme MEDIA qui subventionne le cinéma européen rassemble toutes les scènes érotiques de films financés par l’UE. Cette vidéo est également le plus grand succès d’audience en ligne avec 8,6 millions de vues et n’a jamais été retirée, malgré les nombreuses critiques.

La volonté de « jouer » avec le sexe et l’attrait de la nudité pour moderniser l’image de l’UE et faire passer des messages de manière plus « cool » a été à plusieurs reprises réutilisée par la Commission avec plus ou moins de succès d’audience à défaut de vraiment faire passer un message :

  • « Make love, not CO2! » en septembre 2008 incite à réduire sa consommation énergétique pour contrôler le changement climatique (147K views) ;
  • « Hot Summer Holiday » en juin 2011 vise à faire la promotion de carte santé européenne en montrant un comédien quasiment nu sur une plage et avec un « twist » final réussi (297K views) ;
  • « Take control of your personal data » en janvier 2012 qui incite à protéger ses données personnelles en ligne déshabille littéralement les comédiens sans parvenir pour autant à toucher un large public (9 000 vues seulement).

La recette d’une vidéo virale est complexe. Ces vidéos pour la plupart naturellement virales peuvent heurter la sensibilité d’un public rigoriste ou estimant qu’une institution publique ne peut pas se permettre certains écarts dans sa communication. On peut estimer que ces vidéos restent dans les limites.

Sexisme et racisme, les lignes jaunes des vidéos virales de l’UE

En revanche, là où la Commission dépasse clairement les bornes, c’est lorsque ses vidéos peuvent être vues comme sexistes ou racistes : deux critiques qui ne sont plus seulement une question de bon ou de mauvais goût mais qui attaquent les valeurs de la construction européenne. La Commission européenne se tire ainsi une balle dans le pied – tout en parvenant à atteindre de nouveaux publics le plus souvent choqués, ce qui est contre-productif – en donnant des arguments à ses détracteurs, qui n’en demandent pas tant, pour lancer de nouvelles polémiques :

  • 1er exemple avec la vidéo jugée « raciste » : « The more we are, the stronger we are », dont le titre déjà est un peu limite mais dont le contenu peut tout naturellement être mal accepté. Cette vidéo fut d’ailleurs rapidement retirée avec un message d’excuse du Directeur Général de la DG Elargissement ;
  • 2e exemple avec la vidéo considérée comme « sexiste » : « Science: it’s a girl thing! », qui dépeint de jeunes adolescentes de manière caricaturale, voire dégradante. Là encore, la vidéo a été retirée mais, de nouveau, une copie avait été réalisée et la vidéo circule encore en ligne.

Au total, les vidéos en ligne de l’UE qui jouent avec suffisamment de 2nd degré lorsqu’elles abordent l’humour ou le sexe peuvent être tolérées, quoiqu’elles susciteront toujours des réactions plus ou moins outrées parmi les publics captifs de l’UE qui regretteront ces simplifications et/ou ces exagérations pour parvenir à toucher un large public.

En revanche, les vidéos qui contredisent les valeurs de l’UE – quelque soit leur potentiel viral, souvent considérable – sont condamnables et donc retirées après un bad buzz. Bad buzz que la Commission européenne parvient de mieux en mieux à gérer, ce qui est une maigre consolation, puisqu’il s’agirait – c’est le moins que l’on puisse attendre – de ne pas en créer de son propre fait.

Transparence sur les budgets des agences de communication auprès de la Commission européenne en 2011

Après une 1e enquête menée de 2007 à 1010 à partir du portail de la transparence listant les principaux bénéficiaires de l’argent public européen sur les principaux budgets des agences de communication auprès de la Commission européenne, un marché que l’on peut estimer à environ 100 millions d’euros par an en moyenne, les informations valables pour l’année 2011 sont dorénavant accessibles. Quels sont les budgets des principales agences de communication de la Commission européenne en 2011 ?

Mostra : 22 579 307 € et 207 contrats en 2011

Première agence, déjà entre 2007 et 2010, Mostra confirme sa position de leader du marché de la communication de l’UE en 2011.

Parmi les nombreux contrats, quelques exemples de contrats :

  • 2.5 millions d’€ + 498.690 € pour une campagne de sensibilisation à la mobilité urbaine durable pour la DG de l’énergie ;
  • 2.25 millions d’€ pour la communication de la DG des affaires maritimes et de la pêche ;
  • 1.4 millions d’€ pour la campagne audiovisuelle sur les futurs élargissements de l’UE (cf. la vidéo jugée raciste « The more we are, the stronger we are » pour la DG de l’élargissement ;
  • 1.2 millions d’€ pour les journées européennes du développements pour la DG « EuropeAid » ;
  • 968.294 € pour la campagne de promotion du portail « Your Europe et « Europe Direct » (voir la vidéo) pour la DG COMM ;
  • 965.160 € pour le magazine en ligne sur la recherche et l’innovation pour la DG de la recherche et de l’innovation ;
  • 720.000 € pour des prestations de communication pour la DG de l’informatique ;
  • 650.250 € pour la communication autour de la législation de l’UE sur la protection des données en ligne (voir la vidéo, ayant fait moins de 10 000 vues) pour la DG de la justice ;
  • 578.8512 € pour la DG de l’environnement ;
  • 499.553 € pour la campagne de publicité à la radio sur le réseau « Entreprise Europe Network » pour la DG des entreprises et de l’industrie ;
  • 250.000 € pour une vidéo sur « l’égalité des genres dans les conseils d’administration » (voir la vidéo avec à peine 6 000 vues) pour la DG de la justice…

Tipik : 22 358 445 € et 239 contrats en 2011

Deuxième agence de communication de la Commission européenne en 2011 en termes de budget, Tipik est la plus active avec 239 contrats sur l’année.

Les contrats les plus importants portent sur :

  • 700.000 € pour une prestation print pour la DG de la justice ;
  • 650.000 € pour la gestion du portail « Your Europe – Citizens » pour la DG du marché intérieur et des services ;
  • 650.000 € pour la gestion du portail « Your Europe – Business » pour l’Agence exécutive pour la compétitivité et l’innovation ;
  • 648.381 € pour la campagne « Women in Science » pour la DG de la recherche et de l’innovation ;
  • 580.321 € pour la communication autour des programmes de navigation satellitaire Egnos et Galileo pour la DG des entreprises et de l’industrie ;
  • 535.929 € pour la conférence sur l’égalité entre les femmes et les hommes pour la DG de la justice ;
  • 420.000 € pour la publication d’une bande-dessinée sur l’histoire de la PAC pour la DG de l’agriculture et du développement rural ;
  • 399.429 € pour la gestion du site d’EuropeAid…

ESN – European Service Network 19 359 226 € et 175 contrats en 2011

Troisième agence de communication de la Commission européenne, ENS – European Service Network :

  • 3.583.012 € + 689.661 € pour les centre d’information Europe Direct pour la DG de la communication ;
  • 599.251 € pour la campagne de communication sur le rapport européen sur le développement pour la DG du développement et de la coopération — EuropeAid ;
  • 530.000 € pour le helpdesk de la DG COMM ;
  • 495.395 € pour les indicateurs européens sur les migrations pour la DG des affaires intérieures ;
  • 480.400 € pour les sites web du service des instruments de politique étrangère…

Media Consulta : 13 135 755 € et 89 contrats

Quatrième et dernière agence avec un budget de plus de 10 millions d’€, Media Consulta est un agence basée à Berlin :

  • million d’€ pour la communication de la Commission européenne en Turquie pour la DG de l’élargissement ;
  • 965.392 € pour la communication de la DG de la fiscalité et de l’union douanière ;
  • 754.412 € pour l’organisation d’événements et de visites dans des pays tiers à l’UE pour la DG de l’agriculture et du développement rural
  • 696.300 € pour la communication de la Commission européenne en Islande pour la DG de l’élargissement ;
  • 385.000 € pour le salon international de l’agriculture à paris pour la DG de l’agriculture et du développement rural…

Gopa-Cartermill : 5 984 457 € et 21 contrats en 2011

Autre agence de communication spécialisée sur le marché « européen », Gopa-Cartermill se positionne honorablement en 5e position, avec notamment 2 contrats à plus d’un million d’euros :

  • 1.399.812 € pour la plateforme stakeholders web « Smart cities » pour la DG de l’énergie
  • 1.347.303 € pour la plateforme de ressources web sur la recherche énergétique pour la DG de l’énergie.

Emakina : 3 071 209 € et 33 contrats

Sixième agence de communication prestataire de la Commission européenne, Emakina est spécialisée dans les prestations web :

  • 345.326 € pour des vidéos sur la campagne « Horizon 2020 » pour la DG de la recherche et de l’innovation
  • 198.600 € pour le vidéo clip de la journée de l’Europe, le 9 mai 2011 pour la DG de la communication
  • 177.594 € pour l’application mobile de la Carte Européenne d’Assurance Maladie pour la DG de l’emploi, des affaires sociales et de l’inclusion
  • 149.842 € pour la fameuse vidéo jugée sexiste « Science: it’s a girl thing! » pour la DG de la recherche et de l’innovation ;
  • et de nombreuses autres productions audiovisuelles…

Ligaris : 2.166.847 € et 21 contrats

Septième agence de communication au service de la Commission européenne, Ligaris, située à Paris est notamment intervenue pour :

  • 671.470 € pour des événements sur l’agriculture pour la DG de la santé et des consommateurs ;
  • 318.208 € pour des goodies lors de la semaine des vétérinaires pour la DG de la santé et des consommateurs ;
  • 212.440 € pour l’organisation d’une conférence sur la santé animale pour la DG de la santé et des consommateurs…

Ogilvy : 1.833.170 € et 7 contrats

Dernière agence – la 8e – avec un budget annuel de plus de 1 million d’euros, Ogilvy n’a travaillé que pour la DG de l’environnement :

  • 950.910 € pour la campagne sur l’efficacité des ressources ;
  • 359.230 € pour la campagne sur la biodiversité ;
  • 149.675 € pour les 20 ans de la directive habitats (du programme LIFE)…

Au total, le marché de la communication de la Commission européenne apparaît comme relativement concentré avec 3 agences – toutes basées à Bruxelles – représentant chacune environ un quart des 100 millions d’euros environ dépensés en 2011.

Et si la créativité était au cœur de la communication européenne ?

Officiellement désirée voire revendiquée pour moderniser la communication de l’UE, la nouveauté introduite par la créativité – en bousculant la routine des institutions – semble en réalité soulevée de l’insécurité et être accueillie avec méfiance. Et si, au lieu de suivre la préférence allant généralement au conformisme, la créativité était placée au cœur de la communication européenne ?

Acte de créer de nouvelles idées : susciter l’inspiration

Plutôt que de s’appuyer uniquement sur l’intelligence rationnelle et/ou reptilienne, que se passerait-il si étaient poussées l’imagination, les sens, les émotions, la spontanéité et la sensibilité ?

Plusieurs conséquences seraient attendues si l’inspiration était au fondement de la communication européenne :

  • les messages de l’UE seraient exprimés plus naturellement dans la langue de tous les jours avec des référentiels partagés par le plus grand nombre ;
  • les supports de communication seraient plus ingénieux dans leurs formats d’expression ;
  • les points de contact avec le public seraient plus adaptés à leurs usages et pratiques.

L’inspiration permettrait de davantage concevoir la communication européenne comme une relation transactionnelle, émotionnelle, d’informations et de services entre l’UE et les Européens.

Capacité à trouver des solutions originales : favoriser l’adaptation

La créativité ne doit pas pour autant être limitée à de nouvelles idées, plus ou moins possibles : c’est surtout une capacité à apporter des solutions originales aux problèmes soulevés par la communication européenne.

Mettre la créativité au cœur de la communication européenne commencerait par reconnaître qu’il y a toute une série de problèmes à résoudre :

  • au-delà de la légitimité de l’UE, un problème d’identification et à fortiori d’adhésion au sein des populations ;
  • au-delà du multilinguisme (22 langues officielles dans l’UE), un problème de compréhension des messages face aux réalités locales ;
  • au-delà de l’infinité des canaux de communication à l’échelle d’un continent (450 millions d’Européens), un problème de médiation via des relais déboussolés.

L’adaptation consisterait à concevoir la communication européenne en partant davantage des réalités politiques, sociales, économiques et culturelles des Européens, afin d’éviter le biais d’un projet sinon ouvertement élitiste, du moins objectivement élitaire.

Volonté de modifier ou de transformer le monde : accompagner l’innovation

Enfin et surtout, la créativité dans la communication européenne doit viser non pas seulement à toucher différemment, avec efficacité les publics européens mais également à modifier l’état des choses.

Placer la créativité au centre de toute communication afin de changer signifierait :

  • auprès des publics externes, la communication rechercherait des réactions au sein des sociétés, du simple « accusé de réception » à la prise de conscience responsable ;
  • auprès des publics internes, la communication se positionnerait comme un mission transformative, une politique publique à part entière.

Au total, la créativité – prise au sérieux – pourrait permettre à la communication européenne de progresser en matière d’inspiration sur le plan des idées, d’adaptation dans le déploiement au contact des publics et d’innovation en tant que politique publique transformative.