Archives de catégorie : Web et Europe

Billets sur les enjeux de la communication numérique européenne

Elections européennes : comment communiquent les « grands » candidats des partis politiques européens ?

La campagne des européennes bat son plein, notamment à l’échelle européenne des « grands » candidats des partis politiques européens pour le poste de président de la Commission européenne. Comment communiquent les « grands » candidats des partis politiques européens ?

Des stratégies de communication différenciées entre personnalisation partisane et/ou positionnement programmatique

De manière synthétique, plusieurs stratégies de communication se distinguent selon la place accordée à la personnalité des candidats et/ou à l’importance des idées partisanes :

  • les candidats de gauche et d’extrême-gauche semblent privilégier la personnalisation avec martin-schulz.eu et alexistsipras.eu
  • les candidats des Verts et des Libéraux sont davantage en retrait au profit des positions partisanes avec ivoteliberal.eu et greens2014.eu
  • le candidat de droite adopte une position médiane avec juncker.epp.eu

Plus en détails, plusieurs éléments sont à noter :

  • le site des Verts se distingue de tous les autres par sa créativité et sa densité en information – un bel effort de présentation des enjeux et des dossiers de fond ;
  • le site de Martin Schulz correspond à une « profession de foi électorale », très concentré sur la personnalité du candidat : grandes photos, typos manuscrites, utilisation des pronoms personnels (ma vision, motivation) ;
  • le site de Jean-Claude Juncker se veut un site informatif sur la campagne : les priorités, le manifeste, l’agenda, les discours, les déplacements, les réseaux sociaux, les communiqués de presse…
  • le site des Libéraux est davantage « communautaire », destiné aux militants et électeurs : « get involved », « create your profile », « find your candidate », « follow », « vote liberal ».

Par ailleurs, le choix des slogans des partis politiques européens et de leurs « grands » candidats illustrent la difficulté de résumer toute une campagne :

  • la gauche, l’extrême-gauche et les Verts sont sur le même créneau du changement : « nouvelle Europe » ou « Changer l’Europe » – d’ailleurs utilisé à la fois par les Verts et l’extrême-gauche
  • les Libéraux sont minimalistes mais explicites : « Voter Libéral »
  • la droite décline un slogan ternaire reprenant les priorités du candidat : « Expérience. Solidarité. Futur. »

Des communautés plus ou moins développées dans les médias sociaux

Logiquement, la compétition s’établit entre les deux grands partis européens de la droite et de la gauche :

  • le parti de droite, le PPE, – le 1er groupe au Parlement européen en nombre d’eurodéputés – détient les premières communautés sur Facebook (200 K fans) et Twitter (46,5 K followers) ;
  • le candidat de gauche, Martin Schulz, rassemble les plus larges communautés sous son nom sur Facebook (76,5 K fans) et Twitter (102 K followers) – quoique ces deux comptes aient été acquis en tant que président du Parlement européen…
  • le candidat d’extrême-gauche, Aléxis Tsípras, se distingue par sa vaste communauté sur Facebook (61 K fans).

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Au total, les sites des candidats et des partis politiques européens pour les élections européennes de 2014 sont globalement très différents et sans doute révélateurs de diverses intentions de communication politique entre accents sur les candidats ou les programmes.

Médias sociaux et élections européennes : la grande désillusion ?

Alors que tout le monde s’attendait à ce que le cru 2014 des élections européennes soit millésimé « médias sociaux », c’est plutôt la grande désillusion qui s’installe alors que la campagne commence à peine. Pourquoi ?

La prime aux extrêmes

Après les campagnes victorieuses d’Obama en 2008 (Change) et 2012 (Foward), qui semblaient consacrer l’importance du digital et des médias sociaux dans la mobilisation des électeurs en ligne et leur participation dans les urnes, la campagne européenne de 2014 n’avait qu’à s’en inspirer pour vaincre l’abstention avec un story-telling autour de l’idée quelque peu démagogique du Parlement européenne que « cette fois, c’est différent ».

Le rêve est en train de se transformer en cauchemar. C’est de la bouche même des conseillers du candidat Barack Obama en 2008, venus à Bruxelles, que la douche froide est annoncée, selon Euractiv dans « Les populistes passent maître dans l’art des médias sociaux » :

« L’inconvénient, surtout en Europe, c’est que les médias sociaux tendent à sanctionner le compromis et la modération (…) Ils récompensent les extrémismes »

Alec Ross, chargé de la campagne en ligne du candidat Barack Obama en 2008

Déjà très remontés dans les sondages après plusieurs années de crise, les populistes tireraient donc leur épingle du jeu dans les médias sociaux.

La prudence académique

Dans une étude maison du Parlement européen, « Social media in election campaigning », Ron Davies se montre prudent sur l’impact attendu pour les élections européennes de 2014 :

Alors que les médias sociaux sont de plus en plus utilisés dans les campagnes à travers l’Europe, l’effet ultime de leur utilisation reste incertaine. Certains attribuent l’augmentation des niveaux d’activité politique sur Internet aux citoyens qui sont déjà engagés politiquement. Il se peut que les médias sociaux ont un effet très limité sur l’activation de citoyens par ailleurs démotivés à participer – même juste pour aller voter. Il faudra du temps, et plus que les prochaines élections du Parlement européen, pour évaluer le véritable rôle que les médias sociaux viendront à jouer.

Une prudence confirmée par Kosmopolito dans « The inconvenient truth about social media and #ep2014 » qui, quoique parfois sans nuance, liste les principales raisons de l’impact vraisemblablement réduit des médias sociaux sur la participation civique aux élections.

Y a-t-il alors quelque chose de nouveau ?

A vrai dire, le fantasme consistant à se bercer de l’illusion que les médias sociaux permettraient comme par enchantement d’intéresser des citoyens désabusés par la politique et de les mobiliser au point de les faire se déplacer le jour du scrutin est démiurgique.

Encore une fois, revenons aux enseignements des campagnes d’Obama qui semblent – et c’est bien là la nouveauté en Europe – porter leurs fruits cette année :

  • Obama 2008 : Internet révolutionne la mobilisation et l’organisation « on » et « off line » de la campagne en donnant de nouveaux pouvoirs aux militants ;
  • Obama 2012 : Internet révolutionne l’intelligence politique de la campagne en combinant le recueil et l’analyse de données en temps réel et l’activité militante.

Autrement dit, il ne faut pas porter le regard sur les citoyens, mais sur les militants et sur les machines électorales. Ainsi, pour les partis politiques européens, Internet et les médias sociaux sont utilisés – à une échelle encore réduite – pour réorganiser l’activité politique :

  • scénariser pour les médias traditionnels la campagne (bus pour le PPE ou yourte itinérante pour les Verts européens…) ;
  • micro-cibler des publics tels que les journalistes ou les « influenceurs » en ligne ;
  • personnaliser et humaniser les contacts avec les leaders ;
  • diffuser auprès des premiers cercles les messages clés…

Au total, l’impact des médias sociaux sur les élections européennes est le plus important pour les professionnels de la politique qui doivent s’adapter ou disparaître tandis que pour les citoyens, le statut est « complicated ».

« Instagramming the EU elections » : pour une communication européenne sur Instagram autour des élections

Tandis que les mobiles s’imposent comme nos premiers écrans, qu’Instagram aurait dépassé Twitter avec 200 millions d’utilisateurs actifs par mois et que les selflies explosent – notamment dans l’isoloir lors des élections – tout concourt à ce que l’UE communique…

Instagram et les institutions européennes aujourd’hui : service minimum

A l’heure actuelle, les institutions européennes ont un temps de retard sur Instagram.

Instagram_institutions_europeennes Certes, le Parlement européen – toujours plus innovant – rassemble déjà plus de 1 500 abonnés. Mais, la Commission européenne, récemment inscrite, plafonne à 117 abonnés, moins que la Représentation de la Commission européenne en France…

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Le virage des médias sociaux « visuels » n’est pas encore pris par les institutions européennes, qui y auraient pourtant tout intérêt afin de s’engager avec des citoyens ordinaires.

« Instagramming the EU elections » : partager et inciter à voter

Sur le modèle de l’expérience du New York Times lors des dernières élections présidentielles américaines « Instagramming the Election« , les institutions européennes pourraient inciter les électeurs à partager leurs contributions à l’occasion du prochain scrutin européen.

Instagramming_Election

Contrairement à Facebook où l’acquisition d’audience ne peut plus se faire sans recours à la publicité et tandis que Twitter s’est imposé sur un créneau « BtoB » adapté aux publics experts scotchés à l’UE au jour le jour ; Instagram apparaît comme une plateforme de prédilection pour sensibiliser le grand public, surtout jeune, connecté et urbain… autant de critères permettant de définir des abstentionnistes potentiels.

Une opportunité se présente à l’UE pour communiquer de manière originale sur les prochaines élections européennes, saura-t-elle la saisir ?

ClicknSign : le web participatif au service de l’initiative citoyenne européenne

Le droit d’initiative citoyenne européenne introduit par le traité de Lisbonne peine à s’installer dans les usages : à ce jour, seules 8 initiatives sont en cours et 2 seulement ont atteint le million de signatures et été soumises à la Commission européenne. Le web participatif peut-il être d’aucun secours pour faciliter les différentes démarches des citoyens ?

De la nécessité d’un incubateur des initiatives citoyennes européennes

Parce que le « ticket d’entrée » d’une initiative citoyenne européenne est élevé – il faut rassembler des compétences/expertises européennes, des moyens/ressources techniques – une recommandation globale de créer une sorte d’incubateur des initiatives citoyennes européennes avait émergé de la journée de réflexion sur « comment communiquer sur l’initiative citoyenne européenne » organisée par Touteleurope en juin 2012 à Paris.

En rassemblant les besoins des organisateurs potentiels d’une initiative citoyenne européenne, le recours à une plateforme web participative était apparu comme une évidence pour faciliter plusieurs démarches :

  • une plateforme de crowdsourcing pour faire émerger les meilleures idées et forger des compromis majoritaires ;
  • une plateforme de networking pour faire rencontrer les porteurs de projets ou de compétences afin de créer des alliances ;
  • une plateforme de micro-crowdfunding.

ClicknSign : la plateforme de crowd-sourcing et funding des initiatives citoyennes européennes

clicknsignAvec plus de la moitié des initiatives citoyennes européennes actuellement en cours de collecte et en permettant à des individus de soutenir par leur signature ou leur don ces initiatives, la plateforme ClicknSign répond en grande partie aux besoins précédemment formulés.

clicknsign_concept

Avec l’accent mis sur le crowdfunding – le nerf de la guerre pour parvenir à mobiliser un million de citoyens – ClicknSign tente de donner un second souffle aux initiatives citoyennes européennes qui sont bridées en partie pour cette raison.

Au total, l’utilisation du web participatif au service des initiatives citoyennes européennes ne parviendra pas à populariser une démarche qui demeure méconnue mais contribuera à faciliter l’engagement de citoyens motivés.

Des MOOC sur l’Europe au secours de la communication de l’UE ?

Les Massive Open Online Courses (MOOC) littéralement « cours en ligne ouverts aux masses » révolutionnent la formation ouverte et à distance tout au long de la vie. Qu’en est-il des MOOC sur l’Europe pour combler les lacunes en connaissances et compétences de nombreux publics ?

« Comprendre l’Europe » : un MOOC de HEC dédié à l’UE pour renforcer la participation citoyenne européenne

Les innovations sont à tous les étages puisque c’est HEC – l’école hyper-sélective et super-chère – qui lance non seulement le premier MOOC entièrement dédié à l’Union européenne et son fonctionnement mais surtout dans un format de 6 séances accessible à tous et gratuit.

D’ailleurs, HEC présente « Comprendre l’Europe » comme un «  MOOC engagé » qui « défend une plus grande participation des citoyens aux affaires publiques européennes » et « entend apporter une contribution au nécessaire renouveau démocratique européen ».

Ce cours en ligne innovant et militant permettant à chacun de connaître les fondements de l’UE en vue des élections européennes de 2014 vise à :

  • combler le manque de connaissance actuel sur l’UE, son fonctionnement, sa raison d’être ;
  • transformer une construction politique souvent perçue comme abstraite et lointaine en une réalité tangible ;
  • présenter l’Europe non plus comme une contrainte mais comme une opportunité.

« EU modules » : une plateforme d’apprentissage à distance sur l’UE

EU_MOOC

L’Institute for European Studies se lance dans le e-learning avec « EU modules » une plateforme de formation dédiée à l’UE sous forme de webinars.

Basé un modèle payant (de 150 à 300€ par module), les formations certifiées par le monde universitaire sont accessibles à tout moment à quiconque souhaite parfaire ses connaissances et compétences pour bien comprendre, par exemple, les institutions de l’UE et leurs politiques, l’influence européenne dans le droit et les décisions publiques.

Destiné aux étudiants, chercheurs, conseillers politiques, avocats, commerçants et tous ceux qui sont impliqués dans les affaires de l’UE (ou veulent être), « EU modules » permet d’apprendre des informations cruciales sur l’UE d’une manière innovante.

Au total, l’enjeu de la formation, en particulier auprès des publics clés de l’UE que sont les potentiels médiateurs (journalistes, enseignants, élus) se trouve bouleversé par l’arrivée des MOOC sur l’Europe.